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Polyamour, le fruit du néo-libéralisme... ?

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bliss

le vendredi 18 novembre 2011 à 10h45

Bonjour à tous,
Cela fait un moment que je ne suis pas venu sur le forum. Pour re-situer mon histoire, je vis depuis plus d'un an une histoire avec un second amoureux, alors que je suis en couple, avec une petit enfant, et cela se passe plutôt mal avec mon compagnon, qui en souffre beaucoup. Il n'envisage plus aucun avenir avec moi, et dit à tout le monde qu'on est séparé, alors qu'on vit encore sous le même toit, qu'on dort dans le même lit et que l'on se dit que l'on s'aime. En fait quand on ne parle pas de ce sujet, ça va, on arrive à vivre ensemble, mais dés que je veux ré-aborder le sujet, en parler, on se prend la tête et l'écart se creuse entre nous. Hier soir il m'a à nouveau tenu un discours qui m'a à nouveau blessé et me laisse sans voix et sans argument. Il me dit que mon comportement est irresponsable et symptomatique du néo-libéralisme, et de notre société d'aujourd'hui : chacun pour sa gueule, soumis à nos moindres désirs. Quand j'évoque la solution, de vivre chacun sous un toit pour pouvoir vivre plus sereinement (puisque souvent nos conflits viennent du quotidien dans un même espace) il me dit que là aussi ça n'est que de l'individualisme, si propre à nos sociétés, que ce n'est pas ça vivre ensemble, que lui il veut vivre sous le même toit que moi. Et ne veut pas vivre avec quelqu'un qui soit " soumis" à ses désirs ( arf ... ça s'était dur à entendre..) .... comme on pourrait dire "je veux cette bagnole, donc je l'achète, donc je suis. Je consomme donc je suis. En gros il me dit que je consomme de l'amour comme d'autres des bagnoles, je crois.
Je ne sais pas quoi répondre à cet argument que je trouve dur, il sait qu'il me touche et me fait du mal en me disant cela, puisqu'il me reproche un comportement que je critique chez d'autres personnes, et même plus encore puisqu'il touche à mon idéal, et à ma vision politique du monde en me renvoyant dans le camp de "l'ennemi".
Je viens chercher des arguments auprès de vous. Je sais, fondamentalement, qu'au contraire pour moi laisser à l'autre la liberté d'aimer c'est aller vers plus d'ouverture, et pour moi plus "libertaire" que n'importe quel autre mode d'être. Et aux antipodes de cette jungle et de ce " chacun pour sa gueule" que nous vivons aujourd'hui. Je n'arrive pas à lui faire entendre. Il me trouve égoïste, individualiste. Le fruit de mon époque.
Que dire ?

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eolemuse

le vendredi 18 novembre 2011 à 11h20

je dirais de ce que j'entends que c'est tout l'inverse...comme l'impression d'entendre un discours à tendance religieuse et néocapitaliste mélangés de sa part

est ce un débat qu'il a avec lui même en fait? un décalage intérieur? perte de repères? Une peur profonde du changement

le capitalisme n'a jamais été une philosophie de l'amour...juste un courant de pensée économiste et politique qui s'impose quantitativement et par le confort dans les modes de vie par le travail et le mérite et (soit) pousse (pas vraiment à la réflexion ou au débat) à la consommation mais une consommation matérielle avant tout pour ceux qui ont les moyens et le temps ...de même que le socialisme poussait à un amour matériel de la communauté au dessus du confort individuel...les deux faces du même miroir

le sens de la propriété et de l'exclusivité (de l'appropriation sentimentale) se sont renforcés dans les sociétés libérales paradoxalement...pas pour rien que les hippies ou le beat (selon kerouak) des années 50/60 rejetaient la société de consommation vu sous cet angle mais se sont dissous ou presque sous l'impact du "réalisme" économique et de la contre révolution par la pensée néolibérale des années 80...les années reagan et bush que l'on est en train de traverser en europe : chacun chez soi, plus personne ne bouge ou pense à part les capitaux et les biens et ce qu'on vous sert à prémacher et prépenser...au risque de passer pour un terroriste si vous êtes autre

que posséder l'amour de quelqu'un comme une bagnole et lui nier le droit de penser et vivre autrement en dehors de soi, de ne plus réellement converser sans apparences et norme est l'une des pires perversions de notre temps : la porte ouverte au repli sur soi, à l'enfermement spirituel et à l'autodictature moralisante

l'amour ne se quantifie pas, ne se calcule pas, ne se contrôle pas...l'ennemi ultime de toute pensée économique matérialiste

Message modifié par son auteur il y a 8 ans.

