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Le polyamour est il féministe ?

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Boucledoux

le dimanche 11 avril 2010 à 11h42

J'avais le projet, je l'ai dit dans un fil, d'aborder ce sujet dans des articles qui permettent une approche plus de fond, plus globale et plus construite d'une question qui est au cœur de ma conception des amours pluriels.

D'une part c'est un projet ambitieux, cela va donc prendre d'autant plus de temps que je n'en ai pas beaucoup à y consacrer, d'autre part, des fils récents et la lecture de quelques archives m'ont convaincu que des choses qui me semblaient évidentes et plus ou moins consensuelles ici étaient peut-être loin de l'être. Du coup, il vaut probablement mieux commencer comme le suggérait Eric par une discussion plus informelle que d'asséner un point de vue complet et structuré (même si je ne prétend pas, loin de là avoir toutes les conclusions prêtes sur la question) forcément plus difficile à discuter et, du coup (encore) plus polémique.

Quelques idées pour lancer, même si c'est un peu long pour un post de fil de discussion.

Bon, d'abord, autant commencer par là, pour moi, la réponse devrait absolument être oui, le polyamour doit être féministe, il doit même l'être explicitement et radicalement. Je voudrais commencer par deux aspects principaux, même si j'en vois plusieurs autres qui mériteraient la discussion.

Ça a déjà été dit dans de nombreux fils mais le rapport à la fidélité n'est pas un rapport neutre sur le genre. Il y a un siècle, il était normal et accepté qu'un homme ait des maitresses et fréquente les bordels, hauts lieux de sociabilités masculines. Si les choses changent en apparence un peu depuis la fin du vingtième siècle et les luttes féministes de la deuxième vague, dans la réalité, la réprobation sociale n'est pas la même pour un don juan et pour une salope. Non seulement ça, mais la normalisation revient à grand pas depuis plusieurs années pour imposer l'image de la vraie femme, celle qui existe par et pour son homme. Je pense du coup que la question de remises en cause du couple traditionnel, de l'exclusivité et de la possession et derrière ça la revendication de l'autonomie de l'individu-e dans le sentiment amoureux ne doit pas être traitée abstraitement comme s'il y avait une égalité de départ qui n'existe pas.

L'autre aspect sur lequel je voudrais insister c'est que les inégalités de genre imprègnent tous les rapports sociaux, y compris (surtout !) les rapports amoureux (au moins hétéro mais les autres aussi ?) et la construction de nos sentiments les plus intimes. Je considère que ces divisions sont entièrement des constructions sociales mais cela n'empêche pas qu'elles nous construisent nous même au plus profond de ce que nous sommes les un-e-s et les autres. Je pense que nier leur influence (sur le mode post-féministe de «  mais non, tout ça maintenant c'est dépassé, ce ne sont que des reliquats et sur le fond tout va bien » voire du masculinisme qui prétend opposer une oppression spécifique des hommes à celle des femmes en les mettant sur le même plan) c'est au contraire se mettre dans la voie de reproduire ces normes et ces oppressions sous une forme nouvelle. C'est d'ailleurs exactement le travers qu'à pris la libération sexuelle des années 70, libération surtout pour les hommes hétérosexuels, avant d'être récupérée par la marchandisation du sexe de ces dernières années.

Bon, je sais pas si c'est vraiment plus court qu'un article... mais en tout cas c'est moins construit... ;)

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Lilie

le dimanche 11 avril 2010 à 13h24

Merci d'avoir ouvert ce fil!
Je me suis intéressée aux questions feministes en même temps que j'ai découvert le polyamour. Ce n'est pas anodin!
Mais en même temps c'est tout neuf. Est-ce que tu pourrais nous donner un peu de bibliographie?

Boucledoux

L'autre aspect sur lequel je voudrais insister c'est que les inégalités de genre imprègnent tous les rapports sociaux, y compris (surtout !) les rapports amoureux (au moins hétéro mais les autres aussi ?) et la construction de nos sentiments les plus intimes.

