Polyamour.info



Les messages appartiennent à leurs auteurs. Nous n'en sommes pas responsables.

Merci de consulter notre charte de discussion pour connaître les règles qui régissent les conversations sur ce site.

Les amours et polycultures plurielles face au repli sur soi

Social
#
Profil

ScottBuckley

le vendredi 11 janvier 2013 à 02h57

Les amours et les polycultures plurielles peuvent - peut-être ? - apporter des pistes de réflexions et de solutions face à une tendance actuelle qui s’aggrave : le repli sur soi, la casanièrisation des populations, la monoculture personnelle, le “j’ai déjà tout ce qu’il faut à domicile” via les nouvelles technologies. En 2013 on pourrait presque vivre de la naissance à la mort sans quitter son domicile, tout en travaillant.

Comptez autour de vous combien de personnes à présent sont en mode “fermées sur elles-mêmes”, “casquées” (portant sur les oreilles un casque, ou un “kit mains libres” avec oreillette, dans la rue, dans les transports, et même au bureau dans les open space), les “bullées” (en bulle, les yeux rivés sur un écran d’ordinateur, de téléphone, de mp3…).

Ou combien sont chez eux en mode “cocoon”, avec “confort moderne technologique” et multiples appareils pour pouvoir Tout faire et tout avoir “à domicile” : compagnon ou compagne mono, enfants, écran de télé géant style plasma, “home movie”, télé-travail, loisirs, réparations et cours à domicile, livraison de courses, et autres biens et services dématérialisés (musiques en mp3 ou en ligne, DVDs et films VOD, e-photos, e-mess@gerie électronique, “cloud computing” via des datas centers, e-books, télés et radios du monde entier, sites de rencontres, tchats et webcam, wifi, téléphonie illimitée et jeux en ligne, imprimantes 3-D…) via internet et l’e-commerce.
Des petits et gros magasins comme Virgin ferment leurs portes et disparaissent définitivement (car leurs produits s’achètent sous forme physiques ou numériques via internet). Des journaux disparaissent des kiosques (France Soir…), et beaucoup sont largement déficitaires (Les Inrocks, Libération…), remplacés par les écrans de smartphones, les QR codes omniprésents en mozaïques et internet.

Le vivre ensemble et l’écrit (qu’il faut aller chercher dehors) perdent du terrain face au repli sur soi et aux écrans (où tout vient à nous à distance, sans bouger de notre siège).

Cette tendance semble lourde (elle ne fait que progresser depuis 15 ans) et risque de s’accroître d’ici 2020-2030. Et le dérèglement climatique ne risque pas d’améliorer les choses (températures de plus en plus froides ou chaudes, ouragans en hausse, et ventes accrues de “climatiseurs” rejetant l’air chaud à l’extérieur : la boucle est bouclée).

Le couple monogame moderne occidental peut vivre encore plus qu’avant coupé du monde extérieur, en autarcie (“l’enfer, c’est les autres”, les moins riches, les pauvres, les sans abris, les pas comme nous…), et des rues et immenses résidences privées ont déjà fait leur apparition, aux Etats-Unis et en France (inaccessibles aux non-résidents, et protégées par de multiples systèmes de protection, de caméras, gardiens…), peuplées de personnes riches qui militent pour ne plus payer la taxe d’habitation, ou les impôts locaux ou nationaux (ex. : l’exil fiscal du site Amazon, ou des millionnaires), puisque leurs conforts et services privés leur coûtent déjà très chers, et qu’ils n’utilisent plus les services publics de la collectivité locale ou nationale.

En revanche, les amours plurielles me semblent pouvoir incarner un autre art de vivre, plus ouvert : comme tous nos partenaires ne sont pas “à domicile”, contrairement aux monos (à l’abri derrière portes et digicodes, à l’entrée et dans l’ascenseur), on est obligé de sortir de chez soi, de l’entre soi, pour retrouver nos autres amours, pour manger avec elles à l’extérieur, au restaurant.

Beaucoup cherchent les relations humaines terrestres (non numériques), vivent modestement, paient des impôts ou taxes locales, voyagent ou hébergent chez l’habitant, n’ont pas la télévision chez eux, aiment aller au cinéma et danser (lors de festivals et bals folks, par exemple), et pratiquent la consommation collaborative & Co. (covoiturage, colocation, habitat coopératif partagé, coworking, co-lunching le midi, couchsurfing, partages et recyclages d’objets et ressources, achats groupés aux producteurs locaux, trocs de fringues, crowdfunding… : consocollaborative.com/ ).

Car aimer au pluriel, c’est aussi avoir envie d’aimer d’autres que soi, et de partager des choses à l’extérieur de chez soi (du moins c’est mon ressenti).

