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Le polyamour est il féministe ?

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(compte clôturé)

le dimanche 11 avril 2010 à 21h47

Ben voyons, tout pareil... Ca t'interpelle pas qu'en tant que femme, je sois sensible à ce genre d'égalité aussi? Marre de voir les mecs être discrédités par omission de "détails anecdotiques" au contraire trèèès significatifs.

Que Benoîte Groult réactualise un écrit vieux de 35 ans, c'est un must, et tu n'es pas le seul à l'avoir lue, cette intro.
Ca n'enlève rien au fait que si l'on veut parler égalité, il faut être prêt à parler des choses moins agréables aussi. Et à entrer en matière sans se réfugier derrière les opinions des porte-paroles, ou un passéisme larmoyant. Tenir compte de la réalité en se tenant au courant de choses qu'on a de la peine à admettre parce que ça choque, ça aide aussi à faire tomber certaines œillères. Y'a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir...

Ce qui se passe aujourd'hui, c'est ça qui est important: les prises de conscience que porter une paire de seins ou une paire de couilles ne fait pas automatiquement des premières des saintes, ni des deuxièmes des taches génétiques.

Message modifié par son auteur il y a 12 ans.

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ERIC_48

le dimanche 11 avril 2010 à 23h42

Clementine
Et si tu nous disais plutôt comment tu verrais la liberté de la femme, toi ? Même si tu es un homme, tu dois bien voir des moments ou des situations où les femmes se brident.

Les femmes qui se brident ? Ce n'est pas ce qui manque !
Mais en général, ce sont les mêmes qui me brident, donc on n'est pas trop copain.

Ce qui ne me plait pas dans toute cette histoire, c'est qu'on ne va pas pouvoir parler de ça correctement sans être pris pour ce qu'on est peut-être. Autrement dit, la discussion va tourner à culpabiliser des personnes pourtant bien intentionnées, sous pretexte qu'elles ont des réflexes ou des tournures de phrase conditionnées, etc, ce qui fera beaucoup de mal à tout le monde, et aucun bien à la cause.

J'ai moi-même essayé de convaincre Boucledoux de créer ce fil, et je vais y participer, avec souffrance, mais je vais y participer.

Mais j'avoue que j'aurais de loin préféré que l'on se demande si le polyamour peut apporter quelque chose aux femmes, plutôt qu'au féminisme. Parce que voyez vous, je m'interesse beaucoup aux femmes, mais par contre, je n'ai rien à faire du féminisme.

Non pas que je le trouve néfaste (quoique), non pas que je le trouve inutile, mais parce que le féminisme est une guerre et que je n'aime pas la guerre, car dans une guerre, il n'y a que des perdants, et que je n'ai pas envie de perdre.

Pour moi, le polyamour n'est pas une guerre, et ne doit pas le devenir, donc je ne souhaite pas qu'il devienne féministe, par contre, j'ai la certitude profonde que toute femme, qu'elle qu'elle soit, à quelque chose à gagner à devenir polyamoureuse, non seulement sur le plan personnel, mais également en tant que femme sur le plan de l'égalité avec l'homme.

La cause des femmes avance beaucoup plus vite lorsqu'une femme devient polyamoureuse que lorsqu'elle adhère à je ne sais quelle lutte débile contre les hommes.

Que l'on se batte contre une personne donnée qui est violente pour la neutralisée, c'est la moindre des choses, mais que l'on se batte contre une race de gens désignés comme bouc-émissaire, ou contre une société comme si elle avait une âme autre que celle des gens qui la compose, je ne suis pas d'accord. Pour moi le féminisme est un mouvement raciste, ni plu ni moins.

Y a t-il des gens qui me soutiennent lorsque j'essaye de convaincre une femme de devenir poly ? Non. Y a t-il des femmes qui me critique de vouloir les rendre poly ? Oui. Il parait que c'est à elles de décider ! Comme si essayer de convaincre quelqu'un consistait à décider à sa place. Avec ce genre de raisonnement, on arrive vite à la conclusion que le féminisme n'est pas féministe, parce qu'il essaye de convaincre des femmes (entre autre). Admettons qu'il ne faille pas les influencer et qu'elles puissent décider pour elles-mêmes. Alors pourquoi ne sont-elle pas toutes pour l'égalité, et pas toutes féministes ? Pourquoi les plus opressées d'entre elles, élevent-elles leurs gamins en leur refourgant la phylosophie qui les fait souffrir ? Si le problème était si simple à résoudre, ça se saurait.

