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Polyamour sans couple, sans relation centrale/primaire

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Lunar

le mercredi 23 mai 2012 à 18h39

Tchu
Outre le fait que je sois un peu effrayée par vos mots, que je trouve assez violents, de part et d'autres, je suis très embêtée car ce que j'ai lu s'apparente selon moi à quelque chose qui m'a toujours dérangée profondément depuis que je suis entrée en polyamour : l'autoétiquettage. […]
Je ne me suis jamais demandé si j'étais polyamoureuse, monogame, queer, etc. Il m'a toujours déplu de me coller une étiquette sur le dos, dans le but d'intégrer un groupe, une communauté.

C'est une stratégie qui fonctionne pour toi, et c'est tant mieux. D'autres ont besoin de nommer ce qui les séparent de la norme (que l'on nomme rarement, voir jamais). Enfin, c'est plus que nommer, c'est réfléchir, comprendre, reconnaître, identifier… C'est un processus qui peut donner de la force pour se comprendre et comprendre les autres. Il a des défauts, et oui, peut devenir aliénant pour soi et les autres, mais je trouve que c'est une bonne idée d'admettre qu'il est parfois nécessaire.


Bien, oui, sauf lorsque je lis des choses comme "Non, non, the one n'arrivera jamais, c'est des conneries de monogames qui se leurrent dans un model sociétal qu'on nous impose depuis des années"

Je paraphrase.

On dirait de la foutue propagande politique O_O

Peut-être que ça sonne comme de la propagande… mais que ce soit politique, c'est indubitable ! Le monde que dessine la possibilité de vivre plusieurs couples en même temps est différent de celui du partiarcat monogame. Il suffit de réfléchir aux habitations que cela entraîne, aux déplacements, aux rapports aux enfants…

Et c'est encore un monde différent qui serait dessiné par celui où la norme serait les relations d'amitiés (éventuellement sexuelles) et le couple un mode vie marginal.

Certaines personnes sont convaincues que le sentiment amoureux ou la jalousie sont des émotions naturelles. On est plusieurs à remettre en cause cette idée (pour la frange académique, voir les travaux aux croisements de l'ethonologie, la sociologie et la psychologie)… Là se trouve un morceau de l'affrontement idéologique.

Un concept lié à cette question là, est effectivement celui de The One. Ce concept là, ce serait chouette de ne pas nier que c'est bien de la propagande (venant de la norme dominante). J'attend désesperement une personne courage pour m'expliquer un peu rationnellement comment une telle personne existerait…

M'enfin que tu sois actuellement très heureuse à avoir une relation centrale dans ta vie, c'est tant mieux pour toi, non ? Ça n'en fait juste pas une raison pour crier partout «  mais oui, avec LA bonne personne, tu verras, tu arrêteras tes conneries de poly ».

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Popol (invité)

le mercredi 23 mai 2012 à 19h17

"Un concept lié à cette question là, est effectivement celui de The One. Ce concept là, ce serait chouette de ne pas nier que c'est bien de la propagande (venant de la norme dominante). J'attend désesperement une personne courage pour m'expliquer un peu rationnellement comment une telle personne existerait…

Ce qui serait chouette, c'est de nuancer un propos tout blanc tout noir. Une autre idée serait de cesser de vouloir introduire de la logique et de l'intentionnellement nuisible au coeur d'un truc que l'on essaie depuis un moment de cerner dans toutes ses mouvances.

M'enfin que tu sois actuellement très heureuse à avoir une relation centrale dans ta vie, c'est tant mieux pour toi, non ? Ça n'en fait juste pas une raison pour crier partout « mais oui, avec LA bonne personne, tu verras, tu arrêteras tes conneries de poly ».

D'autres bonnes idées: cesser d'interpréter et de radicaliser des propos fort pondérés, de mettre de l'huile sur le feu gratuitement, et de prendre les gens pour des adversaires à abattre dès qu'ils pensent avec nuance.

Ca trolle sec, ces procédés.

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LuLutine

le mercredi 23 mai 2012 à 19h37

Lunar
M'enfin que tu sois actuellement très heureuse à avoir une relation centrale dans ta vie, c'est tant mieux pour toi, non  ? Ça n'en fait juste pas une raison pour crier partout «   mais oui, avec LA bonne personne, tu verras, tu arrêteras tes conneries de poly ».