Vous pouvez trouver ces exemples ridicules, ou la comparaison étrange, mais malgré tout, si ça vous amuse, commencez par compter les “casqués” et les “bullés”, autour de vous, le nombre d’heures quotidiennes ou hebdomadaires passées devant des écrans (et non avec des êtres réels), rapportées en journées à l'échelle d'une année, et leur niveau de confort à domicile.

Est-ce ça l’avenir, le vivre ensemble “chacun pour soi” de demain, les transports Pas en commun ? Pour ma part je n’ai pas de télévision (mais un vieil écran sans antenne pour les dvds, pas de redevance à payer), je ne télécharge ni films ni musiques ni livres (je les emprunte tous en bibliothèques publiques, ou en achète en librairies indépendantes), je n’achète rien sur internet (sauf des billets de trains prem’s parfois), je ne porte jamais mon casque de musique à l’extérieur (je préfère bouquiner écrire dessiner ou écouter et observer les gens autour de moi… et imaginer leus vies privées en coulisses ;) ), et j’utilise le moins possible mon téléphone mobile.

Mais parfois, quand je marche dans la rue parmi la foule des centaines de casqués & bullés, je me sens paradoxalement un peu seul… “Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé”, mais là dans l’espace public c’est plus qu’un !

Et vous ? Quelles ouvertures gardez-vous sur le monde, sur les autres ? Comment les aimez-vous ?

#

Françoise Simpère (invité)

le vendredi 11 janvier 2013 à 11h41

Les amours plurielles ne sont sans doute pas un moyen suffisant pour injecter du réel et du vrai face à la déferlante technologique qui, c'est vrai, permet de vivre en bulle, enfermé, avec l'illusion d'avoir plein d'amis, Facebook étant le meilleur exemple.
Cependant, j'ai constaté- sans expliquer le phénomène- qu'effectivement beaucoup de pluriamoureux aimait se réunir dans la vraie vie, faire de la cuisine saine avec de bons produits, regardaient peu la TV, étaient sensibles à des valeurs spirituelles, humanistes, écologiques. C'est d'ailleurs pour cela que j'avais sous titré le Guide des amours plurielles "pour une écologie amoureuse" car je trouvais des valeurs communes entre les deux: partage des ressources, respect des rythmes, non-appropriation du vivant, diversité des énergies mises en œuvre.
Reste la question de l’œuf et la poule: est-ce que les amours plurielles favorisent ces valeurs, ou est-ce c'est parce qu'ils étaieznt sensibles à ces valeurs que les pluriamoureux ont opté pour cette façon d'aimer?
Par ailleurs, j'ai aussi constaté- et là encore je ne l'explique pas- qu'il y a au moins sur ce site un nombre important de "geeks" et d'ingénieurs, donc de gens passionnés par les nouvelles technologies, qui les utilisent comme elles doivent l'être: pour faciliter le lien et ouvrir des opportunités, non pour remplacer le lien et s'enfermer.

#
Profil

Apsophos

le vendredi 11 janvier 2013 à 14h18

C'est la faute d'internet. Et avant ça (approximativement dans l'ordre), celle de l'avion, de la voiture, du téléphone, du train et de l'industrialisation, non ? (et on pourrait rajouter la presse) Toutes ces techniques qui mettent à notre portée des choses et des gens qui étaient inaccessibles auparavant, tout en nous enfermant dans des rythmes de vie réglés par les autres et tournés sur nous-même ?
Oh attends, mais avant tout ça on connaissait tout le monde dans son village et presque rien autour, et certainement pas des modes de vie différents, c'est ça ?

Bon, à part le "c'était pas mieux avant", les "amours plurielles" sont une forme d'expression de sensibilités plus profondes, outre des "valeurs" (ce mot est à peu près aussi chargé que "amour" c'est dire...) je dirais que c'est une sensibilité à ce qui est différent. Quand on leur expose quelque chose qui est très différent de leur habitude, de leur "système de pensée" (et de... valeurs), que ce soit un mode de vie, une philosophie, ou simplement un courant artistique, la plupart des gens ont d'abord une réaction de rejet, après leur sensibilité (leur "intelligence" si vous voulez) par rapport à ce sujet-là peut se développer. Certains vont jusqu'à en faire une catégorie, les "néophobes", opposés aux "néophiles", en effet c'est de la réaction face à la nouveauté qu'on parle. (ce qui est nouveau est forcément différent, et ce qui est différent est forcément nouveau lorsqu'on le découvre)
Ce qui expliquerait tout à fait pourquoi il y a autant de "geeks" et d'ingénieurs ici :D

Donc tout ça pour dire que les gens casqués de Green-Pixie ne sont pas enfermés par leur casque, ils le mettent pour, inconsciemment, se protéger de l'extérieur, c'est un comportement qui me parait être vieux comme le monde et qui s'est juste adapté à l'évolution technologique.