Le féminisme ? Pour moi, c'est tout simplement une simplification outrancière d'un problème trop compliqué pour être abordé simplement. C'est aussi une soupape qui aide à supporter la douleur. La présence d'un fautif, d'un bouc émissaire, permet de pouvoir diriger sa haine sur quelque chose, ou plutôt sur quelqu'un d'autre, plutôt que de se la diriger sur soi, c'est déjà ça, mais ce n'est pas suffisant, loin de là

Message modifié par son auteur il y a 12 ans.

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(compte clôturé)

le lundi 12 avril 2010 à 09h27

Globalement, on se rejoint.
J'ai dans l'idée que n'importe quel mouvement qui prétend donner des directives à ses membres en matière de liberté, c'est un non-sens: la liberté est individuelle pour la question qui nous occupe, donc... ce sont les voix des individus qui devraient s'élever, logiquement.

ERIC_48

La cause des femmes avance beaucoup plus vite lorsqu'une femme devient polyamoureuse

Mmmh, pas d'accord: la cause des femmes avance beaucoup plus vite lorsqu'une femme devient libre dans sa tête - ce qui peut être le travail de toute une vie, ce qui explique aussi pourquoi

... les plus opressées d'entre elles, élevent [-elles] leurs gamins en leur refourgant la phylosophie qui les fait souffrir [?] Si le problème était si simple à résoudre, ça se saurait.

En effet. Ce n'est pas que le problème des femmes d'ailleurs, mais des parents en général. Qui ont un père et une mère, avec tous les comptes ouverts que ça suppose, et les mélanges de colonnes de débits et de crédits si on ne fait pas attention.

Chaque génération qui fait une prise de conscience par rapport au bagage transmis par ses parents, et qui s'attache à en démêler le grain qui lui semble bon de celui qui l'est moins, transmet à ses enfants un peu plus de liberté de pensée en même temps que moins de trucs discutables.

Par exemple, ma mère a filtré énormément du poison distillé par ma grand-mère - qui avait plein de qualités aussi, hein, entendons-nous. Mais qui a assez mal débuté dans la vie et en a développé des rancœurs qui lui gâchaient le paysage, et a empreint sa relation avec sa fille de choses assez terribles.

Je vois que sur deux générations, chez ma sœur et chez moi, le résultat est en effet appréciable: chez moi, je suis très contente de ne pas avoir fait d'enfant car ce n'était pas mon truc, définitivement.
Chez ma sœur, qui en avait terriblement envie, viscéralement, il y a à la génération d'après trois gaillards aux portes de la vie, inventifs, créatifs, tendres, doués, démerdes... dont on espère bien que s'ils font des gosses, ce sera avec des filles qui leur ressemblent, et en leur redonnant les libertés qu'ils ont apprises, et le mode d'emploi avec.

Aucune de nous deux, entre ma sœur et moi, n'a eu le courage de tenter d'avoir des filles, car c'est la même trouille de transmettre les petites horreurs du sérail qui est là-derrière.

Bref, le processus d'épuration prend beaucoup de temps, mais un changement assis sur la durée est plus stable qu'une révolution qui envoie tout bouler cul-par-dessus tête. Des révolutions sont parfois nécessaires, mais ce n'est pas la panacée non plus.

Enfin voilà, je trouve qu'il y a du bon boulot de fait, pourvu que ça dure.

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(compte clôturé)

le lundi 12 avril 2010 à 09h50

ERIC_48

Ce qui ne me plait pas dans toute cette histoire, c'est qu'on ne va pas pouvoir parler de ça correctement sans être pris pour ce qu'on est peut-être. Autrement dit, la discussion va tourner à culpabiliser des personnes pourtant bien intentionnées, sous pretexte qu'elles ont des réflexes ou des tournures de phrase conditionnées, etc, ce qui fera beaucoup de mal à tout le monde, et aucun bien à la cause.

