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Le polyamory est-il réservé aux ventres pleins ?

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ScottBuckley

le mardi 09 septembre 2014 à 18h09

Bonjour,

Suite à un message de Vaniel sur le fil de discussion cité ci-dessous, je me permets de poser la question ouverte ici en ligne :

> Réfléchir à des relations non-exclusives, les imaginer, les essayer,
mettre cela en pratiques, serait-ce un luxe ?

Un " luxe " réservé aux personnes qui ont :

... du temps ?

... de l'argent ?
... du pouvoir ?
... à manger dans le frigo ?
.... qui sont en mesure de travailler sur elles-mêmes ?
(et/ou de se payer un psy ?)

.... ou pour d'autres origines ou raisons ?

( citation d'origine de Vaniel :

Un sujet qui me plaît : Réfléchir (et vivre) le polyamour est une activité de "ventres pleins". J'ai déjà fait face plusieurs fois à un discours culpabilisant qui dit s'occuper du polyamour est un luxe petit-bourgeois complètement secondaire.
D'une certaine façon, le polyamour est effectivement un luxe mais je crois qu'y réfléchir n'est pas secondaire, bien au contraire.
Je dirais même que le polyamour peut être un levier majeur et que si le polyamour était bourgeois ça pourrait être un avantage plutôt qu'un inconvénient du point de vue des possibilités des évolutions sociales.
Bon, je ne vais pas développer ici et c'est peut-être "barbant" pour un café mais je trouve ça intéressant de faire face et de nous décomplexer par rapport à cette critique qui, pour moi, est infondée. (On peut en discuter au pique-nique dimanche 7 :) )

Source : /discussion/-Qv-/Mardi-c-est-Poly-septembre/#msg-6...

Message modifié par son auteur il y a 5 ans.

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LuLutine

le mardi 09 septembre 2014 à 20h56

Un luxe de ventres pleins, peut-être pas. Je connais des poly qui sont ou bien ont été "en galère". Moi-même j'ai vécu des périodes pas toujours faciles même s'il existe bien pire que ce que j'ai expérimenté.

J'avais déjà entendu ce genre de remarque, sur le mode "C'est un truc de bobos". Sauf qu'à mon sens parmi tous les poly que je connais (et il commence à y en avoir un bon paquet), on ne peut certainement pas englober tout le monde dans la catégorie "bobo" !

Par contre, est-ce un luxe quand même ?
Un luxe de personnes cultivées peut-être ?

Pour se poser des questions sur ses relations, sortir d'un conditionnement sociétal, ne faut-il pas avoir les moyens de produire cette réflexion ?

C'est une vraie question ouverte, je me la pose, je n'ai pas la réponse...

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MagentadeMars

le mardi 09 septembre 2014 à 21h05

Sous l'hypothèse que ce soit vrai... et alors ?
Si un phénomène se voit surtout chez ceux qui aient la possibilité de réfléchir, il vaut moins ?

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LuLutine

le mardi 09 septembre 2014 à 21h11

MagentadeMars
Si un phénomène se voit surtout chez ceux qui aient la possibilité de réfléchir, il vaut moins ?

Je pense que personne n'a dit ça.
Tu as vu quelqu'un dire ça ?

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MagentadeMars

le mardi 09 septembre 2014 à 21h43

Il me semblait implicite dans "discours culpabilisant".

Message modifié par son auteur il y a 5 ans.

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Tcheloviekskinoapparatom

le mardi 09 septembre 2014 à 22h38

C'est pas le polyamour qui se vit mieux le ventre plein, c'est l'amour tout court

C'est encombrant l'amour
by Marie-Paule Belle
mobile mobile

C´est encombrant l´amour
Dans les appartements, de nos jours
Non, il n´a plus sa place
On ne saurait pas où le ranger
On s´y prendrait toujours les pieds
C´est un cadeau qui embarrasse
L´amour

Les appartements sont petits, petits
Tout ce qu´on achète, c´est crédit, crédit
Les traites de l´auto ne sont pas payées
Et toi, tu me parles d´aimer
Les cloisonnements sont légers, légers
Et quand les voisins sont crevés, crevés
On entend des coups, des cris hystériques
Et toi, tu me parles musique

C´est encombrant l´amour
On ne fait plus de bonheurs-du-jour
Le divan, la télé
Il faudrait vraiment tout déplacer
L´armoire, le buffet, la desserte
C´est un cadeau qui déconcerte
L´amour

Les stationnements sont coûteux, coûteux
Les encombrements sont nombreux, nombreux
Depuis quinze jours, j´attends le plombier
Et toi, tu me parles d´aimer
Les épanchements sont comptés, comptés
Les enlacements sont pressés, pressés
Au bout de huit jours, c´est la fin du mois
Et toi, tu me parles d´émoi

C´est encombrant l´amour
Il faut mettre un tas de choses autour
Faut une musique de fond
Du champagne et des divans profonds
Bref, des dépenses écrasantes
C´est un cadeau qui désoriente
L´amour

C´est encombrant l´amour
Il faudrait fixer une heure, un jour
Rien dans mon agenda
Ce sera pour la prochaine fois
Rappelle-moi au téléphone
C´est un cadeau qui désarçonne
L´amour

La la la...