Maintenant pour mon cas (ça peut permettre de saisir un peu mieux ma position) : j'ai depuis presque toujours passé énormément d'heures devant un écran, et pas un écran de télévision, je vis en colocation (et une coloc avec peu de règles), je ne travaille pas, je pirate divers contenus artistiques et j'en paye parfois (mais surtout des jeux), je n'ai jamais de casque audio quand je suis dehors, et pourtant je ne lis pas, je n'observe pas les gens et je n'imagine rien à leur propos, je préfère simplement être exposé à l'environnement tout en laissant mes pensées suivre leur cours, je fréquente environ trois cercles de connaissances quasi-disjoints que je n'appellerai pas ici "amis" (encore un mot trop chargé). (et on pourrait rajouter que j'ai mon vrai nom sur facebook, ce qui me rend moins identifiable que tous ceux qui ont un pseudo, et que je trouve que facebook et les autres sont des outils formidables qui me permettent d'interagir avec des gens que je verrais de toutes façons extrêmement rarement même si ils étaient mes voisins)

#
Profil

Goldmund

le vendredi 11 janvier 2013 à 16h10

Bonjour, green-Pixie
Il y a, me semble-t-il, un danger à vouloir faire se correspondre un comportement individuel: le repli sur soi, la peur de l'autre, le cocooning... à un "choix" de vie: monogamie. A mon sens il n'y a pas de corrélation évidente et implacable entre ces réalités et heureusement. Il se trouve qu'il y a proportionnellement plus de monogame dans notre société que de polyamoureux ce qui explique qu'il y ait mathématiquement plus de personnes en repli dans ce groupe que dans l'autre.
Il y a aussi une différence importante entre ces deux groupes. La monogamie est un état de fait, une règle socio-culturelle. Pour beaucoup de nos contemporains elle s'impose à eux plus qu'ils ne la choisissent.Cela est regrettable mais beaucoup de personnes sont rassurées par les lois, les règles,les dogmes. La liberté leur fait peur car être libre c'est se prendre en charge, ce qui n'est pas très sécurisant. Beaucoup de monogames le sont par défaut, parce qu'à leurs yeux , il n'y a pas d'autres chemins possibles et supportables. Alors que le polyamour est une philosophie de vie à choisir. Elle ne va pas de soi. Elle demande à ceux qui veulent emprunté ce chemin un effort de pensée , de reflexion sur eux-mêmes et le monde. Pour accéder à cette réflexion il faut déjà que les personnes qui l'abordent soient ouvertes d'esprit et ouvertes aux autres. En d'autres termes je pense que le polyamour ne s'adresse qu'à des personnes qui sont déjà dans une dynamique d'ouverture sociale.
Je été monogame pendant dix ans, j'ai une grosse télévision, des ordinateurs, un smartphone une maison très confortable mais cela ne m'a pas empêché de vivre à l'extérieure, d'aimer sortir, rencontrer les autres, d'être ouvert au monde. Je vis avec mon temps, et j'utilisent les outils qu'il me propose ( même si de fait il ne sont pas tous très écologique). Mais ces outils, j'essaye de les utiliser avec intelligence. Ils ne me coupe pas du monde, il ne remplacent pas ma vie sociale, ils en font partis. Cette posture, cette manière d'être me semble être plus liée à ma personnalité, ma construction philosophique qu'à mon statut de monogame ou de polyamoureux. Mais cette posture m'a indéniablement permis de devenir polyamoureux.

.

#

(compte clôturé)

le vendredi 11 janvier 2013 à 22h15

Je me trouve peu ouverte sur le monde et sur les autres, mais j'essaie de faire des efforts pour l'être plus.

Je n'arriverai pas à définir comment j'aime les autres non plus, mais je pars d'un premier stade où je suis bienveillante, après je laisse évoluer les choses, sympathie, amitié, amour etc.

Ce que je sais, c'est que:

Lorsqu'on se dit :"je suis étranger à tous ces gens et cela me déplaît", tant qu'on ressent encore ce sentiment que ça nous déplaît d'être étranger à la foule, on peut se dire qu'il y a de l'espoir non? On va peut-être chercher à ne plus être étranger. Vivre dans un monde où tout le monde est indifférent à tout le monde, c'est vivre dans un monde sans émotion, ça serait triste.

Les polyamoureux à la recherche de relations authentiques? contre le repli sur soi? Je pense qu'ils le sont, et ils ne sont certainement pas les seuls.