Ben... je trouve pas plus mal de se rendre compte de ses propres gaps, comment faire du chemin sans ça? On les a de toute façon, alors autant en faire quelque chose.
Pour la question des expressions conditionnées, oui, je les pourchasse pour les démonter; mais sans en avoir après les auteurs, par contre, c'est là où je remarque que le bât blesse souvent; mais critiquer un propos n'est pas une critique de la personne, ni forcément négatif.
Décortiquer un slogan, une injonction, un truc qui est assez percutant pour faire bouger des choses, mais qui a son revers de médaille enfermant aussi, c'est pour moi inciter à plus de liberté intérieure sur le sujet. Et 12 femmes libres dans leur tête font autant je pense, sinon plus qu'un mouvement qui dérive souvent dans sa revendication de liberté, ne voyant l'oppresseur qu'en dehors, alors qu'il se cache en effet en-dedans.

Par exemple, le clan de sages-femmes que j'ai connu est protectionniste, subtilement dénigrant pour les hommes qui essaient de s'y faire une place, et lamine souvent les filles qui veulent s'y insérer, leur imposant un moule et la force de son protectorat: tu fais comme nous, ou tu t'en vas. Comme ça, on ne peut être que dehors ou dedans, sans nuances, un peu comme à l'armée où il n'est pas permis de discuter des ordres.

La liberté de causer, c'est comme le brainstorming, tout même ce qui a l'air d'une connerie est le bienvenu, car c'est un trampoline à inventer... encore plus de liberté et de conscience.


... je n'ai rien à faire du féminisme.

Non pas que je le trouve néfaste (quoique), non pas que je le trouve inutile, mais parce que le féminisme est une guerre et que je n'aime pas la guerre, car dans une guerre, il n'y a que des perdants, et que je n'ai pas envie de perdre.

Et moi je n'ai envie ni de perdre, ni de gagner, c'est amer comme victoire, d'écraser quelqu'un. Dans ma deuxième formation, le jour où j'ai entendu parler de "Gagnant/gagnant" mes oreilles ont grandi de trois centimètres et acquis une mobilité féline. Négocier sur un terrain marketing, si on le transpose au terrain des relations humaines, ça veut dire parler, parler et parler encore, mais aussi écouter, demander des précisions, calmer le jeu des trucs qui nous hérissent en-dedans en cherchant à désamorcer les petites bombes que nos parcours respectifs nous font balader en arsenal portatif.


Pour moi, le polyamour n'est pas une guerre, et ne doit pas le devenir, donc je ne souhaite pas qu'il devienne féministe, par contre, j'ai la certitude profonde que toute femme, qu'elle qu'elle soit, à quelque chose à gagner à devenir polyamoureuse pour Eric, libre pour Clémentine, non seulement sur le plan personnel, mais également en tant que femme sur le plan de l'égalité avec l'homme.

Ouais, comme ça, ça commence à devenir pas mal. Etre polyamoureux, on peut l'être de manière tellement différente, c'est d'ailleurs pour ça que ça s'appelle comme ça. Les détails c'est personnel, ou ça se discute en privé, on ne fait jamais que tenter de s'ajuster les uns aux autres en termes de souhaits, désirs, envies... pour voir si on a envie de continuer ensemble, ou pas, ou comment, sur la durée, la reprise, en épisodes, en famille; en couple, trouple, quadrouple, par-devant ou par-derrière, épilé ou touffu, en harmonie ou en dispute, tout ça bouge tout le temps. Etre polyamoureux, ça pourrait être ça, juste ça: être prêt pour affronter l'inconnu des relations?

Message modifié par son auteur il y a 12 ans.

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lam

le lundi 12 avril 2010 à 09h52

Lilie
Ce qui est étrange avec le mot féminisme, c'est qu'il est connoté d'une certaine violence : combat, oppression, lutte etc.

