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Voltairine de Cleyre (1866-1912)

Culture
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artichaut

le mercredi 08 mai 2019 à 16h09

Avec ce fil, j'initie la proposition de consacrer des fils à des personnes qui ont marqués l'histoire de la pensée et la pratique des relations affectives.

Pour commencer, j'ai nommé Voltairine de Cleyre, militante et théoricienne anarchiste américaine (1866-1912).

Si vous avez envie de partager des choses, des idées, des citations concernant Voltairine de Cleyre, ce fil est fait pour ça.

Comme pour de nombreuses femmes libres, anarchistes et féministes, son apport à la non-monogamie et sa défense de l'Amour libre passe d'abord par la critique du mariage en tant qu'institution, notamment comme moyen d'asservir les femmes, en les cantonnant à la sphère domestique et privé, à la fonction reproductrice ou au statut d'objet sexuel.


Ressources :
- « Le Mariage est une mauvaise action » (1907) Traduit (et annoté) par Yves Coleman
- sa page wikipédia
- Connaissez-vous Voltairine de Cleyre ? sur France Culture

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Voir aussi la liste Liste non exhaustive de Personnes ayant marqué, l'histoire de la pensée et la pratique des relations affectives.

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artichaut

le mercredi 08 mai 2019 à 16h09

Liv Strömquist, dans sa bande dessinée I'm Every woman, cite Voltairine de Cleyre, via des extraits de son texte « Le Mariage est une mauvaise action ».
Liv Strömquist inverse quelques passages du texte de Voltairine de Cleyre, mais ça reste très proche de l'original.
Je remets le passage :

Voltairine de Cleyre citée par Liv Strömquist
Voici ce que dit Voltairine :

Je critiquais le mariage religieux parce qu’un prêtre n’a absolument aucun droit d’intervenir dans la vie privée des individus ; je condamnais l’expression «  jusqu’à ce que la mort nous sépare», car cette promesse immorale rend une personne esclave de ses sentiments actuels et détermine tout son avenir;

Rien ne me révulse plus que le prétendu sacrement du mariage; (…)
Je me moque de savoir s’il s’agit d’un mariage polygame, polyandre or monogame. (…)
Non, ce que j’affirme c’est qu’une relation de dépendance permanente nuit au développement de la personnalité

Dans le passé, il m’est arrivé de plaider de façon effusive et sincère pour l’union exclusive entre un homme et une femme, tant qu’ils sont amoureux.

Aujourd’hui, je préfère un mariage fondé uniquement sur des considérations strictement financières à un mariage fondé sur l’amour. Non pas parce que je m’intéresse le moins du monde à la pérennité du mariage,

mais parce que je me soucie de la pérennité de l’amour.

Le moyen le plus facile, le plus sûr et le plus répandu de tuer l’amour est le mariage — le mariage tel que je l’ai défini.

Si vous voulez que l’amour et le respect puissent durer, ayez des relations peu fréquentes et peu durables. Pour que la Vie puisse croître, il faut que les hommes et les femmes restent des personnalités séparées.

Quant à la question des enfants je pense qu'un enfant peut être élevé aussi bien dans un foyer, dans deux foyers ou dans une communauté; la découverte de la vie sera bien plus agréable si elle a lieu dans une atmosphère de liberté et de force indépendante que dans un climat de répression et de mécontentement cachés.

Ne jamais permettre que l’amour soit souillé par les mesquineries indécentes d’une intimité permanente. Mieux vaut mépriser tous les jours votre ennemi que mépriser la personne que vous aimez.

Je crois que le mariage défraîchit l’amour, transforme le respect en mépris, souille l’intimité et limite l’évolution personnelle des deux partenaires. C’est pourquoi je pense que «  le mariage est une mauvaise action».

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Siestacorta

le jeudi 09 mai 2019 à 18h47

J'vois bien la critique du mariage, mais elle arrive à la non-exclusivité à un moment ?

