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[Texte] L’Amour romantique : une construction patriarcale, Elisende Coladan, sept 2019

Romantisme
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artichaut

le mardi 24 septembre 2019 à 23h40

Suite à la mention de ce texte par @Lili-Lutine, j'ai eu envie de le mettre en valeur, en lui créant une page.

Nouveau Texte d'Elisende Coladan : L’Amour romantique : une construction patriarcale, sept 2019

Extrait :

Elisende Coladan
La première fois, il y a déjà plusieurs années, que j’ai entendu cette expression pour nommer la manière comment nous imaginons et vivons nos relations amoureuses, la présentant comme une construction culturelle, c’est dans les textes de Coral Herrera Gomez[1]. Ce fut une révélation, (…) La description de cette construction, ses mécanismes, ses effets et conséquences, son lien direct avec le processus de l’emprise, avec les violences machistes et conjugales, ainsi qu’avec les féminicides fait l’objet de nombreux ouvrages, ateliers et formations dans les pays hispanophones. C’est devenu un concept bien connu, qui a permis et permet que de très nombreuses femmes comprennent qu’il s’agit de comportements appris et non pas naturels, qu’elles prennent conscience de comment et pourquoi elles vivaient, au nom de l’amour, sous domination, acceptaient et subissaient des violences de toutes sortes, sans arriver à s’en sortir.
(…)
Je me rends compte que, lorsque j’en parle en France, régulièrement, seul le mot amour est retenu, comme si romantique allait de soi, y était intrinsèque. (…)
D’abord, j’ai pensé que c’était parce qu’il s’agissait une notion nouvelle, méconnue en France, fort peu reprise par les féministes francophones. Mais en y réfléchissant, je pense que cela va au-delà. Car comprendre ce que cela signifie, oblige à regarder nos relations amoureuses autrement, à voir comment se construit une manière de vivre les relations qui est totalement inégalitaire et aliénante. Comment en France, le romantisme est vu comme un aspect très positif de l’amour.

(c'est moi, artichaut, qui souligne)

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artichaut

le mercredi 25 septembre 2019 à 01h54

À la lecture de ce texte m'est venu à l'esprit que j'avais tendance, dans un contexte poly, à considérer comme une seule et même chose Amour et Romantisme.

Je m'explique.
Je n'ai jamais aimé ce terme de romantisme, dans un usage autre que désignant une période de l'histoire des arts au XIXe siècle.
Et pour moi l'amour romantique n'existe qu'au XIXe siècle et correspond à une exacerbation des sentiments jusqu'à la passion.
J'ai toujours eu tout à la fois un attrait et une répulsion pour cette période particulière. Attrait pour sa puissance intellectuelle de la nécessité intérieure. Répulsion pour sa dimension jusqu'auboutiste menant à une idéologie de la pureté et dans sa caricature au nazisme hitlérien.

Du coup, longtemps j'ai refusé ce terme associé à l'amour contemporain. Sans compter que dans les médias ou la culture dite "populaire" l'amour romantique est devenue une niaiserie faite de galanterie, couchers de soleil et autres jeux de séductions tous plus insipides les uns que les autres.

Pourtant, à force de traîner dans les milieux poly et féministes et surtout à force de lire de la web-littérature anglophone sur le sujet, j'ai fini par accepter que le terme romantisme, signifie "relation amoureuse" (au moins dans certains contextes ou milieux).
S'inspirant de l'anglais, il y a donc désormais les relations romantico-sexuelles (au lieu de amoureuses et sexuelles). Et l'on peut être a-romantique au même titre que l'on peut être a-sexuel·le.
Cet amalgame et référence à cette période du XIXe siècle m'ennuie. Mais comme dire "il est a-amoureux" (ou anamoureux) sonne mal, j'ai finis par m'habituer et l'utiliser moi-même parfois, au moins dans sa forme négative (a-romantique ou aro pour les intimes).

Alors qu'elle ne fut pas ma surprise de tomber sur cet article «  L’Amour romantique : une construction patriarcale » d'Elisende Coladan sur son site ! Car si Amour et Romantique sont une seule est même chose, quel est donc ce néo-pléonasme d'amour romantique ?!?