Il y a un coté qui fait peur dans le féminisme, je crois. Qui fait peur à la société d'aujourd'hui. Aux hommes de perdre un statut, aux femmes d'être culpabilisées de n'être pas plus fortes...

Mais c'est peut-être de la méconnaissance du mouvement simplement.

(+)

Bon, le mot Feminisme est galvaudé. Il évoque trop de choses différentes dans l'imaginaire de chacun-e.

Dans certains contextes je peux dire que je suis féministe et être comprise, mais la plupart du temps j'aime aborder les sujets liés sans forcément étiqueter la pensée, surtout avec un terme aussi polémique.
Tant qu'à nommer je trouve que antisexisme parle mieux, et passe mieux.

Je trouve ce fil très pertinent pour discuter de notre conditionnement patriarcal à tou-te-s, et pas seulement les effets sur les femmes.
Ces dernières, en tant que groupe ont par défaut un rôle de victime qui à mon avis a conditionné la remise en question des "normes culturelles" par les féministes (rendons leur hommage :-) ) mais je trouve l'approche biaisée au jour d'aujourd'hui, et les courants masculinistes ont le mérite d'exister mais se positionnent souvent en opposition au féminisme.
Et si on arrivait à réfléchir sans pré-requis de clivage ou de "mouvement" ou de clan?

On peut se prendre le chou sur la sémantique, sur ce que le mot féminisme évoque, mais je vous avoue que ces discussions j'ai l'impression de les avoir déjà eues, et je ne les trouve pas spécialement productives au niveau des idées et de la pratique.

Boucledoux
L'autre aspect sur lequel je voudrais insister c'est que les inégalités de genre imprègnent tous les rapports sociaux, y compris (surtout !) les rapports amoureux (au moins hétéro mais les autres aussi ?) et la construction de nos sentiments les plus intimes.

Je considère que ces divisions sont entièrement des constructions sociales mais cela n'empêche pas qu'elles nous construisent nous même au plus profond de ce que nous sommes les un-e-s et les autres. Je pense que nier leur influence (sur le mode post-féministe de « mais non, tout ça maintenant c'est dépassé, ce ne sont que des reliquats et sur le fond tout va bien » voire du masculinisme qui prétend opposer une oppression spécifique des hommes à celle des femmes en les mettant sur le même plan) c'est au contraire se mettre dans la voie de reproduire ces normes et ces oppressions sous une forme nouvelle. C'est d'ailleurs exactement le travers qu'à pris la libération sexuelle des années 70, libération surtout pour les hommes hétérosexuels, avant d'être récupérée par la marchandisation du sexe de ces dernières années.

Complètement en phase avec le constat, et du coup je me demande comment mettre en place des germes de déconstruction de ce conditionnement.

Le polyamour est-il antisexiste?

En pratique comment mettre, comment mettez-vous en application le postulat d'égalité femme-homme du polyamour?

Message modifié par son auteur il y a 12 ans.

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(compte clôturé)

le lundi 12 avril 2010 à 10h10

(Va pour le polyamour antisexiste, antigenre)

Comment je fais en pratique...

En mettant en place un postulat d'égalité femme-homme sur tous les plans. Au quotidien, ça veut dire me laisser libre d'être sans me préoccuper de savoir si je parais assez femme (je suis femme, sans aucun doute et à ma manière), et aussi, quand j'échange avec des enfants, à me surveiller pour ne pas instiller de considérations ou avoir des comportements stéréotypés. Et à ne rater aucun poncif ou lieu-commun.

Dans mes relations avec le sexe opposé, ça me joue des tours sur le registre sentimental, car ça évacue le côté séducteur... ça m'a longtemps déchirée: avec mes hommes, le besoin d'amour nous a parfois conduits à jouer d'autres rôles que nos parties, et quand les cartes s'abattaient finalement, tout le monde avait le sentiment de s'être fait blouser.

A présent, quand je noue une relation, c'est par envie et non pas par besoin, car j'ai appris à m'aimer un peu mieux, à ne pas dépendre de l'image que je peux donner (et qui appartient finalement à qui se construit cette image-là de moi); à ce moment je sais que cette relation a plus de valeur intrinsèque, car j'ai fait attention à dissiper le plus possible de malentendus... et qu'elle peut prendre de multiples visages, du coup.

