Polyamour.info



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Dire est-il une bêtise? je m'enlise

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Paul-Eaglott

le mercredi 09 mai 2012 à 09h13

mouvante
Du coup, je cherche d'autres portes de sortie (que mon mari suggère pour certaines) : je ne l'aime plus (euh oui mais alors pourquoi je n'ai tellement tellement pas envie de le quitter), je l'aime moins, je me trompe dans ce que je ressens pour l'autre homme, c'est une illusion due à mes hormones...?? ?

Tu viens de me donner une super idée, et je vais illico déposer le brevet : il s'agit de mettre au point un amouromètre. Ce sera un peu comme un voltmètre : il y aura deux petits câbles électriques terminés par des électrodes, reliés à un cadran avec une aiguille mobile. On pourra se mettre une électrode sur le coeur et l'autre dans l'oreille (par exemple), et l'aiguille nous dira si ce qu'on ressent c'est de l'amour ou pas.

Sérieusement, tes questionnements touchent à un problème central : c'est quoi, l'amour ?
Personne n'a accès au ressenti d'autrui pour pouvoir comparer nos émotions avec celle des autres et se mettre d'accord sur le sens des mots qui nomment nos émotions, ou sur les symptômes qui nous permettent de repérer qu'il s'agit de telle ou telle émotion.

Comment savoir si l'émotion que Trucmuche nomme "amour", moi -- si je ressentais la même chose -- je ne la nommerais pas "désir", ou "passion", ou "névrose possessive", ou "tendresse", ou "rage libidineuse", ou "troublante curiosité", ou "sérénité"...? Bref, là aussi on est tous plus ou moins paumés, et la sacralisation de l'Amour dans notre culture ne nous aide pas à dédramatiser.

Je crois que cette crispation que nous ressentons souvent pour savoir si "c'est de l'amour ou pas", elle est vraiment liée à la culture dominante. Puisque le sexe et le plaisir, c'est mal, il faut leur trouver une excuse pour les rendre honorables. Cette excuse officiellement valable, c'est l'Amour. Si tu ressens de l'Amour, alors oui, tu peux valablement avoir envie de toucher, de coucher, de jouir et de faire jouir, mais aussi de posséder -- et même de tuer (crime passionnel, c'est parfois acquitté). Si tu n'as pas d'Amour et que tu as quand même envie de partager de la tendresse ou du plaisir, alors tu es dépravé(e), c'est grand péché et tu perds ton honneur.

Dans ces conditions, on est souvent amenés à se demander avec angoisse si ce qu'on ressent c'est vraiment de l'amour, parce que ça peut changer jusqu'à l'image (et l'estime) qu'on a de soi-même.

Personnellement, je trouve que ça décrispe pas mal d'inclure dans la définition de "amour" tout ce qui relève de la bienveillance. Avoir envie de caresser, de partager du plaisir (même furtivement et sans lendemain), de donner de la tendresse, d'offrir un peu de bonheur, etc. au même titre que vouloir faire sa vie avec, être prêt à se sacrifier pour, ne penser qu'à, etc.
Considérer que tout ça est légitime, et ne constitue QUE du positif, et que donc ça se suffit, sans nécessiter d'autre justification, il me semble que ça permet d'évacuer le problème inutilement encombrant et insoluble : "aime-je or not aime-je ?"

Donc, Mouvante, est-ce que tu aimes ton mari ? Peu importe : tu as envie de rester avec lui, c'est une émotion positive et un désir légitime à prendre en compte. Est-ce que tu aimes ton ami ? Qu'est-ce que ça peut faire : tu as envie de le voir et de passer du temps avec lui, c'est aussi un désir légitime à prendre en compte...

Evidemment, c'est mal vu par la société et par la plupart des humains qui la composent. Mais commencer par ne pas culpabiliser soi-même des élans bienveillants et positifs qu'on peut ressentir envers d'autres, ça peut constituer un progrès, et faciliter la recherche de solutions épanouissantes. :-)

Bien sûr, ce que je viens de dire ne résout pas l'autre grande question à laquelle tu es confrontée ; comment faire reconnaître tes désirs comme légitimes à ton mari, qui est pour l'instant en plein accord avec la culture dominante monogame.

Et là-dessus, je n'ai pas de réponse disponible immédiatement.

Message modifié par son auteur il y a 8 ans.

