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Raphaelle

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Paris (France)

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Discussion : De la complexité de nos endogamies

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Raphaelle

le dimanche 18 octobre 2020 à 11h46

Je parlais d'un cas particulier, pas généralisable systématiquement mais souvent je pense.

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Discussion : De la complexité de nos endogamies

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Raphaelle

le samedi 17 octobre 2020 à 02h49

Je reviens rapidement sur l'exemple que j'ai utilisé. Il y a une confusion, il me semble, entre le déclencheur et la cause de l'insécurité. Lorsque B dit à A qu'iel va passer la nuit avec C et que A se sent mal, la raison pour laquelle A se sent mal n'est ni que B passe la nuit avec C ni que B aurait mal communiqué à propos du fait de passer la nuit avec C. Que B passe la nuit avec C est le déclencheur ou la mise en exergue d'une fragilité qui génère de l'insécurité. Si A se sent mal vis-à-vis du fait que B passe la nuit avec C, c'est que A traverse une période d'estime basse de soi et éprouve de l'envie envers B qui s'autorise à vivre des moments avec une autre personne. Je précise que la baisse d'estime de A n'est pas corrélée à des actes de B ni à une situation relationnelle compliquée entre A et B (ç'aurait pu être le cas mais là les facteurs sont extérieurs). A se trouve confronté·e à des problématiques personnelles sensibles dans lesquelles B est d'accord l'accompagner. Que B choisisse de ne pas passer la nuit avec C n'aurait en rien fait évoluer les problématiques de A puisque l'annonce de la nuit à venir avec C n'est que ce qui les a poussées hors du placard. Dans ce cas, A aurait souhaité que la nuit entre B et C n'ait pas lieu comme si c'était véritablement ça qui était la cause de son mal être.

Je suis d'accord sur l'inacceptable de l'insécurité affective permanente, ce qui hors relation d'emprise est à réfléchir au sein de la relation, et en interrogeant les dynamiques des deux personnes concernées par la relation.

Je te rejoins aussi sur l'existence possible de dynamiques toxiques dans un sens ou/et dans l'autre. Avec d'autres personnes, les dynamiques existantes dans l'exemple choisi pourrait être très différentes. Je précise que dans le cas de A j'avais parlé d'une volonté de contrôle et non d'une mise en place d'un contrôle effectif (et que la volonté de contrôle avait été explicité, ce qui ne plaçait nos individus dans un rapport de force avec potentialité de chantage affectif).

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Discussion : De la complexité de nos endogamies

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Raphaelle

le vendredi 16 octobre 2020 à 17h53

Je trouve nécessaire d'établir une distinction entre avancer avec, prendre soin et prendre en charge au risque de s'oublier, de se retrouver dans des situations où le chantage affectif est toléré et où les insécurités peuvent masquer une volonté de contrôle de l'autre. Dans la pratique, il est possible de ça se mélange et qu'il soit difficile de distinguer une dynamique d'une autre.

Pour ma part, je suis méfiante de ce qui est ou ce qui peut ressembler à une volonté de contrôle, pour avoir vécu plusieurs fois des situations avec des personnes toxiques qui utilisaient leurs peurs et angoisses pour me faire culpabiliser de ne serait-ce qu'envisager d'autres voies ou/et de me rapprocher d'une autre personne.

Prendre l'exemple de dormir avec une personne (ce qui ne signifie pas nécessairement avoir des interactions sexuelles avec), c'est, entre autres, parce qu'il ne s'agit pas a priori d'une situation censée remettre en cause d'éventuels "projets de vie".

Message modifié par son auteur il y a 11 mois.

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Discussion : De la complexité de nos endogamies

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Raphaelle

le lundi 12 octobre 2020 à 16h34

Il faudrait que je trouve un autre exemple sur lequel je puisse davantage développer sans exposer l'intimité des personnes derrières les lettres. J'ai certainement trop simplifié et la complexité de la situation n'a pas pu être bien rendue. Cet exemple se voulait une illustration, un exemple et pas une preuve. Je n'ai pas dit que c'était l'idéal. La situation décrite est clairement anxiogène pour toutes les personnes concernées. A chaque fois que j'entends parler d'une situation semblable, souvent B rétropédale, ce que j'ai expérimenté plusieurs fois. Et, parfois, il s'agit de la meilleur solution. Mais, il ne s'agit pas toujours de la meilleure solution. Et, dans ces situations, il y a une pression énorme sur B qui sait qu'iel va être qualifié·e d'égoïste s'iel ne répond pas à la demande, à l'injonction, de A, ce qui peut être le cas mais pas nécessairement. La plupart du temps, ces situations sont pensées presque uniquement du point de vue du ressenti de A. Le point de vue et les besoins de B passent au second plan et je ne parle même pas de ceux de C. Il me semblerait juste de rééquilibrer la balance et d'insister sur le fait que les points de vue des trois sont tout aussi légitimes. Dans l'exemple décrit, B laisse le choix. Dans cet exemple tout le monde a le choix, le choix de s'écouter, de suivre ou de ne pas suivre. Tout est explicité et il n'y a pas de chantage affectif. Je n'ai pas précisé que l'exemple était pris dans un cadre poly non hiérarchique avec des personnes vivant les relations poly depuis plusieurs années. Imposer ses choix signifierait de dire à l'autre qu'iel est obligé·e de suivre, obligé·e de bien vivre les choses. Le retrait, la prise de distance, la fin d'une relation (ou la fin d'une manière d'être en relation avec une personne) ne sont pas des échecs. Dans le cas décrit, B est très proche de A et peu de C. S'il fallait choisir en termes d'envies, privilégier une relation, le choix de se concentrer sur A serait évident. S'il s'agit de raisonner hors de schémas qui octroient des privilèges et de penser aux manières de vivre en cohérence avec ses idéaux, le choix de privilégier A n'est plus si évident. Il ne s'agit plus penser en termes de préférences et d'envies avec une personne mais de penser la manière de relationner que l'on souhaite et de prendre des décisions à la lumière de ce choix. Au passage, il est intéressant de relever que le droit qui devrait être fondamental à disposer de son corps est si souvent remis en question. Artichaut pourrait me répondre que je pense un peu trop depuis une utopie. Pas complétement faux mais c'est aussi en tendant vers ça que je vois évoluer des situations, des comportements autour de moi et que parviennent parfois à s’effacer des restes de monogamie toxique intériorisés. Bon, je dérive et je tends au hors sujet par rapport à la discussion. Je reviendrai sur ces points plus tard dans une discussion spécifique.

