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Alexandra Kollontaï (1872-1952)

Culture
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artichaut

le mercredi 08 mai 2019 à 17h03

Alexandra Kollontaï (Александра Михайловна Коллонтай) est femme politique socialiste, communiste et militante féministe soviétique (1872-1952).

Elle invente le terme « Amour-camaraderie » proche de l'Amour libre et de la « Camaraderie amoureuse » d'E. Armand (né en France la même année qu'elle).
À ce titre elle participe aux origines du « Polyamour ».

Comme Voltairine de Cleyre, Alexandra Kollontaï fait la critique du mariage. Elle nomme même « captivité amoureuse » le mariage et la fidélité sexuelle.


Si vous avez envie de partager des choses, des idées, des citations concernant Alexandra Kollontaï, ce fil est fait pour ça.

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Bibliographie :
(seulement les textes se rapportants aux relations affectives)
- Marxisme et révolution sexuelle, Maspero 1973 ; Réédition La Découverte 2001. (compile de textes rassemblés pour la première fois en français).
- Place à l'Éros ailé ! (Lettre à la jeunesse laborieuse) (pdf), texte de 1923. (où elle évoque son concept d' « amour-camaraderie »)
- Les Bases sociales de la question féminine, 1909 (où il est beaucoup question d'amour libre)
- Les Chemins de l’amour, 1922
- Le Travail féminin dans la communauté agricole et dans la production artisanale IV° conférence à l'université Sverdlov sur la libération des femmes
- Sa Biographie, par elle-même, 1925.


Ressources :
- sa page wikipédia
- Archives marxistes
- Alexandra Kollontaï : l’amour et la révolution sexuelle, par Clara Mallo, août 2016
- Alexandra Kollontai : « L’amour libre est-il possible ? », mars 2018
- L’Amour, camarade !, in « Femmes : la guerre la plus longue », Manière de voir n°150 déc 2016 - janv 2017.
- Alexandra Kollontaï, l'amour-camaraderie, par Kévin Védie pour Clara magazine, nov 2017
- Alexandra Kollontaï féminisme, amour & liberté, par Sabina Sebastiani, pour C4 automne 2017
- Octobre 1917 côté femmes : quand Alexandra Kollontaï prônait l'amour par Sylvie Braibant, oct 2017

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Voir aussi le fil Polys renommé.e.s, personnalités célèbres, etc, recensant notamment les personnes qui ont marqués l'histoire de la pensée et la pratique des relations affectives.

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artichaut

le mercredi 08 mai 2019 à 17h03

Quelques mentions précédentes d'Alexandra Kollontaï sur le forum :

Dreltak #
Willehm Reich m'a l'air de quelqu'un d'intéressant (d'après ce que j'ai vu sur wikipedia), il y a aussi Alexandra Kollontaï pour ceux que la perspective psychanalytique rebutent quelque peut. ("Marxisme et Revolution Sexuelle" est un de ses rares écrits traduit en français)

Frédéric Joignot cité par Lili-Lutine #
La féministe révolutionnaire russe Alexandra Kollontaï (1872-1952), qui imposa en 1917 le droit de vote des femmes en URSS, est aussi considérée comme une pionnière du polyamour.
Estimant que le mariage bourgeois et la fidélité obligatoire des femmes, qu’elle appelle « la captivité amoureuse », étaient dictés par le souci de « concentrer le capital » dans une même famille, elle propose, dans Place à l’Eros ailé ! (1923), le concept d’« amour camaraderie ».
Elle y prône le refus de la possessivité de l’homme sur la femme, l’égalité des droits individuels, la réciprocité du souci de l’autre, la multiplicité et la liberté des relations amoureuses – qu’elle expérimente elle-même.

Siestacorta #
Sinon, je suis tombé sur une référence, Alexandra Kollontaï.

Elle développe l'idée d'un "amour camaraderie".
J'en tire le mot-valise "camouraderie".
Non, pas la peine de l'ajouter au lexique, mais ça servira peut-être un jour :-)

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artichaut

le mercredi 08 mai 2019 à 18h54

Alexandra Kollontaï
L’État des travailleurs a besoin d’une nouvelle forme de rapports entre sexes. L’affection étroite et exclusive de la mère pour son enfant doit s’agrandir pour embrasser tous les enfants de la grande famille prolétarienne. A la place du mariage indissoluble, basé sur la servitude de la femme, on verra naître l’union libre, forte par l’amour et le respect mutuels de deux membres de la cité du travail, égaux dans leurs droits et dans leurs obligations. A la place de la famille individuelle et égoïste surgira la grande famille universelle ouvrière où tous les travailleurs, hommes et femmes, seront, avant tout, des frères, des camarades. Tels seront les rapports entre l’homme et la femme dans la société communiste de demain, Ces rapports nouveaux assureront à l’humanité toutes les joies de l’amour libre, ennobli par l’égalité sociale véritable des deux époux, joies qu’ignorait la société mercantile du régime capitaliste.

