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[Outil] Le spectre de l'amour

Politique
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artichaut

le dimanche 25 janvier 2026 à 12h54

J'aimerais bien dessiner un spectre pour décrire différentes formes d'amour. Ça vous dit d'essayer ?

Un peu comme le spectre des relations amoureuses, mais dédié à l'amour et non aux 'relations amoureuses'.
Pour y faire figurer différentes d'amours et d'amitiés entre autre.

Et pour ré-actualiser la pensée grecque sur la question. La mettre au goût du jour, lui intégrer les apports de la modernité, etc.

——
Voir aussi :
- [Lexique] Amour(s)
- Amitié — définition(s) — et Revalorisons l'amitié, les amitiés, le lien dit amical
- Le spectre des relations amoureuses de Kirstin Rohwer.
- Le spectre de la monogamie.
- Les 7 degrés de l'amour.
- Carte du tendre, XVIIe siècle
- La Carte des sortes de non-monogamies
- Les outils pour relations non-normées.

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artichaut

le dimanche 25 janvier 2026 à 13h26

Je vais déjà poser en vrac des notions, des concepts, pour voir si on peut en tirer quelque chose (y compris des choses sans doute qui ne sont pas de l'amour)

- l'amour-amoureux
- le romantisme (du XIXe siècle, et éventuellement son ré-emploi contemporain)
- l'amour passion
- l'amour courtois
- l'amour Disney

- l'amour-amitié
- l'amitié
- l'amour platonique
- la camaraderie
- les copains d'abord (en réf' à Brassens)
- les potes
- les copaines

- le sexe ou l'amour sexuel
- le désir

- la parentalité (dans les deux sens, être parent de ou enfant de)
- la famille

- l'altruisme
- l'empathie
- l'amour spirituel (ou amour divin)

- l'amour de soi
- le narcissisme
- l'ego

- la dépendance affective
- l'amour pathologie
- l'amour possessif
- l'amour obsessionnel
- la NRE
- la souffrance
- le meutre "passionnel"
- l'amour-pouvoir, l'amour de puissance
- la jalousie
- la compersion

- l'amour hétéro
- l'amour du même, ou l'homo-amour
- l'amour bi, pan…
- l'amour universel

- le couple
- le mariage
- le polyamour
- l'anarel
- la polygamie
- la monogamie
- l'amour hiérarchique ou préférentiel
- l'âme-soeur
- les duos et binômes
- l'amour complice
- l'amour politique ('il n'y a d'amitié que politique')

- la tendresse
- l'amour-tendresse ou amour-tendre

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artichaut

le dimanche 25 janvier 2026 à 13h41

Théorie triangulaire de l'amour de Robert Sternberg.
(wikipédia)

le triangle propose les amours suivantes :

passion = amour fou
intimité = amitié
engagement = amour vide

passion + intimité = amour romantique
intimité + engagement = amour-amitié
engagement + passion = amour-admiration

passion + intimité + engagement = amour accompli


et Wikipédia propose les formes suivantes :
- Le non-amour
- L'appréciation
- L'amour entiché
- L'amour de compagnie
- L'amour stupide
- L'amour consommé

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Alabama

le lundi 26 janvier 2026 à 10h34

Je me suis pas mal questionnée ces deux dernières années sur mes différentes relations, ce que j'y vis, ce j'y ressens. Ça partait de mes frustrations et de mon sentiment de solitude à la base. Comprendre pourquoi je me sens seule en ayant pourtant des "amies" au sens classique du terme, pourquoi ça ne me suffisait pas, comment me sentir mieux là-dedans, vivre mieux ma solitude etc...

De ce fait, j'ai identifié différents types de relations, et qui sont souvent reliées à la manière dont les personnes de la relation voient elles-mêmes les relations, quelles cases elles utilisent, etc, ce qui va définir les contours des relations possibles.

1. Il y a des personnes avec qui je partage une grande "intimité intellectuelle", un mélange de partage d'émotions et d'analyse de soi et des relations. Ces relations ne sont pas forcément proches géographiquement. Ce sont des relations où la méta-discussion est possible (échanger ensemble sur la qualité de notre lien). Il peut y avoir un engagement nommé, ou non, mais je perçois une solidité du lien, une volonté forte de chaque côté d'aller vers l'autre et de nourrir la relation. Elles me nourrissent sur le plan de :
- l'intimité
- l'émulation intellectuelle
- le sentiment d'être une personne aimable (si quelqu'une me fait suffisamment confiance pour me dire ses difficultés, ses vulnérabilités, ses doutes alors c'est que je suis quelqu'une qui en est digne à ses yeux)

Dans ce groupe de personnes, il y a des personnes que j'ai vues seulement 2 fois dans ma vie "en réel", il y a une personne de ma famille, une ami-moureuse platonique, mon amoureux. Ce sont les relations avec lesquelles j'aurais le plus grand sentiment de perte en cas de rupture, car ce sont les personnes avec qui j'exprime librement tout ce que je suis (ce qui ne veut pas dire que je partage exactement les mêmes choses avec chacun·e mais simplement que je n'ai pas honte de grand-chose avec ces personnes).