(merci pour le partage de références, au fait)

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artichaut

le jeudi 09 mai 2019 à 20h52

Alors en effet dans la citation de Liv Strömquist la non-exclusivité n'est qu'en sous-texte :

Dans le passé, il m’est arrivé de plaider de façon effusive et sincère pour l’union exclusive entre un homme et une femme

C'est donc que ce n'est pas une évidence pour elle d'avoir plaidé pour ça.
Ou encore :

il faut que les hommes et les femmes restent des personnalités séparées.


Mais on peut revenir au texte « Le Mariage est une mauvaise action » et proposer d'autre citations qui évoque plus la liberté (y compris sexuelle). Et l'on peut comprendre étant donné la condition féminine à cette époque que ce soit la liberté (qui recoupe plein de choses), plus que la non-exclusivité en tant que telle, qui soit revendiquée.
Le fait que Voltairine de Cleyre soit américaine, n'est sans doute pas anecdotique en ce début de XXe siècle.

Voltairine de Cleyre
quel est l’idéal en germe dans notre société, idéal qui n’est pas encore consciemment formulé mais dont on perçoit des signaux et que l’on commence à discerner ?

D’après tous les indicateurs du progrès, cet idéal me semble être la liberté de l’individu; une société dont l’organisation économique, politique, sociale et sexuelle assurera et augmentera constamment les possibilités de ses différents éléments; dont la solidarité et la continuité dépendront de l’attraction libre de ses composantes, et en aucun cas ne reposera sur l’obligation, quelles qu’en soient les formes.

la tendance sociale actuelle s’oriente vers la liberté de l’individu, ce qui implique la réalisation de toutes les conditions nécessaires à l’avènement de cette liberté.

Le texte ensuite est une réponse à un autre texte «  Le mariage est une bonne action» de la Dr Henrietta P. Westbrook. Voilà pourquoi, sans doute, elle focalise plus sur le mariage, que l'exclusivité-en-soi.
Mais critiquant le mariage, elle fustige aussi la conjugalité et routine, qui sont un principe et une conséquence directe de la monogamie.
Elle ne prône pas pour autant l'union libre (qui semble à l'époque assez présente, ou en tant cas "faire partie du paysage") comme valeur suprême, mais défend plutôt la liberté des individus.

Par mariage, j’entends son contenu réel, la relation permanente entre un homme et une femme, relation sexuelle et économique qui permet de maintenir la vie de couple et la vie familiale actuelle. (…) ce que j’affirme c’est qu’une relation de dépendance permanente nuit au développement de la personnalité, et c’est cela que je combats. (…) la seule façon, disais-je, de préserver l’amour est de maintenir la distance. (…) je ne prêche pas pour autant l’abstinence sexuelle totale. (…) Non, je ne crois pas que l’être humain moralement le plus élevé soit un individu asexué (…) Je souhaiterais que les gens considèrent leurs instincts normaux, d’une façon normale, qu’ils ne les gavent pas mais ne les rationnent pas non plus, (…) En bref, je souhaiterais que les hommes et les femmes organisent leurs vies de telle façon qu’ils puissent être toujours, à toute époque, des êtres libres, sur ce plan-là comme sur d’autres. Chaque individu doit fixer des limites à ses instincts, ce qui est normal pour l’un étant excessif pour l’autre, et ce qui est excessif à une période de l’existence étant normal à une autre. (…)

