Amours compersives, amitiés compersives, ou la compersion comme modalité interactionnelle
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Allyah148
le lundi 26 janvier 2026 à 20h37
" J'ai une question un peu bête peut-être du coup, pour être sûre que je comprends bien de quoi on parle. Est-ce que, selon vous, dans la norme ambiante, il est normal et valorisé de vouloir être l'unique pour quelqu'un, que ce soit en amour/amitié ? Si c'est le cas je suis passée à côté, ou alors je ne côtoie pas des personnes qui pensent cela. Ou pire encore, je pense que je ne crois pas les gens que j'entends dire des choses comme ça. Par exemple dans les films romantiques, les chansons etc... Quand j'entends ça, je l'entends comme une figure de style, un folklore mais dont on saurait toustes que ça n'est pas comme ça la vraie vie, vous voyez ? "
Alors mon point de vue c'est que oui c'est clairement valorisé d'être l'unique... est-ce que c'est normal ? Je ne sais pas mais c'est comme ça en tout cas.
Je suis monogame et c'est vrai que moi j'aime être l'unique amour-amoureux de mon mari. Certains poussent ça même très loin avec le conjoint qui doit être aussi meilleur ami, confident, bref la totale. Perso ça ne me convient pas, j'aime qu'on se réserve une exclusivité amoureuse dans notre vie mais je ne veux pas être la seule personne qui compte dans sa vie. Il doit avoir ses propres relations et propres centres d'intérêt dans lesquels je n'interviens pas nécessairement. Et j'ai la même chose de mon côté.
Je sais que beaucoup de personnes voient cette exclusivité pour de la possession mais ce n'est pas comme ça qu'on le ressent avec mon mari, on est pas des meubles, personne n'appartient à personne. Rien n'est jamais acquis. Je suis avec lui parce- qu'on se choisit jour après jour, l'exclusivité / fidélité n'est pas une contrainte pour moi car personne m'a obligé à lui offrir ça, c'était ma volonté de lui réserver cette place particulière dans ma vie. D'ailleurs quand on s'est mariés peu de gens nous ont soutenu, c'était plutôt "t'es folle", "ça sert à rien", "vous risquez de divorcer dans quelques années" mais c'était ce que je le voulais.
Et non mon mari n'est pas "tout" comme je l'ai déjà aussi entendu, franchement je pense que c'est irréaliste... il faut être lucide personne ne peut répondre vraiment à 100% aux besoins d'une autre personne et la combler sur tous les points. C'est pourquoi il faut d'autres personnes dans sa vie et il faut aussi se satisfaire soi-même.
Message modifié par son auteur il y a 3 jours.
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artichaut
le lundi 26 janvier 2026 à 23h21
Allyah148
Je suis monogame et c'est vrai que moi j'aime être l'unique amour-amoureux de mon mari.
Cool un·e "monogame". Bienvenu·e ici !
ayant, par choix, zéro relation amoureuse, je peux parfois me sentir +proche des monos que des polys (zéro c'est +proche de 1 que 2, 3, 4…).
je mets des guillemets à "monogame", car vu ce que tu racontes, tu m'a l'air en relation amoureusement exclusive certes, mais pas complétement dans le système monogame (1, 2). d'où ta présence ici, sans doute.
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Allyah148
le mercredi 28 janvier 2026 à 17h49
artichaut
Cool un·e "monogame". Bienvenu·e ici !
Merci ^^
artichaut
je mets des guillemets à "monogame", car vu ce que tu racontes, tu m'a l'air en relation amoureusement exclusive certes, mais pas complétement dans le système monogame (1, 2). d'où ta présence ici, sans doute.
Alors aujourd'hui les choses ont évolué pour moi mais au début j'étais carrément dans le système monogame avec la jalousie ++++ et la compersion 0 puisque c'est le sujet de la discussion.
Clairement il a fallu à un moment se remettre en question car c'était toxique et si je voulais faire durer cette relation les choses devaient changer, mon mari lui n'a pas vraiment eu besoin d'adaptation c'est naturel chez lui.
C'est vraiment très compliqué de se remettre en question, de travailler sur soi et de gérer ses émotions qui sont vraiment très fortes parfois mais le résultat est quand même plus sain pour le couple au quotidien.
Je ne pense pas pouvoir être en relation poly un jour, c'est ma limite, pour tout un tas de raisons mais il y a des choses très intéressantes dans la dynamique des couples polyamoureux et certains des fils de discussions sur l'amour me parlent vraiment sur le site alors je lis tout ça et je prends tout ce qui peut m'aider à faire encore grandir mon couple.