Et donc après lecture de l'article (et que je vous conseille) j'en viens à me demander si cette différence de perception entre l'Espagne et la France sur cette notion d'amour romantique qu'évoque Elisende Coladan dans son texte, n'est pas dû, au moins dans certains milieux, à une question de vocabulaire.
Et je serais curieux de savoir ce qu'il en est pour les pays anglophones.

Et j'avoue que je ne sais toujours pas ce que l'on entend en France par « amour romantique » : la passion exacerbée jusqu'à la mort ou la galanterie à l'eau de rose et les couchers de soleil. Ces deux choses me semblent tellement éloignées et même antynomiques.

En tout cas dans le(s) texte(s) d'Elisende Coladan c'est plutôt la passion (type NRE) et les "charmes de l’amour courtois à la française" (type culture du viol) dont il est question. Ou encore le script implicite et ultra-normé de comment est censée se passer une relation de type amoureuse et sexuelle (le fameux escalator, ou escalateur, relationnel).

Tout ça pour dire que je me sent à la fois +embrouillé et +éclairci qu'avant quant à ce terme de romantique pour désigner les relations amoureuses (voire sexuelles).

Et que après cette lecture j'aurais presqu'envie de me dire pro-Amour et aromantique à la fois. Et en tout cas définitivement+ polyamoureux que polyromantique.

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bonheur

le mercredi 25 septembre 2019 à 10h37

Je crois que c'est juste un mot pour qualifier un état. Et c'est certainement cela qui dérange. Une personne hyperémotive (terme que l'on peut remettre en question) fera une différence entre l'amour qui active la sexualité ET l'amour intérieur autre. Les deux sont intenses, mais différents. Juste, à une époque, on a nommé et accordé du crédit à un constat. Celui que je fais également. Ca ne me choque donc pas que l'on nomme "amour romantique". Juste on fait un distinguo entre deux types d'amour et on qualifie celui que l'on ressent. Et si les deux s'entremêlent, on indique celui privilégié.

Et puis, si on veut s'exprimer correctement, il faut bien qualifier. Moi, je précise en plus que ce n'est pas sexuel. Je suis obligée de le faire, faute d'être mal comprise. Et puis, les normes de la "courtoisie" ? Il s'agit juste de clarifié. A la base, le terme polyaffective me convient et se suffit à lui-même, sauf que comme pas grand monde connait…

Je me moque des périodes, à la fois de l'histoire, à la fois des NRE. Quand j'aime, et bien j'aime. Sauf que quand je m'implique dans une relation que je veux durable (donc au-delà de la NRE), et bien je me dois d'être honnête, sincère et authentique. Donc, m'exprimer de la façon la plus adaptée pour autrui.

Après, tu crois ou pas que l'on puisse conserver la passion de l'amour en soi. Je suppose qu'admettre les différences, si on ne les conçoit même pas, est compliqué. Tout comme l'amour sans sexualité partagée.

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artichaut

le mercredi 25 septembre 2019 à 11h28

Ce qui me plaît dans l'idée de nommer « l'amour romantique » (même si l'emploi du terme "romantique" ne me plaît pas), c'est d'isoler un type d'amour majoritaire et dominant pour n'en faire qu'une hypothèse parmi beaucoup d'autre.

« L'amour romantique » est devenu au fil du temps « l'Amour ». Remettons le à la place qu'il n'aurait jamais dû quitter.

C'est pareil que pour l'agriculture intensive, le cinéma industriel, l'architecture conventionnelle, etc. A chaque fois que le capitalisme et le christianisme se sont emparé d'une notion, ils ont voulu en faire quelque chose d'unique (comme leur Dieu). Remettre un peu de poly(théisme) dans tout ça ne fait pas de mal : il n'y a pas qu'une façon de faire, il y en a plein.

Donc « amour romantique » ou amour-pathos, amour-mania-pathé du grec (cf ce fil), ou tout simplement amour-passion ou passionnel, etc …voire amour-monogame, amour-escalator, amour-patriarcal, amour-possesif, amour-conte-de-fée, amour-Disney, amour-XXeSiècle ou autres…, l'important, +encore que le terme, c'est de savoir de quoi l'on parle : une forme d'amour qui se présente comme seule forme d'Amour possible, et qui charrie son lot de dogmatisme, de frustration et de violence patriarcale…

Et c'est ce qui me gêne dans certains discours « Contre l'amour », c'est qu'ils se trompent de cible. La cible serait donc cet amour romantique uniquement, ou le couple, ou ce qu'on veut.

