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De l'engagement

Engagement
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Goldmund

le lundi 03 juin 2013 à 20h41

Pour beaucoup de personnes l’engagement est le signe évident de la réalité d’un lien, de sa sincérité, de sa valeur et le gage de sa permanence.
S’engager dans cette acceptation serait nécessairement « pour toujours », « à jamais » … « pour la vie ! »
Ainsi s’engage-t-on dans l’Armée, dans les Ordres, dans le mariage, dans un secteur d’activité… comme par vocation. « je suis fait pour ce métier » « on s’est trouvé », « c’est l’amour de ma vie ». On reconnaît ainsi qu’un lieu ou qu’une personne nous correspond presque idéalement et l’on présuppose que rien ni personne ne pourra nous faire dévier de notre voie et de notre lien unique.
Cet engagement part aussi du principe que l’on ne peut s’engager que dans une activité, si l’on prétend vouloir l’investir véritablement et auprès d’une seule personne pour la même raison.
la société valorise cette attitude et l’érige en valeur culturelle.

Revenir sur un tel engagement, le plus souvent contractualisé, revient alors à vivre un acte perçu et vécu comme négatif : une trahison, un divorce, une défection, une désertion, une démission, la démonstration de l’inconsistance de l’être, d’une faiblesse, d’une lâcheté, d’une immaturité…d’une déviance.

S’engager c’est donc prendre une décision lourde de conséquence pour soi, car elle implique que le choix que je pose aujourd’hui est indéfectible.
S’engager dans ce sens peut faire peur, car il implique la permanence de ses convictions présentes, de sa foi, de ses croyances, de son amour…
En changer marque au yeux du plus grand nombre et de la société une incohérence, une instabilité professionnelle, affective, spirituelle ou/et psychologique.

Mais en même temps l’engagement peut rassurer car il permet à ceux qui le posent de se projeter dans un avenir, d’imaginer une carrière, une vie de couple et familiale…de planifier leur vie. Un lieu et un lien stable, protecteur et confortable. L’engagement, tel que décrit, est une voie dont on peut presque à l’avance prévoir ou anticiper les étapes. Elle donne vie à un sens, un cadre, une destinée. Je construis mon avenir. Je sais où je vais. Ouf !

Et c’est bien là ce qui m’interroge. S’engager, dans cette acceptation, reviendrait à ne pas bouger en dehors d’un cadre établi. A s’inscrire dans un choix qui ne tient compte ni de la possible évolution de notre pensée, des changements affectifs, des rencontres, de l’inattendu, de l’imprévu et du temps. Comme si tout était figé dans le choix d’un instant T et que nulle évolution n’était possible, envisageable ou souhaitable : « tu as choisi cette voie tu t’y tiens », « ton avenir est tout tracé », « pour le meilleur et pour le pire » …

Est-ce sage, raisonnable et souhaitable ?

Car, quelle place à l’évolution de l’être dans ce schéma ?
Notre pensée est-elle sans consistance si elle vient à bouger ?
Notre cœur est-il nécessairement volage, et notre amour immature s’il vient à battre pour un ou des autres ?
Suis-je ce que je suis ou suis-je ce que je deviens ?
Vivre est-ce être stable ? ou est-on stable par peur de vivre ?

L’engagement, comme le signe d’un investissement de mon être envers des emplois, des causes ou des personnes me semble pourtant noble et juste.

Ce qui me semble plus discutable c’est de penser que cet investissement ne peut être vrai et sincère que s’il l’est à vie, contractualisé et que pour un seul travail, une seule cause et une seule personne.
L’engagement ne doit-il pas prendre en compte le mouvement de tout être et accepter qu’il puisse ne pas perdurer sans que cela soit perçu comme négatif ? Car qu’est-ce qui importe dans l’engagement, est-ce sa durée, que le contrat vient scellé, ou la sincérité et l’honnêteté avec lesquelles nous le vivons au présent ?
L’engagement doit-il exister pour nous rassurer ou pour reconnaître la force présente d’un lien, sans gage d’avenir ?
La valeur de l’engagement, à mon sens, n’a rien à voir avec le temps, cela a à voir avec l’Etre, sa vie intérieure et son désir. La fin d’un engagement c’est la fin d’un désir, d’un amour mais pas la fin du désir ou la fin de l’amour.