J'en profite pour remercier tous ceux qui participe à l'enrichissement des discussions.
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Alabama
le mercredi 28 janvier 2026 à 18h46
Allyah148
Je suis monogame et c'est vrai que moi j'aime être l'unique amour-amoureux de mon mari. Certains poussent ça même très loin avec le conjoint qui doit être aussi meilleur ami, confident, bref la totale. Perso ça ne me convient pas, j'aime qu'on se réserve une exclusivité amoureuse dans notre vie mais je ne veux pas être la seule personne qui compte dans sa vie. Il doit avoir ses propres relations et propres centres d'intérêt dans lesquels je n'interviens pas nécessairement. Et j'ai la même chose de mon côté.
Ta participation me permet de clarifier quelque chose.
Je pense que c'est différent pour moi, de dire "je choisis la monogamie, la fidélité amoureuse/sexuelle", et de dire "c'est l'idéal, c'est comme ça que les relations méritent d'être vécues". Je crois même que je suis plus à l'aise avec le choix monogame qu'avec le choix de couple socle + relations secondaires.
Dans le premier cas, il me semble que c'est un choix sensé pour s'éviter trop de douleur, ou parce qu'on a pas envie de se prendre la tête avec plusieurs relations amoureuses (je ne me considère pas monogame en tant que telle, mais je n'ai pas spécialement envie de multiplier ce type de relations).
Dans le deuxième cas, ça me fait le même effet que les personnes croyantes qui vont me dire qu'il n'y a qu'un seul dieu et que celleux qui n'y croient pas iront en enfer : une forme d'idéologie qui voudrait s'appliquer à toustes.
Ensuite tu parles du fait que chacun·e doit avoir ses autres relations et ses centres d'intérêts, et ça rentre tout à fait selon moi dans la discussion sur la compersion : je suppose que tu te réjouis quand ton mari vit des choses agréables sans toi.
Et comme tu le dis ensuite, la jalousie contrôlante, l'exigence d'être le/la seul·e l'unique en tout pour l'autre, me paraît toxique, et donc j'ai du mal à penser que des gens se disent que c'est sain et désirable.
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artichaut
le mercredi 28 janvier 2026 à 21h34
Allyah148
Alors aujourd'hui les choses ont évolué pour moi mais au début j'étais carrément dans le système monogame avec la jalousie ++++ et la compersion 0 puisque c'est le sujet de la discussion.
oui du point de vue du sujet de ce fil, en effet
mais +globalement ce n'est pas seulement ça que je nomme système monogame, mais :
- le fait de tout cloisonner : y'a LA relation de couple… et le reste
- que les amitiés soit quasi négligeables (ce qui ne semble pas être ton cas)
- que le/la conjoint·e soit quasi LA seule personne qui compte dans sa vie (ce n'est pas ton cas)
- qu'il y a tout un tas de scripts et règles non dites et quasi obligatoires (habiter ensemble, dormir ensemble, rencontrer la famille de l'autre, partir en vacances ensemble, partager de la sexualité, etc)
- qu'il y a tout un tas de privilèges sociétaux induits (pour qui accepte de se ranger à la norme)
- que la jalousie est une preuve d'amour, et l'exclusivité (pour ne pas dire l'exclusion) la seule manière de se sentir en sécurité
- qu'il y a plein de non-dits et de tabous qui fabriquent beaucoup de souffrance et de violence cachée (surtout pour les femmes, les enfants et autres personnes minorisées), et qu'on laisse ça bien loin sous le tapis
- que le système ne peut pas être remis en cause (il est 'naturel', censément 'neutre', et invisible)
- que les règles de ce système ne sont pas compilées, elles vont de soi, et on les apprend s'en même le savoir (on est immergé dedans donc on n'en voit pas les contours, il faudrait pouvoir en sortir pour pouvoir l'observer de l'extérieur)
- etc
et de même qu'on peut être en couple exclusif sans cocher toutes les cases de ce système, de même des élements de ce système se retrouvent en polyamour. et je trouve important de faire la part des choses. l'exclusivité amoureuse est une sacrée clef de voûte du système, mais pour autant ce n'est qu'une pierre parmi d'autres.
dans ce fil je propose de changer la clef de voûte. mais ça ne suffit certes pas à changer toutes les pierres.
je pense juste que par contagion certaines autres en sont transformées. ou conservées, mais choisies en connaissance de cause.
en tout cas à mon sens, la clef de voûte ce n'est pas la (non)exclusivité en soi, ou le nombre de relations, mais bien plutôt la compersion et la (non)séparation amour/amitié.
