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Blessé

Témoignage
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1blessure

le dimanche 23 octobre 2011 à 20h10

Cela fait trois jours maintenant que mon épouse m'a livré ce qu'elle avait sur le coeur, ce qui la ronge depuis plusieurs mois à présent ; un poids qu'elle ne peut plus supporter seule. Nous sommes mariés depuis 10 ans mais vivons ensemble depuis bientôt 20 ans. Je croyais notre amour insubmersible, et j'ose y croire encore, mais je souffre de son aveu, de ce qui apparaît à mes yeux comme une trahison. L'Amour de ma vie a un amant, un homme qui a réapparut dans sa vie, il y a peu, après tant d'années. Peut-être n'a t-elle jamais cessé de penser à lui après notre rencontre, il y a si longtemps, et nous nous sommes rencontrés si jeunes. Ces derniers mois, elle n'allait pas très bien et je n'ai pas su voir à quoi tenait ce mal être. Aujourd'hui tout est si clair, mais aussi tellement douloureux. Je n'ai pas fuit, nous ne nous sommes pas disputés, je l'ai simplement écouté et je veux la comprendre sans juger, car je ne saurais lui en vouloir d'aimer un autre homme et de m'aimer encore. Il n'y a je crois rien de plus beau que l'amour, alors de quoi serait-elle responsable ou coupable ? Mais j'ai tant de souffrance en moi, que je ne sais pas si j'arriverais à surmonter cette épreuve. Je l'aime si fort. Je souhaite qu'elle soit heureuse, épanouie et qu'elle se sente libre. Libre d'aimer sans rougir, sans honte, mais y arriverais-je seulement ?
Nous en avons parlé ensemble, car nous avons toujours tout partagé, mais je ne tiens pas à ce qu'elle sache à quel point je suis meurtri car elle ne doit pas endosser une souffrance qui ne lui appartient pas. Comment vais-je accepter qu'elle voit cet autre homme, qu'ils passent ensemble des moments de tendresse, de fous rires ? Je ne sais pas, je me sens désarmé et j'ai peur pour notre histoire, celle que nous avons écrit ensemble et que je veux continuer d'écrire avec ma femme et nos enfants. Vous qui connaissez ce sentiment, vous qui aimez plusieurs personnes, y a-t-il des réponses ? Où puis-je puiser une telle force ? Comment faire pour comprendre, pour accepter, pour continuer à vivre en la sachant éprise d'un autre, amoureuse, heureuse avec lui ?

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zina

le dimanche 23 octobre 2011 à 22h58

1blessure
Comment faire pour comprendre, pour accepter, pour continuer à vivre en la sachant éprise d'un autre, amoureuse, heureuse avec lui ?

Peut être la première étape serait de te rappeler qu'elle est aussi heureuse avec toi? Souvent dans la douleur on oublie les choses positives. Quand j'étais monogame et exclusive, j'associais l'idée que mon compagnon en aime une autre à l'idée qu'il ne m'aimait plus. C'est uniquement en séparant les deux histoires, en me disant que l'amour de mon compagnon pour moi n'était pas diminué ou augmenté ou lié avec l'amour qu'il avait pour d'autres que j'ai pu continuer et accepter le polyamour pour mon/mes compagnons sans souffrir autant qu'avant. Si votre conjointe ne vous quitte pas, c'est probablement qu'elle n'est pas seulement heureuse avec "lui", mais aussi avec vous, peut être?

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Boucledoux

le dimanche 23 octobre 2011 à 23h55

1blessure

Nous en avons parlé ensemble, car nous avons toujours tout partagé, mais je ne tiens pas à ce qu'elle sache à quel point je suis meurtri car elle ne doit pas endosser une souffrance qui ne lui appartient pas. Comment vais-je accepter

d'abord bravo pour ta réaction qui me semble tenir du respect de l'autre et de l'ouverture : "ne pas juger" comme tu le dis très bien.
Un petit bout de début réponse me semble tenir dans ce que tu dis : parler et partager vos sentiments et vos ressentis parce que c'est de là que vous devrez partir tous les deux pour reconstruire quelque chose qui tienne la route. Pourquoi ne devrait elle pas savoir à quel point tu es meurtri ? Ta souffrance n'est ni étonnante ni honteuse si votre contrat de départ était un couple avec un engagement même implicite d'exclusivité. Si vous voulez re-écrire ce contrat sur d'autres base se sera toi en prenant en compte ses besoins et elle en prenant en compte aussi ta souffrance et tes ressentis... sans pour autant en faire un élément de culpabilité.
Pas facile ni gagné mais nous sommes nombreux-euses ici à pouvoir te dire que le jeux en vaut la chandelle.

bon courage et bonne route à vous deux en tous cas.

