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Suis-je vraiment responsable de mes émotions?

(Hors sujet)
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(compte clôturé)

le mercredi 19 août 2015 à 13h29

Je suis responsable de mes émotions.

Je lis ça parfois sur PA.info ou sur internet : certains coachs ou les psys l’écrivent parfois aussi…

Je serais responsable de mes émotions. Je vois bien l’intérêt qu’il y a à une telle posture. Si j’ai une responsabilité, je peux en faire quelque chose, ne pas en rester prisonnier ad vitam aeternam… OK

Mais Responsable: cela veut dire rendre compte de ses actes (être éventuellement coupable), ou en être l’auteur.
Suis-je l’auteur de mes émotions: suis-je l’auteur de ma surprise si un chat saute soudainement devant moi dans la rue? Je suis l'émetteur au sens corporel de la surprise mais aussi spectateur involontaire et inconscient de mon mouvement et de mon expression.

Suis-je coupable si je ressens de l’envie devant le sèche-linge (4*4, nouveau smartphone…) de ma belle-soeur. Pas évident surtout dans un contexte de société de consommation ou l’on est abruti de publicité; mais si je balance un scud à ma belle soeur sur son niveau de vie, je deviens responsable de ce que je lui dis et de comment je lui dis…
Suis-je responsable de ma colère et de mon envie d’étrangler un directeur qui supprime un de mes outils de travail sans prévoir de solution bis: je suis responsable et coupable si je l'étrangle effectivement mais responsable de mon fantasme violent, ça se discute, non?

Du coup cette responsabilité peut devenir injonction (sois responsable de tes émotions ,tu ne dois pas ressentir telle ou telle chose…), et ce glissement ne comporte t-il pas un risque d’aliénation, de manipulation qui assimile un peu vite un affect à un acte, un choix, une liberté.
Ne renvoie t-on pas la personne émue à la solitude et au clivage du je ne devrai pas ressentir cela bref, une nouvelle souffrance, une lutte de plus de soi contre soi de l’individu sommé de se comporter en autogestionnaire solitaire de ses émotions.

A titre personnel, je trouve moins culpabilisant de demander qui souffre vraiment dans l’envie, la fantasme violent, la peur, la colère bref l’affect douloureux…
La première victime de l’émotion douloureuse (et le plus souvent la seule mais pas toujours), c’est celui/celle qui la vit. Et peut-être vaut il mieux enclencher des cercles vertueux en entourant de tendresse ce qui souffre en soi plutôt que de s’infliger un tourment, un ascétisme, une culpabilité de plus?

Cela marche peut-être aussi pour les affects positifs non conventionnels: j’aime, je ressens de l’attirance pour untel/unetelle alors que ne devrais pas dans un cadre mono-hétéro centré: quoique je fasse ou j’engage avec cette personne, je ne suis pas responsable du sentiment naissant mais bien de ce que je vais faire ou dire dans le temps qui suit…

Vous en pensez quoi?

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LuLutine

le mercredi 19 août 2015 à 14h34

Je pense exactement comme toi, et je ne pense pas que le fameux "own your feelings" / "tu es responsable de tes émotions" signifie qu'on n'a pas le droit de ressentir telle ou telle chose.

Bien au contraire, c'est en acceptant que je ressens certaines émotions que j'ai appris à ne plus chercher à les refouler, et à les accepter.
(Même si ce n'est pas fini, car j'apprends encore !)

"Own your feelings" pour moi, ça commence par accueillir ce qui est et contre lequel on n'a pas de pouvoir - du moins sur le moment, car si je prends l'exemple de la peur, la première fois que je dois me jeter du haut d'une tyrolienne, je vais avoir peur, mais je vais le faire en acceptant cette peur ; ayant vu que j'ai survécu et qu'il ne m'est rien arrivé de fâcheux, la fois suivante j'aurai moins peur, etc. (cet exemple est une dédicace à qui se reconnaîtra :P )

Donc non, "sois responsable de tes émotions" ça veut dire justement pour moi "gère-les, choisis et contrôle tes actes, mais tout en acceptant et accueillant ce qui est : ton ressenti".

