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Ils se déchirent, je suis témoin

(Hors sujet)
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Lanteans

le mardi 28 novembre 2017 à 09h47

Bonjour à tous,

J'ouvre ce sujet car deux de mes proches sont dans une phase compliquée et je ne sais pas quoi faire pour les aider. Je suis bien consciente que leur histoire n'a pas grand chose à voir avec le polyamour, auquel cas je supprimerai le fil, ou les administrateurs s'en chargeront, mais je voulais tout de même tenter ma chance.

Alors voilà... M (ma mère) et L (mon beau-père) sont en couple depuis presque 20 ans, et mariés depuis environ 15 ans. Je considère L comme mon père, c'est lui qui m'a élevée après le divorce de mes parents. Depuis environ 1 an, la situation dégénère entre eux, mon beau-père s'étant rapproché d'une autre femme et ancienne collègue, que j'appelerai S.
Habitant à près de 1000 km de chez eux, je ne suis pas témoin direct de ce qu'il se passe à la maison. Cela dit, M se confie à moi, ayant besoin de parler et ne voulant pas impliquer ses amis, car elle a peur, je cite, "de passer pour une conne à vouloir sauver son couple malgré l'adultère". Elle est dans une grande détresse. J'ai passé le week-end avec eux, et je les vois imploser petit à petit et j'avoue ne pas savoir quoi faire.
J'ai exposer l'éventualité à M de s'ouvrir au couple libre, ou éventuellement, par la suite, au polyamour, mais elle est totalement fermée à cette idée et l'a rejetée en bloque, sans même me laisser le temps de lui expliquer. Elle reste bloquée sur "il m'a trompée, je ne veux plus qu'il la voit, sinon c'est fini".
De son côté, L, déjà peu locace de nature, ne fait que se replier davantage sur lui même et souffre énormément de la situation. Il en a parlé un peu avec moi et dit se sentir totalement étouffé par M, au point de ne pas vouloir rentrer à la maison. Il le fait néanmoins, mais avec la boule au ventre. Il faut dire que M l'épie constamment. Elle fouille ses comptes internet (Facebook, mail...), relève son compteur kilométrique pour voir s'il a fait plus de km que ce qu'il prétend, fouille dans son téléphone, etc... Et n'hésite pas à lui mettre sous le nez ses trouvailles, de façon agressive, croyant déjà tout savoir. Par conséquent, L ne parle pas, se réfugie dans le mutisme puisque quoi qu'il dise, il est celui qui a tort. Et, quand la pression devient trop forte, les deux explosent (téléphone balancé à travers la pièce, coup de pieds dans les porte au point de les casser, assiette lancées par terre, etc... et encore, ça, c'est seulement ce que M accepte bien de me dire !)

J'aimerais les aider à trouver une solution, ou du moins, à rétablir les canaux de communication mais ne sachant pas comment faire.. Ils sont sur une pente toxique et destructive, pour l'un comme pour l'autre. Je ne cherche pas forcément à sauver leur couple, je ne sais même pas si c'est possible, seuls eux peuvent le savoir, mais je cherche des moyens pour les aider à communiquer, en toute honnêteté, et surtout dans le calme et le respect.
Des idées ?

Merci d'avance pour vos conseils, et désolée si ce sujet est hors-sujet..

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Merlyn

le mardi 28 novembre 2017 à 10h43

Bonjour et bienvenue sur le forum.

Tu n'es pas totalement hors-sujet parce que tu as parlé à M du polyamour ;).

La situation telle que tu la perçoit et que tu la décris semble complexe. Il transparait que tu aimes ces deux proches et que tu as vraiment envie de les aider.

Cependant, l'expérience m'a appris que les gens ne commencent à changer que quand ils l'ont décidé eux-mêmes.

Le comportement de M ne me semble pas du tout compatible avec le polyamour et personnellement, je suis toujours extrêmement refroidi par les personnes qui harcèlent et espionnent leur conjoint au nom de la jalousie ou que sais-je encore, même dans le cadre d'une relation monoamoureuse et L semble à ta description tout naturellement en souffrir. Moi à sa place, je ne supporterais également pas.

Je ne vois pas comment tu pourrais les forcer à communiquer dans l'état actuel.

