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Le Deuil

Culture
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bonheur

le mardi 12 novembre 2019 à 17h38

extrait du petit livre "gérer ses émotions - des réactions indispensables" de Olivier Nunge et Simone Mortera (préface de Vincent Lenhardt) [ISBN 978-2-88953-014-4 N°29 prix 4,95€ éditions "les Pratiques Jouvence". page 48 à 57

1ère étape du deuil : le déni
"Ce n'est pas possible ! Ce n'est pas vrai !"
...
J'ai connu cet état de déni lorsque l'on m'a informé qu'un chauffard, brûlant un stop, venait de tuer un de mes amis. J'ai eu du mal à intégrer cette triste nouvelle. J'ai passé une sale nuit et j'ai mis du temps le lendemain matin pour reprendre contact avec cette nouvelle réalité qui ne me convenait pas. Je me souviens qu'inlassablement dans ma tête tournait cette phrase "Ce n'est pas possible, pas lui… ce n'est pas possible, pas lui…"
Le déni est donc une résistance à la réalité. Nous faisons pour un moment comme si la perte n'existait pas.
Cette étape est importante et très utile car elle sert d'amortisseur par rapport à l'impact d'une dure réalité. Elle sert de fusible pour supporter l'intensité d'une perte soudaine.
Devant toute perte et séparations inconfortable ou douloureuse, nous avons tendance à puiser dans ce réflexe de déni, et cela peut durer quelques minutes, quelques mois, quelques années… Certains ne dépassent jamais ce stade.
Cette phase est donc importante à respecter, ce qui ne signifie pas qu'il faut l'encourager, la perpétuer, car dans ce cas nous bloquerions l'accession à l'étape suivante. Car nous avons beau dire "Ce n'est pas vrai", la réalité est là. Dans le cas de mon ami, il était mort. Je n'avais pas le pouvoir de changer cette réalité

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bonheur

le mardi 12 novembre 2019 à 17h39

2ème étape : la révolte, la colère, la protestation
"Pourquoi est-ce à moi que ça arrive ? Ce n'est pas juste ! Qu'ai-je fait ? Que n'ai-je pas fait ?"
Et nous avons beaucoup de ressentiments contre la terre entière et même les cieux. "S'il existait un dieu, il ne laisserait pas faire des choses pareilles"

Cette deuxième étape du deuil est donc importante car elle nous fait vérifier si l'on peut ou non faire revenir l'objet perdu. Et plus l'attachement est fort, plus la colère sera intense.
Les soignants dans les hôpitaux connaissent bien cette phase au cours de laquelle les malades sont furieux contre les infirmières, les médecins, le cuisinier… Cette étape doit être respectée. En même temps, là encore, il ne faut pas alimenter, car nous devons ensuite passer à l'étape suivante.
Si je reprends l'exemple de mon ami, le fait d'être en colère contre la terre entière ne le faisait pas revenir.

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bonheur

le mardi 12 novembre 2019 à 17h39

3ème étape : la peur
Petit à petit, nous intégrons la réalité, nous prenons conscience de la perte et, là, nous pouvons ressentir de la peur, du doute, un sentiment d'incertitude, de l'inquiétude, de la panique même.

Dans le cas de mon ami : "Comment vais-je vivre sans lui ?" Cela vient toucher ma peur profonde d'être seul et abandonné. Et puis moi, je prends régulièrement la route et donc, je risque aussi d'être rayé de la liste des vivants par un chauffard inconscient.

Cette phase est importante et souvenons-nous qu'une peur ne se rationalise pas. Il faut mettre des protections pour passer à la phase suivante

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bonheur

le mardi 12 novembre 2019 à 17h40

4ème étape : le marchandage
Il s'agit de transactions internes.
"Oui, mon ami est mort, mais ce n'est pas de ma faute. Je n'y suis pour rien. Je n'étais pas là. Je lui donnais toujours de bons conseils…"
Dans cette étape, nous reprenons contact avec des attitudes que nous avions dans l'enfance lorsque nous voulions différer un moment redouté comme celui du coucher, de la nuit, de la peur du noir. Alors nous posions pleins de questions toutes aussi importantes les unes que les autres. Ou nous faisions le coup de "encore cinq minutes". En bref, nous jouions la montre pour différer le moment redouté de la séparation.
Cette étape est donc tout aussi importante que les précédentes. Elle doit être respectée mais non prolongée arbitrairement. Chacun de nous, dans cette phase, est vulnérable. Le piège consiste à nous nourrir de faux espoirs

Cette phase, si elle n'est pas contrariée, doit naturellement nous amener à l'étape suivante, le moment que nous redoutons depuis le début.