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clairobscure (invité)

le vendredi 18 novembre 2011 à 11h31

Bonjour Bliss!
je me suis souvent posé la même question.
On vit forcément en fonction de ce qui nous entoure, parce qu'on est influencé par ce qu'on entend, ce qu'on voit et ce que pensent et ressentent les autres face à telles ou telles situations.
A mon avis, on est évidemment plus individualistes qu'à une certaine époque, mais comme ça fait un moment maintenant, on en revient un peu parce qu'on constate que, la liberté individuelle primant sur tout le reste, on n'a plus grand chose pour s'appuyer en confiance. En gros, il me semble que la société qu'on connaît était avant plus "solidaire" par nécessité, quand ça a été possible, beaucoup ont voulu profiter d'un maximum de liberté qui s'est étendu à tous point de vue, avec ses avantages et ses inconvénients. Mais maintenant beaucoup de gens se sentent seuls au milieu de tous dans une société où chacun tire la couverture à soi avec l'idée que le bonheur individuel est la priorité de tout, et on recherche maintenant plus de confiance en les autres et en soi tout en gardant la possibilité de rester libres mais en respectant les autres... on voudrait s'arranger pour que la conscience d'avoir la possibilité d'être libres puisse faire bon ménage avec le besoin de stabilité, de confiance et d'amour. Ces deux volontés ne sont pas forcément contradictoire, mais il y a tout un travail d'imagination à faire pour réinventer un mode qui convient à chacun, parce que les anciens modèles "traditionnels" ne fonctionnent pas pour combiner ces deux exigences.

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patrice-86

le vendredi 18 novembre 2011 à 12h42

Plusieurs point, en vrac...

La pensée dominante actuelle n'est pas "néo-libérale" mais clairement "néo-conservatrice". Que nos gourous actuels aient réussi à volé le concept de "libéralisme" - progressiste à l'origine - pour habiller leur discours moraliste et rétrograde n'est que le fruit de la débandade intellectuelle du camp d'en face. La première des ripostes c'est de reprendre le contrôle sur les mots et de sortir du cauchemar à la "1984".

Et en premier lieu, ne pas se tromper de combat : la pensée économique n'est pas une pensée "matérialiste" mais c'est une pensée "magique" et "incantatoire". Car il en faut de la "crédulité" pour accorder de la "valeur" à un bout de papier ou une ligne de compte. Et que dire de la nature de la motivations de ceux qui achètent la dernière bagnole sortie, juste pour montrer qu'ils en ont une "plus grosse" que le voisins, oubliant qu'un véhicule ça ne devrait servir qu'à se déplacer et à transporter des objets.

Non, la pierre angulaire du "capitalisme" ça n'est pas la "liberté", c'est la "propriété". En digne héritière de tous les modes de domination du passé, elle assoit la "valeur" sur le "titre"... hier "titre de noblesse", aujourd'hui "titre de propriété". Mais d'où vient le titre ? Voilà le tabou majeur de nos société. Quand Proudhon écrit : "la propriété c'est le vol", comment peut-il être compris, et même simplement audible, tant cela heurte les dogmes des "croyants"...

Appliqué au domaine des sentiments, la pensée dominante est dans le "je prend - je consomme - je jette", et, pourquoi pas, "j'échange"... mais en aucun cas "je partage" ! Parce que ça, ça remet en cause la "sacro-sainte propriété".

Voilà Bliss, j'espère que cela te permettra de ne pas te laisser enfermer dans les mots des autres et retrouver l'estime de toi que l'on cherche actuellement à saper pour te faire fléchir. Bon courage...

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(compte clôturé)

le vendredi 18 novembre 2011 à 13h40

Jolie réponse, Patrice, rigoureuse et précise, comme toujours :-) ; avec cette belle idée qui me tient à cœur : reprendre le contrôle sur les mots !!!
Voilà qui me donne aussi envie de remonter un vieux fil aussi intéressant qu'amusant...
Je n'ai pas de réponse pour ma part...

