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Polyamour et culpabilité

Bases
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zina

le mercredi 02 novembre 2011 à 07h29

Un thème qu'il me semble important de discuter.
Mais d'abord un petit avertissement :
Je recherche ici des points de vue polyamoureux, de gens qui ne blament pas le fait d'aimer plusieurs personnes. Je ne veux pas discuter ici de la légitimité du polyamour dans son entier.
De plus, toute situation décrite pourra être fictive, non actuelle etc... Ces situations ne sont là qu'à titre d'exemple.

Bien, passons au contenu.
Dans mes relations polyamoureuses, il m'est arrivé d'être au centre de deux amoureux. Ces deux amoureux étaient pas vraiment dans d'autres relations que avec moi. Certains appellent ça un V.
En étant le milieu du V, j'avais beaucoup de culpabilité. Je savais que rationnellement je ne faisais rien de mal, tout le monde était au courant, et je leur consacrait à tous les deux mon amour et ce que je pouvais en temps, attention...
Malgré tout, restait la culpabilité. Je ne pense pas que j'aurais pu continuer si les deux n'avaient pas été rassurants et ok avec l'idée du poly.
À ce stade, je préfère mentionner un élément qui peut avoir de l'importance, peut être aussi parce qu'il permettra peut être à certains de s'identifier. J'ai grandi dans une culture catholique. Dans mon éducation, la culpabilité de faire du mal aux autres, de ne pas agir bien est omniprésente. Je peux essayer de m'en distancer, mais c'est comme qui dirait dans mes veines.
Ce que je me demande, c'est comment gérer cette culpabilité? Et question plus difficile, comment gérer cette culpabilité quand un des deux bouts du V est mono, et souffre de l'idée que son partenaire est poly?
Quand les deux bouts du V sont poly, on peut se rassurer en communiquant...
Quand l'un des deux est mono... la personne mono trouve que la culpabilité qu'on ressent en tant que "milieu du V" est légitime, qu'il faut faire un choix... et que la solution est de quitter la personne pas mono.
Quand les deux bouts du V sont mono, ça doit être encore plus périlleux... mais je n'ai pas trop d'exemples en tête là dessus.
Pourquoi dis-je que "la solution" quand un des deux bouts du V est mono, est de quitter l'autre... Je dis ça en partie parce que le raisonnement est souvent, quand on se sent coupable, que la personne poly s'en remettra, qu'elle aimera ailleurs. Dans une relation "normale", un moment de doute, de moins bien ne mettra pas forcément un terme radical à la relation. Quand on est au milieu d'un V, des périodes de doute ou de moins bien sont des occasions pour "simplifier" la situation et la culpabilité est un moteur puissant pour recourir à la simplification. Porter chaque jour la culpabilité n'est pas simple.

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Nounours

le mercredi 02 novembre 2011 à 08h16

Bonjour Zina,

Un point particulier qui me trouble un poil:

zina
Pourquoi dis-je que "la solution" quand un des deux bouts du V est mono, est de quitter l'autre... Je dis ça en partie parce que le raisonnement est souvent, quand on se sent coupable, que la personne poly s'en remettra, qu'elle aimera ailleurs.

J'ai peut-être pas compris ou je ne sais pas si tu parles dans l'abstrait ou si c'est ta pensée concrète, mais sous-entendre que les sentiments d'un poly. sont moins forts ou qu'il en souffrira moins parce qu'il est poly. Je .... non cela à un peu de mal à passer pour moi. Perdre un amour que tu sois poly. ou mono, pas de différence pour moi. Dans ton exemple en V, le poly. se retrouve seul ! Alors, quelle différence dans ce cas ???

Désolé, avec cela je ne vais pas atténuer la culpabilité. ;-(

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Popol (invité)

le mercredi 02 novembre 2011 à 10h59

Intéressant, ça, Zina. Je suis d'accord avec toi que c'est un truc courant, tacite, que de fonctionner ainsi:

...[ "la solution" quand un des deux bouts du V est mono, est de quitter l'autre... ]Je dis ça en partie parce que le raisonnement est souvent, quand on se sent coupable, que la personne poly s'en remettra, qu'elle aimera ailleurs. Dans une relation "normale", un moment de doute, de moins bien ne mettra pas forcément un terme radical à la relation.

