Polyamour.info



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Notre opacité paradoxale

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Ystrak

le lundi 18 février 2013 à 18h10

Si si ça a du sens du coup!
Disons que pour ma part je vois le loft (ou autre connerie du genre) de manière tellement négative, que je ne vois guère autre chose que des gens obtus qui s'engueulent, se draguent, jalousent, s'engueulent encore, etc. .
Enfin si on remplissait le loft de gens sensés, ouverts et tolérants, ça ferait sûrement moins d'audimat...

Pour en revenir au sujet, c'est vrai aussi que le principe de ce genre d'émission, c'est d'enlever l'intimité pour que les personnages soient mis mal à l'aise, ce qui d'un certain point de vue pourrait être intéressant à observer, si ce n'étaient pas des acteurs, et si le principe était plus profond que "on montre des gens qui baisent et s'engueulent". La base de Secret Story, si j'ai bien compris, c'est justement de percer l'intimité des gens (et eux de la cacher à tout prix), ce qui est bien aux antipodes du poly, qui je crois est d'apprendre à ouvrir son intimité à plus d'une personne.

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Cendre

le samedi 23 février 2013 à 18h09

Siesta, tu m'avais pourtant toi-même mis en garde contre l’excès d'exposition :

Siestacorta le vendredi 07 décembre 2012 à 11h00
[...] ça dépend des gens, mais pour avoir pratiqué l'écriture de soi en ligne même dans des contextes moins intenses que les rapports amoureux, je sais que tout le monde ne réagit pas bien à se voir "décrit" publiquement sans avoir eu son mot à dire...

Ça fait un certain temps que je sais qu'il va falloir m'apprendre à moins épancher mon intimité, ici entre autre. A cultiver ma propre opacité, parce que de sombres inconnus vous devenez des connaissances, pire, des connaissances partagées...

Je comprends très bien soudain ceux qui préfèrent cultiver un « jardin secret », cloisonner complètement une double vie, ça ôte quand même un certain nombre de questions douloureuses...

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Evavita

le lundi 25 février 2013 à 15h32

Parfois je trouve que ce n'est pas assez opaque : je parcours tranquillement les post déposés pour parfois apprendre brutalement et sans aucune forme des choses sur mes propres amoureux par des tiers. Sur le coups, ça fait l'effet d'une gifle, puis ça pique un peu même parfois beaucoup parce qu'il faut attendre de pouvoir voir l'amoureux en question pour en parler....
Après je me dit que c'est une bonne chose parce que ça me permet de me rendre compte dans ces cas là qu'il y a un défaut de communication et de faire évoluer les choses. Cependant je n'aime pas l'idée que ce forum ai ce genre d'utilité.
Paradoxalement, je me rend compte que ceci est mon premier post où je ne suis pas en train de répondre aux questions de quelqu'un d'autre mais où j'expose l'une de mes propres problématiques sous mon pseudo "officiel". Je suis en train de me rendre compte que j'envie ces personnes sans visage qui peuvent se permettre d'exposer de manière aussi profonde et détaillée ce qui leur arrive et ce qu'elles ressentent pendant que je dois me cantonner aux proches et à moi-même.
Peut-être ce sujet a-t-il ouvert les vannes...

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Ystrak

le lundi 25 février 2013 à 20h44

Cendre, selon moi le principe de "jardin secret" permet d'avoir un élément stable de sa personnalité à ses propres yeux, qui permet de se retrancher dans les moments de doutes, de savoir ce qu'on est lorsqu'on n'est pas influencé par autrui.
Mais pour autant, je ne sais pas si c'est bénéfique pour tous, parce que pour ma part ça me donne de nouvelles préoccupations, de nouvelles questions, et c'est suffisamment le bordel dans ma tête. ^^
Je préfère faire entièrement confiance à ma chérie, je me repose sur elle quand ça va pas. C'est pas forcément sain, je vous l'accorde, parce que si je la perd un jour, j'vais me retrouver bien con. Mais bon, ça marchera le temps que je démêle mes noeuds au cerveau! :)

Evavita, le problème n'est pas forcément un manque d'opacité, mais plutôt un peu de transparence de tes amoureux non? Je ne dis pas qu'une telle transparence est chose naturelle et/ou aisée, mais je crois que les relations polyamoureuses en nécessitent beaucoup, ou au moins en concordance avec ceux qui les vivent.
Parles-en, un manque de communication ça peut vite arriver, c'est loin d'être irréparable.
Et tout de même, je trouve qu'on règle plus de chose en communicant à foison que l'inverse.