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simpère (invité)

le mercredi 09 mai 2012 à 11h08

100% d'accord avec Paul-Eaglott: "Evidemment, c'est mal vu par la société et par la plupart des humains qui la composent. Mais commencer par ne pas culpabiliser soi-même des élans bienveillants et positifs qu'on peut ressentir envers d'autres, ça peut constituer un progrès, et faciliter la recherche de solutions épanouissantes."
Effectivement, la question n'est pas de décerner un brevet de vrai amour, on aurait immédiatement 100 000 définitions différentes, valables pour chacun de ceux qui en donnerait une. La seule question à se poser est: "est-il légitime, au cours d'une vie, d'avoir envie de nouer des liens plus ou moins intimes avec plusieurs personnes, et de quel droit d'autres que moi pourraient décider de mes sentiments?"
Ensuite, il faut conquérir assez d'autonomie pour pouvoir s'affirmer sans agressivité, mais fermement. Ce qui signifie aussi ne pas avoir peur de la solitude, et ne pas se croire "méchant" parce qu'on ne pense pas tout à fait comme l'homme (ou la femme) qu'on aime.

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(compte clôturé)

le mercredi 09 mai 2012 à 12h08

Paul-Eaglott
Je crois que cette crispation que nous ressentons souvent pour savoir si "c'est de l'amour ou pas", elle est vraiment liée à la culture dominante. Puisque le sexe et le plaisir, c'est mal, il faut leur trouver une excuse pour les rendre honorables. Cette excuse officiellement valable, c'est l'Amour. Si tu ressens de l'Amour, alors oui, tu peux valablement avoir envie de toucher, de coucher, de jouir et de faire jouir, mais aussi de posséder -- et même de tuer (crime passionnel, c'est parfois acquitté). Si tu n'as pas d'Amour et que tu as quand même envie de partager de la tendresse ou du plaisir, alors tu es dépravé(e), c'est grand péché et tu perds ton honneur.
[...]
Personnellement, je trouve que ça décrispe pas mal d'inclure dans la définition de "amour" tout ce qui relève de la bienveillance. Avoir envie de caresser, de partager du plaisir (même furtivement et sans lendemain), de donner de la tendresse, d'offrir un peu de bonheur, etc. au même titre que vouloir faire sa vie avec, être prêt à se sacrifier pour, ne penser qu'à, etc.
Considérer que tout ça est légitime, et ne constitue QUE du positif, et que donc ça se suffit, sans nécessiter d'autre justification [...].

+1 (+) :-)

Message modifié par son auteur il y a 8 ans.

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LuLutine

le vendredi 11 mai 2012 à 00h43

Paul-Eaglott
Sérieusement, tes questionnements touchent à un problème central : c'est quoi, l'amour ?

Tiens, on devrait en faire une émission de tv :P ^^

Plus sérieusement, je plussoie sur les messages de Françoise (Simpère) et de Paul-Eaglott.

Pour ma part j'ai ma définition de l'Amour, que j'applique à moi, mais pour ce qui est des autres, s'ils me disent qu'ils m'aiment, alors je les crois.
J'essaye de ne pas présupposer que cela entraîne forcément certaines conséquences concrètes (comme vouloir vivre ensemble, avoir une famille, ou même n'importe quoi d'autre), mais j'essaye plutôt de dialoguer avec ces personnes pour savoir ce qu'elles ont envie de faire avec moi ou non et ce qu'elles attendent de cette relation. Ensuite, on voit si ce qu'on a envie de partager est compatible (après tout, je peux vouloir une relation "sans engagement" - si l'on peut dire ainsi - alors que l'autre ne nous imagine pas autrement que vivant sous le même toit, avec 3 enfants et un chien....dans ce cas, peut-être que la relation ne sera pas possible, ou alors l'un des deux au moins doit s'adapter, ce qui arrive parfois mais pas toujours).

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mouvante

le vendredi 11 mai 2012 à 00h57

...

Message modifié par son auteur il y a 8 ans.

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lilitu

le dimanche 13 mai 2012 à 02h26

Paul-Eaglott
Comment savoir si l'émotion que Trucmuche nomme "amour", moi -- si je ressentais la même chose -- je ne la nommerais pas "désir", ou "passion", ou "névrose possessive", ou "tendresse", ou "rage libidineuse", ou "troublante curiosité", ou "sérénité"... ? Bref, là aussi on est tous plus ou moins paumés, et la sacralisation de l'Amour dans notre culture ne nous aide pas à dédramatiser.

