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(France)

J'ai été dans une relation polyamoureuse et abusive pendant sept ans....voici ce que j'ai appris.

Rédigé le vendredi 17 juillet 2020 à 05h39

Mis à jour il y a 12 jours

Ce que j'ai appris sur la manière dont les abus se produisent dans la non-monogamie. — Traduction d'un article d'Inês Rôlo, 30 Nov 2019.

Plan de l'article

1. (Intro)
2. Le discours poly le plus médiatisé ne parle pas assez d'abus.
3. Ce n’est pas parce que vous êtes féministe que cela ne peut pas vous arriver.
4. Ce n’est pas parce que beaucoup de gens ne peuvent pas le voir que cela ne se produit pas.
5. Ce n’est pas parce que vous êtes bien informé que vous êtes conscient pour vous-même.

Il m'a fallu trois ans et beaucoup de thérapie pour pouvoir écrire ce que vous allez lire. Je le fais surtout pour ceux qui pourraient en avoir besoin, que ce soit parce que vous envisagez le polyamour ou une autre forme de non-monogamie éthique, ou parce que vous le pratiquez déjà, ou parce que vous sortez tout juste d'une mauvaise relation de n'importe quelle sorte et vous essayez toujours de comprendre ce qui est arrivé, ou peut-être voulez-vous simplement avoir une relation amoureuse. Même si vous êtes monogame, vous pouvez poursuivre votre lecture, car il s'agit de relations amoureuses et d'abus émotionnels et psychologiques.

Je suis sortie avec un narcissique pendant sept ans.
Notre relation a été polyamoureuse dès le début. J'habitais avec mon petit ami et la petite amie de mon petit ami et tous les trois nous sommes devenus une famille. Chacun d'entre nous était libre de voir qui il voulait. C'était la théorie. Cinq ans après le début de cette relation, je suis tombée amoureuse d'une femme et nous avons commencé à sortir ensemble. Je sortais avec un homme et une femme, et je vivais avec une partie de mon polycule. Les gens arrivaient et repartaient, notre famille a connu plusieurs changements au fil des ans. Nous avons tous été reconnus au sein de la communauté comme prêts à parler de notre orientation relationnelle et en tant qu'activistes de la communauté poly.

Très bien. S'il n'y avait ce petit détail qu'un de mes partenaires - celui avec qui j'ai vécu et avec qui j'ai entretenu une relation pendant sept ans - était manipulateur, violent sur le plan émotionnel, contrôlant et manquant d'empathie. Tout ce qu'il n'avait pas, il le cherchait chez ses multiples petites amies. Nous étions toutes des femmes gentilles, chaleureuses, sincères, fortes et empathiques. Nous étions également féministes et des membres actives de la communauté LGBTQ. Nous préservions sa réputation. Peu importe à quel point il était parfois douteux, nous étions là : des femmes intelligentes, féministes, qui sortaient toujours avec lui, qui le défendaient et qui donnaient généralement leur voix pour le maintenir au-dessus de toute suspicion.

Ça me fait toujours mal d'en parler. L'écrire est encore plus effrayant. Les mots, c'est mon truc. Pourtant, comme Tori Amos dans la chanson, je suis restée silencieuse toutes ces années. Quitter cette relation et quitter cette maison s'est fait au prix d'un effort dont j'étais à peine capable. Quand je suis partie, je l'ai fait sans savoir pourquoi je devais partir. Il le fallait, c'est tout. Des alarmes se déclenchaient dans ma tête, mon anxiété était si forte que je ne pouvais pas dormir et je ne savais pas pourquoi. J'avais réussi à éteindre toutes les alarmes jusque-là, mais cette fois je n'ai pas pu. Je suis partie en me disant que les sentiments que j'avais pour lui étaient partis depuis longtemps. L'amour était mort, ai-je pensé. Ça arrive à tout le monde, ai-je pensé. Il m'a fallu presque un an de thérapie pour réaliser que la mort de l'amour n'avait rien à voir avec ça. L'amour avait été là au début, oui, mais il s'était noyé dans les années d'abus.

L'amour ne fait pas le poids face aux abus. Mais l'amour - ou ce que nous pensons être l'amour - nous maintiendra piégés dans des relations dangereuses. Alors, qu'est-ce que tout cela a à voir avec le fait d'être non-monogame ?

Il va presque sans dire que les relations abusives et toxiques peuvent prendre n'importe quelle forme. La maltraitance existe dans n'importe quelle configuration. De nos jours, on parle de plus en plus souvent de violence dans les relations monogames hétérosexuelles, mais nous sommes encore loin d'aborder de la même façon les relations homosexuelles et non-monogames. Nous savons tous que cela peut arriver dans les relations homosexuelles. Nous savons tous que cela peut arriver partout et tout le temps. On n'en parle pas, c'est tout.


