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Attachement ? Non Attachement ? Détachement ?

Engagement
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lau93

le dimanche 30 octobre 2022 à 12h01

Bonjour à tous
Je prends enfin de temps de revenir bavarder avec vous. Pour ceux que j'ai déjà croisé ici , en résumé je vais bien et je suis sur un plateau compersif très reposant et joyeux. Je réfléchis à un écrit retraçant tout mon parcours dans cette quête de compréhension de la pluralité amoureuse: à suivre :-)
En attendant j'aimerais avoir vos avis sur une question peut-être un peu sémantique: une des pistes qui m'ont amenée au plateau sus cité c'est une réflexion sur les voies de non attachement, permettant un lâcher prise sur les attentes et enjeux qu'on pourrait mettre dans une relation amoureuse. Mais je trouve que par moment la frontière est ténue entre non attachement et détachement voire une forme d'indifférence. La possibilité d'être pleinement engagée ET à la fois non attachée me parait par moment difficile a conceptualiser même si le vivre me parait possible. Je trouve aussi que ça modifie la nature de la relation: ça ne l'amoindrit pas voire pour moi j'ai l'impression de sentiments plus forts et plus ancrés , mais avec une sorte de changement de vibration, en particulier au niveau libido; comme si le coté Agape m’empêchait d'etre aussi dans l'Eros: avez vous aussi eu ce type de vécu?
je vous souhaite à tous une très beau dimanche estival de fin octobre !
Lau

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Alabama

le lundi 31 octobre 2022 à 10h36

Je n’ai pas vraiment d’expérience là dessus mais je poste pour dynamiser la discussion car le sujet m’intéresse énormément.
Je remarque actuellement que le détachement sur lequel j’essaie de travailler en raison d’une relation à distance, fait qu’effectivement j’investis moins le fantasme sexuel, et beaucoup plus les souvenirs de tendresse, l’amour profond. C’est compensé par le fait qu’en face, la personne elle continue d’investir la dimension sexuelle dans nos échanges et cela me remet dans cette dynamique. L’effet pervers pour moi c’est qu’avec le désir sexuel le manque pointe le bout de son nez.

Donc est-ce du vrai détachement ou simplement une négation de la dimension érotique pour moins souffrir ? En ce qui me concerne c’est clairement cette dimension qui me rend «  accro ».

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jeanluc66

le lundi 31 octobre 2022 à 16h17

Ce qui suit ne sont que mes propres pensées, de l'eau de plus pour le moulin de cette discussion. 

Attachement n'est qu'une construction.  Il ne vient pas du sentiment amoureux, il y a été rattaché par notre construction souvent dans l'enfance, dans un milieu exclusif et/ou compétitif. Dans nos casseroles on y trouve, en associées, la peur de l'abandon, la dépendance affective, la jalousie de dépendance, etc... le véritable amour se trouve dans la compersion, le respect de la personne aimée, la singularité de chacun. Pour moi quand j'aime, je ne souhaite que respect et bonheur de l'autre,  tel qu'il est. Il y a autant de formes de polyamours que de polyamoureux, en fonction de son vécu et de ses casseroles. Le couple exclusif se construit dans des projets communs, mais quoi de commun entre 2 individus qui ne sont pas à l'identique. L'engagement là aussi est une construction de monogame. Dans cette construction de couple, l'attachement se crée autour de ça, comme si le projet de l'un est celui de l'autre. Mais c'est là la raison principale de l'échec, souvent sans communication, et la découverte du polyamour fait dans ce cas surgir les demons de cet attachement issu de notre enfance. 

Et la sexualité ? Là aussi nos libido ont été liées par cette construction exclusive à cet attachement. La déconstruction de l'exclusivité est nécessaire dans sa découverte de la polyamorie, et la polyamorie peut en être l'outil de découverte qui favorise cette deconstruction.

Message modifié par son auteur il y a un mois.