Pour moi, c'est l'opposé du refoulement et des blocages (blocages qu'à mon sens une grande partie de la société prône : tu ne dois pas te sentir jaloux(se) parce que ce n'est pas bien, tu ne dois pas te sentir triste que cette personne aille mal parce que vous n'êtes pas assez proches, etc. - et on conseille de tout bloquer au lieu d'accueillir et de chercher la meilleur solution qui permette une évolution positive sur le long terme) !

Je crois justement que ceux qui pratiquent le "own your feelings" au sens où je le comprends accueillent bien mieux les émotions quand elles se présentent que 99% de la société.

A titre personnel, j'ai découvert combien c'était libérateur de pouvoir (me) dire : "oui, là je me sens mal, je me sens abandonnée, triste, anxieuse, en colère", etc. et de l'accepter, plutôt que de jouer à "je vais bien tout va bien et mes émotions ne font pas de vagues" (ce que je n'ai jamais réellement fait en fait, mais il fut une époque où j'ai quand même appris - par contrainte de l'entourage - à refouler énormément d'émotions ; est-ce utile de préciser que ce fut totalement contre-productif, voir catastrophique ?).

Pour conclure, je dirais que le sens de "own your feelings", c'est aussi "n'en rend pas responsable l'autre". Ce qui malheureusement est assez courant dans des situations de jalousie "mono" classique, par exemple.

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bonheur

le mercredi 19 août 2015 à 15h00

Je suis heureuse que ce sujet soit abordée. Merci Tigreminou.

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LuLutine

le mercredi 19 août 2015 à 15h06

P.S. : Ca rejoint un peu le premier thème d'un café poly d'octobre dernier, dont j'avais rédigé la première partie du CR (oui je sais j'ai pas encore rédigé la deuxième partiiiiieee !) :

/discussion/-Wc-/Compte-rendu-du-cafe-poly-du-28-o...

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(compte clôturé)

le mercredi 19 août 2015 à 15h31

@Lulutine: merci pour le lien. Je n'avais pas vu passer ce CR; je vais lire le fil du coup

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(compte clôturé)

le mercredi 19 août 2015 à 15h59

Du coup, après lecture du CR, je me demande s'il y a pas comme une traduction un peu abusive qui tirerait le sens "d'assumer" ce que l'on ressent (prendre pour soi, à son compte) vers "devoir être responsable" (et un peu coupable) de ce que l'on ressent...

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Siestacorta

le mercredi 19 août 2015 à 19h31

Je crois vraiment que lorsqu'on parle de la responsabilité, comme tu le dis dans ta conclusion, ça touche pour la majeurs partie à la continuité entre nos actes et nos sentiments.
Ce qu'il y a de responsable dans les sentiments, c'est notre action quand ces derniers s'inscrivent dans la durée. C'est sans doute une des distinctions à faire, c'est qu'une émotion ça arrive et ça peut repartir, un sentiment ça perdure. L'émotion c'est de la matière brute ; dans un sentiment, on trouve le simple fait de le distinguer et de le nommer sur le temps long où on l'éprouve, donc toute la possibilité d'y réfléchir, de se comprendre et d'agir pour que ce qu'on ressent dure ou non (action efficace ou non). Bref, dans le sentiment, et dans ce qu'on en fait, notre volonté est présente.
Ce point est important, parce que le titre du fil parle d'"émotions", tandis que plusieurs passages du post questionnent des ressentis moins fugaces...
Et dans ce que je lis dans le forum, et ailleurs, ce serait qu'on peut être responsable de sentiments... pour les moments d'émotion, on peut juste avoir conscience de comment on y est arrivé, mais je ne me souviens pas d'avoir lu "tu peux choisir l'émotion".

Quand on parle de responsabilité à prendre sur ce qu'on veut et ce qu'on refuse, on ne condamne pas quelqu'un parce qu'il n'arrive pas à agir autrement. On lui dit que la personne qu'il est existe ailleurs que dans l'instant passé où l'émotion est née. Que ce qu'il a ressenti et ce qu'il ressentira sont deux choses différentes, et qu'entre les deux il y a de quoi penser et faire.