Pendant toutes ces années où je n'ai pas été monogame, j'ai lu presque tout ce qui me tombait sous la main concernant le polyamour et la non-monogamie éthique. J'ai donné des conférences sur mon expérience. J'ai été interviewée pour la télé, des magazines, la radio. J'ai fait la couverture de magazines nationaux en tant que l'un des jeunes visages du polyamour dans mon pays. En tant que poly militante, j'ai participé à presque tous les rassemblements LGBTQ, partageant mon expérience en tant que femme poly queer dans un petit pays où l'on en savait peu sur la question. Comme le poly était ma vie et mon travail non rémunéré en tant que militante, j'ai lu tout ce que je pouvais à ce sujet.

Je me tournais vers les livres d'auto-assistance poly chaque fois que j'avais des doutes. J'ai lu toutes les bibles poly, puis j'ai lu leurs critiques, j'ai écrit sur le poly dans ses aspects aussi bien pratiques que théoriques, partagé mon expérience quotidienne en ligne, lu les expériences des autres. Ces années-là ressemblaient à un doctorat en relations amoureuses. J'ai toujours été douée pour apprendre des trucs. J'étais, et je suis toujours, un peu comme Hermione Granger, toujours à la recherche de réponses à la vie dans les livres. Les livres poly sont devenus mon point de ralliement lorsque l'anxiété culminait, lorsque je me sentais perdue, lorsque je ne savais pas quoi faire ou comment faire face à un nouveau défi. Quand quelque chose d'un livre ne résolvait pas le problème, je cherchais la solution dans le livre suivant.

Je suis douée pour étudier. Je suis devenue très bonne en théorie poly. C'était le côté pratique de la chose qui me posait problème, mais j'étais toujours là, en relation poly depuis de nombreuses années — est-ce que ça ne prouvait pas que ça fonctionnait ? Les années où j'ai été en relation avec mon copain et ma copine ont été les meilleures et les pires. Je me suis prouvé que j'en étais capable. Non seulement j'étais capable de gérer le fait que mes partenaires aient d'autres amours, mais je pouvais moi aussi en avoir d'autres. J'avais obtenu mon doctorat en relations amoureuses. Le poly fonctionnait. Et puis, d'abord lentement puis tout d'un coup, ça n'a plus fonctionné.

Quand ma petite amie d'alors a rompu avec moi, j'ai senti, pour la première fois de ma vie, que je pouvais mourir de chagrin d'amour. J'essayais tellement de bien faire les choses que je ne pouvais plus respirer quand tout a merdé. Cette fois, les livres n'avaient pas la réponse. En vain, je l'ai cherchée. Google n'a pas pu m'aider. Cette rupture a ouvert un trou dans ma poitrine, mais elle a aussi fait un trou dans notre rêverie poly. Toutes les choses pourries qui gisaient en dessous sont remontées à la surface.

Pendant près d'un an, j'ai regardé les trucs pourris et j'ai essayé de rester à flot. Moi aussi, je croyais que j'étais pourrie. Je pleurais tous les jours et je ne le voyais toujours pas. Le vrai problème. Mais cette rupture m'a donné l'impression que je voulais mourir, ce qui m'a incité à chercher de l'aide. J'ai commencé une thérapie et un traitement contre la dépression et l'anxiété. J'ai ensuite quitté mon partenaire, je suis retournée voir ma petite amie, pour ensuite rompre avec elle quand elle a commencé à sortir avec d'autres personnes et que je ne l'ai pas supporté. J'avais été vidée de tout. Je n'avais rien d'autre à donner. Comme la plupart des doctorats, celui-là a failli me coûter la vie.

Je n'entrerai pas dans les détails de ce qu'il m'a fait. Je vais vous donner un aperçu général. Il a fait ce que la plupart des auteurs d'abus font. Il ne m'a jamais frappée, bien sûr. Il ne m'a jamais dominée ouvertement. Il était discret et prudent jusqu'à la perfection. Il m'a fait m'excuser pour des choses que je n'avais pas faites, m'a fait sentir que la plupart des choses qui n'allaient pas bien entre nous étaient de ma faute, a créé des règles pour la relation qui le servaient lui avant tout et surtout, a lancé des conversations complexes qui duraient des heures jusqu'à (mon) épuisement, testé constamment mes limites, n'a pas toujours cessé quand je disais non ou exprimais mon inconfort d'une quelconque manière, a utilisé pour lui mon travail intellectuel, s'est réapproprié mes idées pour faire progresser sa carrière, utilisé toute mon empathie parce qu'il n'en avait pas, contrôlé avec qui je sortais et la progression de mes relations, entravé mes chances avec des femmes qui m'intéressaient, se fiant au fait que j'étais introvertie et l'utilisant à son avantage, utilisé ma réputation pour protéger la sienne, utilisé mon habituelle gentillesse pour son propre bénéfice (même, oui, pour se rapprocher de femmes qui m'étaient proches), s'est reposé sur mon travail émotionnel, a manipulé des conversations et situations dans son intérêt et a même profité de mes tâches domestiques et ménagères.