Un chemin aux enfants bien portants, florissants, un chemin à la jeunesse vigoureuse, éprise de la vie et de ses joies, libre dans ses sentiments et dans ses affections ! Telle est la devise de la société communiste. Au nom de l’égalité, de la liberté et de l’amour libre, nous appelons ouvrières et ouvriers, paysannes et paysans, à entreprendre courageusement et avec foi l’œuvre de la reconstruction de la société humaine en vue de la rendre plus parfaite, plus juste et plus apte à assurer à l’individu le bonheur qu’il mérite. Les drapeaux rouges de la révolution sociale qu’arborent, après la Russie, d’autres pays du monde, nous annoncent déjà l’avènement prochain du paradis terrestre, auquel, depuis des siècles, aspire l’humanité.

(Source : La famille et l'État communiste, 1918)

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artichaut

le mercredi 08 mai 2019 à 19h03

Alexandra Kollontaï
Les choses changèrent cependant au courant du XIX° siècle. Mary Wollstonecraft aborda de nouveau le problème de l'instruction de la femme dans son ouvrage Pour la défense des droits de la femme. Dans ce livre, elle fait preuve d'ailleurs d'un courage et d'une audace exceptionnels et qui ne sont pas sans nous faire penser aux grandes figures de la Révolution française. Ses conclusions furent particulièrement originales. Elle revendiquait une amélioration de l'éducation de la femme et la reconnaissance de ses droits, tout en mettant l'accent sur la signification spirituelle de la maternité. Seule une femme libre et consciente pouvait être une bonne mère capable d'enseigner à ses enfants leurs devoirs de citoyens et un authentique amour de la liberté. Parmi tous les pionniers luttant pour les droits des femmes, Mary Wollstonecraft fut effectivement la première qui réclama l'égalité des droits de la femme en partant des devoirs de la maternité. La seule exception est Jean-Jacques Rousseau en France. Ce philosophe et ce révolutionnaire du XVIII° siècle explique l'égalité de la femme à partir des « droits naturels de l'humanité ". Pourtant dans sa société libre, dans laquelle l'intelligence régnait en maître, il n'en renvoya pas moins la femme exclusivement à son rôle de mère, dans un esprit pas très éloigné de celui de la famille bourgeoise.

(Source : VIII° conférence à l'université Sverdlov sur la libération des femmes : Le mouvement féministe et le rôle de la femme travailleuse dans la lutte de classe, 1921)

Alexandra Kollontaï
Les socialistes utopistes du début du XIX° siècle - Saint-Simon, Fourier et autres adeptes - discutaient déjà de la « question des femmes ». Les utopistes ne purent naturellement pas découvrir les véritables raisons de l'oppression de la femme, c'est-à-dire ils étaient incapables de reconnaître que l'esclavage de la femme naquit justement parce qu'elle avait cessé de produire un travail utile et productif pour l'ensemble de la collectivité. C'est pourquoi ils n'envisageaient pas la solution au problème de la femme par son travail obligatoire pour la société. A leurs yeux, elle demeurait l'épouse ou la compagne, c'est-à-dire d'une manière ou d'une autre l'« amie » de l'homme, et non pas une force de travail productive autonome.

Si le grand mérite des utopistes fut d'introduire le débat sur l'égalité de la femme de façon vigoureusement polémique, il ne fut pas le seul, car ils ne se contentèrent pas d'analyser le rôle de la femme dans le travail et devant la loi, mais ils posèrent également le problème de sa situation dans le mariage. Claude Henri de Rouvroy comte de Saint-Simon attaquait vigoureusement la « double morale » qui sévissait au sein de l'hypocrite société bourgeoise. Les positions des utopistes sur l'égalité entre les sexes, l'amour, le mariage et la liberté des sentiments " furent reprises par toute une série de femmes tout au long du XIX° siècle. Ces femmes refusèrent de façon conséquente de participer au mouvement féministe bourgeois parce qu'elles estimaient que la « question des femmes » était une affaire bien plus vaste et complexe et qu'elle ne se réglerait pas simplement par l'accès des femmes aux universités ou aux urnes. Parmi les représentantes les plus fascinantes et combatives pour le droit de la femme à la « liberté des sentiments », il faut citer George Sand, écrivain révolutionnaire français ayant participé activement aux soulèvements de 1848, ainsi que la première journaliste américaine, Margareth Fuller. Elles furent d'ailleurs contemporaines. C'est surtout par son rayonnement personnel que Margareth Fuller a influencé de façon décisive ces aspects de la question des femmes et non pas tant par la profondeur et la maturité de ses écrits.