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oO0

le lundi 24 octobre 2011 à 12h29

1blessure,

je ne peux qu'abonder dans le sens de Zina et Boucledoux, donc, je ne répèterai pas leur propos. Je me contenterai d'un mouvement de perspective sur la souffrance et ses blessures.

Physiquement, les souffrances de nos blessures nous rappellent que nous sommes corps, en chaire et en os. De ce point de vue, la souffrance nous ramène à la responsabilité de nous-même. De ce fait physique, j'ai acquis l'intime conviction que ce qui pouvait me blesser me révélait une part de moi-même dont la souffrance n'était qu'une modalité : le corps n'est pas que souffrance, il est aussi jouissance. La souffrance est cette modalité de la conscience à laquelle il n'est pas possible d'échapper : elle maintient en éveil et empêche le sommeil. Au contraire du mal être, le bien être se prête davantage à l'assoupissement.

Bref, quelle part de toi s'éveille ou se réveille avec cette souffrance ? Qu'y découvre ou redécouvre tu de toi ? Sous quel jour se présentait ou pourrait se présenter cette part de toi dans la jouissance ? Quoi qu'il en soit, si cela ne touchait pas à ta personne, cela ne t'affecterait pas et cela, comme tu le pressens, n'est pas nécessairement voué à t'affecter de la sorte.

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Sinon, dans le fait de vouloir tenir ton épouse éloigner de ta souffrance, je perçois ton intention de lui épargner de souffrir de te faire souffrir, soit qu'elle en nourrisse une culpabilité qui l'empêche de s'épanouir. Son désoeuvrement ne pourrait qu'ajouter au tien. Cacher cette souffrance n'est cependant pas la meilleure issue car, il y a de forte chance, de son côté qu'elle te cache la souffrance d'une certaine culpabilité. L'issue me semble davantage dans la relation que vous aller entretenir à la souffrance respective et mutuelle de cette situation : la responsabilité, la recherche de réponse en conscience et en acte à ce qu'elle peut vous apprendre de vous me semble, ici, une meilleure issue que la culpabilité.

Concrètement, même si ce n'est qu'une intention dont tu peux ne pas te sentir les moyens, lui exprimer ton désir qu'elle ne culpabilise pas de ta souffrance est un point de départ. D'autre part, il n'y a pas qu'au travers de la souffrance que nous nous (re)découvrons, mais de tout ce que nous pouvons éprouver dont la jouissance... d'où l'intérêt que cette souffrance n'occulte pas ce que tu peux éprouver de positif. Comme la naissance d'un enfant, la (re)naissance de certaines parts de nous même se fait dans la souffrance, mais il n'y a pas que la souffrance... ce serait jeté le bébé avec l'eau du bain - si je puis me permettre.

P.-S.: Peut-être que la lecture et l'écriture de ce fil que tu as initié l'aiderait elle aussi autant que toi, du moins en partie, en toute petite partie.

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Pour qu'il y ait relation, il n'y a pas vraiment d'autre choix que d'être soi... avec ses joies et, certes, ses peines. Mais y a-t-il de vies qui en vaillent la peine sans peine ? Et cette peine, ne faut-il pas se la donner ? N'est-elle pas le prix de l'effort qui peut faire qu'elle la vaut ?

Message modifié par son auteur il y a 8 ans.

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Paul-Eaglott

le lundi 24 octobre 2011 à 15h27

Bonjour 1blessure,
Je vais aller un peu dans le même sens que mes prédécesseurs.
Oui, nous connaissons la possibilité d'aimer plusieurs personnes, mais certains d'entre nous connaissent aussi la douleur de voir un(e) partenaire s'intéresser à quelqu'un d'autre.
C'est de ça que je vais essayer de parler, et des façons possibles de "gérer" les ressentis douloureux qui peuvent surgir lorsque celle ou celui qu'on aime va voir quelqu'un d'autre.