Message modifié par son auteur il y a 11 mois.

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Discussion : De la complexité de nos endogamies

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Raphaelle

le samedi 10 octobre 2020 à 20h14

artichaut
Il n'y avait pas le dois-je dans ma question.
N'est-ce pas le dois-je qui dramatise la situation ?

C'est exact qu'il n'y avait pas le verbe devoir dans ta question. Cependant, quand je lis "à qui en parlez-vous en premier ?", j'entends "à qui devez-vous ou faut-il en parler en premier ?". C'est peut-être moi qui déforme la question et qui, certainement, la lis d'une manière biaisée. Dans tous les cas, cette question me semble révélatrice d'un malaise (dans certaines relations poly). J'entends par là qu'il y a certainement un problème quelque part, entre les personnes concernées ou/et dans les structures relationnelles en place, pour que cette question puisse faire sens. C'est une vraie question qui, souvent, est bienvenue. Sauf que si elle reste vraiment pertinente après l'avoir énoncée, à mon avis, c'est qu'elle tend à être révélatrice d'un problème peut-être non identifié.

artichaut
Et si l'ajout d'une complexité demande une énergie que A ou C ne possède pas ?
C'est là qu'on touche me semble t-il à ce qui est collectivement, et non plu seulement individuellement… possible (ou impossible) …

J'ai parlé de mon point de vue, d'une manière de faire qui peut être reprise par A ou C. Si A ne se sent pas à l'aise avec la relation entre B et C, elle peut prendre de la distance avec B ou C ou les deux si les aménagements ne sont pas possibles et souhaitables pour A, B, C. Prendre de la distance peut ici signifier dédramatiser ou/et défusionner ; prendre de la distance pour retrouver davantage d'autonomie affective et réfléchir à de nouvelles manières d'envisager les interactions, par exemple. De son côté, si C a été correctement informé·e de ce qui se joue, iel peut décider de se rapprocher ou de s'éloigner. C'est donc à chaque personne de jauger son niveau d'énergie et si iel souhaite dépenser son énergie dans une réflexion et un potentiel aménagement relationnel, un travail sur soi, ou s'iel souhaite ne pas.
Je sens que ce paragraphe risque d'être lu comme une position, voire une posture, individualiste. J'aimerais développer plus longuement ailleurs la tension entre les individus et le collectif. Je crois que laisser à chaque personne sa liberté de décider si les choses lui convienne ou non et que chaque personne se sente libre d'indiquer ce qu'iel veut et, surtout, peut, n'est pas individualiste, bien au contraire puisqu'entendre et prendre en compte les réels possibles de chaque personne, même s'ils vont contre ce qu'une personne souhaite, est le préalable et la dynamique continue qui permet de tisser des groupes sains et résilients. D'autre part, il y a un réel danger à accéder à certaines demandes qui, pourtant, pourraient paraître légitimes sur le moment. Je prends un exemple : B est en relation avec A. B rencontre C. B et C se rapprochent. B annonce à A qu'il va voir C et qu'il est possible qu'iel passe la nuit avec C. A prend peur et demande à B qu'iel ne dorme pas avec C tout de suite. La logique basique du prendre soin dirait qu'il faut aller à la vitesse de la personne la moins rapide, qu'il n'y a pas de raison de se presser, etc. Sauf qu'accéder à la demande de A non seulement se ferait au détriment des envies de A et de C (et si ce n'est que ça, ce serait envisageable) mais place aussi A dans une situation particulière. Cette situation donne un pouvoir énorme à A, pouvoir que A pourrait de se reprocher ensuite d'avoir exercer, crée une sorte de "jurisprudence", un précédent d'un pouvoir illégitime exercé par A (si les sentiments de A sont légitimes, empêcher B et C de se voir ne l'est pas - je parle dans le cadre où il n'y a pas de personnes toxiques dans nos trois lettres). Et, que va-t-il se passer la fois suivante ? B et C attendent que A leur accorde le droit de se voir ? En attendant, A ne s'est pas confronté·e au fait que B et C passent une nuit ensemble, uniquement à la peur que B et C passent une nuit ensemble. Une stratégie alternative pourrait être un recloisonnement temporaire, partiel, qui ferait que ni B ni C n'informeraient A sur le fait qu'iels dorment ensemble (pas se voir en cachette mais dire clairement à A qu'iel peut ne pas être informé.e si c'est plus facile pour iel). Dans cet exemple extrait et déformé d'une situation vécue, A a remercié B de ne pas avoir accédé à sa demande, de lui "avoir résisté" quand bien même sur le coup ce fut difficile (aussi bien pour A que pour B, de manières différentes - et pour C aussi). Penser au collectif dans les relations plurielles, c'est aussi voir plus loin que ce qui est en place et pouvoir prendre des décisions qui vont dans le sens d'une dynamique saine pour l'ensemble (parfois c'est seulement bien plus tard que les effets de telles décisions portent leurs fruits, et des fois seulement dans d'autres relations).