(Source : ibidem)

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artichaut

le mercredi 08 mai 2019 à 19h07

Alexandra Kollontaï
Seule la femme qui a nourri son enfant au sein a rempli son devoir social envers lui. Les autres soins que réclame la maternité peuvent être alors pris en charge par la collectivité. Cependant, l'instinct maternel ne doit pas être réprimé. Mais pourquoi la mère devrait-elle dispenser ses soins et son amour uniquement à son propre enfant ? Ne vaudrait-il pas mieux que les mères utilisent ce précieux instinct de façon plus intelligente, en le reportant, par exemple, sur tous les enfants ayant besoin d'amour et de tendresse ?

(Source : XII° conférences à l'université Sverdlov sur la libération des femmes : La dictature du prolétariat : le changement révolutionnaire de la vie quotidienne, 1921

Alexandra Kollontaï
A la campagne, (…) le mariage continue à être une entreprise économique, et une femme peut épouser un homme non par amour, mais parce qu'il a une chambre dans une maison commune. Ou encore un homme épouse une femme parce que, avec une double ration de chauffage, il est plus facile de passer l'hiver ! De tels faits sont indignes et regrettables. Mais tant que notre république ouvrière n'aura pas réussi à émerger du chaos économique, il ne sera pas possible d'éliminer complètement ces survivances du passé. Malgré tout, on enregistre actuellement une baisse constante du nombre de mariages ainsi qu'un accroissement régulier de l'amour libre.

L'Union soviétique s'est engagée à prendre soin des enfants, qu'ils soient issus d'un mariage légal ou d'une union libre. Cette évolution est responsable d'une nouvelle image de la femme et de la mère. Notre république ouvrière protège la mère et l'enfant, sans s'occuper des circonstances dans lesquelles l'enfant est venu au monde. Dans la pratique quotidienne, on se heurte malgré tout encore à des survivances du passé. Les formulaires officiels comportent toujours la même question absurde : « Êtes-vous marié ou célibataire ? » Dans la milice, on va jusqu'à exiger le certificat de mariage. Ces exemples montrent combien reste forte l'emprise des vieux préjugés bourgeois et combien il est difficile pour les travailleurs de se défaire des survivances du passé. De nets progrès ont pourtant été accomplis dans ce domaine. Les suicides des futures filles-mères - très fréquents par le passé - ont complètement disparu, de même que les meurtres d'enfants par des mères non mariées. On a cessé de stigmatiser les mères célibataires ; l'enfant illégitime n'est plus un « déshonneur ». Dans notre société, le mariage est devenu de plus en plus une affaire privée qui ne regarde que les intéressés, tandis que la maternité, indépendamment du mariage, revêt une très grande importance sociale. La société ne s'immisce dans les affaires privées d'un couple que si l'un ou l'autre des partenaires est malade. Mais ce problème ouvre sur un chapitre spécial et qui fait actuellement l'objet de vifs débats au commissariat à la Santé.

(Source : XIII° conférences à l'université Sverdlov sur la libération des femmes : La dictature du prolétariat : la révolution des mœurs, 1921

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artichaut

le mercredi 08 mai 2019 à 22h11

Un texte citant Kollontaï, tiré de « Les marxistes et l'amour » (Jean de Leyde, in L'Amour problème, Arguments n°21, 1961)


Alexandra Kollontai, communiste dévouée, se fit l'apôtre de la libération sexuelle, au nom du marxisme radical.

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Siestacorta

le jeudi 09 mai 2019 à 18h57

J'aimerais récupérer des bouts de texte pour FB, mais faut avouer que le côté marxiste d'entre-deux guerres, c'est pas ultra-polyglamour :-)

Message modifié par son auteur il y a 2 mois.

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Siestacorta

le jeudi 09 mai 2019 à 19h04

Ah, si, j'ai une citation qui passe bien. Généraliste, mais hé : c'est une femme qui écrit ça en 1923.