Un sacré résidu de normalité, qui fausse les rapports en présumant que si la quantité d'amoureux reste stable malgré une rupture, la qualité des sentiments est interchangeable

Mais je ne capte pas bien qui quitte qui, dans cet exemple, donc qui est censé tenir ce raisonnement, et qui est censé ressentir de la culpabilité. Tu m'expliques comment tu vois ça?

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zina

le mercredi 02 novembre 2011 à 11h48

Merci à vous deux Nounours et Popol de me remettre face à ce point précis. C'est en effet un point où ce qui est évident est différent dans une perspective mono ou poly.

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Me positionnant à l'une des extrémités du V en tant que poly, avec une personne mono à l'autre bout du V (genre moi--V--M où M est mono et V "au milieu") j'ai appris/constaté une ou deux choses.

L'une d'entre elles est que c'est important (au moins pour moi) que les relations se continuent ou se terminent pour des motifs internes à la relation (on s'aime, on ne s'aime plus, on est bien ensemble, on est plus bien ensemble) et pas pour des motifs externes (Unetelle veut que je ne te vois plus...). Dans le cas contraire, j'ai toujours un amer goût dans la bouche et des questions non finies.

L'autre c'est bien entendu ce que tu dit Nounours. Que la fin d'un amour poly non désiré fait aussi mal que la fin d'un amour mono (y compris quand le poly ne se retrouve pas seul à la fin d'ailleurs). Je le dis d'expérience pour avoir comparé les deux.

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Enfin, dans une situation où la relation est difficile.... où l'on est pas sûr, où l'on doute... c'est là que ´ca devient plus compliqué. J'ai l'impression qu'une relation où l'on doute mais sans culpabilité peut continuer, à son rythme, éventuellement avec des pauses tacites, avec des reprises... Mais que quand il y a culpabilité, vient le besoin d'assumer, de nommer les choses.

On va prendre un exemple concret et plus ou moins fictif. Je suis en relation poly avec A et B. J'ai peu de temps disponible. Ma relation avec A devient ambiguë, on s'aime mais c'est de plus en plus difficile de se voir ou de se consacrer du temps. J'ai de la culpabilité envers les deux (A et B) de ne pas leur consacrer tout mon temps libre (puisque j'en ai peu et que je le divise entre A et B). A me dit que je ne fait pas d'efforts suffisants pour le voir, et du coup, moi je doute de mon amour pour A. Au final, je culpabilise, et je me dis que en déclarant la fin de la relation avec A, ´ca sera plus simple, pour lui, pour moi. De même, j'inhibe toute relation avec une personne C, par peur de ressentir encore plus de culpabilité de ne pas accorder à C, A ou B assez d'attention.

Un autre example. Je suis en relation avec V, qui est aussi en relation avec M, mono. V est tiraillé entre moi et M. M souffre qu'il ne choisisse pas et le lui montre. La relation entre moi et V est distante, mais il y a un lien affectif durable. V doute de son amour pour moi, du niveau auquel il veut s'impliquer envers moi. V se sent coupable. De mon côté, je me sens coupable de faire souffrir M par ma présence. La relation entre M et V se porte bien. Au final, V choisit la relation qui va le mieux et termine sa relation avec moi, ce qui soulage la culpabilité de tout le monde.

Je me dis que sans culpabilité, dans ces relations, peut être une relation distante ou moins forte aurait elle pu vivre tranquillement, tout en procurant le bonheur lié à ce type de relation. Je trouve en effet qu'une relation à distance, même si les retrouvailles ne se font qu'à un ou deux mois d'intervalle peuvent me donner énormément de bonheur - et pas seulement les jours des retrouvailles. Sur du long terme (plusieurs années) ce n'est pas anecdotique.

Je sais pas trop si je me suis trop perdue en essayant de garder les choses anonymes, ou bien si vous arrivez à me suivre?

Message modifié par son auteur il y a 9 ans.

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Nounours

le mercredi 02 novembre 2011 à 12h55

Je vais prendre le cas de toi-V-M, le plus proche de ta situation apparemment. Pour comprendre, il me faut d'autres éléments.

