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Une culture du "non" : Comment trouver une égale dignité dans l'absence de réciprocité ?

Bases
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oO0

le mardi 10 novembre 2020 à 23h18

Suite à une discussion sur l'article "Poly yes !", "Polyamour 2.0" : la question du consentement relationnel libre, éclairé et enthousiaste ... qui a digressé du "oui" au "non".

... je me suis rendu compte que, peut-être, la perspective d'une culture plus enthousiaste du "non" pouvait être entendue.
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L'enjeu d'une culture du "non"

Lustudit
Les deux sujets, face au non, devraient pouvoir conserver toute leur dignité. (...) Elle pourrait même rester légère.


J'apprécie beaucoup cette reformulation de la culture du "non" : chercher à respecter une égale dignité dans l'absence de réciprocité.

Comme il s'agit du consentement, bref, d'une question de base, je la classe dans le thème Bases. Certes, cela ne fait pas partie des bases, mais cela interroge l'une des bases fondamentales de toute relation : le consentement.

Comment se sentir libre de dire "non" s'il n'existe pas d'"aménagements culturels" pour bien vivre un "non".

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Une demande non-demandée

Quand une personne demande, une autre n'a rien demandé.

Il ne peut y avoir de "non" sans une demande et il ne peut y avoir de demande sans attendre un "oui", mais aussi s'attendre à un "non". D'un côté, recevoir une demande non-sollicité et de l'autre, recevoir une réponse non-attendue à une demande - voilà pour resituer l'égale dignité.

Considérant que l'immense majorité des personnes est saine d'esprit et s'attend à la possibilité d'un "non", je ne vois qu'une absence de culture pour mal vivre cette situation embarrassante d'une demande non-demandée.

Quel embarras ! "- Je ne t'ai rien demandé, ça m'embarrasse ! - C'est bien ce qui m'embarrasse aussi ! - Ca m'embarrasse parce que je ne sais pas quoi en faire ? - Et moi donc ?"

La culture est-ce que nous disposons pour cultiver nos interaction, comme un registre théâtral qui nous permettrait d'être à la fois auteu.r.ice et acteu.r.ice de nos moments de vie partagé ... bien malgré la personne qui n'a rien demandé. L'un des problèmes initiaux d'une demande est justement que l'une des deux personnes n'a rien demandé, bref, que la possibilité de demander n'est pas initialement consentie.

Quid de l'offre et de la demande ?

C'est, ici, aussi que la question du consentement peut prendre une forme économique aussi inquiétante qu'étonnante : le consentement est principe politique de la philosophie libérale. L'expression "commerce amoureux" peut ainsi planer comme une ombre menaçante de l'ultra-libéralisme où éclairer le commerce lui-même sous un jour moins sombre. Le commerce dont il s'agit est gratuit, il s'agit des comportements avec lesquels nous avons le pouvoir d'accepter ou de refuser d'interagir, ceux auxquels nous consentons ou pas crédit pour faire société.

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Réserve sur une culture conviviale du "non"

J'ajoute toutefois une réserve importante. Une telle culture ne peut être - sous prétexte de ce filet de sécurité - un prétexte de drague no limit au nom d'une égale dignité : "Tu me dois le respect, meuf !" - où est l'égalité censée limiter la liberté ? Le problème des filets de sécurité, c'est l'augmentation des comportements à risques. (Plus les voitures sont sécurisées, tout comme les marchés financiers, plus les usagers prennent des risques.)

Cependant, c'est la première fois que je lis quelqu'un réellement envisager cette perspective d'un art de mieux vivre l'absence de réciprocité : elle est explorée et reformulée avec d'autres mots qui restent dans le sujet et même le précise avec l'enjeu de la dignité. Cet enjeu, c'est l'attente de se voir reconnu le droit au respect, ... droit qui est en conflit avec le mérite. Même si une personne mérite en principe toujours le respect, ce n'est pas le cas de tous les comportements.

Lustudit
Les deux sujets, face au non, devraient pouvoir conserver toute leur dignité. (...) Elle pourrait même rester légère.