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bouquetfleuri

le mardi 09 septembre 2014 à 23h06

J'ai le sentiment que pour mettre en perspective sa personne et la société, pour conduire son individuation en construisant une éthique nouvelle, pour prendre des décisions qui engagent jusqu'à son sentiment de sécurité mentale, sociale, financière, il faut s'occuper d'autre choses que de se remplir le ventre.

Certains le font alors que leur voie n'est pas encore dessinée assez pour les tranquilliser,en combinant recherche personnelle et inscription sociale, d'autres attendent et utilisent un bagage développé à d'autres fins.

Pour construire une expérience polyamoureuse, il faut pouvoir se poser des questions et avoir la force et le courage d'y répondre, et si on n'y consacre pas sa vie, si on n'en fait pas un sacerdoce, c'est plus facile quand on a une certaine aisance, de quelque nature soit-elle

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Siestacorta

le mardi 09 septembre 2014 à 23h58

Les éléments (réfutables ou non) qui pourraient accréditer cette idée que c'est un truc pour bien-nourris :

- c'est plus pratique dans une grande ville, dans l'anonymat... donc, payer un loyer de grande ville peut être perçu comme plus facile que de faire avec le jugement plus direct d'une petite communauté
- c'est plus pratique si on peut recevoir chez soi. Souvent ans l'équation il y a quelqu'un qui vit seul, pour que ça soit vraiment pratique. Quelqu'un qui vit seul = le veinard qu'a que lui à se préoccuper (ou alors faut un hôtel, ce qui est aussi un luxe)
- l'éducation compte, accès plus simple à des idées d'émancipation, des modèles hors de la norme. Nos discours ici, avec une orthographe et une grammaire assez maîtrisées, de la culture, des habitudes de raisonnement développé, sont marqués par l'éducation - et par association d'idée, une classe sociale aisée
- l'idée que si on est quelqu'un qui peut dire ça à sa famille sans trop de risques, c'est que la famille elle-même fait partie d'une classe soit plus éduquée, soit plus frivole que les "vrais gens".
- héritage de 68, il s'agirait d'idées d'intellos, les mêmes qui étaient trop peu nombreux (élite) (#fnord) et pas assez matérialistes pour réussir à accomplir leur utopie d'étudiants trop savants
- association entre valorisation du plaisir et luxe
- une association d'idée entre le libéralisme moral et le libéralisme économique, ça correspond à cette idée que le couple serait plus altruiste quand les poly seraient des consommateurs effréné, et qu'il faut un meilleur capital de séduction pour se le permettre (l'extension du domaine de la lutte de Houellebcq)
- disposer de temps et d'énergie... des luxes dans la société du "travaille plus pour gagner plus", et quand on envisage la parentalité

Bien sûr, il y a des réponses pragmatiques qui relativisent beaucoup l'impact de toutes ces idées plus ou moins préconçues, mais ces dernières s'agglomèrent facilement.
Parce que l'Autre, celui qui ne fait pas comme moi, porte toujours de l'inconnu, je lui colle facilement tous mes fantasmes dessus.

Il y a aussi une part de défoulement/ressentiment. On s'imagine toujours la liberté de l'autre en nourrissant l'imaginaire de tout ce qu'on a refoulé soi-même. Donc le poly, il doit être un super débauché qui a tout ce qu'il veut, tout le temps. Parce que ça défoule de se l'imaginer comme ça, protégé matériellement des dommages et des conséquences des "perversités" qu'on ne s'autorise pas soi-même, de peur de faire éclater son identité et sa vie sociale.

Sinon, au passage, la même question du préjugé de classe était posée pour l'homosexualité, le féminisme, et les idées socialistes (le sens du mot avant la deuxième guerre). Il ya aussi une résistance morale du vieux monde.

Enfin, il y a longtemps, on avait déjà abordé le truc, mais (en bonne partie par ma faute, glups) le sujet était parti dans tous les sens.

Message modifié par son auteur il y a 5 ans.

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LuLutine

le mercredi 10 septembre 2014 à 00h38

MagentadeMars
Il me semblait implicite dans "discours culpabilisant".