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Cendre

le lundi 25 février 2013 à 21h18

Non non, y'a un vrai problème d'excès de transparence.

Parce qu'on touche à l'intime, à des problématiques complexes qu'on a jamais pris l'habitude de gérer en groupe, avec toutes les complications venant des ressentis des uns et des autres.
C'est déjà assez dur, à deux, d'avoir une image fiable de ce que ressent l'autre, en groupe, c'est mission impossible, je pourrais jamais faire.

Alors quoi ?
Apprendre à mieux exprimer ses ressentis, exiger de chacun de mieux montrer ce qui compte pour lui ? Alors qu'il le découvre souvent à cette occasion là, là où ça fait mal, justement ?
C'est ça qu'on prône ? Plus d'autonomie, plus d'individualisme ? Que chacun cultive son jardin pour pouvoir s'y réfugier si besoin ?

Et la solidarité, la compassion, l'empathie...
Ça devrait servir en amont, pour éviter l'exposition, justement aux choses qui n'ont pas d'intérêt à être exposées.

Et une fois la (les) maladresse(s) faite(s) ?
Je suis perdue là.
Je croyais que souffrir avec quelqu'un par empathie pouvait avoir un intérêt, j'en doute maintenant.
Je me sens vraiment trop impuissante là.

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ScottBuckley

le mardi 26 février 2013 à 00h21

Cendre

Et la solidarité, la compassion, l'empathie...
Ça devrait servir en amont, pour éviter l'exposition, justement aux choses qui n'ont pas d'intérêt à être exposées.

@ à Cendre :

A ta question je vois au moins deux pistes :

* Parler de vive voix (sans écran) de tes questions, ressentis et autres confidences à des personnes de confiance, et/ou à d'autres polys rencontrés auparavant de visus, lors de cafés polys passés ou présents ou futurs (si tu le sens),

et/ou :

* Ecrire ici (comme le font d'autres que toi) mais sous un autre pseudo (oui, c'est un secret de polichinelle, certain-es ont plusieurs pseudos et identités sur internet, et pas que sur Fb), et ainsi t'exprimer plus librement, toujours derrière un écran, mais sans t'exposer en tant que 'toi sous ton pseudo officiel' . Sur ce forum il y a déjà 2600 personnes inscrites, personne ne devrait voir la différence. Et dans le doute, on respectera a priori cette personne nouvelle qui s'exprime sous un pseudo tout neuf.

Que ce soit dans la vie terrestre (sans écran) ou sur internet, notre expression doit se faire en trouvant un juste équilibre entre le 'trop dire' et le 'pas assez exprimer' les choses, et c'est à nous et à nos proches de fixer des limites à ce qui peut être exposé sur la place publique ou non.

Entre opacité trop forte et transparence trop poreuse, il y a beaucoup de place, et c'est là notre marge de libertés.

Dans la mesure où notre façon d'aimer au pluriel (nous = les personnes polyamoureuses, d'une manière générale) est encore assez récente, et où la cartographie du pays de Tendre est bien encore difficile à cerner (pas de GPS pour ce pays-là), il est évident que l'on essuie les plâtres pour les générations de polys à venir, et que toutes nos questions et expressions plus ou moins intimes, subtiles, ne sont pas toujours faciles à partager, à démêler ....
(en parlant de cartographie, je pense à celle murale d'Alice de la série 'The L word' qui cartographie les relations de ses ami-es, que vous pouvez apercevoir peut-être en pianotant "alice maps relationships L word" dans la partie "images" de moteurs de recherches)

Mais en regardant bien, il y a toujours des interstices pour se frayer un chemin et trouver des aires zen pour s'y poser et s'y laisser aller, s'y exprimer, en toute confiance.
Et là, la solidarité, la compassion, l'empathie trouveront toute leur place pour toi et pour d'autres, me semble-t-il. Et tu y retrouveras de tes énergies intérieures.