Inutile de dire qu'il a fait les mêmes choses à ses autres petites amies et aussi des choses pires. C'est la partie de l'histoire qui m'appartient. De plus : ses petites amies suivantes (après moi) étaient mes amies. C'est moi qui les ai présentés les unes aux autres. C'est son schéma. J'ai appris à le connaître parce qu'une de mes amies sortait avec lui. J'avais 21 ans quand je l'ai rencontré. Toutes ses copines ont à peu près cet âge quand il les rencontre. Même aujourd'hui, en ce moment même. Elles ont également d'autres points en commun : elles traversent habituellement une période difficile de leur vie et ont besoin de quelqu'un pour les comprendre. Encore maintenant, il se sert de ses copines actuelles pour se rapprocher des suivantes. J'étais un portail.

Il y a plus que cela. Non seulement plus, mais pire. Considérez-le comme la pointe de l'iceberg. Ses actions ont également touché des personnes proches de nous. Plus notre constellation grandissait, plus son champ d'action et d'influence devenait grand. C'est l'un des aspects où le poly complique les choses. Il a atteint plus de gens parce qu'on était poly. Bien sûr, le côté pervers de la maltraitance, c'est qu'il a fait tout cela et a agi comme un partenaire aimant à d'autres moments. La maltraitance n'est pas un phénomène noir ou blanc. Il y a toutes les nuances. Le fait que la maltraitance ait des points communs et des signaux d'alarme, mais en même temps, qu'elle semble différente dans chaque cas, le fait que tant de choses entrent en jeu - les circonstances, les autres personnes - tout cela la rend personnelle et unique. Et plus difficile à repérer.

Il y a des choses que je commence à peine à accepter. Je suis reconnaissante chaque jour d'avoir trouvé un thérapeute qui m'a aidée à trouver mon chemin jusqu'ici. Mon thérapeute ne m'a pas sauvé la vie, il m'a aidée à me sauver moi-même. Et comme je me suis sauvée moi-même, je me suis lancée dans un processus d'auto-réflexion qui m'a permis d'acquérir des connaissances intéressantes que je tiens à partager avec vous.

Je suis convaincue que la non-monogamie éthique et le polyamour ne sont pas intrinsèquement des pratiques abusives. Pas plus que d'être monogame. Mais j'ai remarqué qu'il y a certaines choses au sujet du polyamour et de la non-monogamie qui pourraient rendre encore plus difficile la détection d'un comportement abusif. Ce sont ces choses qui ont également rendu possible ce qui m'est arrivé.



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Le discours poly le plus médiatisé ne parle pas assez d'abus.

Il m'a fallu longtemps pour comprendre pourquoi certains des livres les plus connus à propos de polyamorie et les stratégies de communication les plus courantes ne fonctionnaient pas pour moi. Bien sûr, je ne veux pas dire qu’il n’y ait aucun livre ou aucune personne traitant du problème des abus à l’intérieur des communautés poly/non-monogames. Je fais seulement référence aux livres que j’ai personnellement lus et à ceux qui sont le plus souvent cités/recommandés ou populaires.

Le discours poly le plus répandu est fait pour les personnes saines d’esprit. Ou au moins pour une personne poly idéale qui n’existe pas. Il traite rarement des expériences de personnes qui font face à des problèmes de santé mentale, souffrent de troubles anxieux, d’attaques de panique, de SSPT complexe (Syndrome de Stress Post-Traumatique complexe) ou de personnes qui vivent avec un trauma ou une dépression. Partout, les bibles poly sont conçues pour vous faire tout affronter : votre jalousie, votre peur de l’abandon, vos insécurités. La plus grande partie de ce discours suppose que vous pouvez le faire aussi bien que n’importe qui.

Cela ne prend pas en compte le fait que si vous souffrez, disons, d’un syndrome de stress post-traumatique, vous pourriez ne pas être en mesure d’utiliser des standards de communication conçus pour des personnes neurotypiques. Ou bien vous pourriez essayer, et ensuite enchaîner avec une crise d’anxiété pendant six heures – ou bien passer des années à penser que la douleur et l’anxiété font normalement partie du fait d’être dans ce type de relation (c’est ce qui m’est arrivé). Et si vous survivez jusqu’au jour d’après, jusqu’à l’année d’après, c'est peut-être que ça a marché, n’est-ce pas ? N’est-ce pas ?

J’ai essayé si fort de faire ce que disaient ces livres. J’avais un cahier d’exercices sur la jalousie, bon sang ! Un cahier d’exercices. C’est un peu trop, non ? J’étais, et je suis toujours, quelqu’un qui souffre de trouble anxieux généralisé et quelqu’un qui vit avec un SSPT complexe. La vie poly peut être très perturbante pour les gens comme moi.Pendant des années, j'ai fait face à tous les traumatismes profondément enracinés en moi sans aucune aide professionnelle et sans aucun des outils dont j'avais besoin. J'ai été exposée à toutes mes peurs d'abandon, de rejet et de comparaison, et j'en redemandais. J'ai eu plusieurs crises de panique sans savoir qu'on les appelait ainsi.

Pendant des années, j'ai vécu avec une anxiété presque constante et je pensais qu'il était normal de vivre ainsi parce que je pratiquais le poly et que le poly était censé être difficile. Quand vous faites partie d'une minorité, vous vous tournez vers votre communauté pour obtenir de l'aide. Ma communauté était l'auto-assistance du courant poly le plus médiatisé. Elle me disait de continuer à essayer, que c'était normal que ce soit dur, que le poly était un travail très dur, vous savez, comme un emploi.