Je pense que Tchu ne sous-entendait pas quelque chose du genre de ce que tu mets entre guillemets.
Comme je le soulignais précédemment elle précise bien que c'est son choix en ce moment.
Ce qui nous dit très clairement qu'elle est consciente de ne pas forcément continuer comme ça toute sa vie....
C'est temporaire et annoncé comme tel !

Par contre, si on attribue ta citation à une autre personne (typiquement, une personne exclusive qui "passerait par là" et ferait ce genre de remarque), je suis tout-à-fait d'accord avec toi.
Ca résume assez bien certaines choses que je développais dans mon précédent message.

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Lunar

le mercredi 23 mai 2012 à 19h40

LuLutine
Je pense que Tchu ne sous-entendait pas quelque chose du genre de ce que tu mets entre guillemets.

Oui, oui, pardon de ne pas avoir été plus clair, mais je ne prêtais pas Tchu de tenir directement un tel propos.

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LuLutine

le mercredi 23 mai 2012 à 19h55

Lunar
Oui, oui, pardon de ne pas avoir été plus clair, mais je ne prêtais pas Tchu de tenir directement un tel propos.

Je m'en doutais un peu, mais je préfère préciser, parce que c'est ce genre d'intervention qui prête à confusion et peut faire réagir violemment certaines personnes en disant que tu déformes le message d'origine...

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Popol (invité)

le jeudi 24 mai 2012 à 08h10

En même temps, quand la demande d'être compris, accepté, reconnu, admis est aussi prégnante - y compris de recevoir une réassurance continuelle à ce sujet, à tel point que cette réassurance devient le truc qui fait tourner en rond dans le discours…

… il est correct de faire preuve d’autant de compréhension, d’acceptation, de reconnaissance et de possibilité d’admettre la réalité d’autrui.

De même, l’attente désespérée d’explications qui ne satisfont jamais quelles qu’elles soient, permet de passer à d’un discours de disque rayé à un autre discours de disque rayé.

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Popol (invité)

le jeudi 24 mai 2012 à 08h20

"En fait, je continues à croire que l'homo polyamorus est une espèce plus évoluée que l'homo sapiens sapiens"

C'est juste cette remarque qui me fait tilter.

Je la reprendrais à mon compte, mais en la modérant ainsi:

L'homo polyamorotolerans est une espèce plus évoluée que l'homo sapiens sapiens.

Le "polyamorotolerans" ne se référant pas au polyamoureux dans l'acception habituelle du terme sur ce forum, mais à l'idée de quelqu'un qui ne se focalise pas sur la manière d'aimer - ni la sienne ni celle de ses congénères.

Quelqu'un qui reste curieux et jamais lassé des nouveautés mutiples, prêt à moissonner.

C'est comme ça que je perçois, entre autres, le monde relationnel que décrivait lam au début du fil.

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zina

le jeudi 24 mai 2012 à 10h41

Comme d'autres viennent de le dire, je me reconnais aussi dans les propos de Tchu, et je ne pense pas avoir dit le contraire.

C'est dommage que le sujet sur "le polyamour sans couple principal" ait dévié autant sur "le polyamour peut aussi évoluer sur une seule relation principale qui eclipse toutes les autres". C'est vrai, c'est important, ´ca existe et tant mieux. Mais ce serait bien aussi d'avoir des avis sur les gens qui vivent le polyamour sans relation centrale primaire, car je pense qu'il y a des choses à en dire qui pourraient m'aider, et peut être d'autres dans une situation similaire.

Me concernant, j'ai déjà évoqué ma culpabilité à ne pas donner à ceux que j'aime la même présence dans leur vie/inclusion dans ma vie à ceux que j'aime comparé à des périodes où j'étais avec une relation principale primaire. Certains ont-il réussi à gérer cela?

L'idée c'est que j'ai en tête le modèle que beaucoup de gens me rabâchent d'être très proche de quelqu'un, de _tout partager_ avec une personne. J'ai longtemps ressenti cela comme étant juste, parce que j'avais l'impression qu'en connaissant la vie réelle, quotidienne de mon amoureux, j'étais amoureuse de "la vraie personne" et pas d'une image que je me faisais de lui. Ma mère m'a dit par exemple, quand je lui parlais de polyamour "mais tant que tu ne partages pas le quotidien, ce n'est pas vraiment de l'amour".