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bonheur

le mardi 12 novembre 2019 à 17h40

5ème étape : la tristesse
C'est la dépression consécutive à l'intégration de l'évènement et à son lot de souffrance :
"oui, mon ami est mort, et je n'ai que les yeux pour pleurer"
Ce moment de dépression n'est pas pathologique, car nous savons pourquoi nous souffrons. Il est consécutif à une perte précise et il survient après plusieurs phases. Nous rentrons vraiment pour la première fois en contact avec la perte.
La dépression se traduit par une baisse d'énergie, un besoin de retrait. Il permet de désinvestir, de lâcher prise sur les choses ou les personnes que nous venons de perdre.
Cette cinquième étape est particulièrement importante car nous sommes au cœur de la douleur et dans la douleur du cœur. Nous avons besoin d'être soutenu, d'avoir quelqu'un à nos côtés, qui prend une juste distance émotionnelle, qui est capable d'écouter notre douleur sans chercher à se l'approprier, d'observer un silence compatissant pour nous faire sentir que, malgré notre souffrance, nous appartenons à la communauté humaine.
Dans les grandes souffrances, une personne non accompagnée risque de rentrer dans la "pathologies" du deuil. Perte du sens de la vie : suicide, demande d'euthanasie… autant de façons de se détacher plutôt que de vivre la douleur de la séparation, autant de demandes ultimes d'amour et d'appartenance.

Cette phase incontournable de tristesse, de dépression, de lâcher-prise, bien accompagnée, ouvre la porte à l'acceptation.

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jaguar

le mardi 12 novembre 2019 à 18h02

j'ai perdu ma grand-mère qui a été comme ma mère, un attachement affectif, il y a presque 4 ans. J'ai été longtemps dans le déni, puis la colère. En ce moment, je passe péniblement la dépression et la tristesse. C'est un long chemin, vivre et sortir du deuil, retrouver sa propre joie. Je dois puiser profond en moi...

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jaguar

le mardi 12 novembre 2019 à 18h06

Je me suis jamais aussi sentie vulnérable.

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jaguar

le mardi 12 novembre 2019 à 18h08

merci Bonheur et quelles sont les autres étapes ?

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jaguar

le mardi 12 novembre 2019 à 18h11

tout cela au passage de la cinquantaine, aux expériences poly, aux enfants qui deviennent ados...

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bonheur

le mardi 12 novembre 2019 à 18h54

6ème étape : l'acceptation
Quand nous en somme là, nous arrivons à la phase de maturité. Nous ne nous débattons plus à contre courant, nous ne nous résignons pas non plus car ce serait un détachement.
Nous pouvons donner un sens à notre souffrance, ce qui nous permet de nous centrer sur le sens de notre vie.
Nous pouvons accepter la perte et restructurer notre temps en fonction d'elle.
Nous pouvons parler calmement de la perte, accéder à nos émotions sans être submergés. C'est ce qui se passe en ce moment pour moi quand j'évoque mon ami. Car j'ai vécu toutes les étapes du deuil et, maintenant qu'il est mort physiquement, il est présent en moi et dans ma vie au quotidien par nombre de petits signes.

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bonheur

le mardi 12 novembre 2019 à 18h55

Voilà les principales étapes du deuil auxquelles nous pourrions rajouter d'autres étapes plus "spirituelles" comme le pardon, mais nous souhaitons en rester à notre domaine, celui de la psychologie.
Encore une fois, ces six étapes sont relatives, en même temps que d'excellents indicateurs pour gérer nos propres deuils.

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bonheur

le mardi 12 novembre 2019 à 18h57

Bonjour jaguar,

Je suis désolée, le système m'a empêchée de tout indiquer dans le même post. Egalement, le système verrouille le nombre de messages et surtout la fréquence d'émission successive de message par le même membre.

Donc, voici après coup les dernières étapes.