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bliss

le vendredi 18 novembre 2011 à 21h15

Merci à tous.
Je vais essayer de faire bon usage de tout ça, mais j'ai l'impression d'être face à un mur...
Patrice tu as raison, c'est un travail de sape....et il y arrive.
J'ai surtout du mal avec sa manière de "psychologiser" ma vie. " Tu es le fruit du néo-libéralisme, tu veux avoir ce que tu veux quand tu veux, un nouvel amour, un autre toit. Mais tu fuis. Tu crois trouver dans d'autres amours une fuite. Parce que la vie de famille avec moi et l'enfant te fait peur". Moi ça me déprime en fait qu'il ait une opinion si maigre de ce que je suis, des choix que j'ai fait. Je ne fuis pas quand j'aime aussi un autre , j'invente au contraire la vie que j'aimerais avoir et en effet oui, j'obéis à mes désirs. Enfin je ne leur "obéis" pas, je ne me soumets pas, je les écoute simplement, histoire de ne pas m'oublier en chemin ( et dieu sait qu'être maman peut faire qu'on s'oublie en chemin, que la femme s'oublie en chemin..) Mais que faire quand l'autre souffre de mon choix ? Et quand il voit là tout ce qu'il exècre, l'idéologie du " tout, tout de suite quand je veux"...
J'avoue ce soir, je perds la "foi", et je me demande si le chemin que j'ai choisi n'est pas trop difficile pour moi, j'ai pas la force de m'opposer à ces arguments, parce que je sens qu'il est méprisant, il m'a d'ailleurs déjà dit que j'étais folle. Que ma vision de la famille ( qui pour moi peut ne pas se résumer à un couple et des enfants) est absolument irréaliste...Quand je vois le gouffre qui s'est creusé entre nous depuis des mois, je ne comprends pas pourquoi, ni comment on peut encore être ensemble. Et s'aimer. En vivant juste au jour le jour. C'est douloureux.

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Boucledoux

le vendredi 18 novembre 2011 à 21h25

coucou bliss,

c'est assez amusant ce que dit ton compagnon (enfin, de l'extérieur, pour toi j'imagine que ce que ça l'est beaucoup moins...) et ça a des échos politiques intéressants. Un débats actuels intéressants dans les pensées critiques et l’extrême gauche tourne autour de l'apport des idées post-moderne (par exemple le queer) c'est à dire qui mettent plutôt l'accent sur la subversion des normes et les luttes micro-politiques, l'émancipation par les pratiques minoritaires et leur affirmation que sur les grands projets universels.

Et la réplique habituelle qui permet de couper court à tout débat réel et de fermer le bec au contradicteur avec un argument d'autorité implacable (et généralement complétement à côté de la plaque) c'est "ah mais ça c'est l'influence du néo-liberalisme (CQFD)"

parce que le couple traditionnel hétéro-normé, le bon vieux patriarcat d’antan c'est beaucoup plus progressiste que le néo-libéralisme ?

entre les deux, mon coeur balance complétement (et pourtant il est poly...)

PS : un autre truc qui me vient en relisant ton post initial... si je comprends bien c'est néo-libéral de te laisser aller à tes désirs d'ouverture et d'autonomie, mais ses désirs à lui de t'avoir sous son toit et juste pour lui, c'est progressiste... hum hum.... ça fait réfléchir un peu, quand même....

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Boucledoux

le vendredi 18 novembre 2011 à 21h28

bon, nos posts ce sont croisés, je ne modifie pas le mien mais si j'avais vu ta réponse avant je n'aurai pas commencé par "c'est amusant"... ça ne l'est carrément pas en fait...

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Pinklady

le samedi 19 novembre 2011 à 08h28

JE vais peut etre être terre à terre mais demande lui ce qu'il fait avec toi si tu es cette personne détestable qu'il décrit.Toi tu es capable d'avoir assez d'amour pour plusieurs êtres, capable de partager, il me semble cela plus beau que la possession, l'amour centré sur une seule autre personne. Malheureusement bcq de personne résument nos relations multiples à du sexe donc à de la consommation multiple....
Tente de lui faire regarder certains reportages tele courts qui sont passés dernierement....ou lire qq livres sur le theme. Tenter de te comprendre est qd même le minimum ds un couple sinon qu'est ce que le couple ??? Bon courage à toi !

