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Les signes de l'amour, et l'amour des signes

(Hors sujet)
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bouquetfleuri

le samedi 15 décembre 2012 à 18h04

C'est bientôt Noël, ce texte est mon petit cadeau et si vous êtes gentils, il y en aura peut-être un autre... hahaha

L’amour est une nouvelle religion, un nouveau réceptacle du sacré ou plutôt comme le définissait Romain Rolland, nouveau sentiment océanique, cette envie de faire « un » avec le monde.
Outre sa contribution à la pérennisation de l'espèce, l'amour a pour fonction de remiser l'angoisse fondamentale, celle qui naît au contact de la vie, avec la conscience de sa vulnérabilité d’être humain, au fin fond de son être.
Et la rencontre avec l'autre rend effectivement plus vivant parce qu'elle balaie cette angoisse.
Voilà le sentiment de libération qui accompagne le sentiment d’amour.

Quand on est capable d’aimer, on peut devenir solide, et fier. Amoureux, on conquiert le monde, fier et solide.
D’ailleurs, on ne se satisfait pas d’être amoureux, il faut que cela se sache.
Ainsi, les amours coupables se trahissent dans des notes d’hôtel oubliées dans une poche pour être trouvées, des messages téléphoniques pas effacés pour être lus, un soin nouveau apporté à son apparence pour être remarqué.
Ainsi, les amours autorisées, celles qui transforment les amoureux en auteurs de leur vie, s’exposent, se montrent, se démontrent et assènent sans cesse la preuve qu’elles sont possibles parce que l’un et l’autre se sont réunis, trouvés, rencontrés, choisis au hasard ou non, et spécialement cet un et cet autre-là.

Mais, être amoureux est un état, pas une action. Le comportement amoureux lui, est une action.
En plus de tous les discours plus ou moins élaborés, l’état amoureux produit à profusion des signes inconscients que met en place, régule ou tente de réguler le comportement amoureux dans une dialectique qui relie les intuitions. C’est ainsi qu’en plus de dire à la terre entière qui on aime et comment on aime, on va aussi le dire, et différemment à celui qui répond, qui produit et élève ce même amour.
Qu’exprime-t-on à l’autre par ces signes inconscients ? On lui dit clairement : c’est grâce à toi que j’échappe à mon angoisse et je te remercie. On lui dit : tu es important pour moi. On lui dit : notre dialogue repose sur notre nature autant que notre culture, et je te montre comment tu me permets de vivre ou mieux vivre ou vivre différemment, et comment tu me permets de faire des choix qui me conduisent à me sentir moi. On lui dit : tu me fais exister à ta façon. On lui dit aussi : montre-moi comment j’existe pour toi et comment je te permets d’être heureux. Parfois on souligne tout cela avec des mots connus, avec des gestes répertoriés, consciemment.

Voilà pourquoi les amoureux ont besoin de signes, non pour acter une possession, ou enregistrer une exclusivité, encore moins poser une assurance sur le temps à venir, mais pour apprécier tout le bien qu’ils peuvent faire à l’autre, ce bien que l’on ne peut pas se faire à soi-même. Les amoureux attendent ces signes de l’être aimé, toujours, et sont prêts à les recevoir, en permanence. Aucun amoureux ne trouve inappropriée telle manifestation d’amour, aucun amoureux ne trouve qu’on lui dit trop à quel point il est aimé. Il en va de même avec les signes inconscient, mais ces signes varient comme varie l’amour.

Quand on aime plusieurs personnes, on produit encore plus de signes. Et quand on offre à l’un les signes amoureux destinés à un autre ou aux autres, c’est une richesse supplémentaire, à la condition expresse que les signes destinés aux autres ne se substituent pas mais s’ajoutent à ceux destinés à l’un. Sinon, c’est l’effet inverse, il y a appauvrissement de la syntaxe, désuétude de la sémiologie amoureuse, répartition calculée, partage d’un butin, vision commerciale d’un sentiment à consommer ensemble. L’amour ne se consomme pas, ce n’est pas une matière et les signes ne se distribuent pas comme le temps qu’il faut organiser pour permettre aux relations de se construire.
L’injonction paradoxale « je t’aime , sois tranquille » ne sera jamais entendue, si les signes de votre amour n’accompagnent pas ce message, pas les preuves, les signes, ceux que l’on ne maîtrise pas, ceux qui se libèrent de vous et transmettent au-delà de votre volonté la nature exacte de votre amour.
On ne peut travestir sa réalité, on peut un peu mentir avec les mots, par omission parfois, mais on ne triche pas avec l’étincelle qu’il y a dans les yeux, encore moins avec celle qui disparaît, des yeux ou du corps, de la pensée, de l’interrogation, du besoin de dire, du besoin d’une réponse. Parce que les signes ne se fabriquent jamais.
Ils existent ou pas.
Il arrive aussi que l’on se retienne. Retenir les signes que l’on envoie, être moins générateur de signes amoureux, c’est comme fabriquer et demander de fabriquer de l’indifférence. L’indifférence n’est pas seulement une diminution des signes, c’est faire exister moins, soi et l’autre, bref, tout l’inverse de l’amour et sans doute tout l’inverse de l’amour pluriel…
À cette indifférence atroce peut enfin s’ajouter le sentiment d’insécurité. Jouer avec l’insécurité de l’autre, c’est d’abord jouer. Et autant les jeux de l’amour, charnels et verbaux, spirituels et prosaïques, inscrits dans un quotidien partagé, de proximité ou à distance dans l’espace comme dans le temps, autant ces jeux peuvent être époustouflant de vérité et de plaisir mêlés, autant ils peuvent donner du corps à cette liberté offerte, autant le jeu avec l’angoisse de quelqu’un peut être destructeur : à quoi peut bien se rattraper celui ou celle qui se voit retomber dans son angoisse originelle ? Cette violence ne peut pas faire partie du registre de l’amour.

L’amour ne réclame pas de preuves, il réclame seulement des signes. Il faut savoir recevoir ces signes, et il faut savoir les émettre.
Les signes de l’amour sont ses mots. Comme les mots définissant un concept, les signes définissent la qualité et parfois la nature d'un amour.
Aimer, être amoureux n'est pas une occupation à temps partagé, c’est une vie à temps plein. Que l’on soit deux, trois, quatre ou plus ne change rien à l’affaire
Parfois c’est difficile à faire, toujours c’est heureux. C’est parfois difficile à faire parce que l’on ne se rend pas toujours compte que l’amour n’a pas à combler seulement son aspiration personnelle, et même s'il est acquis que l'amour est une conjonction bien comprise d'égoïsmes, on a une responsabilité dans l’amour de l’autre et on n’a pas le droit d’en faire fi, sauf à prôner une vision utilitariste de l’amour. C’est toujours heureux, parce que les signes établissent leur propre dialogue, présidant à d’autres, permettant d’appréhender une difficulté, un problème, une bonne nouvelle, une arrivée.

Ne négligeons pas les signes inconscients, ils font bien partie de l’amour que l’on offre. Ils font même partie de notre vie et de celle de l’autre. Sans le savoir tout le temps.

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Lili-Lutine

le mardi 18 décembre 2012 à 11h41

:-/

Message modifié par son auteur il y a un an.

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