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Ayna

le lundi 31 octobre 2022 à 17h00

Je trouve que le «  détachement » des voies de non dualité se traduirait plutôt par qqc comme «  foi » ou «  abandon » mais ces mots sont un peu connotés. J’ai remarqué en tout cas que l’écueil en est effectivement l’indifférence ou le refoulement de l’attachement 😇. Genre je crois être «  détachée » et en fait je suis juste «  dissociée ». J’ai refoulé l’attachement et je me crois libérée…
Du coup ça demande beaucoup de discernement et d’honnêteté envers soi-même, pour identifier si c’est vraiment du détachement non-duel ou si c’est du «  détachement » dû à une dissociation psychique ou à du déni.
L’abandon total, la foi en la Vie, en l’Amour, c’est ça pour moi le détachement des voies non-duelles. Et effectivement c’est pour moi aussi ma forme de reliance à la compersion et à l’évolution positive de mon émotionnel. Ça s’est fait dans l’autre sens: d’abord l’exploration de cette vision de la vie, et ensuite le polyamour comme outil d’évolution vers cet état de conscience.

Par rapport à ce que tu dis sur agapê et éros, je n’ai pas ce ressenti. Pour moi il serait à observer si ce n’est pas un «  détachement » plus proche du déni ou de la dissociation qui provoquerait ce clivage. Mais je n’en sais rien. Certaines voies affirment une évolution vers un amour sans plus aucun besoin de sexualité charnelle. Ce n’est jamais arrivé chez moi, mais j’en suis peut-être juste pas là, c’est même plutôt l’inverse. Plus je suis dans la non-dualité, plus je me sens incarnée, et plus je ressens de désir charnel.

Par rapport à l’engagement, la non dualité m’a finalement menée à davantage d’engagement. Mais ça dépend ce qu’on appelle engagement. Je me suis engagée à 100% dans un choix. Puis à 100% dans un autre. Comme si je nourrissais pleinement une part de moi qui a toujours été un peu délaissée et une fois bien nourrie, suffisamment secure, plus besoin d’autant d’attention donc nouveau choix pour nourrir une autre partie. Impression qu’avant, j’essayais de donner un peu à manger à tout le monde sans vraiment donner toute l’attention nécessaire à l’une ou l’autre. Il y avait toujours un attachement qui tirait la couverture à soi et dénudait les autres. Le détachement ou abandon m’a permis de ne plus être ballottée entre désirs-culpabilité-devoirs. Et une sorte de hiérarchie de priorités s’est mise en place toute seule et est encore à l’œuvre aujourd’hui. Un processus d’auto guérison des différentes parts de moi. Ou qqc comme ça.

Pas sûre que ça soit très lisible si on n’a pas vécu cette expérimentation intérieure mais j’ai essayé de mettre en mots. C’est intéressant d’y réfléchir en tout cas.

Message modifié par son auteur il y a un mois.

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polyn

le lundi 31 octobre 2022 à 17h31

Chère Lau,

Pour moi, l’attachement n’a rien à voir avec l’amour, mais tout avec la dépendance affective, issue notamment de la prime enfance où l’on dépend de la personne qui répond à nos besoins et à laquelle on s’attache en conséquence.

Plutôt que « non-attachement », je plaiderais pour la non dépendance. Je ne dépends pas des personnes avec lesquelles je relationne actuellement. Je les chéris. C’est simple et profond.

Le détachement n’est pas le contraire de l’attachement, mais sa propre capacité à contempler le véritable aspect de la réalité, l’impermanence de toute chose, et de pas être affecté par cela. C’est un état, plus qu’un concept.

« Être pleinement engagée »: à quoi s’engage-t- on ici ? Cela sonne tellement monogame…
Personnellement, je m’engage dans toute relation à être moi-même, à être vraie, à communiquer depuis ce que je suis. Il n’y a pas d’objectif caché, pas d’attente ou d’enjeu, et tant de découvertes.

La déconstruction n’est pas un aphrodisiaque, hein!

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Alabama

le lundi 31 octobre 2022 à 17h55

@Ayna : je serais curieuse d’en savoir plus. Quand tu dis faire des choix, ou nourrir pleinement une part, puis une autre, serais tu d’accord d’en dire plus ?