Je crois que cette crispation que nous ressentons souvent pour savoir si "c'est de l'amour ou pas", elle est vraiment liée à la culture dominante. Puisque le sexe et le plaisir, c'est mal, il faut leur trouver une excuse pour les rendre honorables. Cette excuse officiellement valable, c'est l'Amour. Si tu ressens de l'Amour, alors oui, tu peux valablement avoir envie de toucher, de coucher, de jouir et de faire jouir, mais aussi de posséder -- et même de tuer (crime passionnel, c'est parfois acquitté). Si tu n'as pas d'Amour et que tu as quand même envie de partager de la tendresse ou du plaisir, alors tu es dépravé(e), c'est grand péché et tu perds ton honneur.

Dans ces conditions, on est souvent amenés à se demander avec angoisse si ce qu'on ressent c'est vraiment de l'amour, parce que ça peut changer jusqu'à l'image (et l'estime) qu'on a de soi-même.

Personnellement, je trouve que ça décrispe pas mal d'inclure dans la définition de "amour" tout ce qui relève de la bienveillance. Avoir envie de caresser, de partager du plaisir (même furtivement et sans lendemain), de donner de la tendresse, d'offrir un peu de bonheur, etc. au même titre que vouloir faire sa vie avec, être prêt à se sacrifier pour, ne penser qu'à, etc.
Considérer que tout ça est légitime, et ne constitue QUE du positif, et que donc ça se suffit, sans nécessiter d'autre justification, il me semble que ça permet d'évacuer le problème inutilement encombrant et insoluble : "aime-je or not aime-je ?"

Waouh! merci Paul Eaglott. J'aurais aimé le formuler aussi bien :)

@ mouvante:

mouvante
"si tu t'interesses à quelqu'un d'autre que ton mari, c'est que quelque chose n'allait pas bien. Cette personne que tu as rencontrée t'a fait du bien, t'a donné une autre image de toi-meme, mais ce n'est peut etre qu'une illusion "

Je crois que chaque personne que l'on rencontre nous permet d'explorer une nouvelle dimension de nous même.
Si quelque chose ne va pas bien avec ton mari, ça peut aussi être positif, lorsque les relations durent on va plus en profondeur, on explore parfois aussi nos parts d'ombre ensemble, c'est pas toujours plaisant sur le moment, mais ça permet de grandir.
Et on peut avoir aussi besoin, ou envie, de partager des choses plus légères, d'explorer une autre image de nous même avec quelqu'un d'autre dans ces moments là, en quoi est-ce que ça devrait être considéré comme une illusion?

Nous sommes des êtres complexes et tout ce que l'on choisi de vivre à une valeur intrinsèque que nos rencontres soient durables ou non, que l'on choisisse de leur coller une étiquette d'amour ou non.
Si tu choisis de vivre ce que tu vis, c'est que c'est bon pour toi. Même si il y a de la souffrance, des hésitations, des incertitudes, ces expériences t'aident à grandir, à acquérir une stabilité, à savoir plus ce que tu veux.

Tu n'as pas besoin de t'en justifier auprès de qui que ce soit.

C'est peut-être ça le plus difficile, mais j'ai remarqué que dans ma vie lorsque j'arrive à assumer totalement la responsabilité de ce que je fais, ça devient plus facile pour les gens qui m'entourent de l'accepter sans me juger, quelque soit leur choix à eux par la suite, y compris celui de s'éloigner de moi.

Ça implique de ne pas avoir peur de se retrouver seul, et aussi de faire confiance aux êtres qui nous côtoient pour trouver en eux les ressources qui leur permettront de s'ajuster à la situation. Nous n'avons pas à trouver des solutions qui leur conviennent, mais à faire des choix qui nous conviennent à nous.

J'ai aussi realisé que tant que mes choix sont guidés par la peur de perdre l'autre ou celle d'être jugée négativement, ils ne sont pas authentiques et finissent toujours par me faire souffrir. Alors que lorsqu'ils sont guidés par l'amour (comme le dit si bien Paul-Eaglott, tout ce qui relève de la bienveillance), alors là, je retrouve une certaine sérénité.

Message modifié par son auteur il y a 8 ans.