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(compte clôturé)

le samedi 19 novembre 2011 à 09h49

Bliss, je pense que ton ami dans sa souffrance aveugle attrape tout ce qui passe à sa portée dans le plus grand désordre pour te le lancer à la figure.
Donc :
1) il n'a pas le droit de le faire et tu n'es pas une petite fille qu'il faut éduquer et punir pour son bien. Tu es adulte, on peut considérer que ton éducation politique est terminée, donc tout échange qui n'est pas un simple échange d'opinions mais des assertions agressives dans le but de t'humilier ou de te culpabiliser sont des manipulations dont tu dois te protéger. Et dans ce genre de cas, la discussion est bloquée, et la meilleure solution c'est toujours la fuite - la fuite de la discussion, dans un premier temps, pour le reste tu n'en es pas là.
2) quand bien même tu voudrais prendre ses élucubrations au sérieux, c'est à dire oublier qu'elles ne sont dites QUE pour te faire du mal et sans aucun fond sérieux derrière, tu pourrais lui faire remarquer qu'il mélange des choses très différentes. L'individualisme ce n'est pas l'égoïsme, et l'égoïsme ce n'est pas le libéralisme - enfin pas seulement. L'égoïsme est un trait de personnalité, c'est donc une donnée psychologique et subjective. L'individualisme c'est une façon d'être au monde où l'on se prend comme point d'observation privilégié et comme critère d'évaluation (ce qui est vrai l'est parce que c'est vrai de mon point de vue, ce qui est bien l'est parce que c'est bien pour moi). Ce n'est pas une notion morale, ça le devient si dans sa propre échelle de valeurs on confronte individualisme et altruisme et on préfère l'un à l'autre. Ce n'est pas obligatoire : je connais des tas de gens qui se choisissent eux-mêmes comme point de référence privilégié et qui par ailleurs sont tout à fait dévoués aux autres avec un grand sens du collectif.
Le libéralisme c'est une idéologie politique. Le néo-libéralisme comme il a été dit ne ressemble que de très très très loin à son lointain ancêtre, et a progressivement tordu l'idée de liberté politique pour la remplacer par la liberté économique (en très très caricatural). Rien à voir avec le polyamour il me semble.
Les polys ne sont pas plus égoïstes que la moyenne des gens - et son attitude à lui me semble largement égoïste de ce que tu décris.
Il se peut qu'effectivement ils soient assez individualistes, au sens où souvent - mais pas toujours - ils choisissent de s'écouter et de suivre ce qu'ils savent être bon pour eux, au lieu de se sacrifier à un idéal collectif, sociétal, de couple, etc.
Néo-libéraux... Je pense que sur ce forum on peut croiser plein de positions politiques différentes et que le polyamour est un trait de rassemblement qui ne fonde pas une communauté parfaitement homogène - et c'est tant mieux. Mais en tout cas associer les deux de cette façon, c'est vraiment un peu ridicule.

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Popol (invité)

le samedi 19 novembre 2011 à 11h53

Je plussoie sur le fait de parler de manipulation, j’allais rediriger mon propos sur le fil qui en parle ces temps-ci.

Je nuance juste : il a le droit de te balancer tout ça… si tu le lui donnes… je sais, plus facile d’en parler que d’agir. Mais clairement, si tu te sens aussi coincée, à en demander ici « Que faire ? », si ton intelligence se trouve entièrement occupée à tenter de retrouver tes marques, qui étaient pourtant bien déterminées, j’y vois un signe très clair de conflit entre deux visions, qu’un des deux a réussi à transformer en une faute reportée entièrement sur l’autre, et à le lui faire croire, en plus !

Et j’embarque dans la vision de choses de Janis, en développant sur l’altruisme : comment être attentif aux autres si l’on n’est pas attentif à soi-même tout autant ? Se soucier des autres comprend une dimension de distanciation, qui tend la perche à ceux qui ont besoin d’un coup de pouce en les accouchant de leurs propres solutions. Tu te soucies des autres, c’est évident, et l’individualisme n’est pas une position incompatible avec ça. C’est même très sain, et très aidant !

Libéralisme, néo-libéralisme… mettre des concepts comme ceux-ci sur une mésentente conjugale, c’est déplacer le débat sur l’arbre qui cache la forêt. Le problème ne me semble pas se situer là… Entre le fil sur la manipulation et celui sur la jalousie, il y plus de matériau adapté à la question qui vous divise toi et ton compagnon, je pense.

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Siestacorta

le dimanche 20 novembre 2011 à 12h09

J'ai une note dissonnante, là.

Ton mari a raison sur une partie : comme un certain nombre de changement dans les moeurs, le polyamour doit bien quelque chose au libéralisme actuel.
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L'intimité est "inventée" par la bourgeoisie.