Que signifie le libre développement de l’individu, s’il n’est pas l’expression de la masculinité et de la féminité ? (…) Je maintiens néanmoins que, du point de vue de l’objectif de la vie, c’est-à-dire du libre développement de l’individu, ceux qui ont réussi leur mariage ont mené une vie moins réussie que ceux qui ont eu une vie moins heureuse. (…)
Le désir de se nourrir, se loger et se vêtir devrait toujours reposer sur le pouvoir de chaque individu de satisfaire soi-même ses besoins. Mais la vie domestique est telle que, au bout de quelques années d’existence commune, l’interdépendance croît au point de paralyser chaque partenaire lorsque les circonstances détruisent leur bel arrangement, la femme en étant généralement très affectée, l’homme beaucoup moins, en principe. L’épouse n’a fait qu’une seule chose dans une sphère isolée, et même si elle a peut-être appris à bien la faire (ce qui n’est pas sûr, parce que la méthode de formation n’est absolument pas satisfaisante), de toute façon cela ne lui a pas donné la confiance nécessaire pour gagner sa vie de façon indépendante. (…) Elle est passée à côté du monde (…), elle ne le connaît absolument pas. (…) Les conditions de travail et la rémunération des services domestiques sont telles que n’importe quel esprit indépendant préférerait être esclave dans une usine: au moins l’esclavage est limité à une quantité fixe d’heures. (…)
rester une personne entière, ayant toutes ses capacités pour produire et se protéger elle-même, un individu centré sur lui-même. (…) l’ascétisme religieux a tellement implanté le sentiment de la honte dans l’esprit humain, à propos du sexe, que notre première réaction, lorsqu’on en discute, semble de mentir. (…)
C’est particulièrement le cas avec les femmes. La majorité d’entre elles souhaitent donner l’impression qu’elles sont dépourvues de désir sexuel et pensent se décerner le plus beau compliment lorsqu’elles déclarent: «  Personnellement, je suis très froide; je n’ai jamais éprouvé une telle attraction.» Parfois elles disent la vérité mais, le plus souvent, il s’agit d’un mensonge — issu des enseignements pernicieux diffusés par l’Église pendant des siècles. Une femme normalement constituée comprendra qu’elle ne se rend pas hommage lorsqu’elle se refuse le droit d’exister complètement, pour elle-même ou par elle-même; (…) Habituellement, les êtres jeunes et sains des deux sexes désirent avoir des relations sexuelles. Le mariage est-il donc la meilleure réponse à ce besoin humain ?

Rapidement ils ne savoureront plus la présence de l’autre. L’irritation commencera. Les petits détails mesquins de la vie commune amèneront le mépris. Ce qui était autrefois une joie exceptionnelle deviendra un automatisme, et détruira toute finesse, toute délicatesse. Souvent la cohabitation se transformera en une torture physique pour l’un des partenaires (le plus souvent la femme) tandis qu’elle procurera encore un peu de plaisir à l’autre, et ce pour une raison simple: les corps, tout comme les âmes, évoluent rarement, voire, jamais de façon parallèle.
Ce manque de parallélisme est la plus grave objection que l’on puisse opposer au mariage. Même si deux personnes sont parfaitement et constamment adaptées l’une à l’autre, rien ne prouve qu’elles continueront à l’être durant le reste de leur existence.
Et aucune période n’est plus trompeuse, en ce qui concerne l’évolution future, que l’âge dont je viens de parler. L’âge où les désirs et les attractions physiques sont les plus forts est aussi le moment où ces mêmes désirs obscurcissent ou réfrènent d’autres éléments de la personnalité.

Les terribles tragédies de l’antipathie sexuelle, qui produisent le plus souvent de la honte, ne seront jamais dévoilées. Mais elles ont causé d’innombrables meurtres sur cette terre. Et même dans les foyers où l’on a maintenu l’harmonie et où, apparemment, règne la paix conjugale, un tel climat familial n’est possible que parce que l’homme ou la femme s’est résigné, a nié sa propre personnalité. L’un des partenaires accepte de s’effacer presque totalement pour préserver la famille et le respect de la société. (…)
Lorsque la période de l’attraction physique prédominante prend fin et que les tendances de chaque âme commencent à s’affirmer de plus en plus ouvertement, rien n’est plus affreux que de se rendre compte que l’on est lié à quelqu’un, que l’on va vivre jusqu’à sa mort avec une personne dont on sent que l’on s’éloigne chaque jour de plus en plus. «  Pas un jour de plus ensemble!» affirment les partisans de l’union libre. Je trouve de tels slogans encore plus absurdes que les discours des avocats de la «  sainteté» du mariage. Les liens existent, les liens de la vie commune, l’amour du foyer que l’on a construit ensemble, les habitudes associées à la cohabitation et à la dépendance; il n’est pas facile de se débarrasser de ces véritables chaînes, qui tiennent prisonniers les deux partenaires. Ce n’est pas au bout d’un jour ou d’un mois, mais seulement après une longue hésitation, une longue lutte et des souffrances, des souffrances très éprouvantes, que la séparation déchirante se produira. Et souvent elle ne se produit même pas. (…)

Les êtres humains ne peuvent penser de la même façon et éprouver les mêmes sentiments au même moment, sur une longue durée; c’est pourquoi les périodes durant lesquelles ils nouent des liens ne devraient être ni fréquentes ni contraignantes.

