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La communication respectueuse et sincère résout bien des enfermements...

Déverrouillages

Rédigé le dimanche 07 mars 2010 à 00h40

Mis à jour il y a 9 ans

En guise de présentation, à l'occasion de mon inscription sur ce site, je publie une adaptation d'un texte paru dans mon blog perso "intimiste", fin février. Il s'agit d'un résumé autobiographique un brin romancé, centré sur mon itinéraire sentimental, avec en ligne de mire ma découverte de l'univers des amours plurielles. Un parcours sans doute classique, vu avec mon filtre personnel. Je vous en souhaite bonne lecture !

A 20 ans, je rêvais éveillé. Sur les ballades nonchalantes de Georges Moustaki, dépeignant avec poésie les errements tranquilles du voyageur sur tous les rivages du chaudron méditerranéen. Je rêvais de liberté et de rencontres. Jusqu'à ce que, comme souvent, une rencontre prenne le pas sur les autres rencontres, et prenne aussi le pas sur "ma liberté". Comme dans la chanson homonyme de Moustaki, qui s'achève ainsi:

« Les pieds et poings liés
Je me suis laissé faire
Et je t'ai trahie pour
Une prison d'amour
Et sa belle geôlière »

Je découvrais la vie à deux. Avec ma jolie geôlière. J'appréciais et me laissais gagner par l'émerveillement de ma douce à propos de l'engagement quasi sacré du mariage, et de la construction de ce sanctuaire protecteur et intime, y voyant un nouveau territoire infini à explorer. C'est tout naturellement que j'ai accepté la captivité du mariage. Délicieuse au début. Intense. Grisante. Confortable et reposante. Flatteuse aussi. Devenir l'amant exclusif, le favori, le seul.

Elle ressentit rapidement un désir d'enfants. Moi non, à vrai dire. Mais l'idée de donner vie à mon tour, de voir apparaitre auprès de nous des nouvelles sources et nouveaux émetteurs d'amour, de façonner des nouveaux êtres pour en faire des personnes libres et debout, de contribuer à peupler la génération d'après, de leur donner des outils pour les encourager à réussir là où nous avons échoué, tout ça suffisait à me convaincre que le jeu en valait la chandelle. Que le sacrifice n'en était pas vraiment un.

Donner la vie a tenu toutes ses promesses. Nous n'en sommes certes encore qu'au premier chapitre. On a beaucoup donné, beaucoup construit. On a vécu quelques années en apnée, le temps de brancher les premiers neurones de nos rejetons. Le temps de les programmer un minimum pour qu'ils puissent évoluer dans la maison de manière autonome, sans tout casser. On y est presque. Ça commence à prendre forme.

On ressort un peu la tête de l'eau. Mais ce faisant, on prend conscience que l'amour est quelque chose de plus complexe. Ma femme se sent comblée. Je suis le père de ses enfants, son compagnon, solide et rassurant et c'est bien suffisant. Elle ressent de la plénitude. Mais elle n'a plus vraiment besoin de l'amant que j'aurais aimé rester. Le désir s'est endormi. Je ne parviens pas à le réveiller.

Je commence à ressentir un mal-être, une douleur diffuse. Le sentiment d'être mal aimé. Et une forte culpabilité. Celle de ne pas me satisfaire de la situation. Celle d'être insatiable. De laisser transparaitre de l'infidélité dans les débordements de mes désirs. A l'écoute l'un de l'autre, nous avons cherché à résoudre les tiraillements, de plus en plus sensibles. Nous lisons des bouquins ensemble. On progresse à pas de fourmi dans la compréhension de ce que l'on vit. On s'impatiente, on se décourage, on se déchire, on se rabiboche.

Heureusement les murs de notre prison d'amour sont perméables aux mots et aux météorites qui tombent de la toile. Ma belle tolérait d'ailleurs de plus en plus mes explorations platoniques du web, qui offraient une soupape à mon imagination. Et un jour, par chance, j'ai découvert le trésor providentiel.

