Polyamour.info


Aoi

Aoi

Lodève (France)

Salut à tous ! J'ai 27 ans !

Avec la même personne, j'ai été en couple mono pendant 6 ans environ, puis.5 ans d'ouverture. Avec diverses expériences, mais plutôt sur un schéma de polyamour hiérarchique plus ou moins assumé.
Des expériences réussies pour certaines et ratées pour d'autres, mais qu…

Lettre de remerciements à la non exclusivité amoureuse et sexuelle

Rédigé le jeudi 26 décembre 2019 à 10h09

Mis à jour il y a un mois

Suite à un appel à contribution pour un 2nd tome de [Au delà du personnel, pour une transformation politique de l'individu], j'ai repris un texte que j'avais écrit pour moi et que je souhaite partager, dans ce livre et/ou ici, peu importe !

Trigger Warning : description de violences masculines physiques et
psychologiques.

Tout d'abord je voudrais commencer en précisant que j'axe ces remerciements sur quelques points clés, principes ou schémas; sans développer plus avant l'ensemble des facteurs propres à ma personnalité et celle de mes partenaire qui ont également eu un rôle prépondérant dans les avancées que j'ai eu l'impression de faire. Je m'attache à un témoignage sur les notions qui pour moi ont demandé le plus de travail, ou qui m'ont paru à posteriori les plus importantes dans la transformation de mon être. Je pose des mots aujourd'hui sur tout ça, mais ça n'était évidemment pas clair au moment où je les vivais. Et dans quelques années, je poserais probablement d’autres mots sur la période que je vis actuellement. Ce texte, je l’ai écrit pour moi, poser un regard critique sur ce que je vis est un exercice qui me plaît. Je me suis rendu compte en lisant les témoignages et réflexions d’autres personnes que ça pouvait être très enrichissant. D’où cette envie de le partager aujourd’hui, teintée d’une légère impression du syndrome de l’imposteur, car certaines réflexions sont très récentes. Mais est-ce l’ancienneté d’une réflexion qui fait sa légitimité et son ancrage profond ?

Je voudrais appuyer sur le fait que ce processus de transformation a été énormément énergivore et chronophage en ce qui me concerne. Et qu'il l'est toujours (la preuve, j'écris ce texte). Pour me sentir à peu près à l'aise, il m'aura fallu douze années de relations amoureuses : six ans de couple exclusif normé, puis cinq ans de non exclusivité avec ce même "couple devenu racine" induisant une hiérarchie vis à vis des autres relations, et enfin presque une année que je qualifie de "processus de séparation en couple" ; puis quelques mois de détachement total de la partie de mon être qui se sentait "en couple". Un parcours qui a commencé à mes quinze ans. Qui a souvent été dur, mais qui toujours m'a fait grandir. Et pour rien au monde je ne voudrais troquer l'énergie et le temps que j'ai dépensé dans ce processus, ou alors seulement au profit d’une humanité plus libre et plus juste, qui aurait acté et intégré l’écologie sociale.

Ce processus aussi, je crois le vivre avec un prisme, celui du féminisme (enfin je crois). Parce que je suis entouré de femmes que je crois féministes et parce qu’elles ont grandement contribué à faire évoluer ma sphère intérieure. Et surtout parce qu’il me semble primordial de reconnaître que malgré toute ma bonne volonté et mon amour, j’ai peiné et je peine encore à m’extraire de ma condition d’homme cisgenre dans une société qui opprime les femmes (entre autres). J’ai donc moi aussi du mal à sortir du classisme de genres duquel certain-es voudraient s’extraire (et j’en suis) pour libérer les individus. Des voix masculines qui soutiennent (ce n’est que mon impression) la cause féministe me paraissent importantes, et probablement bénéfiques

Enfin, je ne voudrais pas que l’on pense que je vomis le couple. Il a été pour moi un espace chaud et souriant, drôle, émouvant et passionné. Qui a su être calme et serein par moments. Un espace de création et de partage profond. Une zone dans laquelle j’ai appris la communication et le soin de l’autre. Mon parcours amoureux de ces 12 dernières années est totalement marqué par le couple. Par UN couple, et UNE partenaire. Je pense que sans cette relation stable et construite, j’aurais probablement mis plus de temps à toucher du doigt ce qui me fait aujourd’hui remercier la non exclusivité amoureuse et sexuelle. Même si il est vrai qu’avec le recul, je me dis que ça a déjà pris beaucoup de temps !