A. Kollontaï - Place à l'Eros ailé

Une femme peut aimer un homme par « l'esprit » seulement, au cas où ses pensées, ses aspirations, ses désirs s'harmonisent avec les siens ; et elle peut être attirée vers un autre par un puissant courant d'affinité physique. A l'égard d'une femme, un homme éprouve un sentiment d'une tendresse pleine de ménagements, d'une pitié pleine de sollicitude, et dans une autre il trouve un appui, la compréhension des meilleures aspirations de « son moi ». A laquelle de ces deux femmes doit-il accorder la plénitude de l'Éros ? Et pourquoi doit-il s'arracher, se mutiler l'âme si la plénitude de son être ne peut être atteinte que s'il maintient ces deux liens ?

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artichaut

le jeudi 09 mai 2019 à 21h29

Siestacorta
J'aimerais récupérer des bouts de texte pour FB, mais faut avouer que le côté marxiste d'entre-deux guerres, c'est pas ultra-polyglamour :-)

Siestacorta
Ah, si, j'ai une citation qui passe bien.

Oui, il faut aller chercher dans Place à l'Éros ailé !
Les citations que moi j'ai donné ce sont dans des textes où il y a très peu de choses sur le sujet, donnant en revanche les références des principaux textes.

Et oui je partage cet avis sur le « pas ultra-polyglamour ». Je me suis même posé la question d'adapter des bouts de ces textes en langage d'aujourd'hui, le discours marxiste de l'époque ayant un peu perdu de sa verve sous la poussière du temps.
Après ça m'a posé question (et je l'ai pas fait) car le risque est d'en faire un discours petit-bourgeois à l'opposé même de sa pensée.
Mais il serait peut-être possible de conserver la finesse de ses réflexions sur les rapports de classe, sans pour autant conserver les "grande famille prolétarienne" et autres "société communiste de demain".

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Siestacorta

le jeudi 09 mai 2019 à 22h07

C'est sans doute un obstacle à une diffusion large... Mais en même temps, ce serait un peu trahir, d'adapter. Même quand l'articulation entre société future et amour semble artificielle, faut pas oublier qu cette perspective, c'était une Foi, quelque chose qui donnait du sens au reste.

A la rigueur, s'inspirer, faire le lien avec un développement politisé du polyamour, comme le fait parfois F. Simpère.

L'idée que si l'amour et les attirances circulent ("volent") plus facilement, le "froid de la solitude morale" se fera moins sentir, me plait.

Je sais pas si c'est bien possible, dans le sens où il y a toujours des dispositions psychologiques qui nous enferment, nous excluent et nous poussent à enfermer les autres avec nous, même quand il s'agit pas d'exclusivité : du coup, des gens seuls, yen a toujours.
C'est ma limite à l'idée d'un PA collectiviste. Je pense pas que la libre circulation des sentiments suffise. On peut crever la dalle à côté d'une quantité infinie de nourriture, pour peu qu'on soit infoutu de la digérer.
Je suis en revanche tout prêt à considérer que ça améliorerait quand même nettement les choses, que les raisons de ne pas créer de liens se feraient moins nombreuses, et j'espère comme A. K. qu'on apprendrait une attention fertile aux autres...

Même si c'est contré, y compris dans les réseaux poly, par tout le côté "chacun sa bulle" de notre époque, je vois aussi se développer des délicatesses (de moins en moins) rares, et des efforts égalitaires touchants.
Il y a encore un côté "il faut être psychologiquement blindé" pour bénéficier du truc, mais il y a des gens pour partager un peu de leurs forces là-dessus, et c'est encourageant.

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bidibidibidi

le vendredi 10 mai 2019 à 10h49

Perso, j'aime bien le côté militant communiste. C'était une idéologie, et en tant que telle, je trouve qu'elle est toujours parfaitement valable et défendable. Une utopie mal réalisée (donc une utopie) reste belle. Et les notions de communautés, de suppression des biens personnels que véhiculent le communisme sont de jolies notions. C'est leur application qui fut problématique.

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artichaut

le vendredi 10 mai 2019 à 17h26

Siestacorta
Je sais pas si c'est bien possible, dans le sens où il y a toujours des dispositions psychologiques qui nous enferment, nous excluent et nous poussent à enfermer les autres avec nous, même quand il s'agit pas d'exclusivité : du coup, des gens seuls, yen a toujours.
C'est ma limite à l'idée d'un PA collectiviste. Je pense pas que la libre circulation des sentiments suffise. On peut crever la dalle à côté d'une quantité infinie de nourriture, pour peu qu'on soit infoutu de la digérer.

Ça me fait penser au texte de Solène Hasse « Tu sais, bébé, mon cœur n’est pas sur liste d’attente ».

Et c'est sûr que c'est pas du tout pris en compte dans Place à l'Éros ailé ! . Mais l'époque n'était pas la même.

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