Récemment, j'ai découvert les travaux de Clementine Morrigan sur la polyamorie tenant compte des traumatismes et c'était comme si quelque chose s'était allumé dans mon cerveau. Les discours les plus médiatisés que j'avais écoutés étaient de la violence. Ils peuvent fonctionner pour certaines personnes, mais ils peuvent être dangereux pour les personnes vivant avec un traumatisme. Pendant mes années de poly, j'ai souvent pensé à "fermer" la relation. Garder les partenaires qui étaient déjà là et ne laisser entrer personne de nouveau. Il m'est arrivé de souffrir tellement que je ne me sentais pas capable de supporter que mon partenaire commence une nouvelle relation. Je ne les ai jamais suppliés de ne pas le faire, car j'avais le sentiment qu'à la minute même où je le ferais, je perdrais mes qualifications poly durement acquises. J'aurais échoué.

Je n'arrêtais pas de le répéter comme un mantra : "à la seconde où je vous demande cela, c'est moi qui dois partir". Je pensais que soit je pouvais tout supporter, soit je ne pouvais pas être poly et que je devais rompre avec tout le monde et partir. C'était tout ou rien. J'ai donc continué, dans une douleur et une anxiété extrêmes par moments. J'en suis arrivée à un point où j'ai commencé à avoir des moments d'effondrement au travail, à pleurer tous les jours, à en perdre la raison. Cela s'est produit avec mes deux partenaires, à différents moments de la vie et pour différentes raisons. Ma petite amie n'a jamais été maltraitante, mais je me suis battue avec une anxiété quasi constante quand elle a commencé à sortir avec d'autres personnes. Rien de ce que nous avons fait ou dit n'a contribué à atténuer ma terreur. J'ai commencé à me comporter de manière contrôlante par peur. J'étais terrifiée à l'idée de perdre ma petite amie au profit de ces autres personnes qu'elle rencontrait sans cesse et dont elle tombait amoureuse. J'ai rencontré ses petites amies dans l'espoir de devenir leur amie et de ne plus me sentir aussi menacée. Ce fut encore pire.

Je passais mon temps à me comparer avec elles et la conclusion était toujours la même : elles étaient meilleures que moi. J'avais l'impression qu'après des années à y faire face, je devais tout recommencer. Je me retrouvais au point de départ, avec l'impression de n'avoir rien appris. Je ne voulais pas être une personne peu sûre d'elle qui contrôle tout. J'étais terrifiée. J'étais profondément malheureuse. Les choses étaient trop difficiles pour moi et quelque chose a fini par se briser. Je ne pouvais plus le supporter. J'ai décidé que nous étions tou.te.s mieux si nous nous séparions. Alors je suis partie.

Récemment, j'ai lu que Clementine Morrigan avait demandé à leur partenaire de longue date de faire une pause dans leur non-monogamie. Ils se sont mis d'accord pour faire une pause pendant un certain temps. J'ai été stupéfaite. Je ne savais même pas que j'avais le droit de demander ça et d'être encore poly et de ne pas me sentir comme si j'avais échoué. Pour la première fois, j'ai été réconfortée par l'idée que je ne suis pas la seule à lutter. J'ai compris que le fait de ne pas être capable de gérer les choses est valable. C'est même possible, sans avoir à tout abandonner. J'ai aussi compris qu'aimer quelqu'un, c'est valoriser son bien-être. S'engager envers quelqu'un peut signifier que vous ne n'allez pas toujours courir pas après chaque relation possible, même si vous n'êtes pas monogame. Et aucun de mes partenaires n'a jamais fait cela pour moi. Il m'a fallu des années pour comprendre que ce n'est pas trop demander. Je ne suis pas de trop.

L'amour, c'est prendre en considération le traumatisme et les limites de votre partenaire. L'amour, c'est prendre soin de son partenaire. Si ce n'est pas le cas, ce n'est pas de l'amour.



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Ce n’est pas parce que vous êtes féministe que cela ne peut pas vous arriver.

Pendant très longtemps, j'ai eu la certitude que parce que j'étais féministe, je ne serais jamais avec quelqu'un qui ne me respecterait pas. Je me sentais sûre de moi et protégée dans l'idée que je sortais avec un homme féministe. Notre relation était féministe. Le discours poly est féministe depuis ses débuts. Parce que le discours sur les non-monogamies éthiques combat les préjugés et les normes mono-normatives, il a tendance à être un discours très positif. La jalousie est une nuisance et peut être éliminée si vous suivez ces 3 étapes faciles. Les sentiments d'abandon et de solitude sont des problèmes passagers, prenez simplement un rendez-vous avec vous-même ou appelez votre amant·e pour en parler, vous vous sentirez mieux. Le discours poly est non jugeant sur le plan physique et sexuel. Vous voyez la tendance : non jugeant dans tous les domaines.

C'est aussi franchement dangereux.