À la non exclusivité,

Merci de m'avoir fait prendre conscience du contrôle que j’exerçais sur ma partenaire, et de m'en avoir montré la sortie. Contrôle des émotions, contrôle des désirs, contrôle de la sexualité. Malgré tout mon amour et je pense une grande bienveillance, il m'aura fallu tout ce temps pour comprendre et admettre l'action de pouvoir (perverse mais communément et plus ou moins consciemment perçue comme admise et normale) dont j'ai usé toutes ces années. Ce rapport de force prend racine dans la peur. Peur de perdre l'être aimé, par le truchement de son plaisir sexuel.
"Si tu me trompes, je m'enterre". Une phrase que j'ai dite et je crois réellement pensée au début de notre relation... Un jour, elle se tourne vers moi et m’appelle par un autre prénom masculin. J'ai ce réflexe ignoble où je me vois encore l'attraper par les cheveux pour la rapprocher de mon visage en lui demandant sur un ton menaçant "Tu m'as appelé comment là ?! ". C'était il y a 11 ou 12 ans, nous étions en couple. Et un couple se doit d'être exclusif. Un bon "homme" dans un couple hétérosexuel se doit d'être un bon coup. Non, LE MEILLEUR ! coup ... Il se doit de satisfaire sexuellement sa compagne sans quoi elle partira trouver un mâle plus performant pour refaire sa vie avec lui. J'ai l'impression d'avoir vécu dans une pression constante qui se traduisait ainsi : fais la bien jouir pour la conserver. Résultat des courses, je me suis très vite mis malgré moi à concevoir l'acte sexuel comme un outil pour asseoir notre couple, un ustensile indispensable de contrôle, ce qui ne m’a pas empêché pour autant d’y prendre régulièrement du plaisir. L'outil de conservation de la relation étant l'acte sexuel, il paraît alors évident qu'il est réservé au couple. Toute intervention extérieure est une menace. Une faille dans la sécurité.
Alors j'ai mis en place un mécanisme de défense qui s’appelle Jalousie. Et cette jalousie s'est nourrie des désirs de ma partenaire pour grandir et lui imposer petit à petit de les taire. Dès que je la sentais attirée par une autre personne que moi (et je suis plutôt doué pour ça...), mon alerte sécurité s'allumait en rouge et générait chez moi mal-être, tristesse, perte totale de confiance en moi, et une envie irrépressible d'être rassuré, par elle bien sûr, si possible en faisant l'amour. C'est donc exactement dans les moments où elle se sentait la plus vivante et joyeuse que je me sentais le plus mort et triste, et c'est dans ces moments-là que je lui en demandais le plus. En quelque sorte, je lui demandais de soigner les maux que son désir générait chez moi… en me désirant moi, et moi seul. Dans la norme exclusive et patriarcale en vigueur, mon mécanisme de défense est légitime, il est même encouragé et nourrit par l'imaginaire commun. C'est donc tout naturellement que le rapport de force se met en place : je suis jaloux car elle a des comportements anormaux. Elle culpabilise de me faire souffrir.
Ainsi, lentement mais sûrement, j'ai pris activement mais inconsciemment part dans le musellement de la libido de ma partenaire. Plutôt que d'affronter une transformation de l'acte sexuel d'ustensile de contrôle à objet de plaisir libre, j'ai préféré sans le conscientiser œuvrer dans le sens d'une disparition de l'acte sexuel. Dans le but de maintenir un niveau de sécurité que j'estimais acceptable pour la relation. Dans le même temps, je n’avais pas spécialement de problèmes avec les désirs que j’éprouvais pour d’autres qu’elle car ils étaient sous mon propre contrôle. En revanche je suis devenu de plus en plus demandeur de sexe et de plus en plus frustré, multipliant les efforts vains et forts maladroits, voire carrément déplacés, pour réveiller sa libido que j'avais moi-même contribué à endormir. J’ai l’impression que c’est le cas pour beaucoup de couples que je connais. La jalousie ou la baisse de libido d’un des deux partenaires ne proviennent pas forcément des mêmes facteurs selon les personnes, mais les résultats sont plus ou moins identiques. Poussés à l’extrême, on s’assoit totalement sur la sexualité au nom de l’exclusivité, ou bien on fait du viol conjugal et de l’adultère. Et c’est certifié conforme par notre société. Les non monogamies m’ont permis doucement de sortir de ces schémas.

À la non exclusivité,

Merci de m'avoir fait prendre conscience de mon corps et de celui des autres. Merci de m'avoir permis de trouver une sortie à la cage d'angoisses et de fantasmes inatteignables que je m'étais moi-même forgé autour de la sexualité. Dans la pression constante d'user des rapports sexuels comme d'un outil de conservation du couple, j'en ai oublié mon plaisir. Je me suis auto contrôlé afin que mes désirs correspondent à ceux de ma partenaire (ou à ceux que je croyais l'être). Autocontrôle de mon corps et mon esprit. Vigilance permanente afin de me rendre disponible sexuellement à tout moment. Sacralisation de la moindre envie sexuelle de ma partenaire. User du sexe comme d'un instrument de sécurité a simplement conduit à ce que je ne sois jamais à l'écoute de mes désirs réels. Et ça fait beaucoup de bien de s’y reconnecter.