En fait, ce qui nous fait mal dans une telle situation, c'est la résurgence d'une peur viscérale, qui remet en question notre confiance en nous-même et peut nous plonger dans une forme d'angoisse. Angoisse d'autant plus difficile à analyser que la peur en question est souvent d'une nature "infantile" et trop "honteuse" pour être facilement conscientisée et exprimée.
Cette peur peut être différente pour chacun d'entre nous : pour A ce sera la peur d'être abandonné, pour B, la peur d'être "moins bien" qu'un autre, pour C, la peur de "ne pas être aimé", la peur d'être oublié, la peur de ne pas être considéré comme "le plus beau" ou "le meilleur amant", peur d'être ridicule aux yeux de la société, etc. Certains veinards ont une estime suffisamment élevée d'eux-même pour ne pas y être confrontés, mais ce n'est pas le cas de tous les polyamoureux.

Juste pour enfoncer le clou : il faut bien prendre conscience que cette douleur qu'on ressent dans le ventre ne peut pas être directement imputée à ce que fait l'autre avec un(e) amant(e) : en quoi les attentions qu'ils se portent devraient nous atteindre : ils ne s'attaquent ni à notre estomac, ni à quoi que ce soit qui constitue notre personne. Ce n'est donc pas ce qu'ils font qui est problématique, mais la façon dont nous réagissons à la situation. Et cette réaction, comme le dit RIP révèle une part de nous-même, une faille, une insécurité enfouie.

Déjà, en disant les choses comme ça, on peut en parler de façon plus constructive à son partenaire. Plutôt que de dire de façon accusatoire "tu me fais mal en allant voir ton amant(e)", on peut exprimer les choses de façon plus coopérative et moins culpabilisante. Par exemple : "excuse-moi, mais face à ce qui se passe j'ai une réaction de crispation qui me fait mal."

Ensuite, ce qui peut aider à édulcorer la souffrance, c'est de mener un travail d'introspection pour comprendre plus précisément la nature de la peur en question, et de la cerner clairement. Dans ce travail -- plus facile à dire qu'à faire, certes -- le simple fait d'identifier la peur et de la dire peut lui faire perdre un peu de sa force : identifiée, elle révèle déjà sa part d'infondé, et s'avère moins crédible.
Mais surtout, une fois qu'elle est identifiée, il devient généralement possible de "rassurer" cette peur par d'autres moyens, sans avoir demander au conjoint de renoncer à ses désirs.
Le conjoint peut néanmoins être mis à contribution pour aider à rassurer. Exemple : si la peur est d'être oublié, il peut suffire que le conjoint passe un coup de fil juste avant et un juste après son rendez-vous galant, simplement pour dire "je pense à toi".

Les autrices de "the Ethical Slut" préconisent aussi, lorsqu'on affronte le moment difficile où une personne qu'on aime va passer un moment intime avec un(e) autre, de s'occuper de soi-même avec le plus de bienveillance et d'indulgence possible, de s'offrir aussi un moment agréable -- plutôt que de rester à gamberger seul dans son coin en se focalisant sur sa propre peur et sur l'angoisse qu'elle génère.

On s'aperçoit vite que c'est la première fois qui est la plus difficile à traverser, mais qu'on y survit (et que même la douleur ressentie à cette occasion peut s'effacer très vite, notamment si le conjoint à qui on a offert cette liberté et qui a conscience de l'effort qu'on a fait sur nous-même, nous en manifeste reconnaissance, tendresse et amour), et que les fois d'après deviennent plus aisées, qu'on arrive à ne plus y penser du tout, et que -- ouaahh -- on n'a plus peur !

Personnellement, je sais que lorsqu'une de mes amoureuses a un premier rendez-vous avec un(e) nouvel(le) amant(e) potentiel(le), j'ai intérêt à passer cette soirée entouré d'amis avec qui discuter et rigoler en parlant de tout et de n'importe quoi. Et je sais que la reprise de contact avec mon amoureuse, ses premiers mots ou gestes de tendresse après ce rendez-vous, me sont infiniment précieux et apaisants. Et que c'est plus facile à vivre pour moi si je ne les attends pas trop longtemps. Mais ça, c'est assez facile de le lui dire : quand elle rencontre quelqu'un, j'ai peur qu'elle le trouve tellement mieux que moi qu'elle m'abandonne ; un simple coup de fil après le rendez-vous peut me rassurer sur ce point, et n'entrave pas pour autant sa liberté.