Message modifié par son auteur il y a 12 ans.

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lam

le lundi 12 avril 2010 à 10h11

Clementine
Etre polyamoureux, on peut l'être de manière tellement différente, c'est d'ailleurs pour ça que ça s'appelle comme ça.
(...)
Etre polyamoureux, ça pourrait être ça, juste ça : être prêt pour affronter l'inconnu des relations ?

Je suis d'accord avec tes définitions, mais je crois que féministe-antisexiste ou pas, dans la société actuelle, on peut difficilement faire l'impasse sur la question du genre dans nos relations - amoureuses ou familiales comme tu l'évoquais, ou amicales, ou professionnelles, ou autres...

PS: je suis aussi d'accord sur le fait qu'il y a pas mal de féministes qui sont sexistes dans leur rapport aux hommes, mais comme dit Françoise Simpère les lutines sont des féministes qui ont arrêté d'en vouloir à la moitié de l'humanité ;-)

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(compte clôturé)

le lundi 12 avril 2010 à 10h17

Faire l'impasse, certes pas! Mais c'est comme pour tout autre problématique: si on accepte que ça n'a pas forcément de solution, alors, on cesse de chercher car ce n'est pas un problème (tiens, revoilà les Shadocks).

Du coup, on peut reporter son attention sur ce qui fait que les choses sont ainsi. Avant de traiter une maladie efficacement si possible, faut poser un diagnostic.

Bref... en acquérant plus de conscience sur le cheminement personnel, l'héritage des genres dont il faut se déculpabiliser aussi, les petites phrases assassines du quotidien l'air de rien, les familles mind-fucking (qui en a une qui lui convient à 100%?)... c'est pas mal de boulot.

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Profil

lam

le lundi 12 avril 2010 à 11h15

Clementine

Du coup, on peut reporter son attention sur ce qui fait que les choses sont ainsi. Avant de traiter une maladie efficacement si possible, faut poser un diagnostic.

Oui, c'est pour cela que parler de situations concrètes ça aide, parce que là on peut envisager des solutions.
Question diagnostic de situations, pour moi, la question du conditionnement genré revient souvent dans les causes profondes des problèmes relationnels rencontrés.

Aller, j'y vais sur un exemple actuel pour moi: j'ai du mal à affirmer mes opinions sur certains sujets avec mon compagnon (compagnon historique, relation mono dans ses 6 premières années transition vers le poly actuelle et difficile), alors que pourtant sur la question grande gueule je ne suis pas la dernière.

Ce ne sont pas les idées et positionnements antisexistes qui manquent mais pourtant il y a des sujets où je ne pose pas forcément le poing sur la table, autrement dit où je n'insiste pas pour être entendue alors que ça le mérite, et le polyamour en fait partie.

Le fait que je ne sois pas bien entendue est surement lié à ma manière d'exprimer les choses qui est parfois trop consensuelle (pour pas vexer, bloquer...) et aussi à sa manière d'écouter et prendre en compte ce que j'ai à dire. Bref, on a bien intériorisé certains schémas de fonctionnements et malgré notre soi-disant réflexion et ouverture d'esprit on retombe en plein dans le schéma classique du conditionnement dominant/dominé.

Déjà bien de s'en rendre compte mais pas facile d'en sortir....

"Les femmes tenant un discours politique violemment en rejet de ce genre de comportement, et qui sont farouchement contre le sexisme, n'en sont pas pour autant libérées de leurs conditionnements de soumission."

(extrait d'un article: Le sexisme dans les organisations libertaires , les mécanismes décrits s'appliquent à beaucoup de situations relationnelles)

Message modifié par son auteur il y a 12 ans.

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(compte clôturé)

le lundi 12 avril 2010 à 11h48

Exactement ça. Le quotidien est plein de pièges qu'on est déjà content de repérer!

Allez, j'en ressers une couche, mais l'apprentissage du dialogue de couple en 12 séances, plein de gens reviennent m'en parler ces temps-ci, et en bien. Ceux qui ne sont plus en couple après ça me disent qu'en fait, ils n'arrivaient pas à se séparer, et que ça leur a permis de le faire... en se disant des choses essentielles.