Message modifié par son auteur il y a 12 mois.

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Discussion : De la complexité de nos endogamies

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Raphaelle

le jeudi 08 octobre 2020 à 17h30

N'est-ce dramatiser la situation que de poser la question : "A qui dois-je en parler en premier ?" Dans un cas comme celui présenté ci-dessus, il est fortement probable que j'en ai déjà parlé avec A parce que je suis déjà "en relation" avec A. Cependant, si au moment où émerge l'envie de relationner autrement avec C, je me trouve avec C, je ne vois pas pourquoi je devrais attendre de poser les choses et en parler d'abord avec A. Je ne vais pas non plus attendre que les deux soient réunis, si ça arrive, ou convoquer une réunion avec les deux, pour leur en parler, ce qui me semble potentiellement anxiogène pour tout le monde.
En parler à une tierce personne en premier reviendrait à faire porter un poids, une charge, sur cette personne si elle côtoie A ou/et C. Et, en parler avec une tierce personne qui ne connaît ni A ni C sera souvent peu pertinent, à part pour avoir une oreille pour réfléchir à haute voix.
Le plus simple pour "résoudre" cette situation est d'en avoir envisagé la possibilité avec A. Je parle d'envisager la possibilité de se rapprocher de personnes proches/intimes de l'autre et non de lister toutes les personnes des constellations de chacun·e.
Dans mon cas, dans une situation comme celle décrite, je trouve que ce qui est essentiel est la position adoptée, la manière d'informer parce qu'il s'agirait d'informer et non de demander la permission, tout en restant à l'écoute des aménagements qui pourraient être faits dans le cas où des insécurités émergent/travaillent.
La raison qui pourrait faire renoncer a priori à une relation avec C est l'ajout d'une complexité (une complexité, pas une complication) qui pourrait demander une énergie que je ne possède pas ou que je ne souhaite pas dépenser à l'instant où j'envisagerais de me "rapprocher" de C.

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Discussion : [Lexique] Définition de "Duogamie"

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Raphaelle

le jeudi 08 octobre 2020 à 16h25

Je ne trouve pas cette définition de la duogamie hétérocentrée. Elle exprime une vision binaire des relations qui n'est pas spécifiquement hétéro.

La relation avec un homme et une femme demeure encore un idéal pour certaines personnes bi, comme j'ai pu le constater lors d'un débat sur l'idéal bi mené par Bi'Cause (asso bi et pan).

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Discussion : Balade vélo poly en non-mixité queer

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Raphaelle

le dimanche 20 septembre 2020 à 01h28

Pour me trouver : vélo tristement marron avec des sacoches joliment rouge/noir.

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Discussion : Balade vélo poly en non-mixité queer

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Raphaelle

le dimanche 20 septembre 2020 à 01h27

Bonjour,
Les personnes cis hétéro ne sont pas admises pour cette balade. Pour faire simple, dans ce cadre, queer = personnes non cis et/ou non hétéro.

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Discussion : Pique-nique poly au Parc Montsouris

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Raphaelle

le vendredi 11 septembre 2020 à 16h26

Horaire modifié : 18h à 20h30 au lieu de 19h à 22h... parce que le parc ferme à 20h30.

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Discussion : Déconstruire le couple et ses hiérarchies (monogamie, polyamour hiérarchique, anarchie relationnelle)

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Raphaelle

le lundi 07 septembre 2020 à 22h53

Merci pour ces retours et la mise en grand des lignes principales du texte.

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Discussion : Dialogue au paradis de l'anarchie relationnelle

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Raphaelle

le mercredi 26 août 2020 à 19h26

Sur la nécessité incontournable du care (du "prendre soin"), communication comprise, je vous rejoins. En revanche, dans ma manière de vivre et de concevoir l'anarchie relationnelle, je préfère dire qu'il n'y a pas de règle (surtout absolue), pas de règle en soi. Et, je n'y vois pas là une contradiction. Dans le TLFi, je lis la définition suivante du mot "règle" : "Prescription d'ordre moral ou pratique, plus ou moins impérative, relative au domaine social, juridique, administratif, idéologique ou religieux." La plupart des dicos vont dans le même sens, à savoir de la règle comme règle à suivre, définie et imposée, ou fortement recommandée, par une entité extérieure à soi bénéficiant d'une légitimité, d'une autorité. Prendre soin ne devrait pas être une règle (loi/norme/règlement/ordre) mais une valeur, c'est-à-dire une qualité intrinsèque. Si prendre soin de l'une de ses relations doit être posé comme une règle, c'est qu'il y a eu un loupé quelque part. Je ne veux pas signifier que le fait de prendre soin ne doit pas être posé et explicité mais que prendre soin est, devrait être, un socle fondamental qui ne relève pas d'une dynamique prescriptive.

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Discussion : Pique-nique poly au Parc Montsouris

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Raphaelle

le dimanche 16 août 2020 à 16h48

S'il y a quelques gouttes, nous y serons malgré tout. En cas de météo désastreuse, l'événement sera annulé mais la météo à 24h laisse présager que nous ne devrions pas nous retrouver sous des rideaux d'eau.