Pour moi, la responsabilisation, c'est faire prendre conscience qu'on peut agir, faire réfléchir aux moyens et aux limites personnelles, quand la culpabilisation consisterait à imposer l'idée que la bonne chose à faire est simple et évidente et que tout ce qui compte ce serait de désigner un interrupteur affectif à bien ressentir / mal ressentir. Quand ce qu'on dit des sentiments en général compte plus que ce que la personne dit sur des siens et de leur contexte.

La responsabilisation de l'autre, ce serait donc plus souvent un questionnement qu'une résolution.
Etre responsable de ses sentiments, ce serait d'écouter et comprendre leur origine (ils ne sont pas juste là magiquement) et comprendre que les choix et les actes qui s'en suivent dépendent de cette compréhension.

Message modifié par son auteur il y a 4 ans.

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bonheur

le mercredi 19 août 2015 à 20h24

(+) Siestacorta. Ca reprend les explications d'un livre que j'ai lu dans l'année. Oui, distinguer tout d'abord émotions et sentiments. La joie est une émotion. L'amour et le bonheur qu'il engendre sont pour moi -et je dis bien pour moi- des sentiments.

L'important à mes yeux sera de vivre pleinement les moments d'émotions et de les accepter à bras le corps -y compris les émotions jugées négatives par beaucoup- car elles sont mon essence, elles font que je suis vivante. Mes sentiments, je m'efforce de ne pas les intellectualiser, sauf dans le cas où je ne suis plus bien dans la notion de pérennité de ce sentiment. Autrement dit, je vis mais je ne subit plus. Je valorise alors les moments de bonheur et les joies et je m'extrais du lien. Une manière d'assumer ma responsabilité envers moi-même tout d'abord, envers autrui également. Je crois malgré tout que l'on ne peut être responsable des émotions, des sentiments, et des actes d'autrui (on peut essayer de comprendre par contre).

Expliquer l'origine des sentiments, je m'y efforce. Souvent ce sont les émotions et leur répétition qui viennent expliquer.

Par contre, je ne mélange pas libido et émotions ou sentiments

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bodhicitta

le jeudi 20 août 2015 à 10h11

Je ne pense pas que l'on soit responsable de nos émotions.
> par contre on est responsable de comment on les vie, la place qu'on leurs laisse, l'importance qu'on leurs donne et l'attention qu'on y porte.

En résumé: du méme avis que Siestacorta.

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(compte clôturé)

le jeudi 20 août 2015 à 12h29

@siesta
c’est vrai qu’il y a un continuum entre les émotions qui relèvent de l’immédiat et des sentiments plus élaborés, des états d’âme (C.André les distingue en les caractérisant par le fait que les états d’âme sont mêlés de pensées/discours, de sensations et forment un arrière monde qui teinte notre conscience d’une manière à la fois plus massive et discrète que nos bruyantes émotions).

Mais je maintiens qu’il y a dans l’approche “responsabilisante” et non assumante des affects quelque chose de potentiellement délétère parce que porteuse de conflit/déni aux effets paradoxaux et que la traduction “own your feelings” en injonction de responsabilité de ses émotions, c’est prendre le risque de partir du mauvais pied avec ce continent si déterminant pour la qualité de la vie que sont nos affects et nos états d’âme.
Après tout, puis-je vraiment aménager ou réguler quelque chose qui n’aurait pas le droit de cité, que je m’autorise pas à accueillir avec douceur et curiosité.
Au-delà, puis-je être vraiment doux et curieux avec quelque chose dont je me sens “personnellement responsable” dans une posture proche d’une police des sentiments politiquement corrects, ne peut-on lui préférer une posture d’accueil, de curiosité et de clémence a priori quelque soit l’affect auquel je fais face (le mien ou celui d'autrui, on peut élargir la perspective).
Si mon amoureuse a une angoisse parce que je fais une rencontre, je peux la laisser se dépatouiller de ça en la considérant comme responsable de ses émotions mais je suis à peu près certain qu’un tel comportement encouragera une insécurité/un sentiment d’isolement et au final plus de difficultés pour elle. Si je fais preuve d’un tout petit peu de patience, d’empathie et de confiance, peut-être vais-je au contraire renforcer mon lien avec elle, lui donner de nouvelles dimensions et l’apaiser.
Si moi de mon côté, je me sens un peu seul au monde et qu’elle me manque quand elle découche et que je n’ai pas mes enfants, je peux regarder ça avec défiance et me dire intellectuellement que c’est non fondé et en arriver à la conclusion que mon état d’âme est nul et non avenu et donc me rajouter une couche de honte par dessus ma tartine de solitude (qui aura un goût encore plus amer) ou bien voir que cet état d'âme est bien là mais pas dévastateur, et que, pris en compte je peux mettre en place des choses pour ne plus le nourrir, voir prendre conscience que cet état d’âme produit de beaux fruits si je les regarde avec clémence mais sans y adhérer, m’identifier à eux.