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tentacara

le mardi 26 février 2013 à 00h33

Une dernière possibilité, ma préférée :
Engager un dialogue direct avec les gens, ici, en MP ou IRL. Ne pas laisser les maladresses et malentendus s'installer. Il est aussi essentiel de savoir dire "j'ai écrit de bonne foi, sans imaginer les conséquences sur d'autres. J'en fais mes excuses à celles et ceux que j'aurais pu heurter." Je crois qu'il est inévitable dans le contexte (et le petit comité) où nous nous trouvons que nos émotions se répercutent sur le ressenti des autres. Mais chacun est responsable de son propre ressenti. On ne peut pas tout anticiper, ni protéger tout le monde. Alors quand le mal est fait, d'une part, comme le disait Evavita, cela permet de mettre au jour des problèmes que l'on ne connaissait pas, et d'autre part, un simple "pardonne-moi ma maladresse" permet souvent de régler les problèmes.

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Drya

le mardi 26 février 2013 à 14h34

..Comme quoi, il est bien plus facile, et parfois constructif, de se confier à des inconnus plutôt que des connus, mais (diantre!) "mon" petit coin de confidence est envahi par des connus surtout pas destinataires, que faire?!!!
Bah déjà on peut reconnaître que si les discussions en arrivent à "y'a trop de monde sur mon forum préféré" et que la proportion de fils "rencontre PA à tel endroit (comme toutes les semaines/mois)" est très majoritaire sur les fils de type "confidences de mes problèmes", c'est que vous avez gagné votre pari de faire connaître ce mode de vie et de faire des émules ;)

Félicitations!! et merci pour votre présence, même si pour vous les "débutants" dans ce questionnement (chaque fois révolutionnaire) sont pour vous du vu et revu "allez voir dans les fils précédents"...
Alors, victimes de votre succès?! Bonne continuation à vous!

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Cendre

le mardi 26 février 2013 à 18h26

Bien sur, à la base j'aime les forums parce que j'y retrouve des petits coins de confidence où je me sens en sécurité.

Mais je ne vais pas me plaindre de mieux vous connaître, loin de là !

Engager un dialogue direct, parler de vive voix.
Je suis pas forcément plus douée dans ses registres là, mais je vais pas pouvoir y couper, c'est sur. Et puis, c'est plutôt chouette de trouver ici de très bons prétextes à développer mes capacités...

Et oui, la souffrance par empathie a un intérêt, si démunie nous laisse-t-elle. Parce qu'elle me positionne face à l’indifférence, elle me montre, comme toute souffrance, ce qui m'importe, et permet de rééquilibrer mes priorités.

Merci pour vos remarques.

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artichaut

le vendredi 30 mars 2018 à 11h50

Il y a aussi une chose particulière, c'est que les anciens du site, ont été nouveaux. Certain.e.s se sont largement confié.e.s a leur arrivée ici. Est-ce pour cela que quelques un.e.s changent de pseudos, clôturent leur comptes, ou éditent leurs anciens messages ? (même s'il y a d'autres raisons, bien sûr).

Pour ce qui est des solutions, je tente de résumer les posts précédents (et complèter) :
- poser et assumer la transparence de principe (sur ce forum) avec ses partenaires/metamours (développer une confiance à horizons larges)
- demander au cas par cas l'accord des partenaires pour raconter telle histoire (et donc comme ça arrive parfois, que des partenaires/metamours soient ouvertement invités à lire et donner leur avis, ce qu'ils/elles font généralement peu, il me semble)
- poster en mode invité ou avoir plusieurs comptes/pseudos (ce qui peut impliquer en plus d'anonymiser les témoignages en changeant des détails)
- discuter en MP avec des membres du forum
- rester sur le mode théorique et appréhender son problème particulier sous un angle plus général
- se servir de ses propres réponses aux autres fils pour dénouer/dérouler ses propres questionnements
- devenir plus discret et moins s'épancher ici (en l'assumant ou en le regrettant)
- trouver ailleurs (café confidentiel, amis/ex…) des personnes avec qui parler