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Discussion : Pique-nique poly au Parc Montsouris

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Raphaelle

le lundi 27 juillet 2020 à 21h12

Nous ne sommes pas sûre de comprendre ta question. Nous organisons un événement où les participant.e.s peuvent échanger sur le polyamour. Il n'y a pas besoin de s'inscrire pour venir. L'événement est informel (pas de thème et pas de cercles de parole organisés en amont). Vous pourrez certainement y rencontrer des personnes qui ont vécu ou qui vivent des choses similaires.

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Discussion : Monogamie, polyamour hiérarchique, anarchie relationnelle : déconstruire le couple et ses hiérarchies

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Raphaelle

le jeudi 11 juin 2020 à 18h04

J'attends de te lire avec impatience artichaut.

Merci pour ce partage Erion.
A mon sens, mais peut-être n'est-ce pas clair lorsque je l'ai écrit, l'absence de hiérarchie est aussi une absence de hiérarchie entre différents types de relations (amoureuses, amicales, etc.). Pour ma part, je ne trouve plus aucune démarcation pertinente entre amour et amitié, et je ne cherche plus à en trouver.

Erion
Le thème de l'influence des hiérarchies dans les relations me paraît aujourd'hui devoir être laissé au domaine du polyamour.

Sur ce point, j'ai un gros désaccord (mais peut-être est-ce une incompréhension ?). J'aimerais pouvoir dire la même chose, que l'anarel, entre autres, a autre chose à faire que se préoccuper de ce qu'elle a mis à distance... sauf que mettre à distance les hiérarchies et les y tenir dans la durée, sans continuellement les interroger, c'est courir le risque qu'elles reviennent par les petites portes. L'anarel peut-elle vraiment éluder la question des hiérarchies ? Nous vivons dans des sociétés construites sur des oppressions, des mécanismes de pouvoir. Nous ne sommes pas tou·te·s égaux/égales. Etc. Il me semble que c'est encore un peu tôt pour que des groupes d'individus puissent s'abstenir de continuer à réfléchir aux hiérarchies. Là dessus, je serais heureuse de me tromper.

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Discussion : Monogamie, polyamour hiérarchique, anarchie relationnelle : déconstruire le couple et ses hiérarchies

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Raphaelle

le mercredi 10 juin 2020 à 17h07

Lili-Lutine
Pour moi, il me semble que ton texte part avant tout de ton expérience personnelle, de là où se situe actuellement tes réflexions et ton vécu, tu ne théorise pas au delà, comme par exemple vers des modèles que tu connais moins peut-être, ou que tu aborderas plus tard.

Je suis d'accord pour dire que je construit des pistes théoriques à partir de mon vécu et du vécu des personnes qui me sont proches, ainsi que de tous les témoignages que j'ai reçus en tant qu'organisatrice d'événements poly.
Je serais curieuse qu'artichaud et toi développiez sur ces autres modèles qui me semblent être présents dans les ramifications de l'anarchie relationnelle, au moins pour une partie d'entre eux et à l'exception d'une posture de retrait, non-relationnelle en quelque sorte.

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Discussion : Monogamie, polyamour hiérarchique, anarchie relationnelle : déconstruire le couple et ses hiérarchies

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Raphaelle

le mercredi 10 juin 2020 à 16h57

artichaud
Il m'a manqué peut-être en introduction une définition du "couple".

Bonne remarque ! Je n'ai effectivement pas proposé une définition du "couple" au début du texte. Je pense que le suite du texte permet de la déduire : le couple serait une paire d'individus, une association contractuelle ou non de deux personnes réunies autour de sentiments communs et/ou d'objectifs communs. C'est son sens le plus strict. Son acception la plus courante place le couple comme une structure non duplicable dans le même espace-temps. Cependant, il est possible d'envisager qu'une personne fasse plusieurs couples avec plusieurs personnes. Sauf que dans tous les cas que je connais qui s'en rapprocheraient, les personnes tendent à refuser l'étiquette couple, trop connotée par son caractère exclusif. Pour améliorer ma réponse, il faudrait l'éclairage d'un·e sociologue ou que je lise davantage sur cette question.

artichaud
Et je me suis demandé qu'elle était le sujet principal du texte : en finir avec le couple ou vanter les mérites de l'anarchie relationnelle ?

L'anarchie relationnelle a le mérite d'apporter les outils pour en finir avec le couple. Et, propose des alternatives viables à l'absence de couple. Ce texte est celui que j'aurais aimé trouvé lorsque j'ai commencé à m'intéresser aux relations plurielles. Il est, avant tout, une mise en garde, un retour critique, sur le polyamour hiérarchique. Disons que ce texte entremêle plusieurs sujets qui permettent des éclairages réciproques.

artichaud
mon premier sentiment est que ce texte semble considérer qu'il n'y a que trois façon de relationner : la monogamie, le polyamour hiérarchique, ou l'anarchie relationnelle