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ERIC_48

le lundi 12 avril 2010 à 13h06

Clementine
Libre pour Clémentine

Dans ma tête, il va de soi qu'une femme polyamoureuse est libre, mais c'est vrai que je n'ai pas vérifié que tout le monde était d'accord avec ça.

Par contre, je préfère parler de polyamour que de liberté. Le mot "liberté" ressemble au mot "féminisme', il est dirigé contre quelque chose ou contre quelqu'un, et ça le rend imparfait. C'est à dire qu'il peut servir à sortir de quelque chose d'oppressant, mais pas à entrer dans l'avenir, donc le risque c'est qu'une fois sorti, tu retombe dedans parce que tu aime bien en sortir. Une sorte de libération à répétition. Par exemple, si tu es experte dans l'activité de "s'échapper de prison", tu peux te permettre d'aimer la prison car tu as le plaisir d'en sortir. C'est pourquoi l'on trouve souvent des femmes féministes aux prises avec les pires machos.

Une fois que t'es libre, que fait tu de ta liberté, là est la question de l'avenir ?
Et il me semble que l'amour nous donne un bon cap.
L'amour et la liberté, si ce n'est pas le polyamour, qu'est ce que c'est ?
Ce n'est pas parce qu'on n'entend pas le mot liberté dans polyamour qu'il n'y en a pas.

Lorsqu'on a trouvé le chemin à grands frais, je pense que mettre un panneau de direction pour aider les autres à le trouver plus vite, ne fait pas trop de mal à la liberté.

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ERIC_48

le lundi 12 avril 2010 à 13h10

lam
En pratique comment mettre, comment mettez-vous en application le postulat d'égalité femme-homme du polyamour ?

En pratique, je ne m'en occupe pas, ça évite de faire des bêtises, et c'est déjà pas si mal que ça. Car l'égalité homme femme n'est pas un but, mais une évidence, un truc à respecter sans se poser de question. Moi, en tant qu'homme j'ai le droit de faire la vaisselle, le ménage, et la lessive, donc mes copines aussi.

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Junon

le lundi 12 avril 2010 à 13h15

En pratique?
Nul ne s'interdit quoi que ce soit dans notre trouple pour des "raisons "de genre. "Mes" hommes pleurent autant que je bois de la bière en me grattant les parties devant un jeu vidéo avec zombies et armes lourdes. Je caricature mais je crois bien que pas une fois avec eux, je ne me suis sentie obligée de faire quelque chose" par nature". Et c'est heureux parce que je ne supporterai en aucun cas de subir ce que ma propre mère a subi, à savoir materner un homme incapable de faire quoi que ce soit de ses 10 doigts durant 25 ans.
Mon père étant désormais à la maison tandis que ma mère travaille, il a bien été forcé de se réveiller et c'est tant mieux. Mais jamais je n'aurais attendu si longtemps!

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Boucledoux

le lundi 12 avril 2010 à 14h44

Beaucoup beaucoup beaucoup de choses à répondre sur beaucoup beaucoup beaucoup d'aspect... bon, pour commencer...

les problèmes sont individuels donc c'est individuellement qu'il faut poser les questions un mouvement collectif, c'est enfermant, c'est sale, c'est pas beau et c'est pour les veaux qui suivent le troupeau

Ce qui est sur, évidemment, c'est que tout mouvement de libération doit commencer et partir des ressentis intimes de ceux et celles qui sont victimes concrètement de l'oppression. C'est pour ça d'ailleurs que les premières formes du mouvement des femmes renaissant à la fin des années 60, ça a été été des groupes de parole qui permettaient d'exprimer collectivement ce ressenti et de le mettre au coeur de ce que le mouvement des femmes avait à dire.

Mais c'est justement comme ça qu'on découvre que les ressentis individuels ne sont pas... individuels mais qu'ils expriment une réalité collective sociale, un système politique qui organise la société toute entière et imprègne nos sentiments, nos constructions intimes internes etc... Heureusement, c'est comme ça aussi qu'on découvre que ce qu'on pensait être un problème individuel, particulier, donc insurmontable, est une question sociale, politique qui peut être abordée et discutée politiquement et collectivement.