Je pourrais nommer cela : amour-intimité, amour-complice

2. Ensuite, il y a des amitiés où je ne partage pas ce degré d'intimité et où il y a très peu de méta-discussion. Ces personnes sont plutôt proches géographiquement (il y a quelques exceptions), il n'y a pas vraiment d'engagement particulier même si l'entraide y est très présente. Nous partageons des valeurs communes. Ces relations nourrissent chez moi :
- le besoin de chaleur humaine/communauté
- le besoin de moments joyeux
- le besoin de soutien matériel au quotidien
Je dirais que ce sont mes relations "cocon douillet". Il n'y a pas d'échanges aussi profonds qu'avec les relations précédemment citées. Et ce sont des personnes qui cloisonnent amitié/couple, le couple étant prioritaire sur le reste. L'amitié et le couple ont chacun leurs codes, leurs lois et leur cadre. Ceci n'est pas forcément absent du groupe 1, mais je ne le ressens pas.

Ce sont des personnes avec qui je peux "faire communauté", je fais partie d'un genre de "réseau amical", qui au quotidien fait que je ne suis pas isolée, que si j'ai un problème je peux demander de l'aide. Ces liens de communauté sont en train de se renforcer car nous avons carrément mis en place un groupe formel qui se réunit régulièrement.

Perdre une relation individuelle dans ce contexte, n'est pas aussi douloureux que dans le groupe 1. C'est perdre le collectif qui serait très douloureux. Mon lien au groupe est plus fort que mon lien à chacune des personnes du groupe.

Je mettrais bien dessus le mot : amour-communautaire

Il y a d'autres catégories, mais je reviendrai plus tard pour compléter.

Message modifié par son auteur il y a 4 jours.

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artichaut

le lundi 26 janvier 2026 à 11h58

merci déjà pour ces deux catégories.

je trouve étonnant que les relations du groupe 2 soit +"cocon douillet" que celles du groupe 1. j'imaginerai le contraire pour moi.

Alabama
Perdre une relation individuelle dans ce contexte, n'est pas aussi douloureux que dans le groupe 1. C'est perdre le collectif qui serait très douloureux. Mon lien au groupe est plus fort que mon lien à chacune des personnes du groupe.

est-ce qu'on pourrais dire que les personnes du groupe 1 sont comme des collectifs à elle toute seule ?

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Lili-Lutine

le lundi 26 janvier 2026 à 13h18

Je lis vos propositions comme des cartographies très fines mais ce qui me manque, moi , c’est le sol sous les cartes

Dans mon vécu , l’amour n’est pas d’abord une forme ni un type, ni même une relation, c’est un état du corps et du lien

Il y a des amours qui m’ouvrent et d’autres qui me contractent
Des amours qui m’augmentent et d’autres qui me font rapetisser

Alors si je devais parler de spectre, ce ne serait pas un spectre des "formes d’amour" mais un spectre des effets du lien sur le vivant

Par exemple :

Il y a des liens qui me donnent plus de souffle où mon système nerveux se détend où je me sens autorisée à être lente, fragile , mouvante

Et il y a des liens qui m’activent en permanence où je suis en vigilance où mon corps se raidit où je dois m’adapter, me contenir , me sur-réguler

Extérieurement, ces deux liens peuvent s’appeler "amitié" , "amour", "relation" , "partenaire" , "famille" etc. mais intérieurement, en moi , ils n’ont rien à voir

Ce que j’appellerais peut-être mon spectre à moi, ce serait ceci :

Entre des liens qui nourrissent ma sécurité intérieure ET des liens qui m’obligent à survivre

Et ce curseur-là peut bouger au fil du temps, le même lien peut glisser d’un côté ou de l’autre

C’est là que je me sens en décalage avec certaines définitions "classiques" de l’amour de soi
Quand je dois me "prioriser" , me retirer, poser des limites dures, couper, je ne me sens pas dans l’amour de moi, je me sens dans la sauvegarde de moi

Ce n’est pas de l’amour
c’est de la protection
c’est de la sortie de danger
c’est de la réparation tardive

Et ça change beaucoup la manière dont je regarde le spectre des liens

Pour moi, un amour n’est pas défini par sa forme ni par son intensité ni par son statut mais par cette question simple :

Est-ce que ce lien m’aide à rester vivante OU est-ce qu’il m’aide juste à tenir ?