…et je mets le lien vers ce fil, où @raz à commencé une petit liste de témoignages positifs (même si le sujet dudit fil était le contraire)

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Siestacorta

le samedi 18 janvier 2020 à 02h17

Siestacorta

Du coup, je faisais l'hypothèse que si un Loft poly devait être filmé, il y aurait peut-être pas beaucoup de grandes scènes du deux, avec cris, reproches, choix entre un camps ou un autre...

Force est de constater que mon hypothèse ne tient pas pour l'instant : j'ai entendu énormément de témoignages prouvant précisément l'inverse.
J'y vois pas un problème endémique au poly, je crois que de toutes manières, amours, politique, rapports marchands, les gens se foutent sur la tronche facilement, d'autant plus dans une société où ils sont pas contraints à se supporter ad vitam (une fois quelques paramètres ajustés dans les applis et les réseaux sociaux...).
Et paradoxalement, dans un univers social de prise de parole où chacun, - mais vraiment chacun et pas juste les trois énervés germano-pratins qu'ont jamais rien trouvé de plus grand que les querelles entre modernes et classiques - entre dans une escalade d'armement rhétorique, on dit encore plus des mots qui restent et qui blessent. Il faudrait après les remous pouvoir, savoir, vouloir s'échapper d'une course à la posture de morale outrée pour, même pas arriver à se ré-apprécier ou s'aimer autrement !, juste pas considérer que c'est l'apocalypse de croiser son ex dans un bar. Ou des polyconcernants sur un forum.

Oui, je sais : nos relations nous blessent en vrai, ce qu'on lit s'écrire sur nous, présent ou même passé, aussi.
Et puis aussi, nous laisser aller à aimer plus souvent peut, pour certains, s'accompagner d'un caractère à fleur de peau qui joue contre la suite.

C'est un peu décevant, le next level de civilité semble pas beaucoup plus accessible aujourd'hui.

C'est ça qui me chagrine (et depuis longtemps) : je pense que l'éducation sentimentale poly, si riche, devrait au moins permettre de dépasser ça, plutôt que de renforcer nos cuirasses émotionnelles.
On verra avec les enfants de nos micro-révolutions, d'ici une ou deux générations ?

T.Rex
Well you can bump and grind
If it's good for your mind
Well you can twist and shout
Let it all hang out

But you won't fool the children of the revolution
No you won't fool the children of the revolution

Message modifié par son auteur il y a 2 ans.

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artichaut

le samedi 18 janvier 2020 à 09h37

Siestacorta
Ou des polyconcernants sur un forum.

C'est quoi un polyconcernant ?

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Siestacorta

le samedi 18 janvier 2020 à 10h56

dans le contexte : amoureux, métamours, amis des gens pris dans la relation. Inventé juste là de suite, pas du tout voué à être récupéré... Il était tard et je n'ai pas trouvé plus clair sur le moment.

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artichaut

le samedi 18 janvier 2020 à 11h42

Siestacorta
dans le contexte : amoureux, métamours, amis des gens pris dans la relation. Inventé juste là de suite,

polyconcernés ?

Siestacorta
pas du tout voué à être récupéré...

oui je sais que tu sais que je suis toujours à la recherche de nouveaux mots, que j'ai une soif inextinguible de vocabulaire
…mais ma question, là, était plutôt une question de compréhension
…non ce n'était pas le reflet qui brille dans l'oeil du chercheur de pierres précieuses !

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Siestacorta

le samedi 18 janvier 2020 à 12h01

artichaut
polyconcernés ?

Pourquoi pas... mais c'était plutôt pour parler de la mention des regards de personnes "actualisés" par le texte et sa lecture, qui concernent un.e forumiste au moment de sa lecture d'une réflexion ou d'un témoignage.
Du coup le participe présent me semble mieux d'écrire la perception de la présence des autres et de leur effet sur nous que les autres eux-même.