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Fleurdeschamps

le dimanche 13 mai 2012 à 13h18

Merci, merci à tous de relever le débat et d'être aussi profonds et précis en parlant de ces questions cruciales !!! il a fallu que je m'intéresse à la définition du "polyamour" pour lire des idées aussi réfléchies et ressenties, merci !
@Mouvante qui est à l'origine de ce fil de discussion :
je suis dans une situation bizarrement similaire tout en étant très différente (cf. mon sujet "girouette ou polyamoureuse") car en couple depuis bien moins longtemps, sans enfants, sans avoir franchi le cap de l'autre relation... quand tu t'énerves de constater que les choses deviennent finalement plus compliquées en avançant dans la vie, et non le contraire, je souris et en même temps ça me fait craindre de futures problématiques pour toujours ! :)

Paul Eaglott, tu dis très justement : "Mais commencer par ne pas culpabiliser soi-même des élans bienveillants et positifs qu'on peut ressentir envers d'autres, ça peut constituer un progrès, et faciliter la recherche de solutions épanouissantes."

c'est tellement vrai, on ne devrait pas nous faire culpabiliser, nous rendre "sale" (pour revenir au témoignage de Mouvante") pour des sentiments qui ne sont qu'amour, bienveillance, ouverture d'esprit, curiosité de l'autre, désir, recherche du bien pour l'esprit, le corps, le coeur, tout !!
ça me fait mal que des notions aussi positives puissent être un problème aux yeux de bien des gens, quant on est jugé depuis le carcan idéologique du couple exclusif "je t'aime, tu m'appartiens"

le plus dur, à mon sens, c'est d'aimer quelqu'un et de ne pas pouvoir partager quelque chose. Il peut s'agir d'une passion, d'une idée, d'une envie, de valeurs, de moments difficiles, de sentiments, de découvertes, d'expériences... partager dans le sens d'en parler, s'intéresser mutuellement à ce que chacun ressent, vit... et non plier l'autre à sa propre conception des choses. Grande différence.

N'est-ce pas une part très importante de ce qu'est l'Amour ? (pour tenter de répondre à cette question)
Bien sûr, on ne partagera pas de la même maniêre, ou pas forcément les mêmes choses selon la personne, comme ça peut être le cas en amitié. mais si je t'aime, je te "comprends", je te "prends avec moi", comme tu es. Et ça me plaît, ça m'enrichit, ça m'intéresse, ça me rend curieux.
C'est de la bienveillance à l'égard de l'autre, des autres et même de soi-même !

Un tel élan est si beau qu'il est triste de ne pas pouvoir le partager en toute liberté d'esprit et d'intelligence avec quelqu'un qu'on aime.

Mouvante, je comprends tellement tes interrogations, et cette frustration, engendrées par une telle situation. On finit par se convaincre qu'on a tort, qu'on est égoïste (alors qu'il s'agit peut-être du contraire), qu'on se cherche des excuses pour tromper sans vergogne, qu'il FAUT choisir...
Renoncer à l'un ou à l'autre quelque soit la décision, signifie renoncer à une partie de soi-même. Un sacrifice qui est certes un pas en avant dans la vie, qui déterminera la suite des évènements, cette dernière nous disant ce que ça donnera.

Si seulement, ce type de partage était possible, et pouvait mener à une joie, à une sérénité plus grandes encore ... à partager :)

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mouvante

le mardi 15 mai 2012 à 11h59

...

Message modifié par son auteur il y a 8 ans.

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mouvante

le lundi 21 mai 2012 à 14h01

...

Message modifié par son auteur il y a 8 ans.

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bounty

le jeudi 31 mai 2012 à 09h33

Bonjour,

Voilà plus d'un an que le terme de polyamour fait partie de mon vocabulaire.
Je lis ici régulièrement, sans participer. Je me "nourris", comme j'ai pu le faire avec les livres de Françoise Simpère, ou son blog.
Mouvante, votre histoire me parle énormément, alors je me lance sur mon clavier !
Tout d'abord, comme Fleur des champs, je voudrai dire merci à tous ceux qui élève et font grandir le débat, par leurs propos justes, posés, mesurés, qui s'attachent plus à la réflexion, qu'à un argumentaire exhaustif.

