Salut Tess'O,
De prime abord, je ne voyais pas grand chose à rajouter à ce qu'avait exprimé Lulutine et CharlieBear. Effectivement, je pense qu'un langage simple, voire factuel - "comme j'ai un amoureux et une amoureuse" - vaut mieux que d'utiliser des termes abstraits qui peuvent faire fuir. Un autre risque des termes abstraits, c'est d'engendrer un débat d'idées là où tu attends une reconnaissance de ta personne en termes d'acceptation. Il y a donc le langage qui te permet de te comprendre et celui qui te permet de te faire comprendre. Quant au propos de Charlie, il ramène à la relation à tes parents et illustre la possibilité que cela puisse être fécond, même si sujet à discussions. Finalement, comme elle le fait remarquer, un jour où l'autre, l'occasion d'en parler viendra.
Si finalement, j'ai quelque chose à rajouter, c'est la possibilité de prendre une question qui te fait peur avec humour pour désamorcer tenter de désamorcer l'emprise de cette peur autant chez toi que chez tes parents.
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Pour ma part, je ne suis pas pansexuel, juste un hétéro non-exclusif. Si je l'avais été, je ne pense pourtant pas que cela aurait changé grand chose dans ma relation à mes parents... pourtant extrêmement catholique. Malgré cela, c'est passé tout en humour d'où le fait que je pense pouvoir ajouter la proposition de cette possibilité. Reste que l'humour n'est, ici, efficace qu'à condition de reposer sur des principes sérieux.
Premier principe : Ce n'est pas le consentement des parents qui importe, exception fait de la question de ce qui se passe dans le domicile parental. Ce qui importe, c'est le consentement de chaque personne avec qui tu as une relation.
Deuxième principe : Être attentif à ne faire souffrir personne d'une relation avec une autre personne tout en sachant bien que la souffrance fait partie de la vie affective ainsi que de l'apprentissage de la vie affective. Quelque part, ce deuxième principe découle du premier puisque le consentement à une relation exclusive ou non-exclusive concerne en partie la souffrance par rapport à une relation avec une autre personne.
1) De qui le consentement importe ? Pour ma part, je n'avais aucune envie d'en parler à mes parents, mais ils ont posés des questions. Je ne me sentais pas prêts d'y répondre, mais j'y ai répondu... en coupant court spontanément à leur attitude de réprobation : je leur ai fait remarquer que ce n'était pas leur consentement qui importait - avec un grand sourire, style que de toute évidence la question de coucher ensemble ne se posait même pas. (Depuis l'enfance, flirter avec le complexe d'Oedipe constitue un réflexe spontané pour remettre à sa place la sexualité de chacun. Il s'agit, ici, d'une stratégie humoristique d'inversion du complexe d'Oedipe plutôt embarrassante pour les parents puisqu'elle ramène au tabou de l'inceste. Voilà pourquoi je pense que la pansexualité n'aurait pas changé grand chose, sinon ajouté du comique à la situation : l'embarras de mon père n'aurait sûrement pas manqué de faire rire lorsque je lui aurais fait remarquer que son consentement n'importait pas puisqu'il n'était de toute évidence pas question de coucher avec et que, s'il avait à y redire, cela ne pouvait que signifier de sa part des désirs pour le moins guère... catholique ?)
2) Éviter de souffrir et de faire souffrir. Après la neutralisation de l'attitude de réprobation, suit celle de l'appréhension légitime de la souffrance chez les parents, soit le risque pour leur enfant de souffrir ou de faire souffrir. Pour ce qui est d'en souffrir, c'est mon père qui s'en est inquiété. Pas très longtemps, puisque je lui ai répondu que je ne demandais pas mieux que d'avoir une ramure de cerf, voire d'élan tout en lui faisant observer que j'avais toutes les chances d'en rester au stade du chevreau dont les cornes sortent à peine, soit d'être un cocu raté. Depuis, il en rit et n'hésite pas à en rire avec moi lorsque l'occasion se présente et qu'il en a envie.