Mais il est temps de réhabiliter d'autres formes d'amour.

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alinea7

le mercredi 25 septembre 2019 à 11h28

Le passage qui détaille ce qu'elle entend par amour romantique est le suivant : "Il s’agit d’une idéalisation de l’autre dans la relation, accompagnée de pensées obsédantes et d’émotions intenses, communément appelées « la passion amoureuse ». Elle s’exprime par toute une série d’altérations physiques bien réelles, comme une augmentation de certaines hormones, des palpitations, des perturbations de l’alimentation et du cycle du sommeil. C’est une construction sociale, où le couple est central, et permet toute sorte de dominations: économique, sociale, reproductive et sexuelle des femmes par les hommes"

Pour moi, le romantisme dessert celui qui l'éprouve parce qu'il va se mettre en jeu personnellement dans cet amour, définir sa propre valeur en fonction du regard de son partenaire, se valoriser et tirer du plaisir de vie uniquement au travers de ce qui enrichit et épanouit la relation.

Je crois qu'effectivement les femmes sont culturellement plus éduquées à une certaine abnégation mais je n'exclus pas qu'une certaine proportion hommes y soient sujets.

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bonheur

le mercredi 25 septembre 2019 à 12h12

L'idéalisation des autres importe ? Ne vaut-il pas mieux nous exprimer en notre nom personnel et faire découvrir, quitte à prendre le contre-pied, plutôt que de vouloir dénoncer ce qui est de toute façon ancré. On peut susciter un intérêt différent par notre vocabulaire hors du commun, mais je pense qu'ici, la déconstruction est faite, enfin souvent faite, ou en cours, ou en prise de conscience. Le simple fait d'atterrir ici suppose que l'on s'est interroger en dehors des constructions du commun. Au début c'est flou parfois.

Je veux dire, que des auteurs qui ont ce rôle le fasse, c'est bien. Mais ici, des personnes affectives comme moi, peuvent prendre comme étant désagréable ces propos. Considérer le romantisme comme un idéal mythologique, c'est à dire non concret ? Il faut faire attention. Moi je crois comprendre, bien que je ne vois pas où ça dérange. JE ressens de façon INTENSE. Je continue à ressentir bien au-delà de la passion. C'est ainsi : je n'oublie pas car j'ai une excellente mémoire émotionnelle. Mon émotionnel influe sur mon physique et mon physiologique : ben oui, c'est humain. Je garde à mon couple originel une situation centrale, par volonté et par choix. Je ne me sens pas dominée : mon chéri a toujours fait les courses, organisé les repas…Ce n'était pas la cas ni chez mes parents, ni chez les siens. Le schéma parental ne se reproduit pas nécessairement.

El regard du partenaire est important. On n'est obligé non plus de se travestir pour être celui ou celle que l'autre désire. On n'a pas à se valoriser ni se tirer vers le haut ou vers le bas. Etre soi est déjà un enjeu en soi. Etre en dynamique commune également.

Dans un soucis de ne pas jeter la pierre, faisons à notre niveau. Notre croyance est individuelle et personnelle. On s'exprime, puisque nous avons eu cet intérêt de déconstruire, suivant qui l'on est. Le mieux étant peut être de ne pas se placer en similitude ou en comparaison avec le commun et les constructions. Utiliser notre vocabulaire propre, une fois celui-ci trouvé. Utiliser aussi des métaphores sans lien avec le commun, mais compréhensible par tous. Et puis, si l'on est incompris, et bien tant pis, on aura essayé. On n'a pas d'obligation de réussite.

Je m'excuse par avance si je suis hors sujet. Je ne suis d'ailleurs pas certaine d'être dans le vif du sujet. :-/

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artichaut

le mercredi 25 septembre 2019 à 12h40

Non ce n'est pas hors-sujet. Ça me semble juste une vision un peu passive et individualiste des choses.

Des fois, on a envie (ou besoin) de penser les choses de manière sociétale, structurelle, et pas juste individuelle.

La seule chose que je plussoie c'est la dimension "positive". Convaincre par ce qu'on est, et non par de la stigmatisation. …si tant est que y'ai besoin de convaincre…, car souvent c'est plus un "laissez-moi respirer" qu'un "je veux te convaincre" qui est en jeu.