@polyn : pour moi l’engagement n’a rien à voir avec la monogamie. Ma vision de l’amour (au sens large, je ne parle pas spécialement des relations amoureuses /romantiques), est justement quasiment synonyme d’engagement. L’amour est pour moi une décision, plus qu’un ressenti même si c’est lié. Et c’est cet engagement qui m’a permis le détachement, progressivement, dans l’une des relations les plus importantes pour moi. Aimer l’autre inconditionnellement, quoiqu’il arrive, et lui laisser son entière liberté, ne rien attendre (si j’attends quand même le respect, je crois, je ne suis pas encore une Jedi du détachement).

Et ce que j’ai appris dans cette relation là, qui est amicale, a déteint sur tout le reste de l’amitié telle que je la conçois maintenant. J’assume le fait d’être dépendante de toutes mes relations : il me paraît vain et erroné, en tant qu’être humain, de croire que je ne dépend pas des autres, ne serait-ce que pour habiter ou manger je dépend d’autres humains. La dépendance n’est pas un souci en soi, c’est même une des conditions de notre existence.

Donc je ne vois pas l’engagement et le détachement comme antagonistes bien au contraire. Si j’aime, je m’engage à aimer. Mais il faudrait définir l’engagement : il ne s’agit pas de promettre, mais d’être entière dans la relation. Et en ce qui me concerne, de faire ce qui est possible à mon niveau pour être présente dans les moments difficiles. Sans forcément attendre la réciproque.

Sur la construction sociale qui lie sentiment amoureux, sexe et attachement , je me pose la question à quel point c’est réellement seulement culturel. Existe t’il des cultures où ce lien n’existe pas du tout ? Ça m’intéresserait beaucoup de le savoir.

Pour ma part je peux faire du sexe sans sentiment il n’y aura pas d’attachement, du sexe avec émotions sans sentiment amoureux il n’y aura pas d’attachement. Mais sexe + émotions + sentiment amoureux c’est la fin des haricots je m’attache. J’espère pouvoir dire bientôt que j’ai réussi à me détacher sans pour autant me désengager.

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Calabrius (invité)

le lundi 07 novembre 2022 à 12h28

Bonjour
@lau93 : la frontière est bien évidemment très fragile d’autant que si tu évoques ce sujet c’est parce que tu n’es pas polyamoureuse mais tu es en couple avec un(e) polyamoureux. De ce fait quand il est avec cette autre il/elle profite du plus que cela lui apporte, au détriment peut être de ne plus chercher à le développer avec toi (je ne parle pas que de la libido ici). Tout cela dépend de beaucoup d’autres paramètres et notamment du profil de ton/ta conjointe et du profil de son autre amour.
Dans ton cas tu parles de libido : est ce un sujet ? Penses tu que ton/ta conjoint puisse s’y retrouver d’avantage avec cet autre ? As tu des peurs ?
Il serait intéressant de voir le pourquoi du détachement sur ce plan ?

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lau93

le vendredi 18 novembre 2022 à 00h19

Merci à tous pour ces propositions passionnantes et qui m'invitent a encore plus d'introspection!
Je me suis posée pas mal de fois la question de la dissociation , du déni protecteur genre "non j'ai pas mal je m'en fiche c'est même pas grave" versus le non attachement " je n'ai pas besoin d'être l'élue, je goute la joie d'aimer et d'être aimée mais si cela s’arrête et a fortiori s'étend vers un.e autre ça ne me fait pas souffrir car je sais que je suis complète et n'ai pas besoin d'être complétée"
Je pense être plutôt sur le 2e versant.
Pour revenir sur l'engagement je l’évoquais non pas comme une dépendance mais comme une énergie consacrée à contribuer ( à un projet , une relation etc)
Si je me suis posé la question de la libido c'est qu'elle est TRES calme et que ça m'interroge dans l'asymétrie que ça nous fait vivre; mais comme si cela ne me manquait pas , comme si mon esprit était tellement occupé a ressentir et gouter ce qui se passe dans sa réinitialisation que le coté purement génital ne l’intéresse pas du tout (contrairement aux étreintes et à la proximité). J’espère que cela se réveillera car je trouve que le langage des corps a une tonalité intéressante dans l'intimité. Sans doute ai je aussi en quelque sorte "désacralisé" la sexualité au cours de mon cheminement , que je l'ai détachée d'une forme d’obligation de lien avec l'amour. Bien que j'ai écouté Cyrine Benmamou rapporter le modèle du triangle amoureux de Stenberg qui indique que l'amour " épanoui " comporte a al fois l'engagement, la passion et l'intimité dont les 2 dernières composantes sont corrélé aussi a la sexualité... Mais j’ai aussi lu des témoignages d'amoureux asexuels. Bref j’espère mais sans attente que le désir pourra retrouver une réactivation. En attendant je me dis que vivre cette détente de ne pas avoir d'attente ou de frustration mais de se centrer ce qui me rend la vie plus belle et ce qui rends plus belle la vie de mes proches, eh bien ça fait du bien. J'appelle ça un plateau car je pense qu'il y a peu de chance que ça reste comme ça ad vitam eternam et qu'il peut se présenter de nouvelles épreuves et de nouveaux cadeaux.
Je vous souhaite une belle nuit
Lau