Prendre en compte cette fin me paraît sain ; la considérer comme possible et positive aussi. Quel sens a-t-on de faire perdurer les choix et les liens qui ne se vivent plus dans l’envie, le désir ou l’amour ? Si ce n’est la peur de l’inconnu, de l’instabilité, de la solitude et de la remise en question de l’Etre que cela implique ?

Je ne crois pas la vie stable, le désirer me semble illusoire. Pour moi la vie c’est un fil sur lequel nous marchons en cherchant notre équilibre intérieur. Un équilibre précaire, insécurisant mais qui nous invite à avancer, confiant, vers un avenir à inventer. C’est un risque permanent . Mais choisir de ne pas le prendre c’est, pour moi, choisir de ne pas s’engager à vivre.

Le plus bel engagement que nous pouvons prendre n’est-il pas finalement celui de choisir de Vivre et d’Aimer les êtres avec lesquels nous choisirons de parcourir un bout de chemin, sans promesse de durer et sans autre contrat que de s’engager les uns et les autres à demeurer en profond accord avec nos êtres intérieurs ?

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Clown_Triste

le lundi 03 juin 2013 à 20h55

C'est fort bien formulé. Merci Goldmund.

C.T.

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LuLutine

le mardi 04 juin 2013 à 22h24

Pas mieux...

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Annabelle

le mardi 04 juin 2013 à 23h12

Texte qui me parle tellement en ce moment. Je viens de quitter quelqu'un à qui je tenais pourtant beaucoup pour justement suivre ma voie, être dans la vie...

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aviatha

le mercredi 05 juin 2013 à 14h07

Je pense que cela correspond un peu à une version, excuse moi du terme, "petit bourgeois" de l'engagement.
Mon grand père paternel était pilote de guerre. Pour lui l'engagement, c'était défendre par les armes son pays, même si le gouvernement avait décidé d'abdiquer et de se rendre, même si cela impliquait de s'engager dans la Royal Air Force pour continuer en laissant femme et enfants à des centaines de kilomètres. Son engagement était inébranlable, et un jour il l'a payé de sa vie. Et heureusement qu'en cette période sombre de l'histoire, il y en a eu des comme lui.
A la même époque, dans la famille de mon grand père maternel, beaucoup de membres sont engagés dans la Résistance. Même si cela implique la peur, la méfiance, le fait de faire prendre des risques à toute sa famille. Ils ne s'arrêteront pas, même quand l'un d'entre eux et sa femme se font arrêtés et déportés, même quand mon arrière grand père est obligé d'enterrer vivant pendant des heures mon grand père et un de ses frères dans le jardin pour les dérober à la Gestapo. Leur engagement faisait fi de tout ce qui pouvait se dresser sur leur route. Et heureusement qu'il y en a eu beaucoup des comme eux.
Plus simplement, je fonde une famille, j'ai des enfants, je prend l'engagement des les élever, je ne peux pas les refiler à la DDASS un jour parce que, finalement, je n'en ai plus envie, ou que je me rend compte que la famille ce n'est pas ce que j'ai imaginé, ou plein d'autres raisons.
Lorsque j'étais avec mon premier amoureux, je savais qu'il était malade, et le voir chaque mois dépérir un peu plus me faisait un mal de chien. Bien sûr, lorsque je voyais, après les jambes, les bras le lâcher un peu plus chaque jour, quand j'ai dû le faire manger à la cuillère avec un bavoir et l'habiller chaque matin, bien sûr la seule chose dont j'avais envie, c'était de fuir cette vision épouvantable, de l'homme que j'aimais qui n'était plus que l'ombre de lui-même, et promis à une mort certaine. Mais on abandonne pas les gens comme ça. Je suis restée, et sans doute que cela a rendu ses derniers temps plus doux, j'espère, de m'avoir à ses côtés, avec le reste de sa famille.

Dans la guerre, la peur, le chagrin, sans doute que "le mouvement de tout être", c'est de vouloir laisser tomber. Il est plus facile, lorsqu'on se sent cerné par des choix difficiles, lorsque nos engagements nous confrontent à quelque chose qui nous fait peur ou nous dépasse. Il est plus facile d'abandonner. Affronter est dur, et parfois coûte beaucoup. C'est la définition du courage, telle que me l'a apprise mon père (qui, du coup, dans son enfance, a dû en avoir beaucoup) : "Le courage, c'est pas ne pas avoir peur ou mal, le courage, c'est être mort de trouille, fou de douleur, et y aller quand même".
Pour reprendre un vieux sage que j'aime beaucoup, en la personne d'Albus Dumbledore "Ce sont nos choix qui déterminent qui nous sommes vraiment".