Connaissance de M que V est poly à quel moment de leur relation ?
V se découvre poly avec toi, avant de connaître M ou ... ?
M avait un droit ou une légitimité de demander à V de choisir ?
A quel moment de ta relation avec V as-tu découverte l'existence de M et sa situation mono ?

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LuLutine

le mercredi 02 novembre 2011 à 13h12

zina
Quand on est au milieu d'un V, des périodes de doute ou de moins bien sont des occasions pour "simplifier" la situation

Et tu as bien raison de mettre "simplifier" entre guillemets, car pour moi c'est la situation polyamoureuse qui est simple !
La situation d'exclusivité, au contraire, est une prise de tête gigantesque ! Ben oui, qui je choisis ? Et je fais quoi si trois mois ou trois ans plus tard je change d'avis ? Non, vraiment, c'est plus simple d'entretenir des relations polyamoureuses.

Sinon, pour répondre à ton sujet, je vais avoir beaucoup de mal, car depuis que j'ai accepté qu'il n'était pas "anormal" d'aimer plusieurs personnes, ma culpabilité a disparu. Je ne l'ai ressentie qu'à l'époque où, en couple exclusif, je me découvrais des sentiments (non réciproques) pour une autre personne.

Aujourd'hui, j'ai (entre autres) une relation avec quelqu'un d'exclusif. Il se plaint du fait que je fréquente d'autres amoureux, mais il le savait dès le départ, et je ne le retiens pas de force : c'est lui qui a choisi de venir, et lui qui choisit de rester depuis plusieurs mois.
Pour ma part, je ne ressens aucune culpabilité ; surtout que je suis la première de nous deux à m'organiser pour qu'on puisse se voir (on habite loin l'un de l'autre, ça ne peut donc pas trop se faire sur un coup de tête). Donc, au niveau du temps passé ensemble, je ne me sens pas coupable, même si j'aimerais qu'on se voie plus souvent.

Pour le fait d'avoir d'autres relations, lorsqu'il me le reproche, je lui fais remarquer qu'il est déjà passé dans ma région en refusant de me voir à un moment donné parce qu'il était avec des amis et ne voulait pas que je l'accompagne. Lorsqu'il me dit que "ce n'est pas la même chose" car "[il n'a] pas d'autre copine", j'essaie de lui expliquer que pour moi si, c'est la même chose : c'est du temps qu'il choisit de passer sans moi. Et il a le droit de le faire, tout comme j'ai le droit d'avoir des activités sans lui, sur lesquelles, dans l'absolu, je n'ai pas de comptes à rendre (je trouve parfaitement normal qu'il s'intéresse à ma vie et me demande ce que j'ai fait, et j'y réponds avec plaisir, mais il n'a pas à m'interdire telle ou telle activité).

Enfin, vu qu'il en reste à l'idée - malheureusement bien trop courante pour qu'on pense devoir la justifier ! - que "ce n'est pas la même chose", ça finit un peu en dialogue de sourds. Je connais ce point de vue puisque c'est celui de la plupart des gens, mais je ne le partage pas.

Je crois quand même que de son côté, il a bien compris que pour moi, du temps sans lui c'est du temps sans lui, point. Ca ne changerait strictement rien qu'il le passe seul, avec des amis, de la famille ou une autre amoureuse !

Au vu de son discours, il semble toutefois se demander comment je peux vivre ça sans culpabilité (mais c'est peut-être une interprétation de ma part).

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zina

le mercredi 02 novembre 2011 à 13h26

Lulutine, tu me donnes l'impression que "bien assumer" son polyamour est un moyen d'éloigner la culpabilité. Je te rejoins un peu en ce sens que, quand je me sens confiante en moi, et donc confiante dans mon choix d'être polyamoureuse, je ressens moins de culpabilité à rester au milieu d'un V. Je "gère".

Nounours, je vais te répondre, mais je vais aussi mettre des bémols :)

Nounours
Je vais prendre le cas de toi-V-M, le plus proche de ta situation apparemment. Pour comprendre, il me faut d'autres éléments.