Ce n'est pas l'idée que je voulais donner. Monogamie (ou mono-amour lorsqu'il n'y a pas de contrat), polyamour hiérarchique et anarchie relationnelle m'apparaissent comme trois catégories qui comprennent des sous-catégories, une infinité de variantes. Je pourrais multiplier les étiquettes, les appellations. Dernièrement, j'ai lu une personne qui préférait parler de "fluidité relationnelle" plutôt que d'anarchie relationnelle.
Je reprends ma réponse (Jim Dalva) au post de Zach Spectresur la page polyamour fb : "Dans les grandes lignes de ce que tu as écrit, je ne vois pas la différence entre la fluidité relationnelle et l'anarchie relationnelle, à moins de considéré la fluidité relationnelle comme une version dépolitisée de l'anarchie relationnelle, ce qui ne fait pas sens comme l'a noté Jules Peron plus haut. S'il est possible de mettre à distance les aspects politiques, poser qu'un "modèle" relationnel marginal qui va à l'encontre des structures sociales bourgeoises est délié du politique est un impensé qu'à titre personnel je trouve problématique.
Je ne vais surtout pas contester ton droit à t'autodéfinir. En revanche, j'ai envie de pointer un danger de la multiplication d'étiquettes similaires, le danger de l'émiettement et de la désidentification (danger mis en évidence, dans un autre registre, dans les théories post-queer) qui aboutit à des guerres de chapelles et, surtout, à une difficulté à se reconnaître et à construire entre personnes qui ont au minimum des aspirations communes. Identifiées, ces aspirations communes peuvent, éventuellement, aboutir à des luttes contre (forces réactives) ou à des projets utopiques. D'autre part, même en survolant rapidement l'anarchisme, il apparaît très vite qu'il existe autant de sensibilités anarchistes que de figures anarchistes. Le terme "d'anarchie relationnel" contient donc déjà en son sein une extraordinaire multiplicité."

artichaud
on peut avoir l'impression que d'une certaine manière tu cherches à faire de ton parcours un modèle à suivre (dixit « le polyamour hiérarchique devrait se penser comme une structure transitionnelle, un point d’étape rassurant avant de se diriger vers des formes d’anarchie relationnelle »).

Mon parcours n'est pas un modèle ou n'est qu'un modèle parmi d'autres, un cheminement imparfait. Je suis consciente que mon texte peut donner l'impression d'une progression linaire dans mon parcours, dans ma pensée. Il n'en est rien.
J'ai longtemps pesé l'emploi du verbe "devoir" que j'ai peu l'habitude d'utiliser à cause de son caractère injonctif. Si je l'ai utilisé, c'est parce que je suis convaincue que le polyamour hiérarchique, installé dans la durée, fait des dégâts. En revanche, je vois un biais dans la suite de la phrase. J'aurais du écrire "un point d'étape rassurant avant de se diriger vers des ailleurs", ce qui signifierais la possibilité du repli vers la monogamie par exemple. Mais, comme ce texte est partisan du dépassement du couple, j'appuie dans la direction où il s'efface.

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Discussion : Monogamie, polyamour hiérarchique, anarchie relationnelle : déconstruire le couple et ses hiérarchies

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Raphaelle

le mercredi 10 juin 2020 à 00h43

Situation d’énonciation : cet essai est écrit avec une vague maitrise de la sociologie. Ce texte propose des pistes de réflexion empreintes de subjectivités. Mes critiques sont dirigées vers des modèles et des discours – elles ne visent pas les individus. Je suis en situation poly depuis 2013, polyamour hiérarchique de 2013 à 2018 (heureuse de la majorité des moments vécus durant cette période), anarchie relationnelle depuis.

De même que la famille est la forme principale de l’héritage du pouvoir de classe, le couple est la forme sanctifiée de la relation amoureuse contemporaine. Le polyamour hiérarchique demeure centré sur le couple. Il est une divergence mineure à l’intérieur du système monogame, c’est-à-dire une légère variation de la norme relationnelle des sociétés capitalistes. Dans une approche résolument politique, le polyamour hiérarchique devrait se penser comme une structure transitionnelle, un point d’étape rassurant avant de se diriger vers des formes d’anarchie relationnelle qui construisent en dehors du couple, au-delà ou en-deçà de la notion de couple.

Parenthèse : se qualifier ou être qualifié·e de célibataire est une manière de se positionner ou d’être positionné·e à l’intérieur de la grille de lecture du couple.

Le cadre symbolique du polyamour hiérarchique est, dans ses grandes lignes, identique à celui de la monogamie. Le polyamour hiérarchique est, dans le meilleur des cas, une tentative réformiste plus molle que vive et dont les limites structurelles peuvent apparaitre rapidement (cf. mon texte précédent : La relation poly hiérarchisée : une structure soumise à fortes tensions). Dans le pire des cas, le polyamour hiérarchique est une révolte spectaculaire. Autrement dit, il est la transformation inoffensive d’une bulle d’insatisfaction, une forme vidée de ses potentiels contestataires, une soupape qui non seulement est intégrée en proche périphérie du système normatif mais qui permet aussi sa perpétuation.
J’insiste sur le fait que je ne juge pas des situations personnelles. Je souhaite mettre en exergue le conformisme du polyamour hiérarchique et, surtout, son système de privilèges qui implique inévitablement des dynamiques oppressives, à l’intérieur et à l’extérieur de la relation principale. Je n’ai aucune velléité de destruction de la monogamie et du polyamour hiérarchique, ce qui mettrait en jeux des forces réactives. Je préfère pencher du côté des puissances créatives, celles qui visent à un changement de perception afin de mettre en lumière la grille dans laquelle nous évoluons, cette grille qui nous colle à la peau, cette grille d’ordinaire invisible puisque nous y sommes, puisqu’elle nous habite. Il n’y a qu’en la sortant de nous, qu’en la révélant, que les pas de côtés, ceux qui nous emmèneront ailleurs, seront possibles.