Opposer l'individuel et le collectif, le ressenti et le mouvement, c'est dépolitiser les questions du sexisme et d'une part renvoyer chacune dans son chez soi sans possibilité de réponse collective, d'autre part, c'est dédouaner à bon compte de sa responsabilité une société faite, dirigée et contrôlée par les hommes qui, eux, même sans le dire sous cette forme, s'entendent très bien pour maintenir cette domination et leurs privilèges.

J'ajoute d'ailleurs qu'à une minuscule petite échelle, c'est d'ailleurs exactement ce que nous faisons ici. En discutant collectivement de ce qui était jusqu'à aujourd'hui un problème individuel (je suis un-e extra-terrestre, je dois être pas normal) nous en faisons un problème politique (ça existe, ça remet en cause un certain nombre de norme évidente dans cette société monogame, il faut en imposer la visibilité pour faire sauter les contraintes qui pèse sur nous). Pour faire bref, le vieux slogan féministe : "le privé est politique" !

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(compte clôturé)

le lundi 12 avril 2010 à 14h58

ERIC_48
Dans ma tête, il va de soi qu'une femme polyamoureuse est libre, mais c'est vrai que je n'ai pas vérifié que tout le monde était d'accord avec ça.

Par contre, [... ] ne fait pas trop de mal à la liberté.

Toutes les femmes libres ne sont pas polyamoureuses, pour moi, formulé ainsi, ton message est suspect dans le sens qu'il me rappelle le truc des années 70, "tu couches pas, donc t'es pas libérée". Confondre polyamour et liberté, je ne vois pas où ça peut se faire; ça se superpose peut-être en certaines circonstances... Mais décréter en filigrane qu'une mono n'est pas libre, ça ne colle pas.

La liberté est un processus continuel, si on ne se tolère pas de retomber dans ses vieux travers bien qu'on les ait repérés, de quelle indulgence se pense-t-on digne? Aucune, on ne fait que se flageller d'être aussi connement humain.

Or en cas de fatigue, de moindre résistance, on a tendance, souvent, à se raccrocher à ce qu'on connaît bien parce qu'on l'a souvent traversé et surmonté: nos erreurs. Et voilà pourquoi y retomber est fréquent, et pas si grave en somme: en relativisant le phénomène à un signal de fatigue ou qu'on est en train de passer ses limites, on le retraverse... et c'est pas grave. On apprend de mieux en mieux et de plus en plus vite à s'envoyer le signal d'alarme "protège-toi".

Et je pense que chacun trouve sa direction et sa liberté, et que croire que tout le monde doit faire comme nous parce que ça a marché... ben c'est risqué, pour soi, pour le dialogue en général, pour les relations amoureuses elles-mêmes... ça sent Big Brother, le Novlangue et la police de la pensée.

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(compte clôturé)

le lundi 12 avril 2010 à 15h01

Boucledoux
Pour faire bref, le vieux slogan féministe : "le privé est politique" !

Non, résolument non, mon privé n'a pas à faire partie, contre mon gré, de la place publique. Ce que j'y mets, c'est parce que je l'ai décidé, pas parce qu'un mouvement politique ou autre l'a décidé.
Et ce slogan sorti de la bouche de Ulrike Meinhof, de sinistre mémoire (Rote Armee Fraktion, guérilla urbaine des années de plomb, mouvement terroriste... y'a mieux comme référence) dans les années 70, en plus ! Faut passer plus loin... on est 40 ans plus tard.

Message modifié par son auteur il y a 12 ans.

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Boucledoux

le lundi 12 avril 2010 à 15h02

féminisme ou sexisme ou antigenre ou peut on contester les normes de genre sans déplaire à personne ?