Je connaissais quelques bouquins de Françoise Simpère, dont j'appréciais l'érotisme authentique, humain et sensible. En tombant sur son blog, je découvris à quel point le talent de cette personne était complet et combien ses valeurs, aussi lucides que révolutionnaires, étaient proches des miennes. C'est tout naturellement qu'un jour j'achetai le petit livre des amours plurielles avec une intuition que peut être ça pourrait me parler, mais je ne voyais pas comment.

En osant remettre en cause des idées reçues dont je n'avais même pas conscience, en postulant que la "prison d'amour" pouvait ne pas en être une, elle a ouvert les portes et les fenêtres de cette geôle, et y a fait entrer la liberté comme le soleil du matin. Non pas la liberté individuelle de consommer ça et là, où bon me chante, en abandonnant mes responsabilités familliales. Mais la liberté d'aimer mieux. Car jusqu'ici ma façon d'aimer était pleine, indivisible et du coup oppressante pour ma compagne qui n'avait pas exactement la même façon d'aimer. Il y avait des points d'achoppement qui ne coïncidaient pas. J'avais en permanence des besoins élevés de séduction, curiosité, exploration, diversité, sensualité, plaisir sexuel... Elle non. Ce n'était pas pour autant qu'elle m'aimait "moins".

Quand je pris conscience de ça, je resentis une sorte d'apaisement. Quand les portes des amours plurielles, "polyamour" ou "lutinage", me furent ouvertes, ce fut un jour de clarté.

Je découvrai qu'en amour, chacun est avant tout un soleil, qui rayonne de l'amour dans toutes les directions. Dans le schéma monogame, le conjoint est la seule planète à bénéficier de cet amour. Dans la représentation polyamoureuse, on remarque que l'introduction d'autres planètes dans le champ gravitationnel du soleil n'enlève en rien au rayonnement perçu par les autres. Il s'agira juste de peaufiner les trajectoires en bonne intelligence pour que les unes n'éclipsent pas les autres. D'où l'importance de la communication, du dosage, du respect et de la bienveillance. Mais comme chacun est à la fois soleil et planète, les efforts des uns et des autres sont largement compensés par les nouveaux rayonnements insoupçonnés dont on peut profiter... Au diable adultère, tromperie, mensonge, aigreur. La confiance, la sérénité et l'amour assumé reprennent leurs droits, et offrent un meilleur cadre à la vie familiale, l'amour des enfants, la disponibilité des parents.

Ayant compris cela, tout est devenu limpide dans ma tête. Je n'ai pas envie de quitter ma femme et mes enfants. On s'aime à notre façon. Ma femme n'est pas attirée par le polyamour, mais elle en perçoit les vertus. Elle comprend que c'est ce mode de fonctionnement qui correspond à ma personnalité amoureuse et semble prête à accepter cette évolution incroyable. Le partage plutôt que le rationnement.

J'ai retrouvé l'espoir. L'espoir pour ma femme et mes enfants de retrouver un papa radieux. Je me sens tout jeune. J'ai à nouveau 20 ans... Envie de plaire et d'être séduit. Puceau du polyamour. Je ne suis pas pour autant pressé. Ne pas se précipiter. J'ai le temps. J'y crois, mais je ne vois pas ça comme une croyance, mais une prise de conscience. Et si foi il y a, c'est dans le fait que ce nouveau degré de liberté n'est pas fatalement un danger pour les personnes, mais une chance. Alors si désormais je peux me dire "converti", je pourrais m'estimer "croyant" et pas encore "pratiquant", car rien ne presse, je ne veux rien abimer autour de moi.

J'écoute Moustaki et rêve à nouveau d'exploration.

Non pas l'explorateur qui chasse et collectionne. Mais celui, humble et porteur d'espérance, qui observe, découvre, approfondit sans cesse, qui donne et qui reçoit, et participe avec d'autres à la quête des saveurs de l'existence. Cette fois-ci sur la chanson "Grand-Père". Et j'espère bien chanter un jour, m'adressant à lui:

« Comme toi j'ai connu les filles et les rêves
Buvant à chaque source que je rencontrais
Mais sans être jamais vraiment désaltéré
Sans jamais être las de répandre ma sève »

26 réactions (la dernière il y a 8 ans)

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