Parenthèse : je n’idéalise pas l’anarchie relationnelle (étiquette qui contient une multiplicité de possibles). Le tissu social actuel n’est pas adapté aux formes relationnelles non-bourgeoises. L’anarchie relationnelle se construit dans les franges aveugles de la divinité janusienne capitalisme/patriarcat qui prône l’enfermement, le repli sur les micro-utopies incarnées par la réussite de son couple et du couple qui fait famille pour que puisse se perpétuer… vous avez compris la boucle, la spirale infernale.

Je suis lasse de lire et d’entendre que l’anarchie relationnelle serait un chaos individualiste (« individualiste » a, dans ces contextes, le sens « d’égoïste », sens qui diffère dans un vocabulaire anarchiste où individualiste rime davantage avec indépendant·e et non-conformiste). L’anarchie n’est pas l’anomie. L’anarchie, c’est l’ordre sans les lois (cf. les centaines de villes qui se constituèrent en communes libres en Espagne en 1936, expériences viables dans l’ensemble qui prirent fin à cause des militaires franquistes). L’anarchie en général, et relationnelle en particulier, implique obligatoirement de penser le collectif dans lequel les individus s’articulent. L’anarchie relationnelle s’envisage sous la forme d’un réseau vivant, d’un écosystème complexe dont la stabilité repose sur davantage que deux colonnes (il ne s’agit pas de se bâtir un monument à soi, à sa relation avec l’autre, l’Unique). Le couple, qu’il soit d’obédience mono ou poly, est pourtant souvent présenté comme moins égoïste. DEUX (in)dividus, dans UN couple qui, souvent, fonde UNE famille, seraient moins égoïstes. J’en doute fort. Leurs intérêts, qui découlent de la structure couple, vont se porter en priorité sur les personnes auxquelles elles sont liées le plus directement. Celles dans les bordures seront des variables ajustables. Si une attention sincère et des sentiments affectueux et/ou amoureux peuvent être portés aux personnes en dehors du premier cercle, elles n’en resteront pas moins secondaires (à moins de remplacer LA personne primaire). Le couple fait racine quand l’anarchie relationnelle fait rhizome. Le couple définit l’essentiel de sa vision d’à-venir à partir de lui. Les relations satellitaires n’ont qu’à s’adapter ou passer leur chemin. Dans l’anarchie relationnelle, toutes les relations sont les satellites d’une personne qui est elle-même le satellite des autres. Non seulement, il n’y a pas une entité dominante, bien que tous les satellites ne croisent pas aux mêmes distances – variables –, mais il a aussi un autre système de prise de décisions censé inclure l’ensemble de la constellation, sans avantage accordé à l’antériorité. Pour quelles raisons valables une personne présente avant les autres devrait bénéficier d’un pouvoir sur celles qui arrivent par la suite ?

J’entends venir la question du respect des engagements, laquelle se pose d’une manière plus insistante lorsque deux personnes (ou plus) choisissent d’élever au moins un·e enfant. Dans ce cas, le couple, la hiérarchie à l’intérieur d’un système poly, prend souvent force d’évidence. Elle est même pensée comme souhaitable. Il est incontestable que, dans bien des cas, il y a indéniablement des avantages à cette hiérarchie conservée ou rétablie, dans notre société. C’est la solution de facilité, pour une vie (plus) facile. Est-ce pour autant la bonne solution, pour une vie bonne ? Au prétexte d’offrir un cadre sécurisant à un·e enfant ou, plus exactement un cadre que l’on conçoit comme sécurisant pour iel sans qu’iel ait pu se prononcer, l’imagination d’autres modèles est laissée en plan. Et, surtout, les relations non-hiérarchiques se trouvent invalidées. Se battre pour de petites réformes arrachées de longues luttes à l’Etat pour aménager de petites bulles élargies, une extension de la famille classique, est un pis-aller, une solution rustine, voire une récupération normative des tentatives d’éloignement d’avec le modèle standard. Je préfère militer pour une abolition de la famille et du couple. Si l’anarchie relationnelle semble parfois moins adaptée pour élever des enfants, ce n’est en rien en raison de ses fondements mais à cause du modèle sociétal qui l’enserre. Il est profondément injuste de se servir de la constatation de la difficulté à élever un enfant·e sans rétablir de hiérarchie, sans créer des fermetures, pour invalider l’anarchie relationnelle. Il est plus pertinent de relever que notre société, son tissu symbolique et juridique, est peu adapté aux développements de nouvelles formes de groupes qui s’écarteraient de la famille traditionnelle, recomposée ou non.