Message modifié par son auteur il y a 2 ans.

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artichaut

le samedi 18 janvier 2020 à 12h10

Siestacorta
la mention des regard de personnes "actualisés" par le texte et sa lecture, qui concernent un.e forumiste au moment de sa lecture d'une réflexion ou d'un témoignage.

whou, ardu à comprendre !
mais avec la ligne d'après, je pense que j'ai pigé…

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artichaut

le mercredi 22 janvier 2020 à 03h26

Une chose qui perso ne m'aide pas a savoir quoi raconter/livrer ici (sur moi-même et/ou impliquant d'autres personnes) c'est de ne pas savoir par qui je suis lu.

Autant sur FB, le peu que j'ai pu pratiquer, et avec le système d' "amis" qui va avec, on peut considérer que l'on sera lu par tou·te·s (voire c'est même pour ça que l'on y poste ?).
Autant ici —sans doute à tord— je considère que je ne suis lu par personne, ou quasi personne (à tel point que quand je tiens à être lu par untel ou unetelle, je lui envoie le lien, même si c'est quelqu'un·e qui a l'habitude de venir ici).
Disons que j'ai tendance a ne prendre en compte que les personnes qui répondent (participent au débat), ou a la très grande rigueur celles qui ont l'habitude de participer (participent aux débats).

Et ça me questionne sur un éventuel manque d'empathie (ou manque d'ouverture empathique) de ma personne.
Qui suis-je pour ne pas voir que derrière le privilège d'une —peut-être— aisance textuelle (ou intimo-textuelle ?, ou intello-textuelle ?…) d'autres moins privilégié·e·s, ne sont pas moins lecteurs/lectrices. Tant d'illustres inconnu·e·s, aussi bien que d'autres de mon réseau de connaissances, proches ou moins proches ?

Et je ne sais que faire de cette prise de conscience, de ce questionnement.
L'ignorer ? Me mettre à m'auto-censurer, moi-aussi, ici ?


Et ces mots de @Cendre (oui, je viens de relire tout le fil) me touchent, car je ne sais qu'en faire :

Cendre
Non non, y'a un vrai problème d'excès de transparence.
(…)
C'est ça qu'on prône ? Plus d'autonomie, plus d'individualisme ?
(…)
Et la solidarité, la compassion, l'empathie...
Ça devrait servir en amont, pour éviter l'exposition, justement aux choses qui n'ont pas d'intérêt à être exposées.

Vraiment je ne mesure pas la portée de mes mots déposés ici. Et je suis toujours extrêmement surpris quand on me dit "j'ai lu ce que tu as écris sur le forum". Parfois ça me fait plaisir, mais le plus souvent ça me fait flipper.

Je tends à oublier complétement la meta-lecture (ces lecteurs/lectrices qui n'écrivent pas, ou peu, ou pas dans le fil où j'écris).
Et je pense que j'écrirais moins si j'avais+ la conscience d'être lu.

Et je n'arrive pas à savoir si je dois, par souci d'empathie, développer cette conscience (et écrire moins, peut-être, parfois) ou au contraire continuer à ignorer la portée (en bien ou en mal) de mes mots déposés ici.

(d'autres choses me questionnent aussi sur l'hypothèse de moins écrire ici, touchant à l'omnipotence, la sur-présence, et par conséquence au peu de place laissée ici à d'autres pour le faire—mais ceci me semble un autre problème)

Il est vrai que j'ai une manière très égoïste d'utiliser ce forum. Je m'en sers pour dérouler, au grès des posts, le fil de ma pensée (sauf peut-être dans mes multi-posts-développement-de-ressources-sur-le-poly : filmo, biblio & co… et encore que…).


Je ne sais pourquoi ces mots de Guillevic me reviennent en mémoire :

Je t’écris d’un pays où il fait noir
Et ce n’est pas la nuit. ...

Je t’écris
Parce qu’il fait noir.

Je t’écris sur le mur
Qui est au fond du noir.

