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Suis-je en train de devenir "polyacceptante" ? J'ai peur

Poly/Mono
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Tortue

le mercredi 19 août 2026 à 17h34

Il y a un peu plus de 6 ans je n'avais jamais entendu parler de polyamour. Mes relations (très rares) avaient toujours été exclusives, j'étais une célibataire dans l'âme, et si je faisais une rencontre c'était “chacun vit chez soi”, on se voit quand on en a envie, mais on est “fidèle“. Pas d'autres partenaires, ça n'était même pas formulé, ça allait de soi au pays de la Monogamie !
Et puis j'ai rencontré B.

Ça a été un coup de coeur immédiat. Il m'a parlé de polyamour dès nos premiers échanges, m'a dit qu'il était comme ça, m'a suggéré des livres, et m’a proposé d'aller à un café poly pour découvrir. Mon ressenti avait été bienveillant mais je lui avais dit un truc comme “je pense que ça n'est pas pour moi, trop compliqué à gérer émotionnellement !”. Et quand on avait abordé la possibilité que lui ait une autre relation, j'avais répondu à l'époque… “Bouhhh, je crois que je préférerais ne rien savoir !”.

On s'est plu tout de suite, l'un comme l'autre calmes, tendres, à l'écoute. Très attirés sexuellement l'un par l'autre, et respectueux de nos différences. Au bout d'un an, nous avons décidé de vivre ensemble. C'était la première fois que je partageais ma vie avec quelqu'un. Quel bouleversement pour moi ! Malgré des peurs profondément ancrées je choisissais cette aventure de vivre sous le même toit que la personne que j'aime.

Toutes ces années, assez peu de nuages ont menacé nos gentilles têtes. Il m'est arrivé quelquefois de questionner B sur son côté polyamoureux. Il me répondait alors qu'il n'en ressentait pas le besoin, qu'il était bien comme ça, et que de toute façon il n'y aurait pas la place dans son emploi du temps surchargé...
Nous échangeons beaucoup, partageons nos ressentis, nos frustrations, et essayons de trouver des solutions quand une difficulté se présente.

Une difficulté de taille s'est présentée depuis notre rencontre : mon entrée dans cette période dingue nommée “ménopause”. Beaucoup de bouleversements, je n'en citerai que quelques-uns : prise de poids, mal-être sous-jacent, sueurs nocturnes et, et, et … baisse de la libido ! B me soutient et fait preuve d'une patience exemplaire. Cependant il regrette beaucoup les premiers temps de notre relation où j'étais plus enjouée, dynamique et où la sexualité était très présente. Bien sûr il ne me reproche rien, mais exprime ses frustrations. Un rapport par mois ne lui suffit pas. Je peux aisément l'entendre !

Depuis l'an dernier B a un nouveau travail. Il rencontre de nouvelles personnes, je suis contente pour lui. Depuis quelques semaines il s'absente de la maison un à deux jours par semaine pour travailler sur site et rester aux soirées avec ses collègues (il y a pas mal de distance). De mon côté, le travail me permet de passer beaucoup de temps à la maison. Je suis de nature solitaire et casanière, et me réjouis qu'il fasse de nouvelles connaissances.

Je le vois changer. Je ne peux pas trop lui expliquer en quoi, mais je le vois changer.
Un soir, il y a un mois environ, B me propose qu'on discute de quelque chose d'important. Et ce que je redoutais sans me l'avouer tombe. “Comme en ce moment je m'ouvre davantage, je suis amené à fréquenter de nouvelles personnes, et il est possible qu'une rencontre survienne. Je ne veux pas te le cacher”.
Je sens ma tête se serrer. Je n'ai aucun mot. Je m'isole et m'effondre littéralement. Il a rencontré une autre femme, c'est sûr, et comme je suis devenue moche et nulle et insignifiante et dépressive il va me quitter pour elle, il prépare juste le terrain pour une rupture convenable etc.. etc.. etc .. Crise de panique, larmes incontrôlables… Jalousie. Peur. Apitoiement. Tristesse. Peur. Peur. Peur. Il revient vers moi mais je ne puis parler. J'accepte qu'il me tienne la main et il ne l'a lâchera pas.