@bonheur: comment tu fais pour pas mélanger émotion, sentiment et libido? C’est possible de laisser tout ça impeccablement étanche sans développer une énergie folle à refaire les joints en permanence? Le grand bonheur avec un espace de liberté n’est-ce pas d’y voir pousser des choses pas prévues au programme. N’est-ce pas la force et la grandeur des émotions de déclencher des glissements de terrain inattendus? N’est-ce pas la vertu du PA de laisser ces frontières se brouiller un instant, sans arracher tout de suite ce qui pousse pas dans les plates bandes ou déborde du potager?
Tu n'as pas un peu envie de dire je t'aime après un orgasme fort?

Message modifié par son auteur il y a 4 ans.

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bonheur

le jeudi 20 août 2015 à 14h09

J'ignore comment je fais ! Pas de joints et pas d'énergie pour les refaire ! Quand les émotions et les sentiments ne sont pas accompagnés de libido... ben simplement ils n'y sont pas. L'asexualité est une réalité, c'est tout. J'ai une relation primaire très sexuelle et oui, je dit "je t'aime" après un bel orgasme -suivi en général d'un "merci" qui est important à mes yeux.
Dire que dans mes relations secondaires je compartimente -c'est pas le bon mot, mais je n'en trouve pas d'autre-, peut-être ? En fait, je m'en fous royalement, je vis mes amours tellement bien ainsi que je ne vois pas l'intérêt d'y ajouter un polysexualité qui elle me demanderait beaucoup trop d'énergie et surtout un mal-être vraiment trop négatif.

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Profil

bonheur

le jeudi 20 août 2015 à 14h10

Tigreminou
c’est vrai qu’il y a un continuum entre les émotions qui relèvent de l’immédiat et des sentiments plus élaborés, des états d’âme (C.André les distingue en les caractérisant par le fait que les états d’âme sont mêlés de pensées/discours, de sensations et forment un arrière monde qui teinte notre conscience d’une manière à la fois plus massive et discrète que nos bruyantes émotions).

(+)

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Profil

Evavita

le samedi 22 août 2015 à 00h41

Tigreminou
Si mon amoureuse a une angoisse parce que je fais une rencontre, je peux la laisser se dépatouiller de ça en la considérant comme responsable de ses émotions mais je suis à peu près certain qu’un tel comportement encouragera une insécurité/un sentiment d’isolement et au final plus de difficultés pour elle. Si je fais preuve d’un tout petit peu de patience, d’empathie et de confiance, peut-être vais-je au contraire renforcer mon lien avec elle, lui donner de nouvelles dimensions et l’apaiser.

C'est un cas concret, donc j'ai plus de facilité à te dire comment je vois le principe de own your feelings" dans ce contexte.

Pour moi, ton amoureuse est responsable de ce qu'elle ressent et des actes qu'elle fait ou pas en conséquence. De ton côté tu es responsables de si tu choisis de prendre en compte ce que ton amoureuse ressent et de ce que tu fais en conséquence. Qu'elle soit responsable de ses émotions n'implique pas que tu dois en avoir rien à faire.
De toute façon, je me vois mal aimer quelqu'un et avoir rien à faire de ce qu'il ressent.

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