D'habitude, cette perspective s'arrête au fait que c'est impossible dans la réalité de se préoccuper des personnes que nous refusons dans notre vie en plus des personnes qui en font déjà partie. La réalité la plus couramment citée est celle des dizaines de messages par jours que reçoivent les femmes sur les réseaux sociaux. De là, à rejeter d'emblée une telle perspective, c'est la meilleure manière de se résigner à une telle réalité. Enfin soit, même si elle n'est jamais complètement rejetée, la question s'enlise dans les pour et les contre sans exploration, sans reformulation notamment des enjeux possibles. Je m'attendais à beaucoup à partager beaucoup de rire en évoquant la possibilité d'une culture enthousiaste du râteau ...

Une raison possible à un tel enjeu : Aménager une culture conviviale au "non" n'aurait pas eu de sens avant dans la culture monogame ultra-dominante : le "non" n'était qu'une épreuve sociale pénible à traverser avant qu'un "oui" ne libère définitivement de cette épreuve. Le "oui" du consentement nuptial signifiait et signifie encore un "non" définitif à tou.te.s autres relations en dehors du mariage. Face au caractère absolu de ce "oui", évidemment, l'épreuve sociale du "non" est ... insignifiante.

Sinon, en écoutant une série d'émission parlant du consentement, notamment une sur la manière dont il s'est formé dans les alcôves privées des Lumières, il y avait l'idée d'un certain art de s'éconduire, comme si séduire n'allait pas sans son contraire, s'éconduire.

@ Lustudit - Après, si tu es un homme cis-genre hétéro comme moi, ce n'est peut-être pas pour rien que tu puisses partager cette question. Peut-être que, derrière cette question d'égale dignité, nous ne cachons juste qu'une fierté d'égo masculin froissé parce que mal placée.
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Des "non" dignes de mémoire ?

Lustudit
(Enthousiaste à l'idée de nourrir/participer à un fil sur le versant positif)

J'ai probablement pas compris le versant positif ! Tu veux parler d'un vécu positif de l'absence de réciprocité ?!? J'ai des tas d'exemples, à commencer par l'une des premières expériences souvent la plus mémorable !

Au sortir d'un des premiers grands "non" de ma vie, j'étais juste content de savoir qu'elle existait et, accessoirement, d'être libéré de la question de savoir si j'avais une place dans son existence : je n'en avais pas. Voilà, je m'étais éveillé au contact d'une personne que je perdrais de vue. Je l'ai vécu avec un réel sentiment de libération, celui d'avoir été libéré de mes questions par sa réalité. J'éprouvais ainsi une tristesse ambivalente, car à la fois consolatrice de par la joie de la savoir exister ainsi que celle d'être libéré de mon ignorance. J'étais très touché d'avoir été considéré dans mon désir de savoir ce qu'elle éprouvait pour moi.

Après, bien qu'il s'agisse de ma tendance principale face à l'absence de réciprocité, l'innocence des débuts se perd elle-même très vite dans les préjugés sexistes que nous entretenons mutuellement les un.es sur les autres si tant est que ... les hommes cis-genre hétéro puisse faire l'objet de tels préjugés, ce qui est considéré comme une contradiction d'un point de vue structurel.

Message modifié par son auteur il y a un mois.

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Lustudit

le mercredi 11 novembre 2020 à 02h00

@oO0, je suis une femme blanche pansexuelle ayant été queer quelques années dans l'enfance, mais cis depuis longtemps. Poly (je ne peux pas co-fonder de relation amoureuse sur des prémisses monos ou libertines). Je suis aussi mère. Toujours eu plus de facilité à tisser des relations amicales profondes avec les personnes de genre masculin (hétéros ou pas). Ma posture féministe : non-binaire, décoloniale, donc critique du féminisme bourgeois. Je reviens pour le reste quand j'aurai le temps...

Message modifié par son auteur il y a un mois.

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artichaut

le mercredi 11 novembre 2020 à 02h26

oO0
Une culture du "non" : Comment trouver une égale dignité dans l'absence de réciprocité ?