La plupart des féministes savent que la monogamie hétérosexuelle est une chose délicate. Le déséquilibre de pouvoir entre les hommes et les femmes et la structure de la monogamie portent le poids de la tradition et des rôles genrés. En tant que féministes, nous sommes conscientes de cette structure, et plus conscientes d'elle lorsque nous entrons dans ces relations. Quand une féministe choisit le polyamour, elle peut penser qu'elle se défait de l'héritage et des problèmes de la monogamie.

La nature supposément féministe du polyamour fonctionne comme un gage de sécurité. Elle nous rend inconscientes de la possibilité de vivre les mêmes cauchemars. Et le discours poly courant ne fait rien pour contredire cette notion. Les aspects positifs sont survalorisés et les problèmes font l'objet d'une approche auto-assistée, tandis que les vrais problèmes finissent par être étouffés.

Le discours polyamoureux courant fait grand cas de l'importance de la communication et du consentement. Mais sa notion de communication et de consentement est une approche générique, qui ne tient pas compte du risque d'abus. Il est difficile de remarquer les abus quand tout ce que vous faites se base sur le féminisme. C'est encore plus difficile si vous êtes féministe, si vous avez une maîtrise en Études de Genre et si votre partenaire abusif est un féministe bien connu dans la communauté et un universitaire respecté dans le domaine du polyamour et des études de genre. Ça ouvre le champ libre à l'abus mental. Quand vous vous agenouillez sur l'autel du Dieu de la Communication, vous finissez par penser que tous vos problèmes peuvent être résolus par une communication honnête. C'est un mensonge.

La communication peut être un outil d'abus. Un manipulateur se nourrit de la communication et aime jouer avec les notions de déni, de contradiction et de perception. J'ai passé la plupart de mes années poly à communiquer constamment. Tout a été disséqué jusqu'à l'épuisement. Mes pensées, mes désirs, mes doutes, mon intimité étaient toutes matières à débattre avec mon partenaire. C'était toujours dans l'objectif de dire la vérité, d'être honnête. Bien que j'aie remarqué par la suite un double standard, mon partenaire analysait aussi ses propres sentiments et en discutait en détail avec moi - mais comme c'était un manipulateur, il choisissait probablement ce qui lui convenait le mieux de partager.

Ces discussions avaient lieu chaque fois que je manifestais un léger intérêt pour quelqu'un d'autre. La plupart de ces discussions se sont avérées inutiles. Après que mes sentiments aient subi un examen minutieux, je finissais par ne m'impliquer avec personne. L'injonction à la communication et au consentement était utilisée pour me contrôler. Il contrôlait même mes sentiments à l'avance, parce que quoi que je ressente, je savais que je finirais par devoir en parler. Parfois, j'ai choisi de ne pas ressentir. Je ne pensais pas que ça en valait la peine. D'autres fois, j'ai été contrainte de participer à des conversations où j'essayais d'aller au fond de mes sentiments, à la prétendue vérité, et dans ce processus, mes propres sentiments se trouvaient modifiés. Comme s'ils étaient assaillis. Quoi que je ressentais au début de la conversation, celle-ci avait tellement de poids qu'à la fin, je le laissai tomber. Et bien sûr, cela a naturellement tué toute possibilité de spontanéité et d'aller à mon propre rythme.

Cette exigence de communication ne laissait aucune place à l'intimité. Je n'en ai compris l'ampleur que lorsqu'elle est apparue comme une réaction traumatique dans mes relations intimes plus récentes. Je ressentais cette compulsion à avouer des choses que je ne devrais pas avoir à avouer, parce qu'elles faisaient partie de ma vie émotionnelle interne et n'étaient donc pas à débattre. En fait, la violation de la vie privée était la raison de notre première dispute, moins de quelques semaines après le début de notre relation. Il a dit qu'il le regrettait. Il a pleuré. Il m'a offert une rose. Il a promis que ça n'arriverait plus jamais. Et avec moi, ça n'a plus été le cas, du moins pas de la même façon. Ça a continué sous un autre visage. Je lui ai pardonné à l'époque. Je pensais que c'était une erreur honnête que l'on commettait quand on essaie le poly et que l'on fait face aux limites et aux sentiments des autres. Le poly ouvre cet espace en eaux troubles. Il est difficile de dire où se situe la ligne de démarcation entre la vie privée et la réassurance, entre des erreurs et des abus.



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Ce n’est pas parce que beaucoup de gens ne peuvent pas le voir que cela ne se produit pas.

Vous savez ce qui est génial dans le polyamour mais qui est aussi un peu nul ? Dans le polyamour il est question de poly, comme dans nombreux, et non de tête-à-tête. Que se passe-t-il lorsque vous êtes nombreux ? Des groupes se forment. Les groupes, c'est super. Mais vous savez ce qu'ils sont aussi ? Ils sont complexes. Ils font apparaître ce qu'on appelle la dynamique de groupe. Je ne suis pas psychologue, donc je vais rester sur les principes de base. Les groupes peuvent être une source d'identification et d'appartenance. Mais ils peuvent aussi vous rendre inconscient des schémas de comportement - le vôtre et celui des autres. Les groupes peuvent entraver ou modifier votre perception des choses.