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Allyah148
le jeudi 29 janvier 2026 à 18h30
Alabama
Ensuite tu parles du fait que chacun·e doit avoir ses autres relations et ses centres d'intérêts, et ça rentre tout à fait selon moi dans la discussion sur la compersion : je suppose que tu te réjouis quand ton mari vit des choses agréables sans toi.
Et comme tu le dis ensuite, la jalousie contrôlante, l'exigence d'être le/la seul·e l'unique en tout pour l'autre, me paraît toxique, et donc j'ai du mal à penser que des gens se disent que c'est sain et désirable.
Maintenant oui je suis contente pour lui quand il vit des choses sympas sans moi mais au départ ce n'était pas vraiment le cas, j'avais toujours l'impression que je devais être inclus dans tout et lorsque je ne l'étais pas j'étais très jalouse... Et sur le moment je n'ai pas pensé à sain ou pas, c'était juste "comme ça", je l'aime donc je suis jalouse, c'est normal.
Et je pense que beaucoup de personnes le vivent de cette façon, il n'y a pas de réflexion sur la chose car c'est admis comme "normal". Alors on vit simplement dans cette normalité sans se rendre compte qu'elle détruit.
artichaut
mais +globalement ce n'est pas seulement ça que je nomme système monogame, mais :
...
Oui je suis d'accord il y a généralement énormément d'attentes de la part de l'entourage ou de la société lorsqu'on est en couple, des fois on ne s'en rend même pas compte avant d'y être confronté. Et dès qu'on sort du cadre les gens ne comprennent pas comment ça peut fonctionner !
J'ai failli ne pas obtenir un emploi car j'étais mariée, l'employeur estimait que le job n'était pas compatible avec ma vie maritale... je suis tombée de ma chaise en voyant des inconnus se permettre de me dire comment mon couple devait vivre. On m'avait déjà fait le coup de "on ne veut pas de quelqu'un qui va tomber enceinte prochainement" mais le "vous n'arriverez pas à vivre comme ça en étant mariée" c'était nouveau :-/
artichaut
en tout cas à mon sens, la clef de voûte ce n'est pas la (non)exclusivité en soi, ou le nombre de relations, mais bien plutôt la compersion et la (non)séparation amour/amitié.
Comment vois-tu ou imagines-tu la non séparation amour/amitié ?
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artichaut
le jeudi 29 janvier 2026 à 23h02
Allyah148
Comment vois-tu ou imagines-tu la non séparation amour/amitié ?
Arrêter de hiérarchiser/différencier/séparer les différentes sortes d'amours.
(ce qui peut paraître contradictoire avec chercher à élaborer le spectre de l'amour, mais en réalité non)
Aujourd'hui, toutes les personnes importantes de ma vie, je les nomme des ami·es (quelque soit ce qu'on vit/partage), et franchement ça fonctionne plutôt bien.
Il faut juste accepter que les gens du coup méprisent un peu ce que tu vis (« ah vous êtes juste ami·es ! »).
Mais d'un autre côté c'est beaucoup +simple et +libre.
Avoir plusieurs ami·es c'est ok. Avoir des ami·es de différents sexe/genre, c'est ok. Être heureux (compersif) pour les joies de ses ami·es (même sans moi, et même si c'est du sexe et/ou de l'amour-"amoureux" qu'iels partagent) c'est ok.
Franchement même pour moi c'est +simple. plu besoin de hiérarchiser quoique ce soit, plu besoin de se promettre la lune, une compersion qui devient +instinctive, des nouveaux possibles qui s'ouvrent qu'on n'avait même pas imaginé…
Et je pourrais les appeler mes "amoureux/amoureuses" (ou n'importe quel autre nom) en milieu poly, ça fonctionnerait aussi.
Mais je préfére "amie·es", c'est +passe-partout, moins de presion, moins prétentieux, moins sujet à quiproquos, +simple, etc.
Le +dur c'est peut-être soi-même d'arrêter d'attacher une quelconque importance à certains de ces termes, et à cette différentiation stigmatisante.
Reléguer aussi certains mots/concepts/injonctions (amour-amoureux, sexualité et autres scripts giga-normés) à de simples contingences ou options facultatives, pour redonner de la valeur à ce qui à mes yeux compte vraiment : l'amour (au sens large du spectre), la tendresse, la solidarité.