Connaissance de M que V est poly à quel moment de leur relation ?
V se découvre poly avec toi, avant de connaître M ou ... ?
M avait un droit ou une légitimité de demander à V de choisir ?
A quel moment de ta relation avec V as-tu découverte l'existence de M et sa situation mono ?

La situation moi-V-M est fictive, je vais donc faire comme si elle ne l'était pas, mais plusieurs exemples dans ma vie peuvent l'illustrer.
M a su a priori dès le début que V est poly, peut être avant même que leur relation ne débute.
V n'est pas sûr d'être poly, ou bien est poly mais depuis peu, ou bien se découvre poly durant ma relation avec lui, ou bien y pense avant ou sans moi, mais l'expérimente pour de vrai avec moi.
M a toute la légitimité de la personne qui est la plus proche au quotidien de V, son amoureuse dans la vie de tous les jours depuis un ou deux mois (je fais pas le compte :) )
V et moi nous connaissons depuis de nombreuses années, et la relation initiale (monoamoureuse ou amicale) a évolué en relation polyamoureuse un ou deux ans avant que V ne rencontre M ou que la relation entre V et M n'évolue vers plus-que-de-l'amitié.

Je te laisse me répondre avec ces précisions.

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Popol (invité)

le mercredi 02 novembre 2011 à 14h07

Zina, motifs internes, motifs externes… peut-on vraiment toujours faire la séparation ? Si un motif externe nous affecte, alors il affecte indirectement notre personne, donc a une incidence sur les autres relations (amoureuses, mais aussi familiales, amicales…). Bref, je ne crois pas que la séparation puisse se faire, ni qu’on puisse s’épargner le goût amer dans la bouche. C’est justement pour ça que tu ouvres ce fil : on voudrait bien pouvoir, mais c’est pas le cas, la réalité nous rattrape.

Le thème de la culpabilité par contre… Ce que A désignerait comme un manque d’effort est déjà une interprétation de sa part sur les raisons de ton peu de présence. Ce qui veut dire que tu y es sensible, donc… c’est ce ressort-là de culpabilité qui est activé – parce qu’il est activable. Question : tu le verrais plus si tu n’avais pas d’autre relation, ou ce serait pareil ? Si c’était pareil, alors il faut croire que ta relation avec cette personne a besoin de cette distance. Mais qu’elle ne lui convient pas. Le polyamour ne serait donc pas en cause, mais la nature de ta relation avec cette personne. Avec cette simple considération, on peut déjà voir mieux où est le souci.

Quand dans la deuxième version tu désignes la relation qui va le mieux, c’est en fonction de quoi ?
Ce serait pas en fonction de la dose de culpabilité totale du triptyque, qui est sûrement perçue différemment par chacun, ou par chaque paire ? Bref, la culpabilité des uns et des autres s’additionne ou se couple en divers mélanges assez confus. Donc pour moi, premier boulot : les désigner clairement, et les traiter le plus possible séparément, pour voir quels sont leurs racines respectives. Et traiter avant tout celle(s) qui nous regarde(ent), sans se mettre à supposer de celle(s) qui pourrait être présente(s) chez les autres (à vérifier).

La culpabilité a divers ancrages, suivant les situations sur lesquelles ce ressort, ses divers ressorts se sont construits. Il n’y a pas, je crois, d’entité « culpabilité », mais des culpabilités différentes. Si on peut la fractionner en plus petits dossiers, ça devient plus gérable.

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zina

le mercredi 02 novembre 2011 à 14h24

Fractionner les culpabilités... Tu dis bien toi même Popol que l'on ne peut pas toujours faire la séparation entre motifs externes et internes (je ne suis pas entièrement d'accord, mais admettons pour l'argument). En quoi serait-il plus simple de faire la séparation entre culpabilité dûe à x ou y ou z raisons?
Bien sûr, pour la compréhension, de manière rationnelle, c'est mieux de fractionner la culpabilité. Mais émotionnellement, c'est la culpabilité totale qui pèse, et c'est le fait d'avoir au total beaucoup de culpabilité qui fait souffrir et/ou pousse à agir.
Parfois aussi c'est impossible de savoir ce qu'on ferait "si il n'y avait personne d'autre". Parfois, le polyamour peut aussi être un révélateur. Par exemple dans une autre situation théorique moi--V--M, peut être que V a des motifs internes à sa relation avec moi pour la terminer, et que comme il n'y avait pas de M dans sa vie, il restait avec moi "faute de mieux". Peut être que l'apparition de M révèle au grand jour / à sa conscience ces motifs internes, parce que V aurait moins peur de la séparation... C'est jamais aussi simple qu'on ne veut le penser...