Aujourd'hui, je ne partage mon quotidien avec personne. Parfois j'en ai envie, alors je partage des bouts de quotidien, mais je ne pense pas que qui que ce soit me connaisse entièrement dans tous mes aspects quotidiens. C'est peut être la conséquence pour moi de ne pas avoir de relation primaire.

Cela me force à toujours demander avant d'inclure celle que j'aime dans des projets, ou bien d'autres amours. Je ne considère plus qu'ils seront forcément avec moi pour des événements importants. Je dois aussi m'assurer que je peux gérer les choses seules.

Mais je crois que le plus compliqué pour moi, c'est de savoir à qui il faut dire quoi. Comme tous les détails du quotidien ne passent pas directement avec une personne en premier, les mots d'amours échangés avec X, est il nécessaire de dire à Y qu'ils ont lieu? Je ne pense pas devoir obtenir un accord de X pour inviter Z chez moi, mais comment en parler à X? Est ce que je dois en parler tout de suite? Quand X me parlera de mes projets pour cette période là?

Ne pas avoir un couple primaire signifie pour moi que les choses qui "allaient de soi" - j'avais une personne de référence, et je donnais moins de détails aux autres - sont devenues moins gérables.

Peut être que d'autres se prennent moins la tête que moi là dessus, mais je serais enchantée de voir si vous avez des techniques de communication ou des principes qui peuvent aider.

En y repensant, je suis sûre que pas mal de mes questionnements s'appliqueraient pour des gens qui vivent un seul amour mais pas "nucléaire" et j'espère ne pas être déplacée ici.

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Popol (invité)

le jeudi 24 mai 2012 à 14h01

Alors revenons à nos moutons… avec plaisir.

« Me concernant, j'ai déjà évoqué ma culpabilité à ne pas donner à ceux que j'aime la même présence dans leur vie/inclusion dans ma vie à ceux que j'aime comparé à des périodes où j'étais avec une relation principale primaire. Certains ont-il réussi à gérer cela ? »

Je reposerais la question dans l’autre sens : ta culpabilité n’est –elle pas liée au fait qu’on t’ait inculqué en même temps de te soucier plus d’eux que de toi, quelque part ? Et la voie vers la libération de cette culpabilité, à leur redonner entière responsabilité et l’autonomie de jugement de le dire, ou d’apprendre à le dire ?
je serais enchantée de voir si vous avez des techniques de communication ou des principes qui peuvent aider.

L’écoute active, la reformulation, l’empathie – les gros bateaux, Zina. Mais il y a du boulot pour arriver à sortir des concepts et que ça se traduise par quelque chose de concret. Au fil de la thérapie qui a fait office de parentalité pour moi, j’ai aimé cheminer le long de cette construction du discours, prendre appui sur l’écoute qui m’était offerte, reproduire ce qu’on me donnait lors de ces moments. J’en apprends encore à l’heure actuelle, et je mets ça à profit de manière amplifiée tous les jours où je me retrouve devant un groupe de 15 à 20 personnes, pour remplir mon rôle de médiation et de formation.

Donc au sein de mes relations intimes, la puissance de l’entraînement se fait sentir… c’est pas de trop pour dealer avec toutes les émotions bien plus fortes qui y circulent. ;-)

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oO0

le samedi 26 mai 2012 à 03h21

Sans couple, sans relation centrale/primaire

Encore merci, Lam, d'avoir ouvert ce post et aux autres de l'avoir fait avancer. Comme d'autres, ici, je pense que c'est l'un des rares où je pourrais approfondir ma disponibilités et mes attentes relationnelles. Reste que, actuellement, je reste sur un sentiment que cela arrive un peu tard. Je n'ai plus le temps et l'énergie que j'avais en arrivant sur ce forum. Ce qui n'empêche que tu le sort d'un non-dit qui mériterait peut-être un jour, une rubrique à part.

Voilà, j'espère avoir un jour le temps et l'énergie, mais en même temps tellement de choses me semble évidentes que j'aurais l'impression de ressasser des évidences personnelles et, d'autre part, de paraphraser... même si un travail de confirmation intersubjective me semble toujours intéressant et que je pourrais apporter ma petite contribution.