Si la famille et son noyau (le couple) sont supprimés, à quoi se raccrocher ? Ce qui est en jeu ici, n’est pas une remise en cause de surface, un changement d’étiquette. En dynamitant famille et couple, ce sont les notions de pérennité et de compromis qui doivent être intégralement revues. Famille et couple sont formés dans une idée de plus-value, de forteresse socio-économique, et de transmission du pouvoir au sein de la forteresse (avec toutes les inégalités de transmissions que nous connaissons ; cf. « les couilles sur la table #59, le patrimoine, enjeu capital » : . Tout ce qui se trouve à l’extérieur de la forteresse est perçu comme un danger potentiel. Que quelqu’un·e s’approche et la peur de perdre ses privilèges monte. Au moins la monogamie non-toxique (non-toxique à l’intérieur du couple) a la décence de poser la fermeture comme principe tandis que le polyamour hiérarchique laisse des portes ouvertes sans toujours indiquer qu’il faudra faire vite demi-tour dans certaines salles (cf. mon texte précédent : La relation poly hiérarchisée : une structure soumise à fortes tensions). Dit autrement, le couple mono craint d’être envahit et pose des garde-fous pour limiter les possibilités d’envahissement. Le couple poly accepte un accueil partiel avec la crainte permanente d’un débordement. Pourquoi cette crainte ? Parce que le couple est en jeu. Le couple est l’enjeu. Le couple est un acquis que les autres menacent. La peur réside dans la perte d’un statut, d’un rapport à l’autre qui établit une supériorité sur les autres, un surplomb des autres. Le couple se vit nécessairement dans une dynamique conservatrice. L’anarchie relationnelle voit autrement les relations. La fin d’une relation n’y est pas envisagée comme un échec. Et, comme il n’y a pas de couple à perdre, le sentiment d’insécurité autour du couple n’existe pas. Faire couple, c’est du même coup générer l’insécurité de la perte du couple. Inventer le couple, c’était inventer son explosion, sa rupture. La situation de couple peut difficilement être vécue d’une manière sereine si elle n’est pas appréhendée comme une situation temporaire. L’écrasante majorité des définitions du mot « couple » vont dans ce sens, celui de la réunion occasionnelle de deux personnes. Son acception courante, sa forme connotative, est pourtant tout autre : l’occasionnel est tordu à l’extrême pour se rapprocher de l’habituel.
C’est à ce moment qu’arrivent les incontournables compromis. Si le fugace peut être transformé en pérenne, c’est par le biais des compromis, ces prétendus indispensables outils des adultes prétendument responsables. Le couple instaure comme obligatoire les compromis. Tu DOIS faire des compromis, sinon tu n’es pas investi·e, tu ne m’aimes pas vraiment, tu ne prends pas soin de moi, etc. La belle mécanique de culpabilisation, le beau marchandage sous forme d’un compromis contre un autre compromis. Il y a des compromis acceptables. Ce qui est problématique est l’obligation du compromis. Pourquoi à tout prix trouver un compromis plutôt que de se dire que la modification de la forme de la relation est aussi une possibilité, une possibilité pas moins bonne que le compromis ? Dans le cadre du polyamour hiérarchique, ces compromis peuvent prendre la forme de restrictions abusives sur les fréquentations de son/sa partenaire principal·e. Depuis sept ans, quand j’écoute des polys hiérarchiques, je constate que, dans la majorité des cas, lorsque est abordée la question de prendre soin, celle-ci est entendue comme prendre soin de la relation principale, c’est-à-dire faire attention à ce que les privilèges en place soient conservés. Pourquoi les nouvelles relations auraient-elles droit à moins d’égards que les anciennes ? Ah oui, l’antériorité, ce qu’ailleurs nous qualifierions de respects des traditions. Dans ce cas, il est souhaitable d’être arrivé·e la première ou le premier, d’occuper le sommet et d’ériger de hautes murailles pour en rendre moins facile l’accès (à une autre échelle, on obtient la forteresse Europe). Dans cette conception, il est évident que le sommet est un espace étroit et non un large plateau. Lorsque primaire/secondaire rime de plus en plus avec dominant·e/dominé·e·s, pouvons-nous continuer à qualifier d’éthique le polyamour hiérarchique ? L’éthique peut être présente mais circonscrite au couple. Les satellites feront sans. Il est entendu que les satellites ne se comporteraient pas d’une manière éthique s’iels ne conservaient pas une respectueuse distance. Chacun·e à sa place et que le couple soit révéré.

Longtemps, trop longtemps, j’ai établi une distinction entre une hiérarchie descriptive et une hiérarchie prescriptive. Je suis convaincue, aujourd’hui, qu’il s’agit d’une erreur. S’il est pertinent de réfléchir à certaines étiquettes sous la forme descriptif/prescriptif (cf. ici), penser la hiérarchie avec cette catégorisation est une fausse route, je dirais même plus un chemin dangereux. Dans les faits, la hiérarchie descriptive est une version diffuse de la hiérarchie prescriptive, une hiérarchie prescriptive qui ne dit pas son nom, impensée ou non-assumée.

Parenthèse : deux personnes en relation qui habitent ensemble ne sont pas nécessairement dans une situation hiérarchique. Hiérarchiser, c’est établir des privilèges, une classification des individus sur une échelle verticale. Si habiter ensemble est désarticulé de mécanismes de mise à distance des autres, de privilèges et d’une mise en scène de la supériorité de la relation des deux personnes partageant un même espace sur les autres, alors il est possible que deux personnes qui selon les standards classiques seraient qualifiées de couple, de relation principale, soient deux personnes qui vivent en anarchie relationnelle dans un habitat partagé.

Une base incontestée de l’anarchie relationnelle est l’absence de hiérarchie. La hiérarchie est, j’espère l’avoir bien fait ressortir, non seulement dommageable pour les personnes extérieures au couple mais aussi pour le couple lui-même. Je ne prétends pas qu’il soit aisé de sortir des dynamiques hiérarchiques et de les mettre à distance sans qu’elles reviennent de manières insidieuses. La hiérarchie, et les prises de pouvoir qu’elle entraine, doit être davantage pensée. Et, dans un second temps, déconstruite lorsque nous nous sentons suffisamment en confiance pour le faire. L’absence de hiérarchie ne signifie en aucun cas que toutes les relations doivent être équivalentes, bénéficier du même investissement, etc. Ne pas hiérarchiser ne veut pas dire que nous n’avons pas envie de passer plus de temps avec une relation qu’avec une autre. Mettre la hiérarchie de côté, renvient à ouvrir les possibles, à accepter la fluidité des parcours et des émotions, les envies variées et les besoins différents de chaque personne. Déconstruire la hiérarchie me semble positif pour l’ensemble des personnes d’une constellation. Peut-être qu’individuellement ou pour les paires soudées, il y a des choses à perdre mais l’écosystème relationnel ne peut en sortir que plus résilient, plus brillant. Et, avec le recul, ces choses perdues apparaitront pour ce qu’elles étaient, des scories limitantes, aliénantes.