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Popol (invité)

le mercredi 02 novembre 2011 à 14h49

Oh mais c’est loin d’être facile, de séparer les culpabilités… mais c’est faisable, j’en sais quelque chose. Un peu d’aide extérieure, de temps et de volonté pour faire ce travail, il en faut, certes, ça tombe pas du ciel - pourtant ce serait bien.
Mais pour aborder la différenciation des motifs internes et externes, il faut du plus simple, déjà : bosser sur ce qu’on peut changer en soi-même, c’est le premier pas pour moi. Donc, première étape : la, les culpabilité(s).

La culpabilité totale, si on décide qu’elle est insolvable en plus petites entités, c’est presque une décision de ne rien faire, de la résignation, c’est comme entériner un état de fait immuable. Or ce n’est pas comme le bleu du ciel, lui il est comme ça, pointalaligne… mais ça t’appartient parce que tu l’es construite comme ça, avec « apports extérieurs » ; donc si ça t’appartient, il n’y a que toi qui peux y changer quelque chose.
Réputer impossible de départager à quoi tient une relation ou sa qualité, ça me semble tout aussi résigné. Le faire pour soi, c’est possible. Mais tenter de le déterminer pour et à la place des autres, même si notre perception des motivations des autres s’avère juste, elle ne le sera jamais autant que si c’est la personne elle-même qui nous le formule – sinon, ça risque de rester quelque chose de l’ordre du fantasme qui a peur de recevoir une vérité qui le mettrait face au choix pour soi-même : si quelqu’un reste avec moi par intérêt et que je l’apprends, ce sera à moi de prendre la décision de mettre un terme à la relation, si ma dignité s’en trouve atteinte.

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Nounours

le mercredi 02 novembre 2011 à 15h58

Ok pour le fictif zina.

Chaque configuration et cas peut induire une réponse différente, mais en terme de culpabilité, je n'en vois pas sauf à ne pas assumer ces choix personnels comme vous le dites, toi et Lulutine.

Dans ta position à l'extrémité d'une des branches du V :

« M a su a priori dès le début que V est poly, peut être avant même que leur relation ne débute » Alors, perso je trouve que M et V ne sont pas honnête envers toi ! M de demander à V de choisir sachant qu’il est poly et V d’avoir débuté une relation avec toi sachant probablement que M ne l’accepte pas.

« V n'est pas sûr d'être poly, ou bien est poly mais depuis peu, ou bien se découvre poly durant ma relation avec lui, ou bien y pense avant ou sans moi, mais l'expérimente pour de vrai avec moi. » Tu ne me facilites pas les choses ;-) Toujours à V d'être honnête avec lui-même et ensuite avec toi et M, soit de dire on en reste là parce que... avec toi ou M avant de se retrouver dans la situation où le choix sera plus difficile et quelqu'un en souffrira.

« M a toute la légitimité de la personne qui est la plus proche au quotidien de V, son amoureuse dans la vie de tous les jours depuis un ou deux moi. » Pour ma part la proximité n'offre pas de légitimité, sauf éventuellement s'ils habitent ensemble (problème d'ordre matériel) ou s'ils sont mariés.

« V et moi nous connaissons depuis de nombreuses années, et la relation initiale (monoamoureuse ou amicale) a évolué en relation polyamoureuse un ou deux ans avant que V ne rencontre M ou que la relation entre V et M n'évolue vers plus-que-de-l'amitié. » Je te renvois donc sur ma 1ére réponse, M et V ne sont vraiment pas honnête avec toi !

