Polyamour.info



Les messages appartiennent à leurs auteurs. Nous n'en sommes pas responsables.

Merci de consulter notre charte de discussion pour connaître les règles qui régissent les conversations sur ce site.

[Texte] Contact, lien, relation. Propositions lexicales pour les rapports humains d’un point de vue anarel. oct 2020

Engagement
#
Profil

artichaut

le jeudi 29 octobre 2020 à 17h03

Texte dispo sur facebook uniquement et signé du pseudo "Réflexions sur l'anarchie relationnelle".


Suite à une discussion lors d'une récente rencontre Anarchie relationnelle, je vous soumets une petite réflexion sur le concept de relation d'un point de vue anarel. Au passage, pour clarifier les enjeux de sa définition, je propose de définir deux autres types de rapports humains : les contacts et les liens.

Préliminaire : sens courant de “relation”

Le mot “relation”, dans son acception courante, recouvre un spectre de rapports humains de natures fort diverses. Nous pouvons ainsi parler de la relation qui nous lie avec quelque vendeur-se le temps d'un achat, ou de la relation un peu plus forte que nous avons avec une personne connue de loin et croisée deux fois par mois, ou de la relation avec notre collègue de bureau, qui repose sur le partage régulier d’espaces collectifs, ou encore de la relation que nous entretenons explicitement et soigneusement avec une personne chère.

Relation ou lien ?

Certain·e·s anarels comptent leurs relations (« j’ai une, deux ou trois, etc. relations »), ou déclarent « être en relation avec » une personne, pour indiquer une relation importante, une relation intime ou simplement une relation qui compte. C’est pour l’articuler avec cet usage que j’aime réserver le terme de relation à un rapport humain :

- soit (a minima) régulièrement entretenu par des échanges conversationnels et affectifs ;

- soit explicitement commencé et entretenu avec conscience qu’il s’agit d’une relation.

Dans le premier cas, il me semble que la conscience − tacite − de la relation, les intentions mutuelles d’entretenir la relation, se manifestent dans les actes réguliers qui la font vivre.
Dans les deux cas, le concept de relation que je propose me paraît adapté à l’anarchie relationnelle pour la raison suivante. Cette dernière (l’AR) se propose de nous aider à construire des relations sur-mesures : à la fois en rapport avec ce que les deux personnes consentent activement à partager, et à la fois à distance des normes relationnelles en vigueur. Les “relations” de voisinage, les “relations” de connaissance, les “relations” professionnelles, les “relations” familiales*, les “relations” entre client·e·s et commerçant·e·s, les “relations”entre thérapeute et patient·e·s etc. se nouent et se vivent conformément à des pratiques normées généralement non-discutées au sein de la “relation”. J’y vois là de l’assujettissement : la fabrication d'une subjectivité, ou d'une manière de se représenter le monde, qui n'est pas consciemment choisie, mais plutôt subie sans le savoir. C'est pourquoi je pencherais pour réserver le terme de lien pour ces rapports dont la forme − ou, dira-t-on, les règles − est subie comme héritage des pratiques majoritaires et (se présentant comme) normales.

Pour appuyer la thèse de l'existence d'un seuil dans le spectre des rapports humains (spectre allant des plus ténus aux plus forts), je ferais remarquer que :
- pour ces liens, nous ne nous demandons pas s'ils peuvent être compatibles entre eux, notamment dans la durée, et ne cherchons pas particulièrement à faire se rencontrer les personnes entre elles (nous ne cherchons pas à faire se rencontrer notre boulangère avec un membre de la famille ou un·e collègue) ;
- les liens sont liés aux circonstances qui les façonnent (en cas de changement de travail ou d'études, la plupart des liens propres aux lieux se disloquent) ; nous ne cherchons pas vraiment à les entretenir en dehors de ces circonstances - sinon cela commence à devenir une relation, dans ma perspective.

* Spécial dédicace à la guest star qui va bientôt nous réunir (ou pas) autour d'un sapin pour des moments de convivialité plus ou moins joyeux.

Pourquoi distinguer relation et lien ?

L'enjeu sous-jacent à cette distinction est, pour moi, que c'est surtout dans une relation (et non pas vraiment dans un lien) qu'on peut parler de responsabilité affective ou d'engagement. C'est également en ce sens que l'anarchie relationnelle est à mes yeux compatible avec la monogamie. La monogamie serait le fait de n'entretenir (consciemment) qu'une relation : ça ne signifierait pas ne fréquenter aucune autre personne. La non-monogamie serait le fait d'entretenir plusieurs relations simultanément. Le concept de relation recouvre à mes yeux les relations amicales, les relations queerplatoniques, les relations amoureuses (sexuelles ou non), et les autres relations qui sont intentionnellement entretenues − l'anarel ne hiérarchisant pas ces relations en fonction de leur nature.