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Popol (invité)

le samedi 26 mai 2012 à 09h30

Ca fait quelques jours que je me dis que ce serait bien de copier-coller ici un point, majeur à mes yeux, figurant dans l'article sur l'anarchie relationnelle. Voici:

Donne-toi un point fixe

Comment veux-tu être traité-e par les autres ? Et ici je veux dire tous les autres. Quelles sont tes conditions et comment places-tu tes limites ? Quelles personnes veux-tu avoir autour de toi et comment veux-tu que tes relations soient ? Trouve un tel noyau et part de celui-ci dans toutes tes relations. Ne fais pas de cas particulier et de règles d'exception pour diverses personnes comme preuve que tu les aimes.

Yesssss.

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lam

le mardi 29 mai 2012 à 13h23

zina

Mais je crois que le plus compliqué pour moi, c'est de savoir à qui il faut dire quoi. Comme tous les détails du quotidien ne passent pas directement avec une personne en premier, les mots d'amours échangés avec X, est il nécessaire de dire à Y qu'ils ont lieu ?
(...)
Ne pas avoir un couple primaire signifie pour moi que les choses qui "allaient de soi" - j'avais une personne de référence, et je donnais moins de détails aux autres - sont devenues moins gérables.

Peut être que d'autres se prennent moins la tête que moi là dessus, mais je serais enchantée de voir si vous avez des techniques de communication ou des principes qui peuvent aider.

Coucou. Alors sur la prise de tête je sais pas, mais en tout cas je me pose pas mal de questions, de manière régulière. Et récemment quand on m'a renvoyé que je réfléchissais trop - alors que je posais des mots sur ma manière de fonctionner dans les relations après avoir passé une nuit avec un pote - j'en ai eu marre. Pas envie de me justifier. Fatigue vis à vis de l'irresponsabilité affective, de la fuite face au fait de mettre des mots sur ce qu'on vit.

Cet exemple pour illustrer que pour moi le principe qui marche et qui me rassure c'est de parler de ce qu'on a besoin qui soit abordé. En clair de quoi moi j'ai besoin de parler pour être rassurée et de quoi l'autre a besoin.
Ca m'évite de rentrer dans des trucs que j'imagine devoir faire ou dire.
Dans une relation j'essaie de doser selon mes besoins et selon si l'échange plutôt ponctuel ou suivi dans le temps. C'est progressivement que ces discussions avancent. par exemple pour une relation qui débute j'aurais besoin que l'autre sache que j'ai des relations plurielles. Le besoin d'avoir une idée sur sa vie affective aussi, de manière vague. Mais de manière globale je ne partage pas les détails (ex: mots d'amour) qui ont lieu une relations avec d'autres amiamantes.

et je partage la réflexion sur l'importance de ne pas faire d'exceptions: pour moi ca a toujours mal tourné d'en faire. Dans l'exemple récent que je donnais plus haut je me sens responsable de m'être dit "non mais là t'es pas obligée de poser ça tout de suite, tu le connais, c'est un pote libertaire, c'est cool"; parce que finalement après coup la discussion n'est pas passée. Et c'est pas chouette.

Donc voilà, ma stratégie c'est d'essayer de voir ce qui est important à aborder pour moi, en adaptant ça en fonction du temps de la rencontre et en essayant d'équilibrer pour ne pas tomber dans trop d'intellectuallisation et de raison pure qui boufferaient de la spontanéité.

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Popol (invité)

le mardi 29 mai 2012 à 18h43

Je vois cette manière de fonctionner comme un truc que tu fais d'instinct pour finir, même pour vérifier un truc qui semble tomber sous le sens - le simple fait que tu te dises "oh bon pas besoin de clarifier je le connais assez" finit par te mettre la puce à l'oreille: comme quoi, justement, il FAUT vérifier.

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Popol (invité)

le mardi 29 mai 2012 à 19h12

Entre deux je viens de tilter sur un truc professionnel à moi, mais qui marche aussi en amour: connaître un principe plutôt que d'appliquer une recette.

Ca fait toute la différence: entre une recette, qu'on reproduit en standard de relation en relation, et un principe, qui permet de se dépatouiller dans chaque situation, il y a un monde.

Comme quoi ce qui marche avec l'un ne marche pas forcément avec l'autre. Et que de manière surprenante, la même attitude peut être adéquate avec des relations très différentes.

Nombre de polynouveaux demandent des recettes standard, alors que je trouve important de faire une chose parce qu'on sent qu'il faut la faire. Bref, de se faire confiance à soi-même - apprentissage pas évident du tout.