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Caoline

le mercredi 23 novembre 2022 à 15h02

Très intéressante discussion. Je n'ai pas participé au début car j'avais du mal à comprendre les sens des mots et en lisant les contributions, j'ai l'impression que chacun.e n'y met pas les mêmes.

Je ne suis pas une partisane de l'individualisme qui voudrait qu'il n'y ai aucune dépendance. Comme @Alabama je pense que nous avons besoin les uns des autres. Ce qui peut être toxique c'est de trop attendre d'une même personne, de penser qu'on ne peut être épanoui.e sans cette personne. Et il m'arrive malheureusement de le penser ponctuellement dans des moments de fragilité émotionnelle.

L'engagement est également important pour moi dans les relations où je m'investis intensément. J'ai besoin que ça corresponde au désir de l'autre aussi et que nous nous engagions réciproquement à investir du temps et de l'énergie pour faire que cette relation nous épanouisse tous les deux. Je n'ai aucune envie de m'investir intensément dans une relation si l'autre n'espère pas aussi que celle ci soit durable et enrichissante pour nous deux.
Je peux vivre des relations légères, c'est même très agréable, pas d'attentes, pas de pression, juste du moment présent. Mais ce que ça m'apporte est très différent et je ne pense pas pouvoir vivre uniquement ce type de relation, ni le vivre avec tout le monde. Actuellement si mon deuxième compagnon souhaitait faire évoluer notre relation très investie vers ce type de relation, je préférerai une séparation qui me serait extrêmement douloureuse, qu'une relation où je souffrirai d'un manque de présence et d'investissement de sa part au quotidien.
Par contre je travaille à ne pas avoir plus d'attentes que ce qu'il peut et souhaite m'apporter, est-ce bien cela que vous nommez détachement ? Et il me semble que l'engagement me facilite justement cette modération des attentes. L'excès d'attentes chez moi me semblant lié à des insécurités que des preuves d'engagement réussissent à lever.

Concernant la libido, mon vécu est qu'elle est très fluctuante dans les relations durables et il me semble que la sexualité n'est plus indispensable dans une relation sereine et épanouie par ailleurs, mais peut revenir très agréablement par périodes.

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Alabama

le mercredi 23 novembre 2022 à 22h06

@Caoline : je me reconnais dans ce que tu dis.
Il me semble que pour moi aussi, c'est la certitude que l'autre est engagé qui me permet d'être plus détachée, moins dépendante. Je sais que l'autre tient à la relation, qu'il fait les efforts nécessaires pour la construire et l'embellir, et à partir de là, je n'ai plus vraiment d'attente sur la fréquence où l'on se voit, ni sur la fréquence des contacts à distance. Même si pour ma part, je préfère quand le lien est maintenu avec régularité mais force est de constater que parmi mes ami.e.s, plusieurs ne sont pas très doués pour cette régularité et je fais avec.

Avoir besoin que l'autre soit engagé, est en soi une attente. Mais ça me paraît le minimum. Les relations sans engagement, telles que certaines de mes amitiés longue distance où l'on ne se donne pas de nouvelles parfois pendant des années, sont des relations dont je ne me soucie guère au quotidien. Je ne pourrais pas avoir seulement ce type de relation non plus, et encore plus difficilement si le sentiment amoureux entre en jeu.

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