L’anarchie relationnelle ne fleurira pas dans les intervalles, dans les marges laissées vacantes. Elle poussera dans les marges conquises, par nos mots et par nos actes.

Références/influences bibliographiques :
BOURCIER Sam, Homo inc.orporated : le triangle et la licorne qui pète, Paris, Cambourakis, coll. Sorcières 2017.
BOURDIEU Pierre, Manet, une révolution symbolique, Paris, Seuil : Raisons d'agir, coll. Cours & travaux, 2013.
DAMASIO Alain, La Zone du Dehors, Paris, Gallimard, coll. Folio S.-F, 2009, édition réécrite et postfacée [Paris, CyLibris, 1999].
DEBORD Guy, La Société du Spectacle, Paris, Gallimard, 1992 [Paris, Buchet-Chastel, 1967].
Et, une pincée de Gilles Deleuze.

Message modifié par son auteur il y a un an.

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Discussion : La relation poly hiérarchisée : une structure soumise à fortes tensions

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Raphaelle

le samedi 01 février 2020 à 17h32

Nous revenons à la question de la prise en compte du mouvement, des fluidités. Ou, au contraire, des tentatives infructueuses de négation du mouvant, des (r)é-volutions.

Une relation anarel peut se trouver soumise à des formes de rigidités cassantes si la mouvance est posée comme un invariant, un dogme qui force à regarder dans une unique direction, qui ne prend pas en compte les besoins de pauses, les respirations, les pas de côté et, surtout, les ajustements entre les possibilités de chacun.e. et les idéaux théoriques.

Je ne peux m'empêcher de citer Deleuze et Guattari : "contre les coupures trop signifiantes qui séparent les structures, ou en
traversent une. Un rhizome peut être rompu, brisé en un endroit quelconque, il reprend suivant telle ou telle de ses lignes et suivant d'autres lignes. [...] Tout rhizome comprend des lignes de segmentarité d'après lesquelles il est stratifié, territorialisé, organisé, signifié, attribué, etc. ; mais aussi des lignes de déterritorialisation par lesquelles il fuit sans cesse."

Les tensions seraient moins problématiques que leurs évitements, que leurs non-acceptations. J'aime cette idée d'accepter que les relations soumises à des tensions, ce qui permet de réfléchir aux outils de résolutions des tensions plutôt que de répéter des stratégies d'évitements plus ou moins conscientes.

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Discussion : La relation poly hiérarchisée : une structure soumise à fortes tensions

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Raphaelle

le vendredi 31 janvier 2020 à 18h16

C’est bien de la discussion se soit élargie. J’ai lancé des idées, vous partez dans les directions que vous souhaitez.

Je n’ai pas assez insisté sur la violence potentiellement du statut de secondaire. C’était l’objet en creux de ce post, qui nécessiterait un plus long développement.

artichaut
Penser la question du temps (quantité de temps passé avec l'autre, qui en cas d'enfant peut être conséquent, surtout au début) comme LA valeur me paraît profondément monogame.

+1
Et considérer la quantité de temps comme critère qualitatif d’une relation devient vite une source de crispation si le temps passé entre deux personnes se réduit au lieu d’être stable ou d’augmenter.

artichaut
Ne pourrait-on assumer certaines priorisations (passer beaucoup de temps avec untel, habiter avec unetelle), non forcément définitives et immuables, sans ramener la chape de plomb de la hiérarchisation ?

Tout-à-fait ! Prioriser n’est pas nécessairement synonyme de hiérarchiser… Après avoir regardé les définitions précises de ces deux mots, je me rends compte que c’est moi qui les différencie. Je vois dans la hiérarchie un caractère immuable et dans le fait de prioriser un caractère temporaire, contextuel. Mais, ces nuances – importantes – sont personnelles. Je n’avais pas encore lu que, plus bas dans la discussion, tu établissais les mêmes différences que moi…

Plus globalement, par rapport à la manière dont j’ai posé la discussion, je me demande s’il ne serait pas plus pertinent de parler de hiérarchie dans tel ou tel cas de figure, à l’intérieur de tel ou tel modèle relationnel plutôt que de parler du modèle hiérarchique dans sa globalité. De plus, il ressort bien qu’il existe des formes variées de hiérarchie.

artichaut
pour paraphraser le titre du fil de discussion lancé par @Vaniel je tenterais bien un :
La relation anarel : une structure soumise à fort risque de désengagement (ou désinvolture relationnelle)

C’est une vraie question. Pour ma part, je vis mes relations anarel avec des engagements forts mais ce qui a été dit à plusieurs reprises dans cette discussion est représentatif de ce que j’entends la majorité du temps, à savoir que l’anarel est perçue comme un modèle désinvolte. Malgré tout, je persiste à me définir comme anarchiste relationnel parce que ça me semble l’étiquette la plus juste.
Merci Siestacorta pour le rappel que l’anarchie n’est pas l’anomie.

Message modifié par son auteur il y a un an.

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