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bonheur

le mercredi 25 septembre 2019 à 12h53

En vitesse, faut que je file.

Je n'ai rien contre la vision individualiste. Etant donné que personne n'est moi, c'est juste naturel. Aussi, je n'aimerai pas que "qui je suis" devienne un modèle et encore moins un dictat. Surtout pas.

Passif. Non, car souvent, il suffit d'un petit quelque chose pour susciter la réflexion. Après, je laisse libre autrui de réfléchir ou non. Soit je passe pour une utopiste, une idéaliste et tant pis. Soit je sème juste ce qu'il faut pour qu'autrui entre volontairement dans une réflexion autre. Et puis, j'ignore pourquoi, mais mes idées suscitent souvent un certain intérêt et on vient à ma rencontre pour ça. Je laisse venir à moi, en fait. C'est tout.

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EliC

le mercredi 25 septembre 2019 à 17h22

"Et donc après lecture de l'article (et que je vous conseille) j'en viens à me demander si cette différence de perception entre l'Espagne et la France sur cette notion d'amour romantique qu'évoque Elisende Coladan dans son texte, n'est pas dû, au moins dans certains milieux, à une question de vocabulaire. Et je serais curieux de savoir ce qu'il en est pour les pays anglophones. Et j'avoue que je ne sais toujours pas ce que l'on entend en France par «  amour romantique » : la passion exacerbée jusqu'à la mort ou la galanterie à l'eau de rose et les couchers de soleil. Ces deux choses me semblent tellement éloignées et même antynomiques."
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- Je ne sais pas non plus ce qu'on entend en France par amour romantique, mais ce dont je suis sûre c'est que personne n'est conscient qu'il s'agit d'une construction culturelle et patriarcale de l'amour
- Il y a sur mon blog plusieur articles sur l'amour romantique qui peuvent éclairer celui-ci ... https://www.therapie-feministe-elisende.com/blog-t...
- D'autres articles vont suivre, qui sont en gestation; pour continuer à explorer ce thème
- La littérature sur le sujet est abondante en espagnol et catalan, ainsi que sur les non-monogamies et ne pourrait se restreindre juste à l'article que tu cites où j'ai essayé d'en expliquer les grands lignes. Je lis sur le thème et y réfléchis depuis plusieurs années
- Pour ce qui est du côté anglo-saxon je t'invite à lire les féministes américaines comme Andrea Dworkin que je cite du reste dans mon article "En lisant, il a quelques mois, une anthologie de textes d’Andrea Dworkin[9], féministe radicale étatsunienne, j’ai réalisé qu’elle parlait, très tôt, « d’amour romantique », dans une lettre poignante à son premier amour [10] puis dans un texte autobiographique[11]. Elle avait donc très bien compris, comment cette idéalisation de l’amour, cette structure relationnelle oppressive, l’avait amenée à vivre la violence sexuelle avec son premier « grand amour » qu’elle a quitté « parce qu’elle l’aimait »[12], puis la violence conjugale avec son mari. Voici ce qu’elle a écrit au sujet de sa première relation « romantique » : « J’ai commencé à comprendre qu’il n’y avait rien de bon ou de romantique ou de noble dans les mythes que je vivais ; qu’en fait les mythes avaient pour effet de me priver de mon intégrité charnelle, de paralyser ma créativité, de m’éloigner de moi-même. » ou encore Kate Millet

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artichaut

le mercredi 25 septembre 2019 à 18h21

EliC
- La littérature sur le sujet est abondante en espagnol et catalan, ainsi que sur les non-monogamies et ne pourrait se restreindre juste à l'article que tu cites où j'ai essayé d'en expliquer les grands lignes.

C'est justement ce que j'ai trouvé intéressant dans ce texte : c'est qu'il dessine les grands lignes de quelque chose qui semble beaucoup plus vaste. Et je trouvais que c'était une bonne manière d'aborder le sujet.

C'est une des richesses de ton travail de traductrice, d'ailleurs, que de nous faire découvrir une autre vision des non-monogamies, et d'élargir notre vision franco-française, ou à la rigueur étatsunienne du polyamour.

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artichaut

le samedi 12 octobre 2019 à 17h03

Je viens de trouver ces textes de Jean Garneau, qui peuvent nourrir la réflexion sur l'amour construit.

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