Voilà voilà :-)

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coquelicot

le mercredi 05 juin 2013 à 15h17

Goldmund


Le plus bel engagement que nous pouvons prendre n’est-il pas finalement celui de choisir de Vivre et d’Aimer les êtres avec lesquels nous choisirons de parcourir un bout de chemin, sans promesse de durer et sans autre contrat que de s’engager les uns et les autres à demeurer en profond accord avec nos êtres intérieurs ?

Ca c est beau et ca resume tout!!!!

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Bexi

le mercredi 05 juin 2013 à 16h42

A Aviatha.
Je pense que tu te méprends sur la vision de l'engagement de Goldmund. Peut-être n'a-t-il pas bien formulé sa pensée et de toute façon il te redonnera des précisions lui-même sur ce qu'il a vraiment voulu exprimer.
Je te retourne (gentiment) la notion d'engagement "petit bourgeois" : ce que tu décris est de l'ordre " famille patrie " avant tout...

En tout cas je peux comprendre que l'on puisse mal interpréter le texte de Goldmund, je comprends ce qu'il veut dire car je vis avec lui et que nous avons trois enfants ensemble. Nous sommes même mariés ... mais le mariage, au jour d'aujourd'hui, n'a plus vraiment de sens pour nous, il reste un contrat juridique, qui facilite la vie en commun avec des enfants.
Je peux t'assurer qu'il ne s'agit nullement pour lui de se soustraire à des responsabilités. Il est tout sauf dans la fuite. Il a plutôt le courage de vivre et d'affirmer ce qu'il est, en vivant d'autres amours, toujours dans le respect et la bienveillance vis à vis de chacun de ses amours, dont je fais partie.
Il me permet aussi d'oser vivre ce que je n'aurais pu vivre, à savoir un autre amour, tellement j'étais empêtrée dans la culpabilité (comment une mère "digne" peut-elle s'autoriser cela ? Ne doit-elle pas tout, ou presque, à ses enfants, à sa famille et pourquoi pas aussi, un peu moins mais tout de même c'est autorisé, à son travail ?)
Nous sommes présents l'un et l'autre, ensemble, parfois séparément, pour nos enfants.
Si parfois le tâche est lourde (ils sont rapprochés en âge et encore très jeunes) jamais Goldmund ne s'est désengagé de leur éducation, il a par ailleurs un travail qui l'engage au quotidien, auprès d'êtres en grande dépendance ...
Et, pour reprendre ton exemple sur l'accompagnement d'un être cher en situation de maladie dégénérative, je ne doute pas un instant qu'il "me laisserait tomber" en pareil cas si cela arrivait maintenant... tout simplement parce que ce qui l'anime est l'amour. Ce n'est pas par engagement qu'il accompagnerait un être cher à traverser les pires moments, mais par amour.

Je ne me sens pas engagée "à vie" avec lui. Si notre relation "amoureuse" doit se terminer un jour, elle se terminera. Je suppose très fortement qu'il restera l'amour et nous entrerions alors dans un autre type de relation.
En ce qui me concerne, dans les relations amoureuses, il ne s'agit pas d'entretenir à tout prix des relations qui ne sont plus vivantes (qui ne nous permettent pas d'être nous-mêmes) ou qui peuvent être douloureuses ou encore trop distantes (ce qui pourrait amener à de l'indifférence, brrr) ... bien-sûr qu'on ne laisse pas tomber une personne aimée à la première incartade, dispute, baisse d'énergie ou de libido ! Mais je connais trop de personnes qui continuent des années à vivre des relations qui ne leur conviennent plus depuis longtemps, dans lesquelles elles ne peuvent s'épanouir ... parce que c'est aussi parfois sécurisant de rester dans ce que l'on connaît, même si cela ne fait pas que du bien...
J'en conclurais presque par dire que le mariage (qui à la base est censé être "pour la vie") est fait pour sécuriser les gens (mais c'est une "fausse" sécurité !), sur une notion d'engagement qui ne prend pas forcément en compte les évolutions des êtres.