Ca me semble tout à fait problématique de vouloir poser le problème du genre et du sexisme sans partir de sa réalité concrète et de son fondement, un système d'oppression, le patriarcat par rapport auquel l'humanité n'est pas tout à fait également repartie. Il se trouve qu'une moitié en profite, se trouve en position dominante, et j'insiste, que chaque individu personnellement en profite, qu'il le veuille ou non, et qu'une autre moitié s'y trouve en position dominée.

C'est une réalité un peu dure et désagréable à entendre, essentiellement pour ces messieurs ? ben oui...

Ca veut dire que tous les hommes sont également des salauds et qu'il n'y a rien à en tirer ? Ben non, d'ailleurs sinon, moi... bon, bref.

Mais ça veut dire que se poser la question du sexisme, surtout quand on est un mec sans commencer par cette remise en cause là, c'est en réalité se mettre en position de ... ne rien remettre en cause justement.

Ca veut dire aussi que je suis anti-sexiste ET féministe et que je pense profondément qu'on ne peut pas séparer questions de genre, sexisme et féminisme.

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(compte clôturé)

le lundi 12 avril 2010 à 15h11

Par contre on peut passer plus loin, en cessant de répéter de vieux refrains moulus, et en regardant à quoi nous mènent les prises de conscience. Ca sert à quoi de ne pas profiter des erreurs pour aller plus loin?

Revendiquer, oui, c'est bien, dénoncer, aussi. Mais colorer le nécessaire rééquilibrage de tout ça avec la richesse des expériences qu'on en tire, ça c'est recevoir les intérêts de tout ce qui a été dit. Et n'est pas à redire comme une conjuration obsessionnelle pour empêcher autrui de parler, mais comme un mantra, pour se rappeler d'avancer.

Oui, rien n'est gagné. Mais oui aussi à aller de l'avant.

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Boucledoux

le lundi 12 avril 2010 à 15h23

Clementine
Non, résolument non, mon privé n'a pas à faire partie, contre mon gré, de la place publique. Ce que j'y mets, c'est parce que je l'ai décidé, pas parce qu'un mouvement politique ou autre l'a décidé.
Et ce slogan sorti de la bouche de Ulrike Meinhof, de sinistre mémoire (Rote Armee Fraktion, guérilla urbaine des années de plomb, mouvement terroriste... y'a mieux comme référence) dans les années 70, en plus ! Faut passer plus loin... on est 40 ans plus tard.

Message modifié par son auteur il y a quelques instants.

mmmmh, rassure toi Clémentine, je crois qu'il ne s'agissait pas d'obliger chacune et chacun à danser nu sur la place publique sous la menace des flingues de la RAF, plutôt de mettre en avant l'idée que ce qui nous construit y compris intimement et la sphère privée dans laquelle les femmes sont traditionnellement enfermée sont des réalités qui n'ont rien de naturel et donné mais sont des constructions sociales donc des éléments politiques sur lesquels on peut agir politiquement.

Quand au slogan, il est tout à fait possible que Meinhof l'ai utilisé à un moment ou un autre mais l'origine en est bien le mouvement féministe... et 40 ans plus tard, il garde toute sa pertinence et toute sa force !

Message modifié par son auteur il y a 12 ans.

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(compte clôturé)

le lundi 12 avril 2010 à 16h01

Ben pas pour tout le monde, et les slogans en général, ça me donne la gerbe. Tout ce qui se veut fédérateur contre un supposé ennemi, quoi.

Et pour Meinhof... c'est elle qui l'a dit, et pas longtemps avant de se lancer dans la RAF. Mais l'anecdote est secondaire: l'idée derrière ce que je dis, c'est qu'il faut se méfier de certains discours radicaux, qui entachent de suspicion les combats les plus justes (Arbeit macht frei, et Cie...).

Le féminisme nous hérisse, Eric et moi, pour les mêmes raisons semble-t-il. Cette histoire de répartir les gens en camps pour/contre, de désigner des victimes et des oppresseurs, ça n'a pas de sens dès qu'on capte qu'on peut être son propre bourreau. C'est pourquoi je préfère nettement les discours individuels humbles, parlant de leurs expériences propres, qui reconnaissent leurs erreurs, s'avouent humains, quoi. Et participants plutôt que bénéficiaires d'une avancée sociale.

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