Je déteste le mot "influence" - une idée courante est que les groupes peuvent nous influencer et nous faire agir d'une manière que nous ne choisirions pas autrement. Je ne suis pas une personne facilement influençable. Mais le poly a une façon de vous faire sentir appartenir à quelque chose de spécial, que peu de gens en dehors de votre polycule comprendront. Au début, vous pouvez vous sentir si seule dans le choix d'une vie non monogame que votre groupe devient très important. Le groupe est votre famille, votre foyer.

A un moment au cours de ces années, j'ai croisé ce billet de blog faisant le buzz" intitulé "La marche manquante". Le terme a été inventé par Cliff Pervocracy. La métaphore est bonne :

Avez-vous déjà été dans une maison où il y avait quelque chose qui ne tournait pas rond ? Quelque chose d'extrêmement dangereux, inconfortable et contraire au code, mais tout le monde dans la maison était là depuis longtemps et y était habitué ? "Oh oui, j'ai presque oublié de vous dire qu'il manque une marche dans l'escalier non éclairé et sans rampe. Mais c'est pas grave, parce qu'on se souvient tous de sauter par-dessus.

Je l'ai lu, je l'ai compris, je l'ai associé à une personne de ma communauté et je suis passé à autre chose. Je n'avais pas réalisé que je vivais aussi dans une maison où il manquait une marche. Quand j'ai commencé à sortir avec mon partenaire maltraitant, il se comportait parfois de manière étrange : lorsqu'il était en colère contre quelque chose, ou frustré ou même simplement ennuyé, il commençait à traiter tous ceux qui l'entouraient comme de la merde. Ça commençait aussi vite que ça se terminait, mais c'est le pendant dont je me souviens le plus. Au début, j'ai été choquée : "Pourquoi me cries-tu dessus ?" Ou encore : "Pourquoi es-tu si froid avec moi ? Je ne vais pas rester ici et supporter d'être traitée de cette façon." Sauf que je l'ai fait.

Nous entamions une dispute sans fin ou bien je subissais un silence coléreux. Plus tard, la petite amie de mon petit ami venait me parler et m'expliquait que quand "il est comme ça", il vaut mieux ne rien dire, "il va reprendre ses esprits". Maintenant, au moment où je l'écris, je sais de quoi ça a l'air. On dirait qu'on m'a appris à tolérer les abus. Et c'est ce qu'on m'a appris. Mais elle ne l'a pas fait pour me faire du mal. Elle partageait ses propres connaissances sur la façon de gérer la marche d'escalier manquante. Elle m'aidait de son mieux avec la connaissance qu'elle avait. Et ça a marché. J'ai arrêté de me battre avec lui et j'ai attendu que ça passe.

Je ne me rendais pas compte qu'il s'agissait d'un abus - après tout, j'avais déjà survécu à d'autres types d'abus et la technique pour les contourner m'était familière. J'avais été démolie pour avoir fait face aux abus de front. Maintenant, je venais d'apprendre une nouvelle façon de faire face à la situation. Sauf que je ne savais pas que c'était la même chose. Je pensais que cela n'avait rien à voir.

J'ai ensuite aidé ses petites amies suivantes en leur donnant exactement les mêmes conseils que ceux que j'avais reçus. Le fait que nous ayons toutes appris à gérer ses crises de violence (nous les appelions son tempérament) et que nous ayons même partagé nos connaissances entre nous, lui a permis de continuer à le faire et a empêché de nouvelles voix dissidentes de s'exprimer. Le groupe nous a rendus accommodantes.

Je n'ai décidé d'entamer une relation avec lui qu'après avoir vu la façon dont il traitait ses autres copines. Je me souviens avoir pensé que sa façon de respecter et d'aimer ses partenaires prouvait que je pouvais lui faire confiance. Je lui ai même dit cela. Je ne savais pas, alors, que la plupart des choses qu'il faisait, il les faisait pour un public. Son comportement était calculé. Quand le public partait, il changeait. Il m'a fallu des années après l'avoir quitté - et plusieurs entretiens avec certaines de ses autres ex-petites amies - pour remarquer ce schéma.

Il n'est pas surprenant que les communautés LGBTQ ne soient pas exemptes d'abus dans leurs espaces. Pendant mes années de militantisme, j'ai pu constater que des membres importants de notre communauté ont été ou sont maltraitants et/ou ont protégé des auteurs d'abus - même en connaissance des récits des victimes. J'ai également appris que ma communauté ne faisait pratiquement rien pour résoudre ce problème. Ces dernières années, la culture de la dénonciation nous a conduits à un point où nous ne distinguons plus le mal du bien. Nous nous surveillons les un·e·s les autres, notre langue, nos erreurs, toujours prêt·e·s à coincer les autres et à leur lancer telle ou telle insulte. Dans de nombreux cas, la dénonciation est utilisée comme une arme pour faire taire les voix solitaires et inaudibles. Cela répand la peur de parler. Cela permet à certaines formes d'abus de passer inaperçues.