Beaucoup de choses peuvent rentrer en compte comme tu peux l'imaginer, mais être honnête avec chacun est à mon avis la base pour essayer de trouver l'équilibre et si on est honnête, alors il est plus simple d'assumer et donc de ne culpabiliser personne. Après, avoir des regret d'avoir fait un choix perso, cela ne regarde plus que chacun d'entre nous, inutile d'en reporter la responsabilité sur le(s) autre(s). Je vais un peu modérer mes propos, car personne ne reste comme il est indéfiniment, on évolue ou la situation nous contraint d'évoluer, dans ce cas il n'y a pas de solution miracle, notre évolution aura des répercutions autour de nous.
Exemple: Si je suis V et que je suis triste pour une raison ou une autre avec M, alors désolé, mais je n'arriverais pas à faire croire que tout va bien c'est le paradis sur terre quand je serais avec toi, je n'ai pas plusieurs cerveaux ou des coeurs indépendants. Toutefois, je ferais de mon mieux pour que cela nous affecte le moins possible.

Des réponses qui n'engagent que moi évidemment ;-)

Message modifié par son auteur il y a 9 ans.

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Junon

le mercredi 02 novembre 2011 à 16h27

Ton post suscite en moi quelques réactions...pour avoir été dans la même configuration mais avec deux partenaires mono, j'ai ressenti non pas de la culpabilité mais une envie de réequilibrer l'ensemble en leur faveur...et pour ça, j'ai poussé mon amoureux le plus ancien à rencontrer quelqu'un d'autre. Echec cuisant car il ne le souhaitait pas vraiment et je n'étais pas prête à ce moment-là à me confronter à une jalousie (dévorante car toute neuve...).
Désormais, je partage mon temps entre deux partenaires dont l'un est mono, l'autre poly et j'avoue que ça me simplifie grandement la vie...bien sûr, je suis parfois triste de ne pouvoir être avec le second (pour des raisons de distance comme de disponibilité), parfois un peu jalouse de ses nouvelles rencontres mais quel soulagement de ne pas avoir à gérer en plus la jalousie de l'autre ou son envie de ne pas me partager!

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xylopyromax

le jeudi 03 novembre 2011 à 13h56

Salut Zina,

pour une distinction éclairante entre responsabilité et culpabilité, je te conseille vivement la lecture du petit guide de Yves-Alexandre Thalmann "Responsable Oui, Coupable, Non", chez Jouvence éditions. À la base, tu es 100% responsable de tes propres actes, paroles, émotions et pensées, et 0% de ceux des autres. La culpabilisation apparaît quand un autre se positionne en victime en te rendant responsable de sa souffrance, alors qu'il serait libre d'y échapper mais ne le fait pas. Pour obtenir cela, celui qui se positionne ainsi s'appuie inconsciemment sur une culpabilité sociale, religieuse, originelle, comme tu voudras, où certains actes sont coupables non pas parce qu'ils infligent une souffrance, mais parce qu'ils doivent l'être. Ainsi, aimer plusieurs hommes est originellement coupable, "illégitime" comme tu dis. Or en fait, tu n'es pas responsable de la souffrance ressentie par ton partenaire, puisque la situation est claire, non forcée, et qu'il peut toujours partir si ça ne lui plaît pas. Ce n'est donc pas à toi de quitter qui que ce soit, à mon avis, si tu aimes les deux. Si tu le faisais, tu ferais souffrir celui que tu quittes et cette fois, tu en serais responsable.

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clairobscure (invité)

le jeudi 03 novembre 2011 à 18h00

hum... la distinction entre responsable et coupable est un sujet plutôt difficile je trouve. Etant donné qu'on a une influence sur les autres, on est aussi responsable d'en "faire bon usage"... après, quand les sentiments entrent en jeu, ça devient parfois difficile de protéger les autres de soi-même, certaines décisions deviennent intenables parce qu'il est trop difficile de se sacrifier, même quand on les prend justement pour protéger les autres et qu'on sait que c'est la meilleure décision pour l'avenir. Bref, on n'est pas des êtres rationnels, mais la culpabilité de faire souffrir n'est pas seulement d'origine chrétienne :(

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oO0

le jeudi 03 novembre 2011 à 22h46

Xylopyromax,

effectivement, distinguer entre responsabilité et culpabilité me semble une bonne manière de rééquilibrer.

Lulutine,

aussi, le fait d'assumer permet de mieux tenir en équilibre.