Mais revenons à la question des enfants. (…) Un enfant peut être élevé aussi bien dans un foyer, dans deux foyers ou dans une communauté; la découverte de la vie sera bien plus agréable si elle a lieu dans une atmosphère de liberté et de force indépendante que dans un climat de répression et de mécontentement cachés.

Par contre, je suis convaincue qu’aucune des exigences de la vie ne devrait empêcher un développement personnel et libre dans l’avenir. Les vieilles méthodes d’éducation des enfants, sous le joug indissoluble des parents, n’ont pas donné des résultats convaincants. (Les parents conservateurs se désolent sans doute d’avoir des enfants contestataires, mais il ne leur vient probablement pas à l’esprit que leur système est en cause.) L’union libre donne des résultats, qui ne sont ni meilleurs ni pires. Quant à l’enfant élevé par un seul parent, il n’est ni plus malheureux ni plus heureux qu’un autre.

Si vous voulez que l’amour et le respect puissent durer, ayez des relations peu fréquentes et peu durables. Pour que la Vie puisse croître, il faut que les hommes et les femmes restent des personnalités séparées. Ne partagez rien avec votre amant(e) que vous ne partageriez avec un( e ) ami( e ). Je crois que le mariage défraîchit l’amour, transforme le respect en mépris, souille l’intimité et limite l’évolution personnelle des deux partenaires. C’est pourquoi je pense que «  le mariage est une mauvaise action».

En définitive ce que je trouve intéressant, c'est que sans prôner directement l'union libre (on ne sait pas trop pourquoi — il faudrait sans doute creuser sur ce que véhiculait l'union libre à l'époque), elle semble chercher une autre voie, qui n'est certainement pas de la monogamie, et qui met en avant l'individu… ce qui n'est pas sans rappeler « le polyamour solo » ou « l'anarchie relationnelle » d'aujourd'hui.

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Siestacorta

le jeudi 09 mai 2019 à 21h34

D'acc...
Mais j'ai bien l'impression que "libre", pour elle, ça veut dire "pas poussée par la Loi ou la norme à se marier", " pas enfermée dans le statut de Madame Machin, qui doit passer derrière Monsieur".
Et aussi "libre" en général, de faire des choix autonomes. Ca s'arrange parfaitement avec de la monogamie en série...

Mais la part non-exclusive, je sais pas, j'ai l'impression qu'on peut lire ce texte sans considérer sérieusement que c'est une option.
Ça parle pas de tiers, même quand ça parle de sexe.
Je pense qu'elle fait une différence entre l'amour-couple et l'amour-marié, et que ce qui fait sa liberté sexuelle, c'est de pouvoir faire l'amour sans se marier.
La garantie d'exclusivité semble pas remise en cause. Elle casse pas l'union libre (si on se fie au passage sur l'éducation des enfants), mais elle s'en fout un peu...

Je crois que la routine est encouragé par la monogamie, mais je crois qu'il suffit de ne pas vouloir sortir de ses habitudes relationnelles pour en vivre une, et s'étonner ensuite que l'un ou l'autre s'y sente jamais vraiment à son aise...
Moi, solo-poly et même vieux-garçon, j'ai des routines. Des poly avec leurs hiérarchies bien rangées ont des routines.
Elle a raison de dire que ce sont des chaînes difficiles à briser. Mais elle envisage pas clairement qu'au delà du mariage, c'est l'idée même de couple qui respire si peu.

Bon, tout ça se passe avant la première guerre mondiale, donc elle a déjà pas mal d'avance sur son temps ! Et pour tant de gens qui se demandent encore si c'est bien grave de découcher de temps en temps, elle est en avance sur le nôtre aussi :-)

Message modifié par son auteur il y a 5 mois.

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