Et peut-être que le spectre pourrait aussi se lire ainsi:

• des liens qui m’habitent
• des liens qui me traversent
• des liens qui me coûtent
• des liens qui me réparent

Non pas comme catégories fixes mais comme des climats relationnels

Pour moi, c’est là que l’amour devient politique, quand on cesse de le définir par ses formes pour le regarder dans ses effets sur nos corps, nos libertés, nos possibles

Message modifié par son auteur il y a 4 jours.

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artichaut

le lundi 26 janvier 2026 à 14h34

merci pour vos réponses.

je trouve ce fil passionnant, et je suis ravi de l'avoir ouvert.

des réfléxions sur un autre fil me fait penser qu'il y a peut-être un amour-miroir, ou un amour-réciproque

un amour qui ne peut exister que réciproquement
je n'aime l'autre que si l'autre m'aime (et me le montre)
s'iel cesse de m'aimer, je cesse de l'aimer
et réciproquement

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Aki

le lundi 26 janvier 2026 à 15h59

L'amour-réciproque, je ne connais que trop bien, malheureusement. :-/
C'est un amour conditionnel (parfois lié au désir).

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artichaut

le lundi 26 janvier 2026 à 16h27

Aki
L'amour-réciproque, je ne connais que trop bien, malheureusement. :-/
C'est un amour conditionnel (parfois lié au désir).

ah oui, amour-conditionnel, c'est encore +large (et pas forcément réciproque).
amour lié à certaines conditions. si les conditions ne sont pas ou plu remplies, l'amour disparaît.

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Allyah148

le lundi 26 janvier 2026 à 19h36

Fil très intéressant alors je suis.

Très en phase avec l'intervention de Lili-Lutine, ça me parle complètement.

J'ai grandi dans un climat d ''amour" conditionnel et hiérarchique... Franchement je ne sais pas si on peut tout de même qualifier ça d'amour, avec du recul ça me semble plutôt être une forme de contrôle et de manipulation enrobée dans un joli paquet pour faire passer la pilule...

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amour-relation (invité)

le lundi 26 janvier 2026 à 22h30

Je pense, pour plus de clarté et de pertinence, qu'il faut distinguer :
- l'amour comme sentiment (ce que je ressens, comme sujet)
- l'amour comme type de relation (quelle relation nous vivons)

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Alabama

le mercredi 28 janvier 2026 à 19h14

artichaut
merci déjà pour ces deux catégories.

je trouve étonnant que les relations du groupe 2 soit +"cocon douillet" que celles du groupe 1. j'imaginerai le contraire pour moi.

Disons qu'en fait, dans les deux cas ça fait cocon. C'est juste pas le même. Je dirais que dans l'amour collectif, je suis moins impliquée dans les échanges, les conersations : on est en groupe, je peux me retirer en moi-même par moments, avoir des moments seule tout en étant pas seule (on en parlait dans le sujet sur la solitude). C'est ça qui fait cocon pour moi.

est-ce qu'on pourrais dire que les personnes du groupe 1 sont comme des collectifs à elle toute seule ?

Non pas du tout. Un individu ne peut absolument pas me donner la sensation du collectif, c'est juste antinomique. Dans une relation individuelle, si je perds le lien à la personne, ben y a rien qui le remplace. Dans le collectif, c'est plus mouvant : des personnes vont et viennent au gré du changement de la vie, des déménagements, des embrouilles entre les un·e·s ou les autres, mais le collectif n'est pas dépendant d'une ou deux personnes. Je ne parle pas d'un collectif style association formalisée, mais bien d'une communauté, d'un réseau de gens qui se connaissent plus ou moins bien.

amour-relation
Je pense, pour plus de clarté et de pertinence, qu'il faut distinguer :
- l'amour comme sentiment (ce que je ressens, comme sujet)
- l'amour comme type de relation (quelle relation nous vivons)

Oui d'accord avec ça, d'ailleurs on en parlait dans l'autre fil de discussion sur les relations.