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HeavenlyCreature

le mardi 12 novembre 2019 à 21h48

Je te remercie Bonheur pour ce joli sujet. Je n'ai jamais été touchée par la mort d'un ami ou d'une personne suffisamment proche dans mon cercle familial pour prétendre avoir vécu une expérience de "deuil" à proprement parler. Mais j'ai connu dans ma vie une succession de deuils symboliques (avec mes parents), amicaux et amoureux. Concernant ces derniers, je dois bien avouer qu'ils m'ont été les plus terribles... Je m'apprête à en traverser un à nouveau et ces qques lignes m'aideront, j'en suis sûre, à relativiser chacune de ces étapes, nécessaires à la guérison. Je crois aussi que malgré la dureté de cette épreuve, cela nous donne à voir des facettes et une force insoupçonnées en soi.
Ce que je retiens également de mes propres expériences, c'est que dans ces moments là, l'accompagnement est en effet essentiel : on prend la mesure de la qualité de nos amitiés.
Bon courage à tous ceux et celles qui vivent un deuil, quel qu'il soit.

Message modifié par son auteur il y a un mois.

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bonheur

le mercredi 13 novembre 2019 à 11h46

Voici l'introduction du livre qui démontre à quel point toute perte (y compris matériel) oblige à passer par toutes ces étapes :

"A quoi sert la tristesse ?"
La tristesse sert à nous faire accepter ce qui ne peut être changé. C'est une réaction adaptée devant la perte. Notre besoin dans ce cas est d'être consolé.
Par exemple : regardez ce pêcheur, il se penche pour prendre un poisson dans l'épuisette et son briquet tombe à l'eau. Sa première réaction est sans doute la colère, car il veut que son briquet "cesse d'être perdu". Puis il est triste, car l'objet avait pour lui une valeur sentimentale particulière ; le briquet occupe ses pensées pendant, disons, un quart d'heure. Il se remémore celui ou celle qui le lui avait offert, combien il était pratique, ce qu'impliquera le fait de s'en passer. Il demeure morose jusqu'au soir. Le lendemain matin, il fait l'achat d'un briquet bon marché ; la semaine suisvante il allume une bougie et se dit "Tiens, je n'ai plus pensé au briquet que j'ai perdu !"...

Moi ça me rappelle la perte qu'aura un enfant vis-à-vis de son doudou, par exemple. Nous avons tous fait des sortes de deuil, pas seulement suite à un décès.

En ce qui me concerne, la déconstruction de notre couple pour transiter du mode "classique" au mode "réinvention" a fait l'objet d'un deuil. Déjà le mien. J'ai eu un choc lorsque j'ai compris brutalement que j'étais amoureuse. Je ne voulais pas y croire. J'aimais déjà mon mari alors comment je pouvais aimer cet homme. C'était pas possible que ce soir de l'amour et pourtant à l'intérieur ça sonnait désormais comme une évidence. J'ai passé plusieurs semaines seule avec ça. Et puis, j'ai intégré cette idée qui devenait de moins en moins absurde et de plus en plus réaliste. Et quand j'ai admis la réalité, j'ai pu exprimé. C'est à cette étape que j'ai fait des courriers, l'un pour cet homme, l'autre pour mon chéri de vie. Autrement dit, il faut que le poly en devenir et que le poly acceptant puissent faire converger leurs phases et en dialoguer. Une fois mon chéri m'a dit que "c'était facile pour moi"... alors que non pas du tout, d'autant que le tiers m'avait littéralement tourné le dos. Je crois que c'est durant ces instants de dialogue, ces instants de ce deuil, que nous sommes devenus poly. Ca a duré des mois pour les phases successives et des années pour l'acceptation générale. Le coming out permet enfin de se libérer de toutes ses émotions et de toute cette période. Il n'y a plus de perte, que du bienfait et intellectuellement, on sait sans ce doute et autre façon de se dire que l'on peut revenir en arrière, c'est à dire à l'étape 1 (le déni).

C'est le motif pour lequel j'ai souhaité parler du deuil ici, car on l'exprime souvent pour la phase de transition, mais au fond, ce mot est un résumé et en soi, ne veut rien dire de précis.