Beuh. C'est clair, ce que je raconte?

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Alys

le vendredi 01 juin 2012 à 13h06

Une petite vidéo que l'on vient de me montrer et que je trouve assez fascinante, sur le thème du couple, par Fabrice Luchini :

à propos du couple (Luchini)

Message modifié par son auteur il y a 7 ans.

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zina

le vendredi 01 juin 2012 à 19h06

Pour Alys concernant Luchini, il y a déjà ce sujet : /discussion/-kt-/Une-vision-du-couple-selon-Lucchi...

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oO0

le samedi 02 juin 2012 à 02h32

Là, je retrouve peut-être le noeud de ma vie affective.

lam
Alors sur la prise de tête je sais pas, mais en tout cas je me pose pas mal de questions, de manière régulière. Et récemment quand on m'a renvoyé que je réfléchissais trop - alors que je posais des mots sur ma manière de fonctionner dans les relations après avoir passé une nuit avec un pote - j'en ai eu marre. Pas envie de me justifier. Fatigue vis à vis de l'irresponsabilité affective, de la fuite face au fait de mettre des mots sur ce qu'on vit.

(La suite, je m'y reconnais moins.)

J'apprécie beaucoup l'expression "irresponsabilité affective". Comment une part de la vie affective considérée comme si importante supporte aussi peu de discussion ? Être explicite, mettre des mots est considéré comme l'anti-séduction par excellence et l'implicite, la séduction même. Sinon, plus que de la fatigue, cela a fini par m'épuiser et me désorienter de me voir reprocher de mettre des mots. Je dirais même que cela m'a presque complètement inhibé.

D'emblée, dans ma vie, j'avais ressenti le sujet amoureux comme un sujet plutôt réfractaire à la liberté de pensée et d'expression et cela n'a fait que se confirmer en dépit de la qualité des personnes souvent rencontrées.

Pourtant, même si je réfléchis beaucoup et mets beaucoup de mots sur ce que je vis, dans la vie concrète, je suis "easy going". Autant je peux investir énormément de réflexion dans une conversation ou une discussion, en ce qui concerne les décisions d'une personne en matière de relation, je ne les discutes pas. Je reste disponible pour en parler évidemment et si je ressens un malaise, j'exprime ce malaise. Ce qui m'importe, ce n'est pas d'obtenir ce que je veux, mais de se sentir à l'aise avec ce que chacun, chacune peut ou ne peut pas vouloir. Je pense que la réflexion peut y aider, mais cela suscite justement la réaction "prise de tête", ce qui ne fait qu'ajouter au malaise quand cela ne le créée pas. Sinon, si je ne discute pas une décision, c'est que je ne vois pas plus de raisons de discuter une décision en matière de relation qu'en matière de relation sexuelle. Une personne n'a pas à argumenter le fait qu'elle ne veuille pas d'une relation sexuelle, sinon ce serait aberrant : "Tes arguments ne tiennent pas, on baise !" Or, une relation implique plus qu'une simple relation sexuelle. Cependant, cela ne m'empêche pas de ressentir le rejet de mes réflexions comme s'il s'agissait d'une négociation, voire d'une manipulation alors que j'y recherche, c'est de l'intercompréhension. C'est là que cela devient complètement désorientant, que je ne sais finalement plus que penser de mes intentions et que, finalement, j'abandonne toute intention pour me retrouver dans une sorte d'état d'inhibition.

Cela ne se produit cependant pas dans un cadre de discussion amical, cadre qui me semble aussi être celui des relations sans couple ou relation principale/centrale. Parfois, en termes d'amitié, elles ressemblent aux relations entre "sexfriends" ou "friends with benefits", sauf que dans les deux cas, c'est souvent dans l'attente et à défaut d'une relation principale/centrale. Dans le cas des "sexfriends", cela se limite en plus souvent aux relations sexuelles. Dans un cas comme dans l'autre, il n'en s'agit pas moins d'amitié et c'est ce qui m'intéresse, les amitiés ne se hiérarchisent pas.