Message modifié par son auteur il y a 7 ans.

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bouquetfleuri

le mercredi 05 juin 2013 à 21h07

Il y a dans la réticence à s’engager tout ce dont je m’éloigne, le but, l’objectif, la finalité.
Je m’éloigne de tout ceci parce que justement objectifs et buts divers restreindraient mon engagement à une action dont la réussite peut être évaluée, envisagée, soupesée, projetée.
Quelle valeur peut bien avoir un objectif que j’arrive à atteindre, sinon de savoir que le temps passé à l’atteindre ne m’a pas permis de le faire évoluer et encore moins de le dépasser ?

Mon engagement, je le conçois mal encadré par tous les principes économiques d’équivalence et si je choisis mon chemin, ce n’est sans doute pas pour qu’il soit déjà tracé par d’autres, moralistes qui me parlent de la réussite du couple, de la famille, voire de l’agrégation poly amoureuse.

Pour moi, s'engager, c'est accepter de faire le constat que l'on est deux à vivre une relation (de quelque nature soit-elle) et qu'il ne sert à rien de se croire seul.

Quand je m’engage, et je le fais dans chacune de mes relations amoureuses, je m’engage comme je m’engage dans une voie escarpée, une forêt, un chemin qui se devine, se perd parfois et la force de mon engagement ne réside pas dans ce que je promets, ni dans ce que je vais découvrir mais bien à la fois dans ce que j’amène avec moi et surtout dans ce que je suis capable d’abandonner de moi pour me construire, avec l’autre.
Pour moi, s'engager est exactement l'inverse de l'emprisonnement ou de l'impasse, c'est juste un peu plus de liberté, celle que l'on puise chez l'autre.

Je m’engage et je n’escompte rien. Mais je ne m’engage pas au hasard.
Je sais que la puissance de mon engagement est nourrie par la force de ma, mes partenaires et parce que nous nous engageons, ensemble, sans objectifs chimériques, sans fantasmes différents pour chacun, nous restons libres. Libres de nous engager, chaque jour, chaque heure, libres de nous aimer, encore et encore.

Je fais la distinction entre engagement et promesse. L'engagement est pour moi la mise en oeuvre d'une action, sans rien préjuger de la suite et surtout sans rien savoir de ce qu'il adviendra. Un saut dans l'inconnu, à deux ou trois, plus parfois.
La seule promesse que je puisse faire est de nourrir ces relations par mes efforts, voire parfois ma souffrance.

L’amour est un engagement en soi et il se répète, tous les jours. Rien n'est acquis, tout reste à faire, tout le temps, pour le plus grand bonheur des amoureux courageux, loin d'un confort promis.

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Goldmund

le mercredi 05 juin 2013 à 21h51

Aviatha

Je ne polémiquerais pas sur « l’engagement petit bourgeois » jugement que je trouve assez facile presque … méprisant.
Je préfère en venir au fond qui me paraît plus intéressant.

J’avoue que je ne comprends pas ton post. Comme visiblement tu n’as pas compris le mien !

Où as-tu vu que mon texte faisait l’éloge de la facilité, de l’irresponsabilité, de la fuite et de la lâcheté ? ce que je propose me semble tout au contraire demander à chacun du courage, celle de prendre en compte ce qu’il est au fond de lui et de vivre en accord avec cela. Cela demande de faire des choix, parfois douloureux. Choisir n’est jamais facile d’autant que les choix n’engagent rarement que nous-même !

Connais-tu beaucoup de parents séparés ou divorcés qui choisissent de laisser leurs enfants à l’assistance publique ? La fin de leur amour, n’implique heureusement pas la fin de l’amour qu’ils portent à leurs enfants et leur désir de les accompagner dans leur quotidien !