Voilà ce que j'ai lu récemment dans un cours de philosophie en réfléchissant au sujet de ce fil:

"Pour qu’une authentique relation apparaisse, il est nécessaire que le sujet soit placé dans une position qui soit celle de la conscience personnelle. Une relation est personnelle ou elle n’est pas. S’agissant des êtres humains, il ne saurait y avoir de relation « impersonnelle », car ce mot signifie pas de relation du tout. Il faut donc la chaleur de la présence en personne et un sentiment de cette présence : cela s’appelle la sympathie. Dans l’usage courant ce terme est souvent assez vague. Il y a celui que l’on « trouve » sympathique et l’autre que l’on trouve « antipathique ». Mais ce n’est pas la sympathie. Ce n’est que le produit du jugement et de la dualité. Ce n’est pas ce que signifie d’abord le mot. Sym désigne ensemble (comme dans symbiose), pathie désigne le sentir sous la forme du pathos, du sentiment. La sympathie signifie "éprouver ensemble", un éprouver qui accueille l’autre sur le terrain du sentiment. La sympathie a cette vertu d’ouverture du sentiment au delà des limites du moi et de ses intérêts. La sympathie déclôt l’individualité et l’ouvre à une région plus vaste. Il est même possible, comme le dit Bergson, que la sympathie me relie à tout ce qui vit, à tout ce qui est sensible. La sympathie à l’égard de la souffrance éveille dans le cœur la compassion. Cependant, nous employons d’abord le mot sympathie dans une sphère qui est d’abord humaine. Nous éprouvons de la sympathie pour quelqu’un. Nous avons de la sympathie envers celui avec qui nous éprouvons des affinités.
Ce sont les affinités électives qui font l’amitié. L’amitié n’est pas la sympathie, elle est davantage. La sympathie me rend plus proche de l’autre, mais elle ne suppose pas la réciprocité. De même, la bienveillance n’est pas encore l’amitié. La bienveillance est ce sentiment qui fait que nous désirons le bien de l’autre. Là non plus, il n’y a pas de retour. Quand par contre est présente à la fois la sympathie et la bienveillance et qu’elles sont réciproques, nous sommes dans l’amitié. Il n’y manque que la transformation de la sympathie en amour. L’ami est celui qui tout à la fois aime et veut sincèrement le bien de l’autre. "
"La relation, en un sens, est toujours par avance présente. Nous vivons en relation. La relation n’a pas à être créée, elle a surtout à être vécue et surtout ne pas à être rompue. Il est suffisamment clair que notre vie en relation est insuffisante, tant que demeure le malaise de l’absence de communication. Sur le chemin de la relation juste, nous avons à retrouver la chaleur de la relation et à désapprendre les processus qui détruisent la relation".

Green-Pixie, en quelque sorte tu dénonces ces processus, n'est-ce pas? C'est tout à fait louable. Peut-être peut-on définir un peu plus ce qui détruit les relations, et ce qui produit le repli sur soi? Est-ce les outils, eux-mêmes, ou ce qu'on en fait?

Message modifié par son auteur il y a 7 ans.

#
Profil

ScottBuckley

le samedi 12 janvier 2013 à 03h51

ladyk

Green-Pixie, en quelque sorte tu dénonces ces processus, n'est-ce pas ? C'est tout à fait louable. Peut-être peut-on définir un peu plus ce qui détruit les relations, et ce qui produit le repli sur soi ? Est-ce les outils, eux-mêmes, ou ce qu'on en fait ?

Bonjour Ladyk, et bonjour à vous toutes et tous,

Et merci pour vos messages, à l’attention portée à mon post, et à mes questionnements (car ce sont avant tout des ressentis et des questions que je me pose, devant vous).

Ma réponse ci-dessous peut vous paraître longue, mais le sujet est riche, complexe, non binaire, et c’est rare de pouvoir en parler avec vous, et la qualité de votre écoute est belle, vos messages riches également, donc j’espère que vous arriverez à la lire, et que l’on aura prochainement, un jour, l’occasion aussi d’en parler de vive voix, autour d'un verre, sans écran entre nous.

En fait je suis témoin en effet de processus, en cours, d’une époque et d’une société que je vois changer à toute allure, sous une certaine tournure, avec notamment comme tendance forte et lourde (qui pourrait se poursuivre dans les années à venir, de 2013 à 2030 voire au-delà), une forme d’invasion de la culture “à domicile”, de “casanièrisation” (le nombre d’heures et de journées passées chaque année soit chez soi, soit devant des écrans, grimpe de façon vertigineuse).

Je vois aussi de plus en plus de personnes pauvres, qui ne peuvent ni travailler ni payer des impôts ; et je vois des gens riches, très riches, issus de nos pays, de nos écoles publiques, et qui ne veulent plus payer d’impôts ici. Je vois notamment ces deux grandes catégories de populations ne plus se croiser dans l’espace public (segmenté, délimité, sécurisé, policé). Et je vois que tout cela, et bien d’autres choses, menace notamment nos collectivités, nos ressources, et la notion même de vivre ensemble.