Enfin soit, Lam, j'ai l'impression que le plus difficile, c'est d'arriver à s'exprimer dans un cadre amical avec des enjeux qui dépassent pourtant le cadre amical au sens habituel. Le fait est que, entre amis, il est plus facile de parler et penser librement et cette liberté se perd souvent à regret lorsqu'une relation devient plus intime. Cela peut choquer d'écrire que le sujet amoureux manque de liberté de pensée et d'expression peut choquer plus d'un et plus d'une. Si cela peut choquer, c'est que chacun, chacune peut ressentir avoir vécu cette liberté d'expression, mais si chacun, chacune regarde honnêtement dans son vécu, ce sentiment provient le plus souvent de relations amicales ou de relations qui ont connus des phases amicales.

Enfin soit, j'ai l'impression que ce fil peut gagner à emprunter le topique de l'amitié plus franchement. L'irresponsabilité affective dont tu parles, Lam, me semble souvent disparaître dans le cercle amical qui semble prendre en charge cette responsabilité.
- Le fait d'aimer plusieurs personnes se confie plus facilement dans le cercle amical qu'à l'intérieur d'une relation.
- Lorsque des personnes décident d'être amies à la fin d'une relation, elles se découvrent parfois plus responsables affectivement, plus à l'écoute et à même de gérer affectivement leur relation alors qu'elle vient de finir. Parfois, cela relance la relation.

P.-S.: Même si cela me semble plus simple, cela ne m'empêche pas de me sentir "prise de tête" et mal à l'aise.

Message modifié par son auteur il y a 7 ans.

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Popol (invité)

le samedi 02 juin 2012 à 04h15

Alys, je reporte ici ce que j'ai déjà mis ailleurs sur l'autre fil signalé au sujet de Lucchini:

Perso, je percute 100% sur ce qu'il dit, en particulier au sujet du besoin; comme de demander à quelqu'un d'autre de combler le gouffre du manque en soi-même.

Et aussi, sur le "ON" du couple, comme si les gens devenaient une entité dont les individus ne sont plus distincts.

Terrifiant.

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lam

le samedi 02 juin 2012 à 12h22

RIP
Enfin soit, Lam, j'ai l'impression que le plus difficile, c'est d'arriver à s'exprimer dans un cadre amical avec des enjeux qui dépassent le simple cadre amical. Entre amis, il est certes plus facile de parler et penser librement. D'ailleurs, le fait que j'aie pu écrire que le sujet amoureux manque de liberté de pensée et d'expression a pu choquer plus d'un et plus d'une. Si cela peut choquer, c'est que chacun, chacune peut ressentir avoir vécu cette liberté d'expression, mais si chacun, chacune regarde honnêtement dans son vécu, ce sentiment provient le plus souvent de relations amicales ou de relations qui, pour une raison ou une autre. Par exemple, beaucoup ou peu de passion peuvent conduire à une confiance semblable à celle de l'amitié.

Enfin soit, j'ai l'impression que ce fil peut gagner à emprunter le topique de l'amitié plus franchement.

Yep, complètement raccord. Y'a grave d'enjeu dans les amitiés et une autre dimension s'ouvre quand cela devient (+/- temporairement) une amitié sexuelle.

Tu décris bien ce que je recherche: justement le fait de ne pas changer de valeurs et de projections quand une partie d'échange/communication plus "physique" se rajoute à l'échange...

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oO0

le vendredi 08 juin 2012 à 13h29

Ouf, enfin le temps de te répondre.

Je ne pense pas que je décris si bien que cela, mais plutôt qu'il y a effectivement un besoin d'amitié et je me retrouve dans ta manière de le formuler.

La première raison vient de ce que j'appelle la ségrégation sexuelle. Tout comme la ségrégation raciale, celle-ci a fortement diminuée, mais elles restent toutes deux prégnantes et la ségrégation sexuelle prend diverses formes lorsqu'il s'agit en plus d'orientations sexuelles.

Ce que j'apprécie dans l'amitié, c'est son indétermination. Les amitiés saines recherchent davantage une qualité de relation - que cela se passe au mieux pour chacun - que d'atteindre des objectifs - que cela se passe comme chacun veut. Atteindre des objectifs est important, mais ce qui importe avant tout en amitié c'est que cela se passe, non tel que chacun peut le vouloir, mais au mieux. Un échec ne met pas à mal une amitié au contraire du manque de respect ou d'attention au bien être de l'autre ou de soi.

