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[Outil] Les termes "Kitchen-table-poly" et "Parallel-poly". Quid de ces termes ?

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artichaut

le lundi 14 septembre 2020 à 09h47

Les termes "Kitchen-table-poly" et "Parallel-poly" désigne en anglais des "styles de polyamour", selon que l'on est plutôt partisan·e d'un polyamour convivial ou cloisonné. Que penser de ces termes ?

Pour les définitions et propositions de traduction voir sur ce fil.

Hypatia from space les considèrent :

plutôt comme un continuum: Personne n’est 100 % kitchen-table-poly, ni 100 % parallel-poly. On se situe plutôt quelque part sur un spectre, avec une propension à préférer l’une ou l’autre des deux approches

Je voudrais ici réfléchir à ce qui se joue avec ces concepts. Et je me demande si le "Parallel-poly" ne serait pas finalement juste un schéma monogame dans nos relations dites « poly ».
Et du coup ça m'interroge même sur la pertinence de traduire ces termes là en français. Autrement dit peut-on vraiment parler de "polyamour parallèle" ("Parallel-poly") ?

Il ne s'agit pas tant de moraliser le polyamour et d'édicter ce qui en serait où n'en serait pas, que de mener une réflexion de fond sur ce qui sous-tend le Polyamour aussi bien que la Monogamie, de décortiquer la Monogamie pour voir comment elle opère en nous jusque dans ce que l'on pense comme nos déconstructions …bref d'aller juste un peu +loin et qui sait, trouver de nouveaux paradigmes, des renversements de points de vue, qui peut-être nous amèneraient à voir les choses complétement différemment.

J'ai tout à la fois envie de réfléchir à :
- En quoi ce "Parallel-poly" par le cloisonnement des relations et l'imposition du secret comme mode de fonctionnement peut être une manière de garder le contrôle et de ne pas… (ne pas vivre le polyamour, ne pas se mettre en jeu, ne pas se remettre en question, ne pas questionner ses privilèges, etc) ?
- En quoi l'invention même de ce terme ("Parallel-poly") pourrait être une manière de le séparer de son "contraire" (le "Kitchen-table-poly") ou une manière d'entériner l'existence d'un polyamour "parallèle" et donc de légitimer le cloisonnement comme une manière possible de vivre le polyamour ? (je me demande notamment d'où viennent ces termes, et par qui ont-ils été inventés)
- En quoi la notion même de "Parallel-poly" pourrait être contradictoire avec l'idée de polyamour …ou en quoi ça pourrait révéler une ligne de fracture au sein même de ce concept, possiblement vaseux, de « polyamour » et de sa "communauté" ?
- En quoi inversement le "Kitchen-table-poly" pourrait devenir une idéalisation d'un polyamour utopique ou politiquement correct ?
- En quoi ces deux termes seraient un outil (spectral) intéressant pour se situer dans la diversité-des-possibles-en-polyamour ou au contraire en quoi l'outil amène un biais et configure maladroitement tant l'approche que les perspectives-d'évolution au sein dudit « polyamour » ?
- etc.


___________
Voir aussi :
- le Lexique de polyamour.info.
- la réflexion Décortiquons la Monogamie, fil chantier, sept 2020.
- le fil qui recense les outils pour relations non-normées.

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Siestacorta

le lundi 14 septembre 2020 à 10h49

artichaut

Je voudrais ici réfléchir à ce qui se joue avec ces concepts. Et je me demande si le "Parallel-poly" ne serait pas finalement juste un schéma monogame dans nos relations dites «  poly ».

Sans doute, si on le considère juste comme une manœuvre évitante pour que chaque paire de partenaire vive sa relation dans une bulle privilégiée (double sens du terme).
Et c'est vrai que c'est le cadre où reproduire le passif normé sera la voie la plus facile.


Après :
- dans une culture mono, cette compartimentation est peut-être un espace de jeu nécessaire pour chercher les modus vivendi qui nous conviennent par rapport aux contraintes qu'on vient seulement de commencer de questionner.

- il n'y a pas d'un côté des vies à cuisine ouverte h24 (et on aka aller vers les phalanstères, l'individu c'est d'l'a mayrde, la communauté c'est le Bien) et de l'autre des relations don't ask-don't tell poly coupées des métas, dont la seule distinction avec l'adultère serait une conversation non-nominale sur les tiers faite après minuit plusieurs années auparavant. Il y a un éventail de comportements, d'ouverture et de cloisonnements.

- ce n'est pas spécifiquement mono d'avoir besoin d'une intimité protégée, où le tiers n'est ni oublié ni convié. C'est aussi une question de sensibilité sociale.

- il peut y avoir, dans une myriade, des relations kitchen et des relations compartimentées. Ca engendre des tensions spécifiques, mais ça aussi, ça peut se dialoguer en amont. Chaque demande peut avoir sa légitimité, et être ressentie comme aliénante pour chaque personne à qui on propose un cadre qui n'est pas celui où elle est heureuse.

- il y a aussi, dans la monogamie, des graines d'ouverture (indépendances sur l'emploi du temps, chambres et comptes séparés, choix de l'éducation des enfants, des lieux communs ou non, non-exclusivité très restreintes...).

En résumé, la norme amoureuse est mono, mais ça ne veut pas dire que tous les monos suivent la norme, donc que tous les poly ayant des comportements communs avec certains monos font plus de la monogamie que du PA. Ces termes sont plus des perspectives qu'un choix binaire entre deux cadres mutuellement excluants.

Message modifié par son auteur il y a 11 jours.

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artichaut

le lundi 14 septembre 2020 à 15h21

Merci @Siestacorta pour toutes ces nuances.


Cela-dit pour préciser (peut-être) ma pensée. De même que tou·te·s les polys ne fonctionnent pas pareil, de même tou·te·s les monos ne fonctionnent pas pareil. Et heureusement.

La Monogamie baille de partout.

Quand je dis schéma monogame je veux dire, un schème issu de la monogamie, qui sert celle-ci, la cautionne autant qu'elle la fait exister, qui peut permettre aussi se développant au sein du polyamour de perpétrer des formes de monogamie aménagée (réformiste si l'on préfère).

Ça ne veut pas dire que tou·te·s les monos fonctionnent ainsi.

Et ça ne veut même pas dire que ce serait en-soi, mieux ou moins bien (chacun·e son rapport à la pudeur, à la convivialité, au partage, etc). Juste que la Monogamie (au sens d'un système sociétal, non au sens d'une orientation relationnelle individuelle) en a fait un de ses credo. Et que par conséquent c'est devenu une norme. Un modèle de référence à partir duquel on se définit, y compris —même au sein des pratiques monogames— en écart et en opposition.

Il y a par exemple des homosexuel·les monogames, alors que pourtant l'hétérosexualité est clairement The schéma monogame par excellence.

Par besoin d'être poly pour (commencer à) déconstruire la Monogamie.
Et d'ailleurs les poly se croient peut-être trop facilement les seul·e·s à déconstruire la monogamie.

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artichaut

le lundi 14 septembre 2020 à 15h32

Le "but" du polyamour n'est pas de supprimer tous les schémas monogames mais de les questionner. On peut donc être poly ET hétéro.

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