Si ce mode de vie et ce choix de vivre et de passer encore plus d’heures et de journées “à domicile” ou de “ne pas travailler” ou “d’être pauvre” est un vrai choix, plein, entier, individuel, fruit du libre arbitre des êtres humains, femmes et hommes, je le comprends d’une certaine façon.

Si en revanche ce choix et ces modes de vies, que je trouve parfois proches du repli sur soi, favorables à l’entre-soi, font partie de la catégorie qu’avec une amie nous appelons la catégorie des ‘ Options par défaut ’, alors là c’est tout autre chose, et là je n’y vois pas beaucoup de place pour le libre arbitre.

Ce sujet des ‘Options par défaut’ (et de leur longue liste) me tient et me tiendra encore pendant très longtemps à coeur, car pour moi il est question là d’une violation de principes démocratiques et de libertés individuelles, pour lesquels beaucoup se sont battu-es et beaucoup sont mort-es.

Dans cette liste, que trouve-t-on ? Pour ma part j’y vois des cases précochées, des non-choix que je n’ai pas eu à faire, et qui ont été fait à ma place, et à notre place.

Exemples : à ma naissance, étant né en France, un certain nombre de cases précochées étaient :
“ - Tu seras monogame, et hétéro ; étant un garçon, tu feras partie du genre masculin qui, depuis que l’humanité existe (30.000 à 500.000 ans, au moins), est le genre dominant sur la planète Terre (les leaders politiques, religieux, guerriers, et les soldats, les forces de l’ordre, sont depuis longtemps presque tous masculins, jusqu’à présent et sauf exceptions, c’est “la norme”) ; tu seras baptisé à l’église, que tu crois en dieu ou non ; tu seras élevé par un père et une mère hétéros ; la femme qui te mettra au monde accouchera dans une clinique et en position horizontale (et non à la maison, accroupie, ou dans l’eau) ; tu devras savoir te battre, et t’intéresser aux machines, aux voitures ; tu devras être galant et intégrer le rôle de séducteur, de “prince charmant”, de "Don Juan" et de protecteur auprès de la gente féminine ; tu ne pleureras pas en public ; tu seras assimilé à la couleur bleu, masculine (et non rose ou rouge) dès ta naissance, dans ton enfance ; une fois adulte tu porteras des vêtements sombres (bleu, kaki, marron, gris, noirs) ; tu ne te raseras pas les jambes, ni la barbe, signes de virilité ; tu respireras par le ventre, puis par les poumons ; par défaut, la grammaire de ton pays fera que ton genre masculin l’emportera systématiquement sur le genre féminin (un homme et un million de femmes = “ ils ont …”) ; tu seras joignable par téléphone ou par courriel (faute de quoi tu seras exclu notamment de beaucoup de papiers administratifs, et de la vie sociale) ; tu seras mobile et tu auras le permis et une voiture individuelle (autrement tu seras davantage exposé au chômage) ; tu auras chez toi dans presque toutes les pièces un accès ou une connexion internet dernier cri “ultra haut débit” (nouvelle norme de l'habitat pour les constructions nouvelles), une télévision, tu seras très souvent “connecté” à quelque chose, tu recevras des ondes wifi en permanence (même sans abonnement), et ton train sera le plus rapide au monde ; tu ne feras pas de tapage nocturne ou diurne, tu ne joueras pas de la musique forte dans l’espace public pour ne pas troubler l’ordre public, et tu écouteras de la musique calmement, dans un casque individuel ; etc... ”.

Les modes de vies, les relations sentimentales et amoureuses, les transports publics, les technologies nouvelles et autres écrans omniprésents (dans l’espace public et privé) sont à mes yeux des choix et des enjeux de société essentiels, mais pour lesquels ni moi ni d’autres citoyens n’ont eu la possibilité de voter “pour ou contre”, pas plus que pour la construction de nouveaux aéroports, nouvelles centrales nucléaires, nouveaux Tgv, etc. La norme et la culture dominante font que l’on doit les utiliser ou les acheter, faute de quoi on est exclu.

Quand je demande au site web de la Sncf un train pour faire Lyon-Paris, la machine me propose d’office, sans me demander mon avis, uniquement des Tgv, me faisant passer le message que seul ce moyen de transport existe pour faire ce trajet. Elle me propose aussi des billets d’avion parfois sur son propre site web (si si, je l’ai déjà vu !), mais jamais de trains régionaux Ter pour ce trajet. Or ces trains Ter existent ! Il faut prendre une correspondance à Dijon, et le trajet dure peut-être 5 ou 6 heures, mais moi j’aime ça, payer moins cher, avoir une plus grande palette de couleurs, de choix, de rythmes, et le voyage au chaud durant lequel je peux lire, la lenteur…

Mais on ne me le propose pas, et mieux encore : on ne m’interdit Pas de les prendre, juste : on fait comme si ça n’existe pas (et d’ailleurs rien que par défi mon prochain trajet de Lyon vers Paris j’irai en boutique exiger des billets “régionaux en Ter”, pour me prouver que c’est possible et que j’aime ça, voyager lentement ! ;) . La “grande vitesse” (les lettres GV de “Tgv”) devient une option par défaut.