La manière dont la ségrégation sexuelle empêche l'amitié c'est lorsqu'elle affirme qu'elle n'est pas possible lorsqu'au moins une des deux personnes correspond à l'orientation sexuelle de l'autre.
"L'amitié n'est pas possible entre un homme et une femme. Il y en a toujours un des deux qui voudra plus que de l'amitié."
"Tu ne peux pas être ami(e) avec, il/elle veut plus que de l'amitié : il/elle est homo."
L'amitié est ainsi le plus souvent accusée comme une façade qui cache des désirs sexuels, soit d'hypocrisie envers la sexualité... (Dans le même temps, ce genre de condamnation s'accompagne souvent de jugements sévère sur la sexualité.) Le sexe est, dans ces formules, affirmé comme ce qui est vrai (une vérité souvent honteuse) et l'amitié, ce qui est faux. En même temps que cette honte provoque une certaine ségrégation sexuelle sous la forme d'amitiés asexuées, soit d'orientation sexuelle incompatible, cette ségrégation ne fait pourtant que confirmer un besoin réel d'amitié. Bien qu'étant sensé être plus vrai que l'amitié, la plupart des personnes entretiennent et recherchent davantage de relations amicales que sexuelles.

"Pourquoi ce besoin d'amitié plus fort que celui d'une sexualité dans la ségrégation sexuelle ? Pourquoi plus de vérités sur la sexualité dans les amitiés ?" Si les hommes et les femmes hétéros se tournent davantage vers leurs semblables, pour en rester à une ségrégation sexuelle de base, il est encore possible d'hypocrisie, mais c'est alors commencer cette fois-ci à nier la réalité de ce besoin d'amitié.

C'est ce qui m'amuse dans la ségrégation sexuelle lorsqu'elle affirme que l'amitié n'est pas possible, c'est que la recherche de relations amicales n'en reste pas moins plus importantes que celle de relations sexuelles dans la réalité des faits. C'est d'ailleurs ce qui fait que les garçons se retrouvent d'un côté et les filles, de l'autre plutôt que de donner une situation où les garçons ne s'intéressent qu'aux filles et vice, versa. La sexualité créée d'ailleurs davantage d'amitié qu'elle n'en empêche dès lors qu'il s'agit d'un sujet qui rapproche et donne souvent lieu à la création de lien d'amitié. (Les relations qui finissent en amitiés en sont les exemples les plus concrets.) C'est toujours plus facile de confier ses sentiments et ses désirs à un(e) ami(e) qu'à la personne concernée et cela me semble être lié au fait que l'amitié se préoccupe davantage à ce que cela passe au mieux pour chacun que comme chacun veut : l'amitié veut avant tout que, peu importe ce que chacun veut, cela se passe avant tout bien.

C'est ce qui se passe lorsqu'un couple décide de se séparer à l'amiable : plutôt que d'essayer d'obtenir de l'autre ce que l'on veut, on cherche à ce que cela se passe bien même si cela signifie mettre fin à la relation et accepter de perdre ce que l'on y voulait. Même si cette réplique est souvent moquée, "On est/reste ami.", elle me semble avoir beaucoup de sens. J'ai du mal à développer le sens de la responsabilité que tu as pointé, mais je pense qu'il y a, ici, un sens évident de la responsabilité. Plutôt que de vouloir obtenir la relation telle que voulue à tout prix, soit au risque que cela se passe horriblement mal, je trouve plus responsable une attitude amicale telle que se séparer à l'amiable. L'amitié a beau, ici, être taxée de mièvre, je pense qu'il faut savoir ce que l'on veut, à savoir que cela se passe bien ou obtenir ce que l'on veut à n'importe quel prix.

_______________________________________

Je m'excuse de m'exprimer si longuement sans rentrer dans le sujet proprement dit de plusieurs relations non hiérarchisées autour d'un couple. Le fait même d'une seule relation date pour moi et je me suis retrouvé le plus souvent malgré moi dans des relations s'apparentant plus à un couple qu'à de l'amitié, même si j'en ai connues. En même temps, il s'agit d'un point de vue construit à l'intérieur de la mentalité dominante qui montre qu'elle évolue et qu'elle a en elle des portes ouvertes. Le fait est que, au bout d'un certain moment, j'ai eu l'impression de me perdre à lutter contre la mentalité dominante et que je me suis mis à emprunter les courants qui m'y conviennent plutôt que de lutter à contre courant, soit non plus l'envisager comme source d'impossibles, mais de possibles.

Message modifié par son auteur il y a 7 ans.

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