Ce fil de discussion, facile à retrouver de part son titre, pourra s'intégrer en lien à chaque fois que ce sera nécessaire. C'est la fonction que je lui destine… ET on peut continuer à faire vivre ce fil également (+) .

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Sophie72

le mercredi 13 novembre 2019 à 12h20

Une chose qui n'a pas été dite à propos des étapes de tout deuil c'est que ce n'est pas nécessairement linéaire car dans un deuil en fait il y a plusieurs deuils à faire et donc on fait des aller-retour entre les étapes et ce n'est que lorsqu'on a franchi toutes les étapes pour chaque petits deuils qui composent le gros deuil qu'on est en paix. Pour certains petits deuils certaines étapes sont très vite franchies et on ne se rend parfois même pas compte d'y être passé , pour d'autres on peut rester bloquer longtemps sur certaines étapes. Moi j'ai découvert cela lors de ma formation pour être bénévole auprès d'une asso d'usagères de santé. Cela me sert aussi pour toutes les situations de la vie où je réalise que je dois renoncer définitivement à quelque chose d'important pour moi et je sais pieux aussi l'accompagner chez les autres parce que c'était le but de cette formation. Il y a une chose à laquelle il faut faire attention lorsqu'une personne est en deuil, c'est la période où elle reste dans le déni. Le déni nous sert à nous protéger car tant que le psychique n'a pas la force, les outils pour affronter le deuil et notamment la tristesse, il se met en "sécurité". Il faut donc respecter le déni et ne pas brusquer une personne qui est dans cette phase là.

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bonheur

le mercredi 13 novembre 2019 à 12h58

Merci Sophie72 pour ces précisions très importantes. (+)

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artichaut

le mercredi 13 novembre 2019 à 23h15

Alors perso, ces étapes ne me parlent pas trop…

Je ne peux faire remonter mes souvenirs très loin, mais pour tous les derniers deuils que j'ai connu, j'ai commencé par :
- l'acceptation ("whoua, c'est comme ça, OK !" : baffe dans la gueule)
ensuite viens, il me semble
- la reprise de conscience (je me pose, et j'encaisse le coup, de préférence solo : je suis grogy alors je me laisse redescendre, reprendre mes esprits, et j'analyse la situation, je réfléchis, je stoppe tout ce que je fais et me recentre sur moi —ça peut durer une heure, ou plusieurs jours)
puis
- que puis-je faire ? (pour moi, ou pour la situation, toujours solo) suivi possiblement d'actions, et de prise de contact avec d'autres
puis
- la tristesse (ça peut être avant "que puis-je faire ?", ou en même temps)
- le travail (travailler cette tristesse, la laisser exister autant que travailler à la dépasser, ce qui comprend aussi demander de l'aide, me remettre en question, ré-évaluer mes choix de vie, faire de nouveaux choix, prendre soin de moi, etc)
- l'auto-suggestion ("je vais bien")
- vivre avec (ça fait partie de ma vie : phase de "rééducation" +ou- longue : apprendre à vivre avec ça)
enfin…
- sérennité

Voilà, en gros comment ça se passe pour moi.
Je ne sais pas si c'est aidant pour qui que ce soit.

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jaguar

le jeudi 14 novembre 2019 à 16h02

oui j'ai l'impression que le déni pendant presque deux ans, me protégeaient d'un trop grande peine, et un sentiment d'abandon injuste.
oui aussi des allers-retours avec plusieurs étapes déni-injustice, injustice, tristesse-abandon.

Hier j'ai lu le livre que tu cites Bonheur, Elisabeth Kubler Ross sur le chagrin et le deuil, très fort. j'ai lu ce que je sens en moi depuis peu, l'alternance de journées mauvaises, tristes et de journées plus légères, et celles ci augmentent. Lentement je sors de la dépression, sans pression et j'accepte ce nouvel état de fait, je suis orpheline, mais en vie, retrouvant ma joie propre et je m'accorde de nouveau de vivre.

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jaguar

le jeudi 14 novembre 2019 à 16h03

ca me fait du bien d'en parler, jusqu'à octobre dernier, j'ai gardé pour moi ce que je vivais à par rapport à cette mort, ca a été une peine de plus..

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jaguar

le jeudi 14 novembre 2019 à 16h06

j'ai lu aucun livre sur le deuil non plus jusqu'à octobre 2019...il faut du temps...

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