C’est la même chose pour la monogamie et l’hétérosexualité : mon ressenti personnel est que bébés nous naissons polys et bis (et d’ailleurs le “Aimons-nous les uns les autres” de la culture catholique aurait pû être interprété ainsi), mais la société actuelle me fait comprendre que la norme c’est de naître monogame et hétéro. Les dictionnaires de langue française et leurs académiciens me rappellent en permanence que “les amours plurielles” et le "polyamour" (ce drôle de mot greco-latin) ça n’existe pas, comme si moi et mes connaissances et ami-es polys on vivait dans une fable de “bisounours” où “tout le monde peut aimer tout le monde” (pour reprendre une expression méprisante à la mode).

Et ce qui me choque, c’est que des personnes dotées d’un cerveau et qui se disent “démocrates” s’indignent (à juste titre) de l’absence de démocratie dans certains pays et dictatures (pour mémoire au 20ème siècle il y avait déjà des pays en Europe où lors des élections le seul et unique parti représenté remportait 99% des suffrages), ... mais ne s'indignent pas de l’absence de liberté individuelle de choisir - Ou non - comment on souhaite se définir, et comment on souhaite aimer, et/ou s’unir à d’autres personnes, parmi une pluralité de choix : la monogamie, les amours plurielles, l’homosexualité, l’hétérosexualité, la bisexualité, entre autres.

Et donc pour répondre notamment à Apsophos (message ci-dessus) : je ne suis pas “contre internet” (la preuve je suis ici, à échanger avec vous via le net), ni "contre les outils", et je ne pense ô surtout pas “avant c’était mieux” (le 20ème siècle fut une boucherie sans nom, deux guerres mondiales des bombes atomiques des camps de la mort et des génocides nombreux, jusque dans les années 1990, et ça n’est pas fini).
De même, si vous me le demandez, je ne suis pas “contre la monogamie”. Je pose juste la question : est-ce que internet, le baptême, et la monogamie, l’hétérosexualité, voire l’excision dans d’autres cultures, sont des choix entiers, pleins, individuels, choisis, modérés selon nos goûts, et acceptés parmi d’autres modes de vie, traités à égalité, ou bien est-ce que ce sont des ‘Options par défaut’, imposés par la culture, par l’éducation et par le passé religieux de mon pays, de ma famille ?

Si demain mes connaissances et ami-es polys deviennent monos, je ne me dirais pas : “ - Oh les traîtres à la cause polyamoureuse ! ” (n’étant pas militant, je ne considère d’ailleurs pas les amours plurielles comme une “cause”, mais comme une liberté et des options de plus), mais plutôt je penserai d’elles et d’eux : ils et elles ont eu le choix entre plusieurs formes d’amitiés, d’affections, de sentiments, de tendresses, d’amours, de relations, exclusives ou ouvertes, et là, pour une période de temps ouverte (momentanée ou durable), ils et elles entrent dans une relation qui ressemble à un vrai choix assumé : la monogamie. Des polys qui deviennent monos font vivre pleinement leur libre arbitre. Des monos qui restent monos, et ne connaissent rien d’autre que la monogamie “subissent” (du moins me semble-t-il) ce choix par défaut de toute autre forme de relation connue dans leur culture, leur éducation, leur environnement.

Donc face à ces nombreuses et oppressantes ‘Options par défaut’ quasi invisibles, je suis pour la biodiversité visible des libertés individuelles, des choix, des relations, des multiples formes du verbe ' aimer ' (sans frontières imperméables), des amours, des genres, des couleurs, des ouvertures...

Et vous, qu’en pensez-vous ?

Message modifié par son auteur il y a 7 ans.

#
Profil

Apsophos

le samedi 12 janvier 2013 à 18h55

J'en pense que ce sujet est clos, je ne vois pas quoi rajouter de pertinent à ton mur de texte sans avoir d'abord à lui coller des grands coups de masse pour le commenter pierre après pierre. Et, sans prétendre être un modèle de courage et de motivation, je pense qu'il y a de quoi en décourager plus d'un.