Je croyais que tu répondais à mon message, d'où le malentendu.
Le truc c'est que le discours culpabilisant vient de personnes extérieures (pas forcément sur le forum), c'est un vécu rapporté par Vaniel (lui-même cité par GreenPixie)...

Donc le problème c'est que potentiellement, aucun des intervenants n'avait les moyens de répondre à ta question...donc je ne la comprenais pas.

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LuLutine

le mercredi 10 septembre 2014 à 00h47

Siestacorta
Il y a aussi une part de défoulement/ressentiment. On s'imagine toujours la liberté de l'autre en nourrissant l'imaginaire de tout ce qu'on a refoulé soi-même. Donc le poly, il doit être un super débauché qui a tout ce qu'il veut, tout le temps. Parce que ça défoule de se l'imaginer comme ça, protégé matériellement des dommages et des conséquences des "perversités" qu'on ne s'autorise pas soi-même, de peur de faire éclater son identité et sa vie sociale.

Bien vu.
Perso, le poly "super débauché qui a tout ce qu'il veut, tout le temps", je le cherche encore (enfin, "le" ou "la" hein)... ;)

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MagentadeMars

le mercredi 10 septembre 2014 à 08h49

LuLutine
Je croyais que tu répondais à mon message, d'où le malentendu.

Le truc c'est que le discours culpabilisant vient de personnes extérieures

Oui, désolé pour cette confusion... je suis peut-être trop sensible à un anti-intellectuellisme enraciné dans la culture australienne, qui sert surtout d'imposer un conformisme aux idées de sa classe. Penser librement, c'est trahir les siens. Puis, cela ne me semble pas complètement absent en France non plus.

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Lili-Lutine

le mercredi 10 septembre 2014 à 14h20

Quand la première fois j’ai entendu que le poly amour était un problème de riche j’ai sursauté brusquement ! :-/

La personne qui l’avait dit, cette première fois pour moi, était pourtant poly amoureuse depuis quelques décennies !

Depuis j’ai compris que de se poser la question de sa vie amoureuse, de se poser aussi la question de la morale et de son éthique, comme de se poser la question de son épanouissement personnel, passe bien sûr après quelques besoins vitaux, comme ceux de pouvoir manger un peu, dormir un peu, avoir un coin où on a pas trop peur ( en temps de guerre par exemple ) pour pouvoir réfléchir à tout cela sereinement et construire une pensée au fil des jours qui offre un chemin de vie où se dessine pour soi bien plus de libertés « d’être » soi dans ce monde.

Moi je ne vois et ne comprends que cela dans cette « expression » :-D

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Tcheloviekskinoapparatom

le mercredi 10 septembre 2014 à 15h17

Siestacorta

Sinon, au passage, la même question du préjugé de classe était posée pour l'homosexualité, le féminisme, et les idées socialistes (le sens du mot avant la deuxième guerre). Il ya aussi une résistance morale du vieux monde.

En effet, et on peut même dire que c'est un classique de la pensée réactionnaire que de se raccrocher à un populisme opportuniste pour discréditer les idées et les pratiques qui remettent en cause l'ordre établi - réflexe que s'approprient aussi des mouvements remettant en cause la distribution des richesses tout en restant conservateurs sur les questions "de mœurs". On trouve ici une utile anthologie de l'homophobie dans le mouvement communiste.

Petit extrait :


Pour les dirigeants du pcf, jusqu’aux années 1970 l’homosexualité est un vice bourgeois, “une tradition étrangère à la classe ouvrière” (selon une célèbre formule de la CGT), une pathologie contre nature, comme en témoigne la violente sortie de Jacques Duclos en 1971 contre les membres du FHAR (Front homosexuel d’action révolutionnaire) venus l’interpeller à la Mutualité :

“Allez vous faire soigner, bande de pédérastes, le PCF est sain !”

Message modifié par son auteur il y a 5 ans.

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Apsophos

le mercredi 10 septembre 2014 à 16h58

Réfléchir, remettre en question, etc. suppose d'avoir le ventre plein, en effet. (et je m'arrête là sinon on parle politique)

LuLutine
Perso, le poly "super débauché qui a tout ce qu'il veut, tout le temps", je le cherche encore (enfin, "le" ou "la" hein)... ;)

Peut-être parce que celles/ceux/coin pour qui c'est une réalité ne s'appellent pas eux-même "poly" ?

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Vaniel

le mercredi 10 septembre 2014 à 18h39

Content que ce sujet inspire certains d'entre vous. Juste quelques remarques en attendant de pouvoir y consacrer du temps (et lire le post indiqué par Siesta... j'étais passé à côté).