Pourquoi égale la dignité ?

Pourquoi pas équitable ?
(puisqu'on dit souvent ici que l'équité vaut mieux que l'égalité)

ou autre chose…

mais pourquoi toujours l'égalité ?

(dans un monde où rien n'est égal, et ne le sera jamais)

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Lustudit

le mercredi 11 novembre 2020 à 02h31

À @artichaut, je crois que dans ce cas-ci, on n'entre peut-être pas dans la fameuse trape mono de la symétrie (telle que discutée dans d'autres fils). Plutôt du genre "t'es hétéro, je suis bi", les deux orientations devraient être également valides...

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oO0

le mercredi 11 novembre 2020 à 16h16

artichaut
Pourquoi égale la dignité ?

Pourquoi pas équitable ?

Equitable dignité, réellement ?

Il y a deux manières d'entendre l'égalité : au sens large qui inclut entre autre l'équité et au sens strict qui l'exclut. Sans l'idée d'égalité, le concept d'équité est inconcevable. L'impossibilité de l'égalité que tu énonces est justement la condition de possibilité de l'équité.

Au sens strict - L'égalité stricte peut s'observer dans les interprétations excessivement libérales de l'égalité de droits des anglo-saxons. Formellement, tout le monde est égal en droits sans prise en compte des inégalités sociales dans la réalité d'où l'importance des inégalités structurelles qui traversent la crise US.

Au sens large - Cependant, ces inégalités sont inconcevables sans l'idée d'égalité pour diriger l'observation de la réalité. Sans l'idée d'égalité, la sociologie n'existerait pas. L'idée d'égalité permet d'observer son absence dans la réalité et de mobiliser l'équité pour lutter contre les inégalités et tendre vers une égalité réelle.

Bref, au sens large, l'égalité dirige l'observation de la réalité et la fin qui lui est assignée.
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Après s'il faut réécrire toute la littérature sur l'égalité en droits et en dignité pour la renommer équité pour que le sujet proposé ait un sens, c'est sans moi.

Par contre, traiter de l'inégalité de genre en termes d'insécurité - notamment quant au respect de sa dignité - avec l'"aménagements" équitable d'une culture du consentement, je reste partant, mais équité n'est pas unilatéralité.

Message modifié par son auteur il y a un mois.

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oO0

le mercredi 11 novembre 2020 à 16h26

Lustudit
@oO0, je suis une femme blanche pansexuelle ayant été queer quelques années dans l'enfance, mais cis depuis longtemps. Poly (je ne peux pas co-fonder de relation amoureuse sur des prémisses monos ou libertines). Je suis aussi mère. Toujours eu plus de facilité à tisser des relations amicales profondes avec les personnes de genre masculin (hétéros ou pas). Ma posture féministe : non-binaire, décoloniale, donc critique du féminisme bourgeois. Je reviens pour le reste quand j'aurai le temps...

Lustudit que je ne l'eusse cru ! Moi qui croyais qu'il s'agissait d'un échange de mâles, je vais avoir du mal à y croire. C'est une blaque ?

Il y a le temps.

Message modifié par son auteur il y a un mois.

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Lustudit

le mercredi 11 novembre 2020 à 16h32

@oO0 Quand survient l'occasion d'indiquer qu'une conversation ne se déroule pas "entre mecs en mode macho", me fait plaisir de ne pas blaguer sur mon identité, en effet. D'ailleurs, ce fil, pourtant axé sur la culture, ne s'alimente même pas "qu'entre Français.e.s". Je Lusdit, Lustucru ça aussi ?

Message modifié par son auteur il y a un mois.

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oO0

le mercredi 11 novembre 2020 à 17h38

@Lustudit que je ne Luscru. Pour croire il faut comprendre et je me sens incapable de comprendre une exclusivité franco-française sur la culture. J'ai beaucoup d'ami.e.s français.e.s avec lesquel.le.s la culture est un festin rabelésien sans frontières.

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