Sinon, personnellement, je connais cette culpabilité et, à un moment donné - lequel je ne sais pas - je ne supporte plus simplement parce que cela relève de l'indolence. Avoir mal ou être mal, cela fait partie de la vie. Pas besoin de coupable, la vie seul se suffit à elle-même. Le cas de la disponibilité matériel en temps me semble ressortir de cette indolence, d'une incapacité d'accepter la réalité de l'existence. Cette indolence peut venir de soi, comme des autres. Je sais que je peux me sentir coupable juste parce que cela me fait mal d'être impliqué dans une situation qui fait mal à quelqu'un. Si c'est moi qui suit dans cette situation, je me dis que la vie, souvent, ça fait mal, mais je n'arrive pas à me le dire pour les autres.

Bref, RIP, accepter que la réalité de l'existence est faite aussi de peine.

Pour le cas de V et M, comme l'explique bien Xylopyromax, M a le choix de rester ou de ne pas rester. Reste que cela ne me semble pas aussi simple car il s'agit d'une zone de flou en matière de consentement entre V et M. Le consentement sur lequel repose leur relation ne semble pas très clair même si cela va mieux entre eux et, certes, ta présence participe à ce manque de clarté parce qu'elle le met en évidence. Là, chaque personne à sa part de responsabilité, ne pas la prendre, c'est prendre le risque d'une certaine culpabilité. Ce qui n'est à l'origine qu'une responsabilité à prendre peut se muer en culpabilité, c'est ce qui arrive à fuir ses responsabilités.

Culpabilité, être cause de... Responsabilité, répondre de ...

Je pense que je m'exprimerais plus facilement sur le sujet tout comme tu y verrais plus clair si la culpabilité - être la cause de - n'était pas souvent prétexte à de la manipulation affective, soit à inscrire dans la culpabilité un devoir de réparation qui permet d'obtenir par le biais de cette réparation ce qui est attendu. D'ailleurs, en dehors de la sphère affective, la culpabilité est toute différente et relative aux actes dont une personne peut être tenue pour responsable : voler une pomme dans un supermarché, ce n'est pas la même chose que d'escroquer un père de famille. Le sentiment de culpabilité est souvent disproportionné et plus encore, par rapport à la réalité légale de la culpabilité. Plus les faits coupables sont gros, plus la reconnaissance de ces faits s'avère une lutte surhumaine. Le petit voleur de pommes sera beaucoup plus facilement reconnu coupable que l'escroc des familles. C'est tout l'inverse pour le sentiment de culpabilité où la peur de la culpabilité est parfois tellement grande qu'elle suffit à y mener et que, en matière de sentiment, elle est souvent extrêmement disproportionnée par rapport à des injustices bien plus graves. (Si les Médée du monde mettait autant de passion et d'énergie à lutter contre les injustices du monde, ... D'ailleurs, elle l'investit tellement mal qu'elle en vient à tuer ses enfants.)

Sinon, au final, vouloir évacuer toute notion de culpabilité parce que celle-ci a été instrumentalisée, notamment par la religion, cela ne me semble pas sain. Il arrive d'être injuste et ne pas en assumer la culpabilité et en reconnaître l'injustice ne fait qu'ajouter à cette dernière. Il arrive notamment d'être injuste ne fut-ce que parce que les proportions données aux injustices vécues ne sont pas justes bien qu'il y ait injustice. Puis, l'erreur est humaine et par voie de conséquence, un minimum d'humanité, c'est d'être conciliant. Et ce n'est qu'un minimum.

Message modifié par son auteur il y a 9 ans.

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oO0

le jeudi 03 novembre 2011 à 22h57

En résumé, accepter que la peine fait partie de la réalité de l'existence et se montrer conciliant vis-à-vis des peines que chacun, chacune éprouve, ici : peine de ne pas avoir assez de temps à donner ou à recevoir.

Conciliant, conciliant...
Conciliation, réconciliation...

Fichtre, moi, je les aime bien ces mots là. Si la culpabilité a quelque chose d'effroyable, c'est que souvent soit on y enferme le coupable, soit le coupable s'y enferme. La culpabilité est prétexte à stigmatiser. Et ces mots là, (ré)conciliation, me semble trancher avec cette attitude de stigmatisation.

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