Je confirme que l'anti-intellectualisme n'est pas absent en France et à tendance à se renforcer. :-/

Pourquoi faudrait-il éviter de parler politique ? Ce sujet est politique.

Je vous donne l'un des moteurs actuel de ma réflexion sur ce sujet, les thèses 86 et 87 de La Société du Spectacle de G. Debord, paru en 1967 :
- « Toute l’insuffisance théorique dans la défense scientifique de la révolution prolétarienne peut être ramenée, pour le contenu aussi bien que pour la forme de l’exposé, à une identification du prolétariat à la bourgeoisie du point de vue de la saisie révolutionnaire du pouvoir. »
- « la bourgeoisie est la seule classe révolutionnaire qui ait jamais vaincu »

Précision (utile ?) : la question du titre est, pour moi, rhétorique. Bien sûr qu'y penser (et le vivre, dans une mesure moindre) relève, en grande partie, de la possibilité "d'avoir le ventre plein". Mais cela ne peut être retenu comme une critique valable à l'encontre de ceux qui y réfléchissent. Au contraire, ça permet d'envisager une réelle possibilité révolutionnaire. Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit : ce n'est pas parce que la possibilité existe que sa probabilité est élevée.

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Siestacorta

le mercredi 10 septembre 2014 à 19h28

Apsophos
Réfléchir, remettre en question, etc. suppose d'avoir le ventre plein, en effet.

Non, cette condition n'est évidemment ni suffisante ni nécessaire.
Désirer un progrès moral n'est pas un privilège matériel. Et ce serait tout aussi faux de dire que la condition sociale individuelle serait sans aucune incidence sur les opportunités de pouvoir améliorer celle de tous.
C'est sur cette chance qu'ont certains (leur capital réel ou symbolique) que se joue le jugement au mérite : "pour eux, c'était fastoche, ils avaient moins d'obstacles".
On peut espérer que cette pensée de ressentiment trouve moins d'écho quand les progrès sont acquis... En attendant, il faut bien continuer à déconstruire les préjugés qui nous tombent dessus.

Message modifié par son auteur il y a 5 ans.

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Apsophos

le jeudi 11 septembre 2014 à 01h58

On décide plus facilement de sauter dans le vide quand on a les pieds attachés à un élastique, mais ce n'est pas nécessaire en effet. Certains ont un petit parachute, d'autres ne sautent que si il y a de l'eau en bas, d'autres installent des piles de cartons vides, d'autres encore n'ont que faire de leur état après l'expérience et sautent pour le plaisir de la vivre.
N'empêche que la plupart ne sauteront pas sans qu'un professionnel ne les ait harnaché, et beaucoup ne sauteront pas du tout (donc la condition n'est en effet pas suffisante non plus).

Après on peut aussi faire un plouf du plongeoir de 3m et raconter à tout le monde qu'on a volé.

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MagentadeMars

le jeudi 11 septembre 2014 à 08h54

Lili-Lutine
la question de la morale et de son éthique, comme de se poser la question de son épanouissement personnel, passe bien sûr après quelques besoins vitaux

Ah oui, dans le sens de la hiérarchie de Maslow, c'est clair :-) (+)

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tentacara

le jeudi 11 septembre 2014 à 09h32

Au delà de la question de l'aisance financière ou même culturelle, je crois que sur le "marché" des sentiments aussi "On ne prête qu'aux riches". Elle revient souvent la critique selon laquelle pour réfléchir aux amours plurielles, encore faut-il se sentir une quelconque "valeur" en amour tout court. Nombre de gens qui désespèrent de rencontrer ne serait-ce qu'une personne avec qui partager leur vie (oui, ça reste une aspiration très largement répandue), même s'ils ont les ressources matérielles et culturelles pour appréhneder le concept du polyamour se trouvent bien incapables de l'appliquer à une réalité où ils se sentent déjà désavantagés. Je suis parfaitement consciente qu'un grand nombre de poly "philosophiques" ont une vie amoureuse assez solitaire en pratique, mais vu de l'extérieur, pardon pour le cliché mais "Un tien vaut mieux que deux tu l'auras". Oui, c'est une logique de famine, mais ceux qui nous reprochent l'opulence du coeur ou du porte-monnaie se considèrent eux-mêmes bien souvent comme le prolétariat de la séduction.

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Apsophos

le jeudi 11 septembre 2014 à 12h21

Qui parle encore de "prolétariat" de nos jours à part les marxistes de droite ? Maintenant on dit "je ne suis pas riche comme les riches, mais je ne dois pas me plaindre : d'autres sont plus pauvres que moi".

En ce qui me concerne, je ne crève pas trop la dalle, j'ai deux-trois pieds de tomates dans des pots.

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