Voilà donc ma contribution. J'espère que tout ça pourra t'aider à coopérer avec ton épouse dans l'établissement d'une façon supportable pour toi d'assumer sa liberté. Je sais que ça paraît simple quand c'est écrit, et que les douleurs de la jalousie peuvent sembler insurmontables au moment où on les affronte, mais ça vaut le coup de regarder tout ça avec tendresse et indulgence, et en ne cherchant pas à éviter à tout prix la douleur : elle est "normale", mais on s'en remet, et on peut apprendre à la ramener à des proportions très facilement supportables...

En tout cas, bravo encore d'avoir choisi d'essayer de gérer ta blessure plutôt que d'entraver le bonheur de ton épouse. Il y a là une générosité et un amour qui doivent être reconnus.

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1blessure

le lundi 24 octobre 2011 à 21h23

Merci à tous pour vos réponses particulièrement réconfortantes et bienveillantes. Je trouve d'autres réponses dans le livre de Willy Pasini "les Amours infidèles", que je vous invite à découvrir si ce n'est déjà fait (je crois que je n'ai jamais lu un livre aussi rapidement) ! Il y fait référence au polyamour comme étant l'une des sources de "l'infidélité", ce qui me réconforte profondément, car comme je l'évoquais, je suis conscient que cela peut être une réalité à laquelle on n'échappe pas, et qu'elle est loin d'être honteuse pour peu que l'on sache l'expliquer, ce que mon épouse à su faire parfaitement.

Pour répondre à Paul-Eaglott et à RIP, je suis bien en phase avec vous sur la nécessité de trouver les réponses sur ce qui alimente cette souffrance. Outre le fait que cette nouvelle me soit tombée dessus il y a peu de temps et qu'il me faut à présent la digérer, je connais l'origine de cette souffrance. Elle répond au cas n° A qu'évoque Paul-Eaglott dans son message : la peur d'être abandonné. Plus précisément, la peur d'être à nouveau abandonné, comme ce fut le cas dès ma naissance : je suis né sous X. C'est une autre blessure, profonde également, mais qui ne cicatrise jamais, en tout cas pas sans savoir ce qui a pu conduire une mère à laisser son enfant. Mais je ne vous livrerai pas mes états d'âme car ce n'est pas l'objet de nos échanges. Je pense seulement que si je devais revivre cet abandon une seconde fois, je ne le supporterais pas. Voilà donc ce qui me rempli de peine et de douleur. C'est probablement aussi pour cette raison que je ne tiens pas à partager cette souffrance avec ma femme. Bien qu'elle connaisse mon histoire, ne serait-ce pas une manière insidieuse pour la retenir et lui demander l'exclusivité de son amour, que de m'appuyer sur un passé, aussi violent soit-il ? Trop facile mon bonhomme (je me parle à moi-même !) et trop immature. Elle ne doit pas endosser cet acte d'abandon dont seule ma génitrice est responsable. A moi seul de cheminer donc et d'encaisser le coup, comme je le fais depuis toutes ces années.

Voilà ce qui explique ce que je ressens et ce besoin d'être aimé par ceux qui me sont proches et à qui j'accorde mon amitié, mon amour, mon respect. J'ai demandé à ma femme de ne pas jouer avec mes sentiments. C'est la seule et unique demande que je formule. Autrement dit, je souhaite qu'elle aille au bout de son cheminement et trouve les réponses aux questions qui, j'en suis conscient, sont plus les miennes que les siennes : m'aimes-tu vraiment encore ou est-ce par confort que tu restes avec moi ? Sauras-tu nous aimer tous les deux ou dois-je m'attendre à ce que notre histoire s'effondre ? Elle me dit qu'elle m'aime, me l'écrit, me transmet son amour... mais je reste rongé par le doute, car comment ressentir son amour quand je sais que ce qui m'arrive aujourd'hui me renvoie à une autre histoire, celle de mes origines, et qu'avant même de venir au monde, déjà je n'étais pas désiré, pas aimé.

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Boucledoux

le mardi 25 octobre 2011 à 01h59

1blessure
mais je reste rongé par le doute, car comment ressentir son amour quand je sais que ce qui m'arrive aujourd'hui me renvoie à une autre histoire, celle de mes origines, et qu'avant même de venir au monde, déjà je n'étais pas désiré, pas aimé.

Mais justement n'est ce pas le choix inverse qu'elle fait ? Elle aurait le choix, elle pourrait décider de passer à autre chose et elle choisit : elle te désire, t'aime et décide de rester.

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