Mon histoire ... (attention, ça risque d'être un peu long !)
Depuis plus de 6 ans que je travaille dans la même entreprise, j'ai appris à connaître certain(e)s de mes collègues plus intimement. Les discussions pros deviennent plus persos, des liens se tissent.
Avec l'un d'entre eux, un profond sentiment est né.
Il y a un an, ça m'a explosé au visage, au cœur, au corps ! Je ne voulais pas l'admettre, mais j'étais tombée amoureuse de lui.
Je ne voulais pas l'admettre car dans le "programme" initialement installé par la société, mes parents etc, être amoureuse de lui et le reconnaître signifiait ne plus aimer mon mari. Or ce n'était pas ce que je ressentais. J'étais complètement perdue et j'avais l'impression de me noyer en moi même.
Dans un premier temps, j'en ai parlé avec l'homme concerné : tout aussi perdu que moi, car lui aussi, amoureux.
J'ai pleuré des nuits entières, cachée de mon mari. J'arrivais au boulot telle un zombie, et dès que je croisais "l'autre" j'étais prise de vertiges, nausées ...
J'ai cherché des réponses en moi : j'étais une trainée irrespectueuse, je ne méritais pas l'amour et la confiance de mon mari. J'en étais arrivée à me dire que la meilleure solution pour moi serait de m'installer seule, pour ne plus faire souffrir personne.
J'ai aussi cherché sur internet et le hasard de la vie a voulu que j'arrive ici, et que mon "autre" tombe sur une couverture de Rue89 "polyamour" au même moment.
Ca a été une révélation. Une délivrance évidente, une évidence délivrante.
J'ai refait le chemin de ma vie amoureuse en marche arrière, et j'ai trouvé bon nombre de réponses. Mais ce n'était qu'un mince soulagement.
Car le plus gros des poids pour moi restait bien sur mon mari, dans le sens où il fallait que je lui en parle. Pas pour soulager ma conscience, mais parce que j'avais une extrême confiance en lui, en nous, et que je venais de découvrir quelque chose d'énorme, sur moi, mais aussi sur la vie et que dans mes rêves les plus fous, je voulais partage tout cela avec lui !
Alors je me suis lancée. Pour lui, il était évident que j'étais bien amoureuse de l'autre, même si je ne voulais pas l'admettre.
Je lui ai expliqué que c'était lui que j'aime, même si effectivement, j(avais des sentiments forts pour l'autre. Sa réponse a été calme : vis ce que tu as à vivre, je ne peux pas t'empêcher de vivre.
On a ensuite parlé du poylamour. Je lui ai expliqué mes lectures, donnés des liens etc Nous avons passé plusieurs nuits et week ends à échanger sur le sujet, à éclaircir les points obscurs, à répondre aux questions que l'autre se pose etc . Nous avons ri, pleuré. Sans cesser de nous aimer, sans cesser de nous respecter et sans jamais nous juger.
Ce qu'il en est ressorti, c'est que ça allait changer notre façon d'aborder et de vivre notre vie vs ce que nous connaissions.
Mon mari comprend que l'on puisse aimer plusieurs personnes, même si il dit que pour lui, c'est impossible car je remplis entièrement son cœur et ses pensées, mais il l'accepte pour moi. Ça m'a fait mal au début, car l'entendre dire ça, c'était comme si il me disait " donc moi, je n'occupe pas toutes tes pensées ni tout ton amour" alors que non.
Dans le même temps, l'histoire qui s'écrivait avec l'autre avait quelques pages noires ... Lui a eu besoin d'en parler à sa femme, en espérant avoir le même accueil que moi. Raté. elle m'a contactée, me demandant de ne plus avoir de contacts avec son mari, que ce soit par mail, téléphone, réels, tactiles etc. Difficile sachant que l'on travaille ensemble, bref ... On s'est un peu déchirés, lui le cul entre deux chaises, moi à vouloir arrêter de le voir et de construire quelque chose sur du sable, en sachant que de toutes façons, la raison le pousserait à faire un choix pour sauver son couple.