Le féminisme a fait de grands pas en avant par l'existence des "Grands Magasins" : la consommation offrait un lieu où les femmes avaient le droit de se balader sans être regardées de travers (et qui ne soit pas l'Eglise), faire des choix et de gérer un budget Et donc la possibilité de sortir en ville sans être regardée de travers. La possibilité de choisir dans les rayons ouvrait la possibilité de choisir tout court. La consommation a plein de défauts, de conséquence néfastes, mais elle donne à chacun un pouvoir sur sa vie. On peut espérer qu'un jour on se passera de cet outil imparfait, mais on est pas obligé d'en conclure qu'il est sans vertu du tout.

Le polyamour grandit en partie grâce à la liberté individuelle : puisqu'on peut avoir son chez soi, son boulot, se séparer, que l'autre est libre... On peut choisir le polyamour.

Donc, oui, le libéralisme économique a donné quelques conditions de faisabilité à des choix amoureux plus équitables.
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Je partage l'idée de ton mari que c'est en pratiquant une vie dans la société de consommation qu'on finit par penser en termes de choix "temporaires".

Maintenant, deux choses :

1) ce qu'il y avait avant cette idéologie, c'est pas un idéal de partage et des gens vertueux et sans problèmes : c'est l'ancien régime. Des rapports de hiérarchie, où le seigneur a plus de valeur que le serf et l'homme que la femme. La société contemporaine est constituée de capitalisme ET d'humanisme. Dans quel camp se place donc quelqu'un qui t'accuse faire des choix de vie ouverts dans ton temps ?
A priori aucun, il dit ça pour te faire chier toi et serait sans doute bien en mal de documenter son idée que les penseurs de gauche qui ont réfléchi sur les libertés amoureuses et sexuelles se plaçaient dans une optique consumériste...
Il dit ça pour t'emmerder, parce qu'il place dans le débat des enjeux moraux
Or, ce qu'on fait en pratiquant le polyamour, ou en prenant la pilule, ou en divorçant, ça n'est pas des gestes irresponsables encouragés par la pub et la téléréalité. On profite de progrès moraux.

2) il y a bien un individualisme commun au libéralisme et aux moeurs libérales.
Mais être individualiste, c'est à dire donner à ses propres besoins, sensibilités, opinions au moins autant de légitimité que d'une communauté (couple, famille, tribu, paroisse...), ce n'est pas être systématiquement égoïste, consumériste. C'est vouloir que chaque individu puisse jouir des mêmes libertés qu'on se donne.

Une phrase de Rousseau a beaucoup participé à la construction de la morale de la gauche : "Dans la liberté commune nul n'a le droit de faire ce que la liberté d'un autre lui interdit".
Et c'est sur cette conception du progressisme qu'on nous coince trop facilement : 'hé, puisque je suis libre aussi, et que je veux le contraire de toi, ben t'es coincé".

C'est là où tu n'est pas obligée de penser que le bien commun souhaité par la pensée de gauche s'oppose à la liberté individuelle.
Prends plutôt la formule de Stuart Mill : "la liberté des uns commence là où elle confirme celle des autres".
Au lieu de dire que ta liberté est limitée par celle des autres, elle existe si celle de l'autre existe.

Tu ne fais pas passer ta liberté en ignorant la sienne, puisque même si son choix est monogame, il a la même liberté que toi..
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Enfin, de même que la consommation n'est pas faite que des caractères capitalistes (l'URSS pratiquait un capitalisme sans la conso, par exemple), ta pratique individualiste de faire passer ton choix avant l'intérêt de l'autre n'est pas fait que d'égoïsme, puisque tu proposes dialogue, options, arrangement, que tu tente de donner à ton mari au lieu de ne faire que prendre.

Pour résumer, la gauche communautariste, si facile à caricaturer, où on sacrifie ses droits individuels n'a pas le monopole du coeur. Tu peux avoir une cohérence politique sans devoir rendre de compte face à une construction fantasmée de ce que doit être ton comportement si tu es de gauche.

Message modifié par son auteur il y a 8 ans.

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Popol (invité)

le dimanche 20 novembre 2011 à 12h21

Je comprends toujours pas ce que le politique vient fiche dans une histoire sentimentale...

Je comprendrais un débat idéologique et distancié, qui est d'ailleurs présent; mais là, Bliss, tu veux quoi en somme quand tu demandes "Que dire?"