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Lanteans

le mardi 28 novembre 2017 à 10h55

J'aurais dû préciser que j'ai eu une longue conversation avec M ce week-end. Elle commence à prendre conscience que son comportement ne mènera à rien, si ce n'est fermer d'autant plus L. Elle a également conscience que si tous les deux continuent comme ça, ça finira par exploser, et ça ne fera pas du bien, ni à eux, ni à leur entourage.
Elle a réellement conscience de tout ça, mais quand elle se retrouve submergée par ses émotions (jalousie, peur, colère...), elle les subit et n'arrive pas à les maîtriser, et invariablement, c'est L qui prend tout ça de front.
Elle envisage la possibilité de consulter un thérapeute pour couple, mais ne veut pas en parler à L sous prétexte qu'il "refusera totalement l'idée".
Est-ce que je devrais proposer cette solution à L moi-même ?
Ou éventuellement proposer à M et L d'aller consulter un spécialiste seuls ? Ca ne peut qu'être bénéfique je pense, pour démarrer un travail sur eux-mêmes et prendre du recul sur la situation, ne serait-ce que pour trouver des solutions pour apprendre à maîtriser leurs émotions négatives et communiquer sereinement.

Je les aime profondément, et les voir se déchirer me fait souffrir. Je suis de nature empathique, si je vois quelqu'un souffrir, je souffre avec lui. Je prends une part de sa douleur et me l'approprie, ce qui fait que me sentir impuissante, comme maintenant, est très difficile à supporter et m'affecte plus que je ne le voudrais.
Je sais que je ne devrais pas tant m'impliquer dans leur couple, ce n'est pas mon rôle, et je ne suis pas convaincue que ce soit bénéfique. Mais rester sans rien faire, à ne donner que du réconfort dans les moments de crise, je ne sais pas faire..

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bonheur

le mardi 28 novembre 2017 à 11h51

Je confirme ce que Merlyn a si bien dit déjà.

M comme L doivent entreprendre un sérieux travail sur eux-mêmes. Psy ou livres s'ils peuvent être autonomes dans leurs prise en main et évolution.

Attention de ne pas te retrouver entre deux feux ou pire, la mauvaise conseillère qui aura provoqué ceci ou cela.

Personnellement, j'ai préféré m'éloigner de mes parents. Ma mère, porte parole de l'unité, m'ayant envoyé dans les dents ma façon d'aimer... pour ensuite geindre dans mes bottes de son emprisonnement (financier et matériel) dans ce couple. J'ai pris mes distances. Je n'aurai pas pris la défense de l'une pour voir l'autre comme le monstre. C'est malsain de se mêler des affaires de ses parents.

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Siestacorta

le mardi 28 novembre 2017 à 13h07

Si tu as assez de dialogue avec ton beau-père pour placer l'idée d'un conseiller conjugal, un rapport d'adultes et pas seulement d'enfant qui doit respecter une inaccessibilité parentale, alors ça peut valoir la peine.

Ta mission c'est pas de lui faire accepter, c'est juste qu'il envisage ça d'une autre manière que "c'est l'idée de ma compagne avec qui je suis en conflit, donc c'est pas une bonne idée".
S'il ne t'entend pas, tu auras quand même pris ta responsabilité. C'est complètement normal de pas avoir de solution à la place de sa famille...

C'est possible que sa réticence actuelle soit liée à son sentiment de culpabilité : sur le papier, il est en faute, il se sent en faute, donc il a peur qu'une personne de plus lui fasse des reproches avant qu'il ait d'une manière ou d'une autre décidé de ce qui était bon pour lui.

Raconter "j'ai fauté", pour lui ce serait ne faire que valider les reproches qu'il reçoit.

Alors que le rôle d'un conseiller conjugal (d'un bon psy tenant ce rôle, en tout cas), c'est pas de faire entendre une vérité morale sur le couple, mais
- d'aider à dialoguer quand le dialogue semble impossible,
- puis décider si, avec ce dialogue on peut continuer à faire un couple ou si on serait chacun plus heureux en laissant cette partie de sa vie derrière soi. Ah oui, un conseiller conjugal peut arriver à conseiller une fin du couple, en tentant que ce soit le moins inutilement blessant possible (et pourquoi pas constructif).