Pour compléter :

3. Je ne suis pas bien sûr encore de savoir comment définir cette catégorie, et je remarque qu'elle est surtout liée à la famille. Ce sont des personnes avec qui je garde un lien parce qu'elles sont vulnérables, et que donc même si elles heurtent mes valeurs ou que leurs comportements me sont difficiles à supporter, je suis là en cas de nécessité.
Je dirais que ces liens-là, sont des liens à la fois imposés, et à la fois d'humanité.
Je pourrais appeler ça amour-solidaire ? C'est pas le plus fun, mais je dirais que c'est à cet endroit-là que l'amour est le plus désintéressé : je ne garde pas vraiment un lien pour ce que ça m'apporte, mais plutôt pour des raisons morales et humaines, et je n'attends (à ma connaissance) rien en retour.

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artichaut

le mercredi 28 janvier 2026 à 21h07

artichaut
est-ce qu'on pourrais dire que les personnes du groupe 1 sont comme des collectifs à elle toute seule ?

Alabama
Non pas du tout. Un individu ne peut absolument pas me donner la sensation du collectif, c'est juste antinomique. Dans une relation individuelle, si je perds le lien à la personne, ben y a rien qui le remplace.

Si on utilise cette métaphore (une relation à une personne = un collectif), alors perdre le lien à la personne serait l'équivalent de perdre le lien à tout le collectif. Et perde le lien (même temporairement) à une personne du collectif serait perdre le lien (même temporairement) à l'un des plans de la relation (puisque tu parlait que ces personnes du "groupe_1' te nourissaient sur plusieurs plans).
Mais soite, je comprends que ce soit antinomique pour toi. La comparaison métaphorique à de toute façon ses limites.

Peut-être je pensais à ma manière de composer comme en puzzle, mon réseau affectif, et qui peut se comparer à la manière dont certains monogames attendent tout d'une seule et même personne (ma relation idéale je la construit, et elle est continuellement mouvante, au lieu —comme en monogamie— d'attendre qu'elle me tombe dessus toute seule, devoir tout faire ensuite pour la garder, et lui faire porter beaucoup d'attentes).
Mais ce puzzle affectif n'est pas exactement la même chose que ce dont tu parle, en parlant de collectif.

Et du coup, on a peut-être une catégorie amour-puzzle.

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artichaut

le vendredi 30 janvier 2026 à 00h24

Lili-Lutine
Il y a des amours qui m’ouvrent et d’autres qui me contractent
Des amours qui m’augmentent et d’autres qui me font rapetisser

Alors si je devais parler de spectre, ce ne serait pas un spectre des "formes d’amour" mais un spectre des effets du lien sur le vivant

Par exemple :

Il y a des liens qui me donnent plus de souffle où mon système nerveux se détend où je me sens autorisée à être lente, fragile , mouvante

Et il y a des liens qui m’activent en permanence où je suis en vigilance où mon corps se raidit où je dois m’adapter, me contenir , me sur-réguler

Oui.
Et ça prend du temps de faire la part des choses, de se rendre compte de ce qui réellement nous fait du bien (et pas juste nous donne le sentiment temporaire d'être bien) et ce qui ne nous convient pas ou dont le rapport bénéfice/emmerdements est bien trop inégal pour que ça en vaille la peine.

Les injonctions nous incintent à rechercher/accepter des choses dont on n'a pas forcément besoin, voire même qui nous font du mal.
Et aussi nous brouillent le paysage et ne nous font rechercher certaines choses (dont par contre nous avons réellement besoin) que par des voies toutes tracées, mais qui en réalité ne nous conviennent pas, sans imaginer qu'on puisse faire autrement.

Ces voies, ont été élaborées et prônées au fil du temps pour convenir au +grand nombre, mais aussi pour maintenir les privilèges de certaines classes, la morale de telle autre classe, pour maintenir une "paix" sociale (en réalité une hiérarchie sociale, et une gouvernance sinon acceptable, du moins acceptée).

Ce monde est hiérarchique et nos amours le sont toutes pareilles.
Ce monde est régie par la propriété et nos amours sont possessives.
Ce monde est basé sur l'asservissement de certains humains au profit d'autres humains et nos sexualités peinent à être autre chose.

Alors oui il y a un sens politique à faire que chacun·e individuellement on puisse savoir et choisir ce qui nous convient, au delà des normes, au delà des injonctions ou de la morale.
Et sans doute qu'il y a aussi une dimension politique +vaste, +collective, à une échelle +grande qu'individuelle, pour rendre ce monde un peu moins injuste et violent.

Dessiner un spectre, c'est faire l'éloge de la diversité et de la pluralité des possibles.
Refuser certains modèles sociétaux qui fabriquent de l'exclusion, également. Ou qui maintiennent des privilèges.

On est loin du compte, très loin du compte.
Et on se démerde tant bien que mal au milieu de ce palais des glaces.
Le +souvent avec des outils qui ne sont pas les nôtres et qu'on nous a imposés.

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