Quelques jours plus tard, je retrouve un peu de distance émotionnelle et de lucidité. Je souhaite échanger et il me confirme qu'il s'est rapproché d'une collègue de travail. Il lui faudra beaucoup de temps pour admettre qu'ils ont passé le stade de l'apéro-papotage.
“Comme tu m'avais dit que tu préférais ne pas savoir”...
“Oui je te l'avais dit mais c'était il y a 6 ans ! Comment peux tu avoir gardé ça comme règle, on n'a jamais eu à aborder le sujet en 6 ans !”.

Ce sera le seul reproche que j'aurai à exprimer à B, ne pas m'en avoir parlé avant. Un reproche ferme et sincère qui voudra peut-être bientôt dire “Je veux savoir”.

B est dans la bienveillance et l’attention. Je ressens énormément le besoin de parler avec lui, de toutes mes peurs et de ce que “sa rencontre” peut impliquer dans notre vie. Je lui pose des questions sur elle, il me répond quand il est sûr que ça ne poserait pas de problème à “sa rencontre” qu'il m'en parle.
Je lis sur le polyamour, j'écoute des podcasts, je visite ce site régulièrement pour voir s'il n'y a pas un café poly prochainement près de chez nous. B me dit qu'il m'aime, qu'il tient à moi, à Nous. Qu'il ne veux ni me perdre, ni renier ce qu'il est.

Je sens des bouleversements intérieurs, je suis dans l'acceptation et une heure plus tard je maudis la vie de m'imposer ce bordel dans ma tête et dans mon cœur … et dans mes tripes. Parallèlement, j'éprouve et j'exprime des désirs très forts que je n'avais pas ressentis depuis longtemps. Je m'étais endormie. Dans un canapé confortable de routine et de ronronnements quotidiens, sans questionnements, sans attente particulière, juste endormie dans une petite vie paisible et confortable. Quel réveil !!!

Je souhaite avant tout me respecter. Respecter mon rythme, les limites supportables balisées par mes émotions et mes ressentis. Jusqu'à présent c'est de moi que viennent les demandes : je veux qu'il me prévienne à l'avance - dans la mesure du possible - quand ils projettent de se voir. Je veux savoir globalement, sans entrer dans les détails, où ils en sont. Je veux du temps pour digérer et intégrer. Depuis que j'ai rencontré B, je n'ai pas souvenir d'avoir dit “je veux”. Ça ne fait pas partie de mon vocabulaire. J'aimerais, ça oui ! Mais pas “je veux”.

Ce matin, B est parti pour trois jours. Pour le travail. Il ne m'a pas dit s'il allait la voir, il pense que oui mais il n'est pas sûr, elle semble avoir une vie bien remplie. J'ai beau vouloir de tout mon être chasser les stupides idées engendrées par la peur, ça me revient en vagues successives. Je ne sais pas, à ce jour, si je deviendrai ou non “polyacceptante”. J'ai lu la notion de “consentement éclairé, enthousiaste et volontaire”. Ça, ça me parle ! J'irai sur ce chemin si mon consentement devient tout cela. Seulement, pour avoir des réponses, je dois éprouver pleinement, non ? Vivre cette expérience bouleversante et nouvelle, puisque la vie m'amène ici...

Je choisis de poser tout ça ici, maintenant, de ne pas le garder en moi, pour ne pas laisser germer les peurs. Elles sont puissantes, mes peurs. Et destructrices . La découverte et l'ouverture me paraissent une voie bien plus intéressante et vivante que l'isolement et le ressentiment. Peut-être suis-je en train de devenir "polyacceptante", j'ai peur de ne pas y arriver, je le voudrais de tout mon cœur. Merci pour votre temps, votre attention et votre bienveillance. Merci pour ce site

Message modifié par son auteur hier à 23h.

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