Savoir comment répondre politiquement, ou savoir comment répondre sentimentalement?

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Siestacorta

le dimanche 20 novembre 2011 à 13h02

Popol
Je comprends toujours pas ce que le politique vient fiche dans une histoire sentimentale...

Le mari attaque l'éthique, par ce biais. Ce qui est important, dans le message, c'est pas "tu es néo-libérale", mais tu es égoïste comme le néo-libéraux.

L'idée importante est cette accusation d'égoïsme.
La réponse sentimentale doit être là dessus, bien sûr : parle moi de notre vie, de tes réactions, marx n'a rien à foutre là.

Mais, pour Bliss, construire la pensée éthique / politique dans laquelle son polyamour s'intègre, ça peut être bénéfique pour se sentir plus à l'aise dans ses choix, ses réflexions...

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(compte clôturé)

le dimanche 20 novembre 2011 à 13h24

Siesta, je souscris à tout ce que tu écris, à cette micro-nuance près que là tu décris (fort bien) l'esprit originel du libéralisme et qu'il me semble que ce qu'on appelle néo-libéralisme n'a quasiment plus rien à voir avec les idéaux d'émancipation et d'autonomie que tu rappelles.
Repérer un lien entre polyamour et esprit des Lumières, good. Mais avec les néo-libéraux, on en est très très loin, non ?

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Popol (invité)

le dimanche 20 novembre 2011 à 15h25

Intéressante réponse, Siesta. En tant qu'initiatrice du fil, que répondra Bliss, en fait ?:-)

C'est elle qui a à départager pour elle-même la part de la question politique qui va influencer sa réponse, argumentativo-politique et/ ou sentimentalo-décisionnelle, et la pondérations des deux aspects pour la suite de son histoire de couple.

Car les diverses questions qu'elle soulève vont bien au-delà d'un débat sur l'étiquette (zut... encore...) politique du polyamour: rester sous le même toit? Continuer une ou des relations? Lesquelles? Comment?
Parce qu'au final, que le conflit d'axe sur le politique ou autre chose, à moi il me semble qu'il s'agit de sentiments avant tout. Mais c'est moi qui pense ça.

Alors je lui repose ma question: Bliss, tu demandes que dire pour parler politique, pour parler sentiments, pour les deux ?

En bref, où en es-tu?

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Apsophos

le dimanche 20 novembre 2011 à 15h31

J'ai lu en diagonale les réponses des gens, je vais essayer d'être bref. Et sans "ismes" dont je n'ai pas l'instruction philosophico-politique pour évaluer la portée.

Celui qui ne pense qu'à sa gueule, c'est la personne qui essaie d'exercer un droit sur quelqu'un d'autre selon son désir, ou celui qui essaie d'exposer les choses et de vivre ses désirs, certes, mais sans exercer de droit sur quiconque ?

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lilitu

le dimanche 20 novembre 2011 à 20h39

Bliss, vu de loin comme ça bien cachée derrière mon écran, il me semble que rester au stade des mots et des combats idéologiques n'aboutira à rien d'autre que des personnes bien campées dans leurs positions et persuadées d'avoir raison. Si tu cherches des arguments idéologiques, d'autres t'en donneront peut-être.

Cependant, il me semble que ton compagnon cherche à te blesser simplement parce qu'il souffre. Un bon vieux "oeil pour oeil, dent pour dent", c'est archaïque, mais toujours d'actualité... cette croyance sous-jacente que parce que l'on fera souffrir l'autre autant que nous, on souffrira moins. Pour sortir de cela, le seul moyen que j'ai trouvé, c'est d'écouter l'autre vraiment. Essayer d'extraire de son discours ce qu'il cherche maladroitement à exprimer, au-delà des mots.

Peut-être que ton jeune homme exprime qu'il éprouve deux souffrances similaires lorsqu'il se trouve confronté au néo-libéralisme et à ton comportement polyamoureux.

Il y a un outil qui m'a beaucoup aidé à l'époque ou mes relations étaient compliquées, c'est la CNV (communication non violente). Je ne sais pas si tu connais, peut-être que ça peut t'être utile.
L'idée de base, c'est d'abandonner la lutte pour prouver qui a tord ou raison. Quand on passe sur un plan émotionnel tout le monde a raison, car l'on ne peut jamais reprocher à quelqu'un de ne pas ressentir ce qu'il dit ressentir. Par contre, on peut apprendre à exprimer ses ressentis d'une manière qui ne blessera pas.
Ensuite, deux personnes qui souffrent d'une situation commune ont tendance naturellement à reporter la faute sur l'autre (ou à s'accuser de tout, ce qui revient au même). En CNV, on considère que l'on a un problème commun que l'on doit régler ensemble.