« On n’abandonne pas les gens comme ça » écris-tu. J’espère bien !
Il s’agit seulement d’être au clair sur ce qui nous est possible de supporter ou de vivre et d’en tirer les conséquences pour soi et pour l’autre. Tout le monde n’est pas un héros et capable d’abnégation et de sacrifice ! reconnaître ses failles et ses impossibilités me paraît courageux et juste.
Je connais une personne d’un certain âge qui, comme toi, devait s’occuper de son mari malade. Cela lui était pénible de devoir laver, changer, s’occuper jour et nuit de l’homme qu’elle aimait. La fatigue physique et psychologique était telle qu’elle en devenait maltraitante verbalement. Elle ne vivait plus et s’abîmait à la tâche. Nous lui avons donc conseillé de chercher un lieu où son mari pourrait être pris en charge, pour elle comme pour lui. Ce qui ne l’empêcherait pas de venir le visiter chaque jour et d’être présent à lui . C’est ce qu’elle a fait non sans culpabiliser dans les premiers temps. En le confiant à d’autres, elle ne l’a pas abandonné pour autant. Elle a seulement pris en considération ce qu’elle était et ce qu’elle pouvait endurer. Cette personne a dû faire un choix difficile et courageux. Son choix, à mes yeux, n’est pas moins beau que le tien ! leur lien aujourd’hui est plus serein et cet homme est heureux dans cet établissement où il est humainement pris en charge !

D’ailleurs il est intéressant de noter que les exemples que tu prends relèvent à mon sens plus du dévouement que de l’engagement. Cela se rapproche plus de l’héroïsme¨, du sacrifice de soi pour un être ou une cause. L’être ici, passe au second plan derrière la cause ou l’autre.
En temps de guerre je peux l’entendre. Celle-ci nous fait faire parfois des choix insoupçonnés et réaliser des actes qu’en temps de paix nous n’aurions sans doute jamais posés ! les enjeux sont particuliers et dépassent de loin nos propres vies.
Mais en temps de paix, s’oublier, n’est pas possible pour moi !

Pour moi c’est ce que je suis qui détermine mes choix. Car mon être existe avant mes choix ! De ce fait mes choix révèlent un peu qui je suis.

Ceci étant dit ce qu’a fait ton grand père, la famille de ton grand père maternel ou toi te paraît-il si éloigné de ce que je décris de l’engagement : « demeurer en profond accord avec nos êtres intérieurs ? ». Il me semble que vous avez été en accord avec ce qui vous paraissait intérieurement juste et évident pour vous. Mon texte ne dit rien d’autre.

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Katouchka

le mercredi 05 juin 2013 à 21h57

Goldmund, tout comme CT, Lulu, Annabelle, et Coquelicot, je trouve ça très bien formulé. Juste une question:

Goldmund
(...) s’engager les uns et les autres à demeurer en profond accord avec nos êtres intérieurs ?

S'agit-il d'un engagement envers les autres? ou envers soi-même?

@Aviatha et @Bexi
Vous parlez toutes deux de choses bien différentes à mon sens mais un point commun: c'est très beau et très bien dit.

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Annabelle

le mercredi 05 juin 2013 à 23h31

Goldmund, merci pour ce témoignage en tout cas, je me sens moins seule.
S'engager.... vaste question.
Même sans signer un papier devant Monsieur le Maire, n'est on pas engagé de toute façon dès le début d'une rencontre.
Engagé par ce que l'on va mettre dans cette histoire...?
Engagé par ses sentiments.
Engagés par la responsabilité que l'on a vis à vis de l'autre et de la façon dont on va agir avec lui ou elle.
Quelles que soient les décisions que nous prenons, rester ou pas avec un être aimé, sacrifier ou pas sa vie pour lui apporter secours ou assistance etc. On est de toute façon engagés.
Parler de l'engagement des résistants pourquoi pas mais ici ça ne me semble pas être vraiment le sujet. En tout cas ça ne méritait pas cette appellation d'engagement de "petit bourgeois". Qu'y a t'il de "petit Bourgeois" dans le fait de se préoccuper de l'autre et de ce que l'on "engage" vis à vis de lui. Pourquoi comparer des notions tirées de contextes absolument incomparables...?
En tout cas Goldmund ta vision de l'amour me parle vraiment beaucoup, à l'heure ou je viens de quitter une personne aimée, et où beaucoup de gens autour de moi cherchent absolument une explication qui rassurerait leur angoisse de voir un couple proche se défaire. Comment peut-on quitter quelqu'un que l'on aime, alors que l'on est pas dans le conflit ni la mésentente..?
On peut en tout cas réaliser qu'une relation nous enferme et ne nous rend pas heureux malgré toute la tendresse et la complicité que l'on a envers l'autre. On peut oui aimer sincèrement, et décider pourtant d'arrêter. Parce que continuer serait se mentir à soi-même. On peut surtout prendre ses responsabilités et admettre que l'on ne soit pas en mesure d'apporter à l'autre cette forme d'engagement que serait un contrat d'amour à deux. Pour moi l'amour, les sentiments, le désir, ne peuvent pas être sous contrat quel qu'il soit. Je me sens pourtant engagée auprès de toutes les personnes que j'ai aimées dans ma vie, et ce pour toute la vie.