Voici comment nous traitons généralement les abus dans nos communautés : les gens se connaissent et s'avertissent mutuellement en privé, concernant le comportement de telle ou telle personne. Il n'y a pas de dialogue public. Tout se passe sur nos boîtes de messagerie privée. Tout le monde le sait, presque personne n'avoue ouvertement être au courant. Lorsque cela se produit au grand jour, certaines personnes ignorent le problème, d'autres défendent publiquement les agresseurs, d'autres encore crient à la diffamation et à la calomnie. Pendant ce temps, les agresseurs continuent d'abuser. Ils conservent leur réputation au sein de la communauté presque intacte, se déplacent librement et trouvent leurs prochaines victimes.

Après la rupture, je me suis retirée de tous les groupes dans lesquels j'étais. Je suis restée à l'écart pour ma santé mentale, mais cela signifiait aussi que je perdais des espaces où je me sentais comme chez moi. Cela signifiait repartir de zéro. Cela signifiait trouver de nouveaux ami·e·s ailleurs. Cela signifiait perdre presque tous celles et ceux que je connaissais. Cela signifiait que je devais rester à l'écart d'événements et de choses dont j'aurais voulu faire partie. Cela signifiait perdre mon sentiment d'appartenance. À un moment donné, j'ai cessé complètement de vouloir être là. Je ne voulais pas être dans un endroit où lui - et d'autres comme lui - étaient les bienvenus. Pour une communauté censée être construite par et pour les dominées, elle se retrouve le plus souvent du côté des dominants.

Le poly a le don de faire se sentir spécial. Les gens supposent que les relations poly sont automatiquement plus consensuelles, plus averties, plus étranges, plus égalitaires. Quand vous êtes poly, il se peut que vous vous sentiez différent des autres. Plus éclairé. Il s'avère qu'être poly ne vous rend pas nécessairement meilleur pour communiquer ou détecter les abus ni même pour le sexe. Cela ne vous rend pas meilleur. Point final. Mais cela vous fait vous sentir différent·e de la norme.

Lorsque vous vous sentez différent·e et que vous ressentez un malaise, vous pouvez penser que c'est normal. Après tout, vous faites quelque chose que les autres ne font pas. La société ne vous comprend pas. Les gens vous discriminent, vous et votre mode de vie. Alors vous vous tournez vers "vos" proches. Quand vous êtes poly, votre cercle social devient les gens avec qui vous êtes en relation et les gens avec qui ils et elles sont en relation. Toutes les personnes que j'ai rencontrées, je les ai rencontrées par l'intermédiaire de mes partenaires et des partenaires de mes partenaires. Quand je suis partie, je n'avais presque pas d'ami·e·s "extérieurs".

J'ai accepté le malaise et la détresse émotionnelle parce que je pensais qu'ils étaient normaux. J'ai parlé publiquement de ces sentiments et j'ai obtenu une immense validation de la part de ma communauté. Je pensais qu'être dans la douleur était la règle. La souffrance en faisait partie. Comme tous les livres le disaient.

Je ne savais pas que la douleur est toujours un avertissement. Notre corps et nos sentiments savent ce qu'il en est avant que nous en prenions conscience. Même si notre cerveau nous convainc du contraire. Faire attention à ce que je ressens a été l'une des plus grandes leçons que j'ai apprises.

Remarquez avec qui vous êtes quand vous avez mal ou quand vous êtes mal à l'aise. Les sentiments ne sont pas le fruit du hasard. Vous n'exagérez pas, vous n'êtes pas trop émotive, trop dramatique ou trop sensible. La plupart des ouvrages de littérature poly que j'ai lus me disaient que je pouvais continuer, quelle que soit la douleur que je ressentais. Elle m'a appris à y mettre des pansements, à élaborer des stratégies autour d'elle, mais jamais à l'écouter.

Le poly est très critique d'une conception marchande des sentiments, et du fait de considérer l'amour comme une ressource limitée. C'est censé être quelque chose qui valorise l'amour et les sentiments, mais au lieu de cela, il aborde les émotions comme des choses à traiter et à oublier. Il ne reconnaît pas que les émotions peuvent être là pour une raison. Les émotions ne sont pas censés être simplement surmontées. Parfois, elles sont destinés à être ressenties.



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Ce n’est pas parce que vous êtes bien informé que vous êtes conscient pour vous-même.

Une idée fausse courante est de penser que de nos jours, les gens sont tellement bien informé·e·s qu'il leur est beaucoup plus difficile de tomber dans le piège des abus. Les statistiques relatives à la violence dans les relations intimes contredisent cela.

Statistiques à part, je pense en fait que c'est le contraire qui est vrai. Nous sommes tou·te·s si bien informé·e·s (via notre ami Google) sur tout, des MST à la physique quantique, que nous nous sentons invincibles. Le fait de savoir nous donne un faux sentiment de sécurité.

Comme la plupart des gens qui ont subi des abus, je me suis interrogée à maintes reprises : pourquoi ai-je permis que cela se produise ? Je savais ce qu'était la maltraitance. Je savais de quoi ça avait l'air, je connaissais des schémas, je connaissais des histoires, j'avais des exemples par des amies proches, j'avais mon propre passé. J'étais hyper informée et pourtant, cela s'est produit.