L'avantage pour ton beau-père, ce serait que dans ce travail, il aurait un espace où justement il n'aurait pas forcément tort, où il pourrait dire ce qui lui est arrivé.
(il se passera d'autres choses aussi mais c'est un argument de vente :-) )
Ca ne garantit pas que ce sera bien accueilli par sa compagne - pas du tout - mais ça garantit que chacun doive dire, en plus des ressentis déjà exprimés, autre chose justement que des reproches et des mea culpa.

Bref, qu'on sorte d'un conflit qu'on fait durer par absence de dialogue plutôt que de penser et exprimer clairement qu'il y a une relation après le conflit qui sera différente de ce qu'elle était avant.

Message modifié par son auteur il y a 8 mois.

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Lanteans

le mardi 28 novembre 2017 à 14h13

Merci beaucoup pour vos réponses. Ca m'ouvre certaines pistes pour dire les choses, ou du moins les orienter vers une discussion.

Bonheur, je n'ai pas l'intention de me mêler plus que ça de leur vie de couple et de leurs problèmes, j'ai bien conscience que ce n'est ni mon rôle, ni ma place. J'essaie seulement de trouver des moyens de leur faire comprendre, à tous les deux, que la situation ne va pas s'améliorer s'ils restent dans cet état d'esprit. Loin de moi l'idée de les accabler encore plus. Quand je leur parle, c'est de façon très générale. Je ne fais aucun reproche, à aucun d'eux, leurs consciences respectives s'en occupent déjà bien assez, il est inutile d'en rajouter une couche. Je fais mon possible pour les épauler.

Siestacorta, merci pour ces pistes de réflexion qui me permettront peut être de faire accepter l'idée d'aller voir un conciliateur. J'avais pensé me proposer pour tenir ce rôle d'intermédiaire, mais c'est sans aucun doute une mauvaise idée, mon implication émotionnelle m'empêchant d'avoir suffisamment de recul et d'être totalement impartiale. Comme le dit bonheur, je ne veux pas me retrouver entre deux feux.
Pour ce qui est de sa culpabilité, il l'a subit sans aucun doute. Vis à vis de ma mère, certes, mais aussi vis à vis de moi. Il a plusieurs fois dit à ma mère de "ne pas m'embêter avec ça, qu'il ne sert à rien que je sois au courant". Je suis sa fille, sinon par le sang, du moins par choix et par affection, et je pense qu'il a peur de me perdre si ça se terminait mal entre eux. Il a peur que quoi qu'il arrive, je prenne le parti de ma mère parce que c'est lui qui a "fauté". J'espère avoir été suffisamment claire et convaincante en lui disant qu'il n'avait pas à s'en faire sur ce point, que quoi qu'il arrive, je resterais toujours sa fille.

Je pensais leur proposer de venir lire les différents témoignages sur ce forum. Sans parler de polyamour au sens strict, cela pourrait éventuellement leur ouvrir des pistes de réflexion. Qu'en pensez-vous ?

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bonheur

le mardi 28 novembre 2017 à 15h06

Oups ! Je me suis mal exprimée ou j'ai été mal lue. Je n'indiquais aucunement que tu étais juge et/ou arbitre. Je mettais juste en garde sur le rôle qu'un enfant ne doit pas avoir vis à vis de l'unité que forme ses parents. D'ailleurs même des amis ne doivent pas avoir ce rôle. Il y a une nuance entre demander de l'aide et s'ouvrir, demander une écoute. Concernant mes parents, enfin ma mère (mon père est muet), on m'a demandé de l'aide alors que l'on m'avait enfoncé juste avant... Je me suis donc éloignée et c'était le mieux à faire.

Je ne connais rien de tes parents et de ton rapport avec eux. Certaines personnes sont des tracteurs, d'autres des marais et l'histoire est possible. Je t'envoie en mp cette anecdote reprise du livre : "le psy de poche - nous disposons tous des ressources pour donner un sens à notre existence" de Susanna Mc Mahon.

J'ai fait un copier-coller. Si tu ne le reçois pas correctement ou en entier, indique le moi.

Message modifié par son auteur il y a 8 mois.

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bidibidibidi

le mardi 28 novembre 2017 à 15h52

Pourquoi ne pas poster l'anecdote ici, Bonheur ?
Ca pourrait en intéresser d'autres.