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aviatha

le mercredi 05 juin 2013 à 23h55

Connais-tu beaucoup de parents séparés ou divorcés qui choisissent de laisser leurs enfants à l’assistance publique ? La fin de leur amour, n’implique heureusement pas la fin de l’amour qu’ils portent à leurs enfants et leur désir de les accompagner dans leur quotidien !
Malheureusement oui, ou du moins d'un côté, et c'est d'ailleurs pour ça que je me permet cet exemple. Lors de mes mois de vacataire dans l'enseignement, j'ai eu le cas d'un élève un peu difficile, dont j'ai voulu appeler les parents pour discuter, et j'ai eu cette réponse formidable (c'est ironique) du père : "Ecoutez mademoiselle, cela ne me concerne plus, j'ai divorcé."

Quand à ce qui est du dévouement, je pense qu'il est à prendre en considération avec chaque engagement. Très honnêtement, pour reprendre l'exemple de l'accompagnement en fin de vie ou en grande dépendance, je ne pense pas, pour l'avoir vécu deux fois dans des situations très différentes, que même l'amour résiste à ça. J'ai aimé ces êtres, je suis contente, après coup, d'avoir fait ça pour eux, et pourtant sur le moment tout en moi pour eux était détruit, sans doute ai-je plusieurs fois souhaité leur mort, sans oser le dire. C'était peut-être du dévouement, mais pour moi, si je m'étais engagée, il était impensable de ne pas être dévouée si les circonstances venaient à l'exiger.

Tu dis que s'oublier est impossible, mais pour moi ce n'est pas s'oublier que le dévouement, l'abnégation, ou quoi que ce soit. C'est oublier le présent pour voir plus loin. Mon présent de l'époque était parfois insupportable à ces moments-là, mais je sais que celui d'aujourd'hui est meilleur grâce à ça : je peux vivre sans la sensation d'avoir été lâche, ou sans l'idée que, peut-être, je n'avais pas tout tenté pour les garder en vie, ou que j'aurais pu les aider plus, les accompagner encore etc.

L'engagement (et je me suis permis des exemples aussi variés parce que tu avais toi-même cité l'armée en début de sujet) est fort à mon sens, parce que, justement, au moment où on doit le prendre, on réfléchit à ce qu'il implique, au fait qu'il faudra s'y tenir, même (et peut-être surtout) dans le pire, à l'énergie que cela nécessitera, au fait que telle ou telle contrainte pourrait nous faire changer d'avis. Sans être pour le mariage, que je trouve un peu désuet, mais que je respecte, comme n'importe quelle forme d'engagement amoureux, c'est en ça que l'engagement à deux n'est pas une contrainte, mais un choix d'une très grande puissance "oui j'ai pensé qu'il pourrait y avoir ça et ça et ça, que tu pourrais devenir comme ça ou comme ça, que je pourrais vouloir ça ou ça, et je m'engage malgré tout".

@ Annabelle
Ce que j'appelle engagement "petit bourgeois" bien plus que la vision de Goldmund, c'est ce qu'il définit comme étant l'engagement selon la plupart des gens, à savoir les exemples qu'il donne de couples qui ne se supportent plus et qui restent ensemble parce que "divorcer ne se fait pas", comme j'ai déjà entendu dire. Ce n'est pas à sa vision des choses que j'appliquais ce qualificatif, je ne me serais pas permis :-)

Message modifié par son auteur il y a 7 ans.

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bouquetfleuri

le jeudi 06 juin 2013 à 00h39

Ça va mieux en le disant...
Mais je reste surpris qu'on puisse parler d'engagement en termes contractuels, alors que ça me paraît exactement l'inverse. S'engager n'est pas s'engager à (vie, ou à perpétuité, et pourquoi pas à être heureux), et les termes du contrat viennent affadir la beauté de l'engagement. Bien sûr que l'on se représente le lendemain, mais l'on s'engage au présent, en permanence...

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