Pour cette question, les écrits de Suzanne Kepès sont super intéressants. Elle est gynécologue et psychothérapeute, son axe est plutôt celui de la sexualité. Et là forcement, la question du genre...
Elle a constaté durant sa carrière la méconnaissance du plaisir des femmes, et l'explique parce que la sexualité à été expliquée très longtemps à travers le modèle masculin, parce que les hommes partent en quête de leur corps plus tôt, pour des questions "religieuses" (au sens large de la société) ...
En parlant de ces questions autour de moi, il me semble clair que rien n'est joué!

Alors est-ce que le polyamour est-il feministe?
Il l'est dans l'affirmation de soi, et le positionnement face à la société. Donc l'affirmation de soi en tant que femme.
Il l'est dans l'égalité qu'il prône (contrairement à la polygamie) mais en ça il n'est pas différent de la monogamie exclusive.

... Je dirais à ce stade de la réflexion qu'il peut-être un outil. Je ne sais pas si il est nécessairement féministe ou si l'exclusivité n'est nécessairement pas féministe.

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Boucledoux

le dimanche 11 avril 2010 à 14h34

Lilie

Mais en même temps c'est tout neuf. Est-ce que tu pourrais nous donner un peu de bibliographie ?

J'ai du mal à faire une biblio très utile mais je peux dire les bouquins qui moi m'ont marqué dans un itinéraire féministe un peu particulier. Par ailleurs, c'est le sujet sur lequel je bouquine en ce moment donc d'une part ca pourra peut-être se compléter au fur et à mesure, d'autre part je suis intéressé aussi par toutes références, notes de lectures, critiques, etc...

à 17 ans j'ai lu ainsi soient elles de Benoite Groult, le livre qui m'a fait me découvrir féministe et a été une révélation de ce point de vue pour un jeune mec ado pas forcément plus macho qu'un autre mais en tout cas pas très conscient. Passionnant, très révolté, plus descriptif que théorique, un bon départ en tout cas.

La référence incontournable, indépassable par certain aspects qui ont révolutionné la pensée (dépassés sur d'autres...) et de toute façon passionnant aujourd'hui encore le deuxième sexe de Simone de Beauvoir.

Enfin, mes découvertes plus récentes, les écrits des féministes radicales, à mon avis une des production de théorie critique les plus riches des dernières décennies, par exemple :
l'ennemi principal de Christine Delphy
Sexe, genre et sexualités : introduction à la théorie féministe d'Elsa Dorlin qui, contrairement à ce que le titre peut laisser penser est plutôt un livre assez d'ardu d'abord, plus une introduction aux dernières problématiques de la théorie féministe qu'une intro générale au féminisme... sur lequel il vaut mieux avoir quelques bases pour attaquer cette "introduction"... tout à fait passionnante par ailleurs.
j'ajoute aussi, même si le féminisme n'est est qu'un des sujet le Delphy que je viens de finir est qui est extrêmement intéressant (déjà évoqué dans un autre fil) Classer dominer, qui sont les Autres

Message modifié par son auteur il y a 10 ans.

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(compte clôturé)

le dimanche 11 avril 2010 à 14h38

SI le polyamour est féministe, ou semble devoir l'être logiquement pour certains, je me sens mal à l'aise pour en débattre, la question "oui / non" n'offrant que le choix d'être d'accord ou pas.

Quels genres de libertés les femmes ont-elles envie de construire, individuellement ou en groupe, voilà plutôt comment je l'aurais posée si j'avais ouvert un fil - mais si ça se trouve, il l'est déjà quelque part dans les quelques 15 pages de sujets.

Je me suis très vite distanciée du féminisme, trop de radicalismes et de bien-pensismes internes... c'est la vision individuelle des femmes qui me titille, comment elles imaginent leur vie, de quels trucs elles rêvent, les visions personnelles étant plus riches qu'une pensée unique. Car l'équité, pour moi, ça commence par écouter la fille d'un très cher ami, qui a 10 ans cet été, me parler de ses envies, sans les cadrer et les limiter comme ma mère l'a fait avec moi.