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Siestacorta

le mardi 28 novembre 2017 à 16h23

Lanteans

Je pensais leur proposer de venir lire les différents témoignages sur ce forum. Sans parler de polyamour au sens strict, cela pourrait éventuellement leur ouvrir des pistes de réflexion. Qu'en pensez-vous ?

a priori je recommande pas trop, dans ce cas là.
L'histoire que tu racontes ne contient à ce que tu dis pas d'ouverture au polyamour en amont, en tout cas clairement pas de "c'est pas grave si la vie continue sans qu'on soit que tous les deux".
Donc pour des monos dans un moment de crise, si l'option poly rentre dans l'échange, ça peut être une tentative d'éluder le problème, plutôt que de le résoudre : soit en se disant " on essaie de croire à n'importe quoi dans l'urgence plutôt que penser à une séparation", soit "oh, c'est possible de dédramatiser, ya des gens qui font ça très bien", alors qu'en réalité de leur point de vue, ya déjà un "drame".
Je dis pas qu'il y a aucun chemin à faire qui ne transforme à terme leur point de vue sur leur relation ou les relations, mais je crois pas que parle de polyamour ce soit le moment, ça mélange deux sujets complexes... Et ta mère identifierait tout "potentiel d'ouverture" à l'amante de ton beau-père, ce qui aiderait pas à l'ouverture attendue.
Ca peut être une étape à un moment de leur chemin, mais je crois qu'en parler d'emblée ça peut conduire soit au déni de leur difficulté actuelle, à se braquer, au mieux à un truc qui ne les intéressera pas sur le moment.

Je pense que cette idée de leur montrer le site et ses contenus te vient d'un besoin d'aider... Et je crois vraiment que c'est un coup à se faire du mal de s'impliquer de trop. L'idée même que tu as eu d'être conciliatrice, même si tu l'as écartée ensuite, montre ton propre malaise.

Tu peux écouter quand ils en ont besoin, parler de possibilités de conciliation par un pro, si par chance c'est entendu tant mieux.
Mais tu dois aussi prendre pas mal de recul, accepter que des fois, on ne peut pas faire le bien des autres malgré eux, et que les douleurs de la vie peuvent pas forcément être évitées, au mieux modérées.
C'est un truc triste, de devoir lâcher prise sur le bien-être qu'on souhaite aux proches, mais paradoxalement, cette prise de recul nous ouvre à une bienveillance plus large, permet d'être du côté de ceux qu'on aime même quand ils disent ou font des choses qu'on ne comprend pas.

Message modifié par son auteur il y a 8 mois.

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bonheur

le mardi 28 novembre 2017 à 19h05

Ok bidibidibidi mais c'est volumineux (raison principale). Aussi, je crois l'avoir déjà fait (raison secondaire). C'est une citation avec donc des droits d'auteur (encore une raison). Je le fais tout de même et si ça peut inspirer quelques uns à lire ce livre peu coûteux, pourquoi pas ?!

Message modifié par son auteur il y a 8 mois.

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bonheur

le mardi 28 novembre 2017 à 19h08

Livre « le psy de poche – nous disposons tous des ressources nécessaires pour donner un sens à notre existence » de Susanna Mc Mahon. Marabout poche psy 9782501084857 à 5,99 €

Partie III : questions relationnelles

Chapitre 75 : comment savoir jusqu’où je dois aider les autres ?

D’abord, assurez-vous que l’autre a envie de ce que vous lui donnez. Ne partez pas de l’hypothèse qu’il a besoin de vos bons offices et ne donnez rien tant que vous vous sentez vous-même frustré. Cela se retournerait contre vous. Fuyez comme la peste le besoin d’être nécessaire aux autres. C’est un piège dans lequel il est facile de tomber. Vérifiez et contrôlez que ce dont vous faites cadeau – votre temps, votre énergie, vos services, votre sacrifice – est donné de bon cœur et sans la moindre arrière-pensée de votre part. Quand on vous demande de donner quelque chose, que vous n’en avez nulle envie mais que vous vous y sentez contraint, prenez toutes les mesures pour que cet état de chose ne perdure pas ; entourez-vous de garanties dès le départ. Sachez jusqu’où vous irez et où vous vous arrêtez. Si vous êtes incapable de faire cela, mieux vaut à long terme ne rien donner de vous-même. Si vous vous trouvez coincé dans une position où vous avez l’impression de devoir donner trop, jusqu’à en concevoir de l’amertume et de la colère, cessez de donner. Nul don à autrui ne vaut la peine de vous détruire. Si vous avez commencé à donner, nulle loi ne vous oblige à continuer. Méfiez-vous des gens qui attendent toujours quelque chose de vous. Ils manquent d’estime d’eux-mêmes, ils ne vous encourageront jamais à vous prendre en charge.