À la non exclusivité,

Merci de m’avoir appris à dire et recevoir un non dans la vie. À désirer par moi et pour moi. Merci de m’avoir fait prendre le temps de réfléchir à la notion de consentement. Les non monogamies m’ont permis de prendre du recul sur ma manière d’appréhender mon désir (sexuel mais pas seulement) et les façons dont je pouvais le faire vivre ou pas à mes partenaires. Mais aussi (et c’est tout aussi complexe), à la façon dont mes partenaires me font vivre leur désir. Je n’approuve plus systématiquement les désirs de l’autre, et j’arrête de les considérer comme des objets d'une importance capitale. Je tente d’accepter mes désirs en travaillant chaque jour à les vivre avec la distance nécessaire qui me permettra de ne pas imposer ou pressuriser. Aujourd’hui, j’assume une envie divergente de celle d’un partenaire sans payer le prix d’un énorme effort et d’un certain malaise, et inversement.

À la non exclusivité,

Merci de m'avoir fait découvrir et érotiser des corps masculins. De m'avoir permis d'accepter ça, de goûter autre chose en l'appréciant. Et par là me faire théoriser, conscientiser et vivre les sexualités autrement que dans l'hétéronormativité.

À la non exclusivité,

Merci de m'avoir permis de suivre une voie qui m’était chère. De m'affirmer et d'oser faire des choix et des projets qui étaient propres à mon individu. Comme celui de devenir berger. Merci d'avoir réussi à m'extraire de la peur de perdre ma partenaire car je m’éloignais d'elle pendant plusieurs mois pour suivre ma passion ; et multipliais par la même les "risques" que ma mission de la satisfaire soit remplie par d'autres. Parce que partir 5 mois en haute montagne avec 1000 brebis et souvent sans réseau, c'est laisser délibérément des espaces temporels et géographiques à ma partenaire totalement hors de mon contrôle. Et parce que, tout simplement, quand on est un "vrai couple", ça ne se fait pas de partir comme ça du foyer pour suivre un objectif personnel. Mais grâce au processus dans lequel nous étions, j’ai pu choisir l’autonomie et la poursuite de mes rêves plutôt que la peur et le contrôle.

À la non exclusivité,

Merci de m'avoir permis de me "séparer" de mon premier amour sans la perdre. Douze années de relation qui ne seront pas gâchées. Merci de me permettre de continuer à la voir régulièrement, avec amour et désir, sans rancœur et souvent dans la simplicité.

À la non exclusivité,

Merci de me faire accepter le sentiment amoureux, de pouvoir vivre tout l'amour et le désir que je peux éprouver pour tout un tas de personnes. Parce que c'est tellement bon et créateur de se sentir amoureux ! Et en plus, j’ai découvert que c’était gratuit ! Aimer et désirer peuvent être des fins en soi, qui ne se vivent pas forcément dans l’attente de contreparties émanant des autres.

Enfin et pour résumer peut être, à la non exclusivité,

Merci de m'avoir fait prendre conscience de l’aliénation et de l'auto-aliénation dans laquelle je pensais sans le penser me complaire, au nom d'un couple hétérosexuel stable et exclusif, visa d'entrée obligatoire dans notre société.

Pour finir, je ne dis pas que le couple est forcément un modèle mortifère et opprimant. Je ne dis pas non plus que je n’aurais pas prochainement envie de refaire couple avec une ou plusieurs personnes. Ce que je pense en revanche, c’est que des individus en couple (ou pas d’ailleurs) qui ne creusent pas ces questions (contrôle de l’autre, peurs, jalousies, autonomie, consentement, désirs personnels réels, oppressions diverses des hommes sur les femmes…) seront plus ou moins forcés de tomber dans des schémas malsains, dominés par le modèle patriarcal et empreint d’une vision judéo-chrétienne de l’amour et de la sexualité. Une critique éclairée du couple hétérosexuel me semble primordiale pour une libération des individus quels qu’ils soient. Et pour s’éclairer, on doit nécessairement prendre de la distance avec ce qui nous est habituellement conté, que ce soit en bien ou en mal. Puis se remettre en question. Ce qui m’a permis à moi d’effectuer ce processus, c’est la non exclusivité expérimentée au sein même du couple. J’imagine qu’il y d’autres itinéraires…

Mais de tout cœur,
Merci !

14 réactions (la dernière il y a 2 jours)

Proposez vos articles !

Si vous souhaitez témoigner de votre expérience ou développer vos idées, n'hésitez pas à vous inscrire pour proposer un article.

» Inscription

D'autres articles sur le même thème

Réutiliser cet article ?

Vous pouvez diffuser, copier, distribuer ou traduire cet article si vous respectez les conditons suivantes :

Vous pouvez nous contacter pour toute utilisation ne rentrant pas dans les termes de cette autorisation.


Espace membre

» Options de connexion