En même temps qu'elle grandit dans un environnement qui la laisse imaginer son avenir sans lui rappeler constamment qu'elle est une fille, elle me fait rire intérieurement avec ses habits roses, ses colifichets, ses jouets de fiiille, ses coquetteries multiples. Bref, un sacré mélange que je tente de ne pas brider non plus, juste parce que le rose, beurk, la mode petite-fille, pouark, les jouets à la mode en plastoc moulé, pfouloulou... and so on. Ca c'est mes histoires à moi, et je m'en voudrais de remplacer en sourdine des valeurs qui ne me plaisent pas, par d'autres qui me paraissent justes ou me semblent plus appropriées, juste parce que je me trimballe certains résidus éducationnels.

Message modifié par son auteur il y a 10 ans.

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ERIC_48

le dimanche 11 avril 2010 à 14h49

Boucledoux : Si tu pouvais définir le mot "féministe" au sens ou tu entend en parler ici, ça aiderait bien la discussion je pense, car on va vite crouler sous les malentendus. Pour ma part j'ai une vision assez stéréotypée du mot féministe, une vision qui n'apporterait pas grand chose dans une discussion sérieuse.

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ERIC_48

le dimanche 11 avril 2010 à 14h54

Clémentine ou l'art de soulever les vrais problèmes, même lorsqu'ils sont tellement lourds que l'on se dit que rien ne sert de les soulever si c'est pour les reposer au même endroit qu'ils étaient, après des heures de discussion.

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Boucledoux

le dimanche 11 avril 2010 à 14h59

fr.wikipedia.org/wiki/Feminisme
en particulier :
fr.wikipedia.org/wiki/Feminisme#Deuxi.C3.A8me_vague

et voir aussi :
fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%A9minisme_radical

Message modifié par son auteur il y a 10 ans.

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(compte clôturé)

le dimanche 11 avril 2010 à 15h09

ERIC_48
Clémentine ou l'art de soulever les vrais problèmes, même lorsqu'ils sont tellement lourds que l'on se dit que rien ne sert de les soulever si c'est pour les reposer au même endroit qu'ils étaient, après des heures de discussion.

Et si tu nous disais plutôt comment tu verrais la liberté de la femme, toi? Même si tu es un homme, tu dois bien voir des moments ou des situations où les femmes se brident.

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Lilie

le dimanche 11 avril 2010 à 15h37

(+) Merci pour les références.

Ce qui est étrange avec le mot féminisme, c'est qu'il est connoté d'une certaine violence : combat, oppression, lutte etc.
Qui diverge à mon avis du polyamour, qui est d'abord une prise de position personnelle, et une réflexion propre (ce qui ne veux pas dire qu'il n'est pas critique de la société dans laquelle il évolue) : j'observe ce qui se passe, mes mécanismes... et j'essaye de voir ce que je peux faire là-dedans.

Il y a un coté qui fait peur dans le féminisme, je crois. Qui fait peur à la société d'aujourd'hui. Aux hommes de perdre un statut, aux femmes d'être culpabilisées de n'être pas plus fortes...

Mais c'est peut-être de la méconnaissance du mouvement simplement.

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(compte clôturé)

le dimanche 11 avril 2010 à 18h15

Alors c'est drôle, parce que je l'aurais aussi décrit comme ça, grosso-modo... en le côtoyant depuis quelques décennies.

Certaines choses considérées comme des avancées sociales par le mouvement, la parité, par exemple, desservent la cause des femmes, en fait.

Et la volonté de contrôle de la sexualité des femmes n'est pas l'apanage des hommes, qu'on se le dise...

Message modifié par son auteur il y a 10 ans.

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Boucledoux

le dimanche 11 avril 2010 à 19h25

Certaines choses considérées comme des avancées sociales par le mouvement, la parité, par exemple, desservent la cause des femmes, en fait.

considérées comme des avancées sociales par une partie du mouvement, une part importante (Delphy je suis sur, Dorlin je crois) considérant que c'est un piège par exemple...

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(compte clôturé)

le dimanche 11 avril 2010 à 19h29

Des quasi-outsiders, quoi.

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Boucledoux

le dimanche 11 avril 2010 à 19h31

Clementine
Des quasi-outsiders, quoi.

????

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(compte clôturé)

le dimanche 11 avril 2010 à 19h40

Ben oui. Sur cette question-là, y'en a pas trop qui osent le dire comme ça.