La fable qui suit est un bon exemple pour illustrer le danger qu’il y a à trop donner.

Dans une sombre forêt végétait un marécage en état de dépression chronique, profondément insatisfait de son sort. Par une belle journée ensoleillée, un tracteur frais émoulu de la chaîne de montagne partit se promener dans la forêt. Le tracteur sifflotant et chantonnant, heureux de vivre comme personne, tomba au détour du chemin sur le marécage :
- Bonjour ! lança-t-il au marécage. Quelle belle journée !
- Beurk, répondit le marécage. Tu parles ! Moi, je suis condamné à vivre dans ces sous-bois sombres où je ne vois jamais un rayon de soleil. J’en ai assez d’être un vieux marécage glauque.
- Mon pauvre marécage ! s’exclama innocemment le tracteur. Que pourrais-je bien faire pour t’aider ?
Le marais prit un instant de réflexion :
- Eh bien, si tu désires véritablement me rendre service, tu pourrais aller me chercher de la terre jusqu’à me remblayer complètement : ainsi, je cesserais d’être un marécage.
- Qu’elle bonne idée ! acquiesça le tracteur. Je serai enchanté de t’aider.
Et voilà notre tracteur qui se met à pelleter de la terre pour combler ce pauvre marécage. Il se donne du mal et charrie des tonnes de terre, des heures durant. Mais le marais, dépité par les maigres résultats de tant d’efforts, commence à maugréer :
- Je ne crois pas qu’à ce train-là, tu parviennes à changer grand-chose.
- D’accord, acquiesça de nouveau le tracteur, je vais faire plus vite.
La journée s’écoule et, au soir, le petit tracteur est épuisé. Hélas, le marécage n’a guère changé depuis le matin. Et le voilà qui se met en colère :
- Si tu m’aimais vraiment, ça se verrait. Je n’ai pas l’impression que tu y mettes beaucoup de bonne volonté.
Après avoir œuvré toute la journée pour aider son ami, le tracteur prend encore plus à cœur son rôle salvateur : il doit faire tout ce qu’il peut pour changer son ami. Malgré la fatigue, il redouble d’efforts, pelletant toute la nuit, tandis que le marais dort à poings fermés ; le jour suivant, il poursuit inlassablement son travail. Mais le marais s’obstine à ronchonner et ne cesse de se plaindre : de si piètres résultats prouvent bien que le tracteur manque vraiment de cœur. A bout de forces, le tracteur se tue à la tâche, puis s’enfonce lentement dans la vase gluante du marécage. Il disparaît, ne laissant derrière lui aucune trace de son passage. Le marécage est toujours marécage, il attend l’arrivée du prochain tracteur pour lui demander de le sauver de lui-même.

Qu’aurait dû faire le tracteur ? S’il avait appris l’estime de soi – la façon dont on peut se prendre en charge -, il aurait demandé au marécage ce que ce dernier était disposé à faire pour changer. Il aurait également pu passer à côté du marécage et se rendre compte qu’il constituait un piège dangereux. Ou, s’il était un tracteur bien intégré socialement, il aurait peut-être offert au marécage une aide momentanée. Ensuite, comprenant que sa contribution était inutile, il aurait passé son chemin, content d’avoir essayé, même si le marécage était toujours marécage. Dans tous les cas, si ce tracteur avait appris l’estime de soi, il n’aurait jamais donné sa vie pour le marécage.

Il y a des gens qui sont nés tracteurs (les donneurs) et ils sont attirés par ceux qui sont nés marécages (les preneurs). Pour que l’histoire se termine bien, il faut que tous les marécages et tous les tracteurs du monde apprennent, individuellement, à se prendre en charge. Les marécages doivent apprendre à s’occuper d’eux-mêmes et les tracteurs doivent apprendre à les laisser faire. Il faut que les tracteurs laissent les marécages continuer à être marécages. En payant de sa personne, le donneur met le receveur en position d’infériorité, en position de victime ; une victime qui tend à en vouloir à son soi-disant sauveur, voire à le haïr. On comprend aisément le rôle destructeur des preneurs, mais il y a également un grand pouvoir de destruction dans le fait de trop donner. L’objectif du donneur – se sentir bien et s’attribuer le mérite du changement – risque de dépasser largement les besoins du preneur.