Aujourd'hui, l'autre est toujours dans ma vie et c'est toujours aussi compliqué : pour lui, avoir dit, a créé un énorme séisme dans son couple, dont les répliques sont encore fréquentes aujourd'hui. On ne peut toujours pas se voir en dehors des horaires de bureau.
De mon côté, mon couple va bien, mon mari a eu quelques moments de questionnements, de jalousie, et avec du dialogue, nous avons ôté au fur et à mesure le brouillard qui apparaissait au loin. C'est un bouleversement de chaque jour, mais dont nous sommes aujourd'hui sortis grandis.
Nous portons un regard totalement autre sur le couple et notre façon de le vivre, ce qui ne veut pas dire que ni lui ni moi ne sommes désormais plus jamais face à des doutes ou des questions, mais nous les abordons ensemble.
Je sais aujourd'hui que ce choix de vivre ces deux amours (que je me l'autorise et mon mari également) m'a permis de devenir moi, et d'entrer dans l'age adulte. C'est même surement mon premier choix d'adulte, qui m'appartient, à moi.
Ce choix m'a aussi permis de me replacer en tant qu'individu unique et me définir en tant que tel : avec des envies, des doutes, des questions et des sentiments, que j'ai déjà bien du mal parfois à contrôler, alors comment un autre individu extérieur le pourrait ?
Je ne cherche à convaincre personne autour de moi. J'ai des ami(e)s proches qui savent qu'un lutin est entré dans ma vie. Cela suscite des questions, des jugements ou interrogations. Je réponds calmement, en expliquant que c'est MON choix et que mon mari partage cette vision du couple. J'explique comment la jalousie est sortie de ma vie et combien ça a alléger mon quotidien. J'explique aussi que pour moi aimer l'autre, ce n'est pas vouloir l'enfermer dans une cage dorée, ni vouloir le modeler à mon goût. Et que oui, j'ai un lutin et mon mari aucune lutine, mais que si ça devait arriver, non, ça ne me poserai pas de problème, car je ne suis ni Wonderwoman, ni miss monde, pour prétendre pouvoir satisfaire ses désirs, fantasmes et envies à 100% pour les 60 prochaines années. Et qui suis je pour le priver de vivre une expérience, quelle qu'elle soit, dont il a envie ? En quoi priver l'homme que l'on aime, est ce l'aimer ?
tout cela me permet de l'aimer encore plus fort, encore plus libre. Ceux qui nous connaissent sous cet angle nous appellent toujours les bisounours, car oui, quand nous sommes ensemble, c'est toujours comme si l'on avait un peu 14 ans, et c'est bon.
Et l'on continue d'échanger sur le polyamour, de partager nos lectures et trouvailles, même si plus moi qui partage :) Il avait d'ailleurs commencé à lire "le guide des amours plurielles" pour me dire au bout d'une vingtaine de pages " mais je n'ai pas besoin de guide ! je vis comme j'en ai envie en fait ! j'ai pas besoin d'un mode d'emploi pour t'aimer".
Depuis un an, j'ai énormément "grandi" : à plus de 30 ans, imaginer un enfant dans nos vies me faisait terriblement peur. J'ai acquis une grande sérénité depuis tout cela.

Avoir fait entrer le polyamour dans ma vie et dans mon couple a été un énorme bouleversement, dont l'intégration ne se fait pas en un claquement de doigt ni en un jour.
L'adaptation est toujours en cours pour moi, mais cette fois ci, avec cet autre que j'aime et qui ne m'est pas "autorisé", qui voudrait mais se refuse, car sa femme envisage le couple comme une fusion exclusive (= exclu tout autre, même les amis, famille etc ...). Pour lui le bouleversement n'est plus seulement au niveau unique du couple à deux, mais remets également en cause la liberté individuelle qu'il n'a pas dans son couple, un gros chantier donc ... Mais je suis là, à ses côtés. Pas pour le convaincre de quoique ce soit non plus, mais parce que l'unique but de ma vie est la recherche du plaisir, et il fait partie des plaisirs de ma vie. Ma seule crainte aujourd'hui est de le perdre, mais l'amour que j'ai pour lui est pour l'instant plus fort que cette peur, alors j'avance avec cette épée au dessus de la tête, en prenant tout le bon qu'il y a à prendre maintenant .... Car je sais que l'on ne change pas les gens, et qu'il aura du mal à convaincre sa femme de changer. Il devra faire un choix tôt ou tard, et je ne suis pas sûre qu'il mettra en péril l'équilibre familial de ses enfants pour vivre plus libre ....

Je retrouve donc dans mon histoire deux exemples de "dire", avec deux issues différentes, qui vont encore être amenées à évoluer.
Je ne peux pas dire aujourd'hui si je serai toujours avec mon mari dans 6 mois, 6 ans, 30 ans. Je ne sais pas non plus si je ne vais pas tomber éperdument amoureuse d'un autre et tout plaquer, ou même si je ne m'installerai pas avec ce collègue dans 6 mois, un an 10 ans. Aujourd'hui, je veux juste vivre, avec pour seul but de remplir ma vie uniquement de plaisir(s). Avec un peu de chance, il me reste encore une soixantaine d'années à passer sur cette terre, et envisager tout ce temps à n'être qu'un mouton formaté ne m'enchante guerre :)

Avec mes excuses pour la longueur du message !
bonne journée.

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mouvante

le jeudi 31 mai 2012 à 15h32

...