Vous savez, quand quelque chose est si évident, si manifeste que vous ne pouvez pas le voir ? C'est ce qui s'est passé pendant sept ans de ma vie. La plupart des signaux d'alerte habituels étaient là. Je les connaissais, même. J'ai lu des choses à leur sujet. J'ai posté et reposté à leur propos - vous savez, ces images avec des phrases intitulées : Les signaux d'alerte à surveiller. Je vivais avec signaux et je ne savais pas que ces images pouvaient me concerner.

Parce que je savais tout cela, je pensais qu'il était impossible que je reste dans une relation maltraitante. J'avais déjà échappé à la maltraitance. Je pensais que cela ne m'arriverait plus jamais.

La mémoire fonctionne de façon mystérieuse. En cherchant dans mes notes pour écrire ceci, j'ai trouvé un courriel dans ma boîte de réception, envoyé à ma petite amie de l'époque, au sujet de la violence dans les relations poly. L'e-mail est daté de 2016, l'année où j'étais en relation avec elle et mon petit ami. Elle avait déjà été dans une relation soi-disant poly avant. Cette relation avait été violente et abusive. Je lui ai envoyé cet e-mail en lui disant que je n'avais pas encore lu l'article, mais que je pensais qu'elle le trouverait utile. Je ne me souviens pas d'avoir écrit ce courriel. Je suis presque sûr de n'avoir jamais lu l'article que je lui ai envoyé.

J'ai dû être confrontée mille fois à la réalité que je vivais et je ne l'ai pas vue. L'esprit humain a tendance à tout comparer. Je savais que ma petite amie avait été maltraitée. Mais comme ce que son ex-petite amie lui avait fait était vraiment horrible, je ne voyais pas les similitudes sous-jacentes et silencieuses. Même si son agresseur et le mien étaient différents, ils cherchaient tous deux à contrôler.

C'est étrange que je me souvienne si bien d'une autre chose qui s'est produite plus tard. À la fin de ma relation avec lui, je me suis retrouvée à lire Renaître (Reborn), le premier volume des journaux intimes de Susan Sontag.

Dans le mariage, chaque désir devient une décision. (...) on cesse de "se réconcilier" après les disputes - on retombe dans un silence de colère, qui devient un silence ordinaire, puis on continue.

Pour une raison quelconque, j'ai souligné ce passage. Je me souviens du fort sentiment de malaise qui s'est emparé de moi. C'est une si petite chose, il ne s'agit même pas nécessairement de maltraitance, mais il s'agit des gens et de la façon dont ils se comportent les uns avec les autres. C'était la première fois depuis des années que quelque chose me paraissait complètement hors de propos. Je ne savais pas pourquoi ce morceau résonnait si profondément en moi. Après tout, je n'étais pas mariée ! Pourquoi est-ce que je me sentais piégée ? Impuissante ?

C'était cette petite voix. Vous savez laquelle. C'est la voix qui dit que quelque chose ne va pas. La voix que nous ignorons habituellement. Elle était remontée à la surface, pour être engloutie par ma seule volonté dans l'instant qui a suivi.

Je ne saurais trop insister sur l'importance d'écouter cette voix. Vous connaissez cette voix mieux que quiconque. Vous la reconnaîtriez n'importe où. La voix vous connaît aussi. Elle vous connaît probablement mieux que vous ne vous connaissez vous-même. Ne la faites pas taire. Je n'ai pas écouté ou vu ce qui était juste devant moi. De même que je n'ai pas écouté mon premier sentiment quand je l'ai rencontré.

Il a fallu tout ce temps pour que cette petite voix que j'avais ignorée grandisse et soit reconnue comme ma propre voix. Il m'a fallu tout ce temps pour la sortir de l'ombre et l'amener ici, dans la lumière. Je dois la vie à cette voix.

Je n'ai pas de réponses pour l'avenir. Seulement d'autres questions.

Grâce à mon travail en thérapie, je sens que je suis maintenant mieux à même de repérer les manipulations. Je commence à savoir où se situent mes limites. Je ne laisse plus les gens les franchir ou les piétiner. Mais je ressens aussi un profond traumatisme. Je suis encore en train de guérir.

Nous devons guérir en tant que communauté. Je ne sais pas comment nous pouvons le faire. C'est pour cela que je vous dis cela. Je vous demande à tou·te·s d'être mes témoins. Je vous demande à tou·te·s de mettre vos têtes et vos cœurs ensemble et de trouver des solutions. Je ne suis pas seule. Mon histoire est aussi la vôtre. Nous connaissons tou·te·s des histoires comme celle-ci ou pire encore. Je vous demande de tendre la main à d'autres personnes que vous connaissez. Témoignons de nos souffrances personnelles et collectives. Je pense toujours que nous le pouvons.



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Traduction : alinea7, LuLutine (avec l'accord de l'autrice).
Source : I Was in an Abusive Polyamorous Relationship for 7 Years. What I learned about how abuse happens in non-monogamy. Inês Rôlo. Nov 30, 2019 · 23 min read.

10 réactions (la dernière il y a 4 jours)

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