#
Profil

ScottBuckley

le samedi 12 janvier 2013 à 21h03

@ : à Apsophos :
Ce n'est pas parce que le thème des options par défaut et de certaines formes de prédéterminisme social à la naissance (notamment la monogamie, l'hétérosexualité) ne semblent pas t'intéresser qu'il faut en déduire que le sujet est clos, sous la menace potentielle de "coups de masse".
On a le droit de penser différemment de toi, non ?

S'il y avait un moteur de recherche interne à ce vaste site et forum, on pourrait plus facilement savoir si ce thème a déjà été abordé ou pas, depuis 2008, et cela changerait la donne.

Faute de cela, je rappelle que dès le début de ce message, j'ai clairement exprimé le souhait d'en parler aussi de vive voix autour d'un verre avec d'autres, notamment lors de rencontres et cafés polys, parfois préférable à des échanges via écrans interposés.

En attendant, nous avons ici ce forum, qui à mes yeux, depuis des années, est surtout composé d'articles et de discussions (+ ou - longues, + ou - complexes), et de fenêtres (et non de "murs" à casser).

Donc non, pour moi le sujet n'est pas "clos", et j'invite celles et ceux que ça intéresse à s'exprimer librement, sans "masse" ni menace.

#
Profil

Bexi

le samedi 12 janvier 2013 à 23h04

Bonjour, j'aime beaucoup les réflexions que proposent Green-Pixie, j'ai bien apprécié aussi "le polyamour n'est pas une destination mais un art de vivre" ... Même si je ne prends pas le temps de répondre, les réflexions riches font écho à mes propres réflexions, et font leur chemin ...
merci donc de nous faire partager cette richesse de la pensée.
La question du déterminisme et de la liberté est un sujet philosophique qui a toujours et interrogera peut-être toujours les hommes ... et femmes que nous sommes. C'est un vaste sujet qui permet de nous situer, nous interroger sur notre liberté propre.
Il ne s'agit pas ici de faire une dissert de philo mais voir comment ce sujet nous parle personnellement.
Dans mon cas, j'ai toujours remis en question une forme de norme sociale, quand j'étais ado j'étais plutôt punk, j'étais surtout révoltée, je le suis beaucoup moins mais je reste vigilante à tout ce qui emprisonne, certains modes de pensées, le sectarisme, les carcans...
En ce qui concerne l'amour exclusif, je suis bien d'accord, nous sommes éduqués d'après un modèle / schéma de monogamie qui emprisonne certainement beaucoup de personnes dans des ressentis de possessivité, jalousie excessive ... dans un amour qui finalement souvent s'éloigne de l'Amour (le grand, celui qui donne sans compter, qui serait inconditionnel ...)
Après nous avons tous le choix de "sortir" des carcans imposés ... Ce n'est pas seulement à travers des lectures, des rencontres qui nous amènent à penser différemment mais cela est dû aussi à une force en nous, un instinct profond, une petite voix intérieure qui nous dit "ce que tu vis est juste, ou pas, pour toi" ... se sentir profondément en accord avec ce que nous sommes ...
Comprendre les normes, les interroger, les dépasser, composer avec ... ce sont aussi des repères, des balises posés par les autres ...
On est tous en passe de les faire évoluer !

Il y a aussi un autre déterminisme qui m'interroge, c'est celui pour une femme (surtout pour une femme !) d'avoir des enfants. Quelles sont les femmes qui font le vrai choix, assumé et clair, de ne pas en avoir ?
Attention je ne dis pas que toutes les femmes qui ont des enfants n'ont pas fait un vrai choix ... mais on peut aussi s'interroger la-dessus ...
Je me suis d'ailleurs repris, un jour alors que je disais "machinalement" à ma fille : "oui quand tu seras maman, tu ... "
pourquoi je lui transmets cela ? Maintenant je lui dis : "oui peut-être que tu auras des enfants mais tu pourras aussi ne pas en vouloir et être très heureuse dans ta vie ..."
La pensée qu'une femme ne va réellement s'épanouir qu'en devenant mère ... que beaucoup de mères transmettent à leur tour à leurs filles ...
Oui nous sommes des hommes ... et des femmes ... il y a la norme sociale, la pulsion animale reproductrice ... et nos choix ... l'épreuve de notre liberté ...
J'adorais Sartre quand je lisais (un peu!) de philo ... les chemins de la liberté ... mais la liberté fait peur ! Nous avons des choix à faire, nous sommes ce que nous pensons et faisons de nos vies ...oui nous sommes responsables de nous-mêmes, même en ne "choisissant" pas, nous choisissons, nous nous positionnons !