Message modifié par son auteur il y a 8 ans.

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bounty

le jeudi 31 mai 2012 à 20h05

Comme je comprends bien ce besoin de vide, de silence.
J'en étais arrivée à me réjouir de mes déplacements professionnels à l'étranger, pour être en tête à tête avec moi même ! Et cela fait un bien fou !!
J'ai beaucoup lu, beaucoup écrit aussi. Poser sur le papier ou sur écran, ce qui tournait dans ma tête : mes peurs, mes questions (est ce que l'un va me manquer plus que l'autre ? est ce que j'aime vraiment les deux ? comment ?).
Il y a aussi une réflexion de Françoise Simpère qui s'est écrite dans ma mémoire, à propos des débuts. Ne pas prendre de décision hâtive durant les 6 premiers mois qui suivent le "choc". Je me suis accrochée à ça. Car j'ai vite senti que les premiers élans auraient pu être dévastateurs. Et le temps m'a effectivement prouvé qu'attendre avait été la meilleure chose à faire.

Mon mari sait donc qu'il y a un lutin dans ma vie. Il ne souhaite pas le connaitre, je ne souhaite pas qu'il le rencontre. Il sait quand je le vois, et ça s'arrête là. Si dans nos conversation, je rapporte des paroles du lutin, ça ne pose pas problème. Je ne me censure pas, mais je n'insiste pas non plus.

Enfin, je voulais revenir sur tes migraines ... oui, le corps parle ! Basiquement, tu te prends la tête, alors ... :) Voilà presque 7 mois que mon ostéopathe ne m'a pas vue ! Mon dos, mon porte feuille et moi en sommes très satisfaits :)

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lam

le jeudi 31 mai 2012 à 23h15

mouvante
(et finalement est-ce si important de savoir si c'est par manque dans ma relation qu'il y est entré?)

il me semble que c'est une bonne question, et si je devais répondre je dirais "non" ;-)

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Popol (invité)

le vendredi 01 juin 2012 à 06h21

Juste.

Ce que je perçois de la situation, c'est une symbiose qui souffre à tous les étages parce que la réalité, qui est toujours la même depuis le début de votre couple à ton mari et toi, cette réalité est enfin mise au jour: vous êtes avant tout des individus, avec des besoins et des vécus différents.

J'ai l'impression que votre couple est construit sur une valeur commune qui prend le pas sur vos différences au point de devenir une preuve d'amour: "il faut être, penser, vivre le couple de manière univoque, donc l'un des deux doit lâcher et souffrir, pour démontrer ses sentiments".

Et la seule issue que je vois, c'est la volonté commune de chacun de considérer vos besoins respectifs, mais chacun de son côté. Car pour le moment, ils n'arrivent même pas à être reconnus, tellement ce serait dangereux pour la valeur commune - la preuve d'amour.

Or vous exprimez dans les faits cette différence: pour toi, aimer ailleurs n'est pas désaimer ici. Pour lui, tu te trompes.

Personne n'a tort, mais personne n'a raison non plus. Et tant qu'il faudra que l'un des deux détienne la vérité, il faudra un gagnant et un perdant.

Du coup, question: quelles pourraient être les autres preuves d'amour que vous pouvez vous prodiguer?

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mouvante

le vendredi 01 juin 2012 à 09h49

...

Message modifié par son auteur il y a 8 ans.

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simpère (invité)