Et lorsque l'on dépense l'énergie à trouver des solutions au bien-être commun, plutôt que de chercher comment avoir encore plus raison, non seulement on s'étonne à faire preuve d'une créativité qu'on ne soupçonnait pas, on acquiert de la confiance en soi, et en l'autre aussi, et parfois même de l'admiration, et parfois même ça donne une nouvelle dimension et de la complicité à la relation. ça peut aussi permettre un belle rupture, avec beaucoup de respect mutuel.

Bon courage, en tout cas!

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bliss

le dimanche 20 novembre 2011 à 22h54

Bon...
où j'en suis.. pour tenter de répondre à tout le monde... du côté du politique ou des sentiment... ? évidemment des sentiments. Même si oui le polyamour me pose questions dans notre contexte global, et merci Siesta, tes réflexions apporte de l'eau à mon moulin, mais en effet, j'ai en face de moi quelqu'un qui cherche à me faire du mal ( et qui y arrive), à me rendre la monnaie de ma pièce. Depuis le début de cette histoire il ne cesse de répéter que je suis responsable de tout, de l'échec de notre couple, de notre déséquilibre familiale, de sa souffrance.. Il est déjà parti une fois, à annoncer à tout le monde qu'on était séparé mais est revenu.. Depuis le début il me culpabilise, et ça marche.
Lilitu, j'ai dû lire 3 bouquins sur la CNV ces derniers mois, mais la violence des sentiments rend la chose impossible pour moi, quand il m’assène des arguments de ce genre, je n'arrive pas à me placer en position d'écoute, je suis blessée à chaque fois. Et ça me tétanise, je m'enferme dans un mutisme profond. Lui ça le rend fou. je vois pourtant bien à chaque fois que c'est sa douleur qui parle, mais je n'arrive pas à passer à l'étape suivante. "L'écoute active" quand quelqu'un se plaint, a besoin de parler, je sais faire, mais quand quelqu'un m'attaque, je n'y arrive pas. Si tu as des billes, pour lancer le processus je suis preneuse. J'ai l'impression aussi que pour atteindre ce niveau de compréhension mutuelle, il faut que les deux soit persuadés que le problème est commun, or pour lui je suis la seule à avoir un problème et à être responsable de cette situation et en effet à être "égoïste comme les néo-libéraux".
Quand j'aurais réglé ce problème, peut-être alors aurais je un plaisir, tout théorique, à manipuler les concepts et à comprendre comment peut-être, en effet, "ma pratique individualiste de faire passer mon choix avant l'intérêt de l'autre n'est pas fait que d'égoïsme"... c'ets qu'il me fait douter l'animal. Que c'est dur de prendre des chemins hors-norme, de les incarner et de pouvoir toujours les assumer...

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Popol (invité)

le dimanche 20 novembre 2011 à 23h15

Oui, Bliss, comme tu dis, faut être deux pour dialoguer, même avec les meilleures techniques de communication du monde. Tu peux pas faire le travail pour deux.

Mes billes à moi, c’est se séparer vraiment pour pouvoir laisser passer du temps, l’un aller curer sa colère, seul ou avec quelqu’un d’autre qui soit aidant… et l’autre retrouver ses marques, seule ou avec quelqu’un d’aidant pour se pacifier en cherchant à concilier individualisme et non-égoïsme – je pars du principe que quand une personne présente ou semble présenter des réponses contradictoires, il y a forcément un endroit d’elle-même où le nœud se résorbe. Mais pas possible de le défaire quand les attaques sont constantes.

On peut pas réfléchir en paix quand quelqu’un hurle juste à côté, si tu vois l’analogie.

Le stade suivant, c’est se retrouver en thérapie de couple - le dernier à qui j’ai proposé cette idée a sèchement remballé l'idée, donc… A chaque étape, embûches et risques. Les retrouvailles ne sont pas du tout garanties, même pas une séparation calme et respectueuse. Parfois, les blessures restent ; mais chacun a au moins le choix de les traiter à sa manière, pour les entretenir ou pour les refermer.

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