Comme il ne s’agit que d’une proposition, la discussion reste ouverte ! ;)

Complément 1 : définition du contact.

Pour affiner, il est possible de distinguer entre contact, lien et relation. Un contact n'est pas vraiment un lien : c'est un rapport fugace entre personnes. Exemple : la personne à qui l'on demande sa route dans la rue ; lae vendeur-se que l'on ne croise qu'une fois. Le lien, lui, se construit dans une certaine régularité - contrainte, propre au fonctionnement d'un espace social. Autant ce sera une sorte de magie de la rencontre qui nous poussera le plus souvent à construire une relation (ou même un lien) sur la base d'un contact ; autant pour un lien, cette magie se présentera sans doute plus calmement, et l'envie d'en faire une relation sera plus paisible. Par ailleurs, un contact peut devenir un lien, avant de devenir une relation.

Complément 2 : proposition de règles d'usage de la conceptualité (ensemble des concepts) de l'anarchie relationnelle.

Ma proposition ne vise pas à inciter à négliger les personnes avec qui nous sommes seulement en contact et en lien. Il sera bienvenu de s'adresser à elleux avec bienveillance et sincérité, mais pour moi cette (souhaitable) attitude générale envers toute personne ne relève pas spécifiquement de l'anarchie relationnelle. Je pense que l'anarchie relationnelle s'applique en effet à nos rapports (contacts et liens donc) avec ces personnes, mais de manière différente par rapport à nos relations. Pour les personnes avec qui j'ai été en contact, ou suis en lien, et pour la compagnie desquelles j'ai ressenti un certain plaisir, l'anarchie relationnelle me dit : « Voyons si je ne peux renouveler ce rapport, ou le renforcer en améliorant la communication et l'intimité, et ne préjugeons pas de la tournure qu'il pourrait prendre à partir de sa provenance sociale ». Et je trouve cela très dédramatisant et libérateur ; ça fait partie des beaux cadeaux de l'anarchie relationnelle pour moi. Mais l'anarchie relationnelle ne s'applique pas à ces rapports avec les concepts de responsabilité affective, d'accueil de la jalousie, de prise en compte du réseau relationnel, etc.

Complément 3 : différence de motifs d'entretien entre lien et relation.

Ce que j'ai dit dans le complément 2, m'amène à préciser ceci :

- une relation se construit sur le constat (de préférence mutuel) d'un certain plaisir ou d'une certaine joie à partager un moment à deux ou plus ;

- un lien repose sur l'inertie de pratiques sociales (activités sociales comme les études ou le travail, normes des liens familiaux).

Pour moi, cette différence de raison d'être ou de motif d'entretien du rapport est un argument de plus en faveur de l'existence d'un seuil bien tangible entre lien et relation. Par exemple, la question de la rupture d'une relation se pose bien différemment de celle de la cessation d'un lien.

Du point de vue des motifs d’entretien, le lien se situe à une position intermédiaire entre le contact et la relation : il dépend à la fois des circonstances matérielles qui le causent (contact) et des émotions agréables qu’il engendre (relation). La relation aura tendance à créer ou renforcer les circonstances matérielles qui lui sont favorables ; le lien (autre qu’amoureux ou sexuel) est plutôt impuissant dans ce domaine.

Complément 4 : exercices de nouage d’une relation

Toi aussi, apprends à bien nouer une relation ! :D

Sur ce thème, j’ai deux suggestions :

- soit une procédure un peu formelle qui consiste à expliciter un engagement à partager certaines activités avec une certaine régularité, ainsi que les limites de chacun-e aux possibilités d’investissement dans la relation ;

- soit passer par une question plus douce : « qu’est-ce que tu as envie/tu te sens à l’aise de me donner (avec quelle régularité) ? »

Ce mignon formulaire à destination des relations queerplatoniques peut donner de l’inspiration.

Enfin, le concept d’IRC peut répondre à tous les moments cruciaux d’une relation : commencement, tournant/modification/redéfinition et fin.

#
Profil

artichaut

le jeudi 29 octobre 2020 à 17h04

Le lien vers le "mignon formulaire" (en fin d'article) ne fonctionnait pas hors-facebook. Il se trouve que je l'avais déjà traduit, donc j'ai remplacé le lien vers sa traduction.

#
Profil

artichaut

le jeudi 29 octobre 2020 à 17h08

Perso j'ai apprécié cette disctinction entre contact, lien et relation. Et je me suis dit que ça pouvait en intéresser quelques un·e·s ici.

Bonne lecture.

Répondre

Chercher dans cette discussion

Autres discussions sur ce thème :


Espace membre

» Options de connexion