Pour ce qui est de faire souffrir, ce sont les deux qui se sont inquiété. Là, il n'y a pas à rire, c'est le moment de se montrer sérieux. Je les ai rassuré sur le fait que je prenais mes précautions autant pour ne pas faire souffrir d'une autre relation que ne pas faire souffrir d'autres relations que les miennes. Il s'agit en quelque sorte de se montrer aussi responsable que pour les MST, rassurer sur sa capacité à prendre ses précautions sauf qu'il s'agit d'autres précautions, ici, relative au consentement à une relation non-exclusive des personnes concernées.
Les personnes concernées, cela nous ramène aux parents, au fait que ce n'est pas leur consentement qui importe, mais celui des personnes concernées. Tu as raison de t'inquiéter de ta relation à tes parents à ce sujet car, au delà de votre relation, il y a celle au regard des autres dont le consentement n'importe pas davantage. (Personnellement, lorsque les autres me jugent un peu trop à mon goût, le fait que mes parents - pourtant extrêmement catholique - ne me jugent à de quoi en faire taire plus d'un et d'une. Rares sont cependant les occasions où j'ai à y recourir et j'y recours avec humour sans jamais avoir dû jusqu'ici pousser l'humour jusqu'à la provocation à laquelle je l'ai poussé avec mes parents. La provocation consisterait, ici, à faire remarquer à une personne qui n'est pas concernée que si elle s'acharne à juger, c'est qu'elle est plus concernée par une relation avec moi qu'elle ne veut le laisser entendre.) Enfin soit, si tu te sens en confiance dans le regard des personnes avec qui tu es entrée dans la vie, tes parents, il y a beaucoup moins de chance que le regard des autres atteignent ta confiance en toi. Reste que bien avant tout cela, j'imagine que c'est actuellement l'horreur de devenir une inconnue auprès de deux des personnes qui te connaissent le mieux, tes parents, qui motive. En tous cas, pour ma part, c'est ce qui m'a motivé à leur répondre alors que je ne me sentais pourtant pas prêt. (Je ne te conseille pas d'en faire autant, j'ai eu de la chance, notamment celle de n'avoir jamais pris au sérieux l'amour et le sexe, juste les personnes, ce qui fait que je leur ai répondu en riant comme s'il s'agissait d'un sujet sans importance en me souciant du quart comme du tiers de leur réaction. Le peu de soucis que je me faisais sur le sujet leur a enlevé les leurs à mon sujet sans pour autant leur laisser croire qu'il s'agissait d'insouciance puisque je me souciais du principal : ne pas souffrir et, surtout, ne pas faire souffrir.)
En conclusion, mon expérience me donne à penser que la clé de ta relation avec tes parents réside dans l'humour et les principes que tu partages avec eux, soit ta capacité à discerner ce dont tu peux rire (leur consentement qui n'est nullement concerné par tes relations exception faite du domicile parental) ainsi que ce dont tu ne peux pas rire (le risque de souffrir et de faire souffrir) et, ensuite, les peurs qui se cachent derrière tes appréhensions et qui sont probablement aussi les leurs (le risque de souffrir et de faire souffrir). Le rire permet, ici, de désamorcer l'emprise des peurs d'où l'importance de cerner autant l'humour que les peurs que vous partagez ainsi que les principes qui peuvent vous rassurer mutuellement à leur sujet. (Ces principes peuvent être différent de ceux que j'ai mentionné, tout comme les peurs et l'humour.) Quant au meilleur moment pour leur en parler, c'est lorsqu'ils seront prêts, soit lorsqu'ils poseront des questions ou tenteront des approches du sujet et que tu te sentiras prêtes à leur répondre. Si tu ne te sens pas prête d'y répondre, tu peux post-poser tout comme ils l'ont probablement fait concernant leur relation ainsi que les relations amoureuses et sexuelles en général. Souvent les parents considèrent qu'il faut que leur enfant ait une certaine maturité pour en parler. De la même manière, en tant que leur enfant, tu as le droit de considérer l'état de maturité qui te convient pour en parler, notamment celui de votre relation parent-enfant. Reste que les évènements de la vie peuvent vous mettre face à face sur le sujet avant que vous soyez prêts. Je te déconseille alors l'humour qui peut leur faire croire que tu n'en as rien à foutre et je te conseille plutôt de les rassurer quant aux risques de souffrir et de faire souffrir.
P.-S. : Désolé pour mes longueurs.
Message modifié par son auteur il y a 2 mois.