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Boucledoux

le dimanche 11 avril 2010 à 19h43

Lilie
(+) Merci pour les références.

Ce qui est étrange avec le mot féminisme, c'est qu'il est connoté d'une certaine violence : combat, oppression, lutte etc.

Ce qui est étrange à mon humble avis c'est surtout qu'on connote violente la réaction des femmes à l'oppression mais en oubliant un peu que la réalité de la violence c'est quand même l'oppression elles même... Oui, c'est une lutte, un combat et en ce qui me concerne je pense qu'il est indispensable, vital, de le mener comme tel...

Vieux slogan féministe : "Le féminisme n’a jamais tué personne, le machisme tue tous les jours" (Benoîte Groult)

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Profil

Boucledoux

le dimanche 11 avril 2010 à 19h44

Clementine
Ben oui. Sur cette question-là, y'en a pas trop qui osent le dire comme ça.

juste deux des principales théoriciennes féministes des 30 dernières années... comme outsider, ça se pose là...

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(compte clôturé)

le dimanche 11 avril 2010 à 19h51

Deux personnes sur l'ensemble, oui, j'appelle ça être outsiders. Stricto sensu.

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Profil

Lilie

le dimanche 11 avril 2010 à 19h53

Boucledoux
Ce qui est étrange à mon humble avis c'est surtout qu'on connote violente la réaction des femmes à l'oppression mais en oubliant un peu que la réalité de la violence c'est quand même l'oppression elles même... Oui, c'est une lutte, un combat et en ce qui me concerne je pense qu'il est indispensable, vital, de le mener comme tel...

Vieux slogan féministe : "Le féminisme n’a jamais tué personne, le machisme tue tous les jours" (Benoîte Groult)

Je suis bien d'accord avec tout ça. Mais y a-t-il une manière de faire bouger les choses? La confrontation directe?
Je ne suis pas du tout opposée ni au féminisme ni à des formes de contestations franches, mais je me pose la question.
Evidemment, le féminisme n'a jamais tué personne. Et j'ai envi de dire : heureusement!

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(compte clôturé)

le dimanche 11 avril 2010 à 19h56

Boucledoux
Ce qui est étrange à mon humble avis c'est surtout qu'on connote violente la réaction des femmes à l'oppression mais en oubliant un peu que la réalité de la violence c'est quand même l'oppression elles même... Oui, c'est une lutte, un combat et en ce qui me concerne je pense qu'il est indispensable, vital, de le mener comme tel...

Vieux slogan féministe : "Le féminisme n’a jamais tué personne, le machisme tue tous les jours" (Benoîte Groult)

Et la violence féminine existe aussi, pour bien faire le tour du problème: fr.wikipedia.org/wiki/Violence_f%C3%A9minine

Il y a plein de choses qu'il faut regarder en face si on va par là, et cesser d'attribuer à un genre ou de scotomiser selon ce qu'on a envie de faire passer. Mais c'est de bonne guerre, hein.

Benoîte Groult, une de mes égéries, je l'aime bien fort aussi, cette grande dame. Mais quand elle a écrit ça, la violence domestique féminine était, sinon un tabou, du moins impensable.

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Boucledoux

le dimanche 11 avril 2010 à 21h35

Clementine
Et la violence féminine existe aussi, pour bien faire le tour du problème : fr.wikipedia.org/wiki/Violence_f%C3%A9minine
(...)
Benoîte Groult, une de mes égéries, je l'aime bien fort aussi, cette grande dame. Mais quand elle a écrit ça, la violence domestique féminine était, sinon un tabou, du moins impensable.

ben voyons... prétendre mettre en parallèle la violence des femmes et celle hommes, c'est un des truc favoris des mouvements masculinistes, et honnêtement, ça me parait plutôt le relookage d'un vieux poncif anti-féministe éculé qu'un tabou nouvellement enfoncé en bravant-courageusement-le-politiquement-correct.

Quand à Benoite, tu trouveras dans la dernière édition de son bouquin une intro "ainsi soient elles au XXIe siècle" tout à fait d'actualité... si tant est que le livre lui même ait vieilli ce qui n'est malheureusement guère le cas...

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