Souvenez-vous du symbole de la bonbonnière : commencez par remplir la vôtre, puis vous pourrez penser à celle des autres. Donnez votre superflu, non votre nécessaire ; donnez quand votre bonbonnière à vous est pleine, donnez quand vous êtes sûr que ce dont n’est pas, pour vous, une privation. Sacrifiez-vous pour les autres tant que vous voulez, à condition de ne pas avoir l’impression de sacrifier quoi que ce soit. Dès que vous sentez que ce sacrifice vous coûte, cessez de donner et défendez vos propres intérêts.

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Lanteans

le mercredi 29 novembre 2017 à 10h17

Merci de tout cœur pour vos conseils avisés, et merci bonheur pour avoir partagé cette fable. Je tâcherai de la garder à l'esprit en toute circonstance ! ;)

Pour te répondre Siestacorta, je n'essaie pas de leur faire faire des chose malgré eux, bien au contraire. J'essaie, du moins avec ma mère, de lui montrer qu'il y a d'autres manières d'appréhender le problème, qu'il y a toujours au moins deux points de vue opposés pour une même situation.
Ce que je déplore, c'est qu'elle n'arrive pas à voir au-delà de sa colère et de sa déception, elle est empêtrée là-dedans, et n'arrive pas à en sortir. Je sais bien que je ne peux pas la forcer à changer, ou à voir les choses différemment, ce travail ne peut venir que d'elle. Mais la voir souffrir et être impuissante face à cela, ne pouvoir que la prendre dans mes bras pour lui apporter un peu de réconfort me paraît bien insuffisant..

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Camille_B

le mercredi 29 novembre 2017 à 11h28

Soutenir constamment ses parents est effectivement profondément malsain ... quand on est un enfant.

Devenu adulte, si la séparation avec la "trop bonne mère" ou le "père parfait" s'est bien déroulée, bref, si on a acquis sa liberté, ça n'est pas une mauvaise chose que d'aider ses parents. Car désormais ils sont "comme les autres", des gens comme les autres, avec lesquels, certes, nous gardons un lien particulier.

Mais, comme dans toute affaire de ce genre, que ce soit avec ses parents ou qui que ce soit d'autre, il ne faut pas se laisser enfermer dans cette histoire, il ne faut pas y être intégré, il faut rester à l'écart. Si la séparation saine et nécessaire d'avec ses parents n'est pas complète le danger est immense, si elle s'est faite, il demeure toujours mais pas beaucoup plus qu'avec un ami.

Fais attention, mais si tu sens que tu peux leur apporter une aide utile et qu'il n'y a pas grand monde pour le faire, n'hésite pas. Tu risquerais de regretter de ne pas l'avoir fait.

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Lanteans

le mercredi 29 novembre 2017 à 16h18

On dirait que Camille_B a bien retranscrit comment je perçois la situation ;)
Je ne suis pas totalement impliquée dans la situation. Je garde une certaine distance émotionnelle avec tout ça, d'autant plus que je distance physique aide beaucoup sur ce point. Comme tu le dis Camille_B, je regretterais de ne pas "tenter" quelques chose. Qu'il se sépare ou non ne dépend pas de moi ou de ce que je voudrais. J'essaie juste de les orienter sur des pistes de réflexion vers lesquelles ils n'iraient pas tout seuls.
Et concrètement, même s'ils se séparent, ça ne changera rien pour moi. La décision leur appartient, mais je voudrais que ça se fasse dans les meilleures conditions possibles, ou du moins, avec le moins de souffrances et de déchirement possibles.
Je pense réellement être ne mesure de les soutenir et de les aider. Bien qu'ils m'aient élevée, j'ai une vision de l'univers, du monde, de la vie, du couple et de tout un tas d'autres choses très différente de la leur; Je pense que ça ne peut que les aider de voir qu'il y d'autres façons de penser que celle qu'ils ont actuellement. Libre à eux ensuite d'y adhérer en connaissance de cause ou de la rejeter.

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