le vendredi 01 juin 2012 à 12h02

"Mon mari ne sera jamais d'accord avec les amours plurielles": vous le croyez mais en fait, il peut évoluer. Soit en découvrant que ces amours là peuvent aussi l'épanouir (je suis sûre que si votre mari tombait amoureux d'une autre, il serait immédiatement plus ouvert aux amours plurielles, son problème actuel est surtout le déséquilibre entre sa situation de monogame et la vôtre), soit en admettant qu'il est fondamentalement mono, mais pas vous. Il existe des couples "mono-poly" où la convention est " dis-moi quand tu sors et jusqu'à quelle heure, mais ne me donne aucun détail"... et ça marche!
Prouver votre amour en "cédant" et en renonçant à vos désirs, c'est ce que souhaite votre mari, car il se sent insécurisé et veut reprendre le pouvoir, sentir qu'il pèse sur vous. Mais à force de peser, on devient pesant et tôt ou tard, vous lui en voudriez terriblement de ce chantage affectif qu'il exerce et finiriez pas avoir du mal à l'aimer en toute confiance.
Cela vaut ce que ça vaut, mais mon cher et tendre et moi avons fait un grand pas quand je lui ai expliqué- et qu'il a compris- que l'autonomie de chaque partenaire ne sert pas à combler un manque, et n'est pas dirigée contre l'autre, mais "pour" soi. Cela vaut d'ailleurs pour d'autres libertés que les amours: voyager seule, accepter une invitation où le conjoint n'est pas convié, avoir des ami(e)s du couple et des ami(e)s personnels...
La preuve d'amour que vous pourriez demander à votre mari, c'est de comprendre que vous êtes différente de ce qu'il croyait et continuer à vous aimer. La preuve d'amour que vous pouvez lui donner, c'est lui dire que vous comprenez sa sensation d'être rejeté, et tout faire pour le rassurer et lui montrer que vous ne le rejetez pas. Après tout, si vous ne l'aimiez pas, vous seriez déjà partie et vous ne vous mettriez pas dans cet état à l'idée de lui faire de la peine, non? C'est ce qu'il faut arriver à lui transmettre, mais, effectivement, ce n'est pas facile en période de crise, il faut du temps...

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mouvante

le vendredi 01 juin 2012 à 15h07

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Message modifié par son auteur il y a 8 ans.

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simpère (invité)

le vendredi 01 juin 2012 à 16h25

Pour répondre à votre question: comme mon mari, lorsqu'il était tout jeune, avait parfois eu plusieurs copines en même temps, il savait que c'était possible, mais pour être franche, il le voyait beaucoup plus pour lui que pour moi, comme je le raconte dans le livre. Surtout, il voulait garder le contrôle de ce mode de vie, que je lui raconte tout, qu'il me présente toutes ses amoureuses, voire qu'on partage des moments communs, ce qui n'était pas forcément ma tasse de thé. Je suis plutôt réservée et je pense qu'il y a des choses impartageable. Sous couvert de confiance et de transparence, on court le risque d'un certain exhibitionnisme et d'un rapport de forces désagréable (une sorte de compétition à qui a les plus chouettes amours, à qui en a le plus, etc) La crise des "quarantièmes rugissants" (ce que vous êtes en train de lire) a été la crise la plus grave, mais nous vivions déjà ensemble depuis plus de 20 ans, donc notre lien était fort... ce qui n'empêche que ça a été fatigant, épuisant même... Aujourd'hui, tout est plus facile car il a intégré l'idée que le pluriamour c'est d'abord respecter l'autonomie de l'autre, alors qu'au départ, il voyait cela plutôt comme une autorisation d'adultère, une simple "ouverture du couple". Ce passage du "on est monogame mais on peut aller voir ailleurs" à "on partage ce qu'on aime partager, mais pour le reste chacun est libre de faire ce qu'il veut" qui change tout. et élargit la notion de polyamour à d'autres domaines que les rapports amoureux.
C'est vrai que je ne me suis pas attardée sur les aspect difficiles de ce choix, tout simplement parce que j'ai une nature optimiste et préfère garder les bons souvenirs, et aussi parce que je pense que l'amour est TOUJOURS difficile, qu'il soit mono ou poly. Dès qu'on aime quelqu'un, c'est la tendre guerre comme disait Jacques Brel. A nous de la faire plus tendre que guerre...

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mouvante

le lundi 04 juin 2012 à 13h11

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Message modifié par son auteur il y a 8 ans.

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Boucledoux

le lundi 04 juin 2012 à 14h24

houla !

courage Mouvante haut les cœurs et d'abord non tu n'es ni déchet, ni non recyclable ni lamentable, mais dans une sale passe ça c'est sûr...

Est ce que tu n'aurais pas besoin d'une pause de tout et de tous, un moment juste pour toi pour te retrouver, faire le point tranquillement juste avec toi même pour commencer ?

Ensuite, sur le fond... personne ne peux te dire quoi faire bien sûr mais par contre, il y a des choses qui à priori ne me vont pas : il peut te dire qu'il souffre et qu'une certaine manière de vivre votre relation le fait souffrir. Exiger de contrôler ce que tu penses et ressent, ça ça me fait précisément penser à de la manipulation et à de la perversion... Pareil pour l'exigence de ne plus avoir ni contact ni nouvelles... On est bien au delà de l'exigence d'exclusivité qui pourrait être légitime dans un cadre mono traditionnel. Et sa douleur ne justifie et n'excuse pas tout...

en tout cas, courage et solidarité...

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