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artichaut

le mercredi 22 janvier 2020 à 03h39

Allez, je vous mets (sans l'avoir relu) tout le poème :

Guillevic, Je t’écris
Je t’écris d’un pays où il fait noir
Et ce n’est pas la nuit. ...

Je t’écris
Parce qu’il fait noir.

Je t’écris sur le mur
Qui est au fond du noir.

*
Il y a le noir puisqu’il me fait t’écrire.
Il y a un mur puisque j’écris dessus
Et c’est pour toi. ...

Je ne sais pas ce qu’est ce noir,
Je suis dedans.

Je t’écris sur un mur au fond du noir.

*
Je sais que dehors
Il ne fait pas noir.

*
Le plus souvent le mur est droit,
Mais je crois qu’il s’incurve.

Lorsque je dis
Qu’il est au fond du noir,
C’est pour me rassurer.

J'écris sur lui
Pour que ce soit utile.

*
Si jamais tu lis sur ce mur
Ce que j’écris pour toi,

Tu sauras peut-être
Où j’étais parqué.

*
Mais pourtant si c’était
Sur ton mur que j’écris,
Sur le mur au fond
Du noir où tu es

Et tu ne saurais pas
Que j’y écris pour toi ?

*
Je te sais, soleil,
Je vous sais, pommiers.

Je connais l’étrange
Variété de noir
Qui a nom lumière.

De son royaume j’ai tremblé.

*
Je n’ai pas d’horizon
Au-delà de ce mur
Sur lequel je t’écris.

Je n’écrirais pas plus
Que je ne peux savoir.

*
J’écris la vérité que supporte le mur
Au fond du noir.

*
Dehors il y aurait un autre champ d’action,
La trompette où souffler le jour plus fort que lui,
Comme souffle un seul feu à nu dans les chemins,

Quand midi vient éperonner
Toute la terre permanente.

Mais dehors, où t’écrire
À défaut de ce mur ?

*
Dehors, mais je ne saurais plus
À qui j’écris.

Et que sera, dehors,
Dans le feu et le vent,
Celui qui doit t’écrire ?

*
À moins qu’un jour —
Est-ce que ce sera le jour ?
Nous sachions être ensemble, je le veux, ...
Pour le dehors et pour le noir.

En notre honneur alors
Brûleront de lumière,
Mais à notre mesure,
Les pommiers, les rivières.

Alors je t’écrirai sur ce que tu verras
Flamboyer de tendresse, Sur toutes les choses autour de nous
Dans le dehors et dans le noir.

Je n’aurai plus besoin
De chercher à t’écrire sur le mur introuvable
Où j’écris maintenant.

*
Qu’importe après cela
Qu’il reste encore du noir
Dans la grande lumière,
Au fond de la lumière,

Puisque tu seras là
pour tâtonner ensemble

Et que je t’écrirai
Avec mes lèvres sur ton corps.

*
En attendant j’écris
sur le mur qui doit être au fond du noir :

« Je bénis tes genoux,
« Je pense au jour
« où sous mes mains ils trembleront
« comme font les feuillages
« avec moins de raison. »

*
Et nous irions ...
vers la lumière guérissable.

Source : Sphère, 1963 , p 106 à 110.

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artichaut

le mercredi 22 janvier 2020 à 03h48

…et à la relecture, —de ce poème qui me touche et que j'aime— je le souhaiterais moins dual (mono ?), moins de je à tu, que de je à vous… moins connoté sexuel aussi ("mes lèvres sur ton corps", "tes genoux", tout ça) qui finalement me semble en réduire la portée à une simple portée dualement-amoureuse.

…car j'entends d'un sens bien +vaste et à bien +que deux, ce :

À moins qu’un jour —
Est-ce que ce sera le jour ?
Nous sachions être ensemble, je le veux, ...
Pour le dehors et pour le noir.

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artichaut

le mercredi 22 janvier 2020 à 04h08

…ah aussi je mets le lien vers ce fil : De la complexité de nos endogamies (que j'ai initié depuis et dans la lignée de ce post sur nos opacités).

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