J'ai dévié du sujet ... il m'apparaît en tout cas toujours bon d'interroger la norme ... la monogamie, l'amour exclusif n'est qu'un des aspects de notre société normative. C'est bien d'ailleurs ce que tu décris Green-Pixie ...
Après les amours plurielles sont une façon de penser "hors norme", donc les personnes tournées vers cette forme d'amour sont plutôt en position d'ouverture, et non en repli on est d'accord. Il y a plein d'autres façons de vivre "hors norme" sans être dans les amours plurielles ...
Tout ça pour dire que par rapport à ce que tu disais au tout départ ; oui les amours plurielles apportent des pistes de réflexion face à la tendance actuelle du repli sur soi, mais je n'irai pas jusqu'à dire que c'est une des "solutions" face à cela.
Heureusement, je connais plein de gens "dits" monogames qui sont très ouverts, en mouvement, en réflexion, en action ...

Je crois aussi que je n'aime pas ces étiquettes de "mono" et "poly" !! Tiens, un jeu de société où il "faut " se positionner !Je vis différentes phases et formes de relation et d'amour mais je refuse de dire je "suis" poly oui je "suis" mono, je ne me définis pas comme ça.
Je trouve en tout cas que le polyamour apporte une réflexion belle et intéressante ...
Parce qu'elle nous fait réfléchir et nous positionne par rapport à la norme et à ... l'Amour ... et ça oui, c'est l'ouverture, du coeur, au monde, aux autres ...

Message modifié par son auteur il y a 7 ans.

#
Profil

bodhicitta

le dimanche 13 janvier 2013 à 13h15

je constate plus clairement après la lecture intéressante de vos post que les gens capables d'imaginer, donc de comprendre les relations non exclusives sont ouverts aux autres et on un certain recul sur ces foutues normes.
Il existe des gens qui sont trés normés par protection et confort.
Je pense que c'est quand je me rends compte de ça que "je laisse tomber" même si des sentiments existent déja.
Je ne veux pas leur faire de mal et si ils ont le sentiment rassurant pour eux dans leur bulle que l'amour est forcément mono je ne cherche même pas à débattre (c'est l'imagination qui leur manque)

Message modifié par son auteur il y a 7 ans.

#
Profil

Goldmund

le lundi 14 janvier 2013 à 15h33

GreenPixie : La question qui me semble sous tendre tous ce que tu nous partage( que je trouve fort riche et intéressant) dépasse de loin la question des amours plurielles. Elle est celle de notre liberté d’Homme face à un monde qui existait avant nous, qui existera après nous et qui peut exister sans nous.
Comment se sentir acteur de notre propre vie ? ne pas se sentir « obliger de » ? sentir que notre parole et nos actes ne sont pas insignifiant ? Comment ne pas se laisser « manger » par la pensée dominante, le pouvoir écrasant qu’elle impose par la force de ses moyens et l’impression qu’elle donne d’être la seule solution viable pour l’humanité ?
Pour moi la réponse se trouve dans notre capacité à prendre du recul face à ce qui nous est donner. A faire fonctionner notre intelligence, notre pensée, notre esprit critique, notre imagination créative. Seul lieu, à mon sens, qui nous appartienne vraiment. On ne peut empêcher personne qui le désir de penser et de rêver sinon de le tuer.
Mais penser la liberté ne suffit pas à être libre. L’esclave peut être libre dans sa tête mais s’il reste enchaîner l’est-t-il vraiment ? La liberté est aussi celle de l’action. Et là la difficulté est bien plus grande car choisir de vivre autrement que la norme ou l’acceptation commune de ce qui est acceptable pour le plus grand nombre c’est choisir d’être un David contre un Goliath, une goutte d’eau dans un océan, une parole différente dans un monde consensuel. C’est un combat. Il demande à celui qui l’entreprend beaucoup de force, de courage et de détermination. Une telle posture le positionne à la marge, l’expose au mépris ou à la dérision, l’exclu parfois. C’est une vraie posture héroïque. Sommes nous prêt à vivre cela ? à avoir cette intégrité intellectuelle et concrète tous les jours de notre vie ? peut-on reprocher à l’Homme ne n’en être pas toujours capable ?
Je ne pense pas me tromper en pensant qu’un tel Homme n’existe pas. L’Homme compose avec ce qu’il est, ce qu’on lui offre, il fait de son mieux pour faire se coïncider sa pensée et son action. Et cette attitude, si elle n’est pas parfaite, si elle comporte des petites incohérences, des petites lâchetés n’en reste pas moins belle et courageuse car l’intention est juste même si elle ne suffit pas.
« Nous naissons tous libre et égaux en droit » nous dit la déclaration des droits de l’homme. Pour moi cette déclaration vient essayer de rétablir une injustice fondamentale : nous ne sommes pas égaux. L’inégalité existe entre les Hommes, de par leur patrimoine génétique, leur apparence physique, leur lieux et famille de naissance, leur intelligence, leur psychologie… L’Homme ne choisi pas ce qu’il est au départ il ne peut que faire avec ce que la nature lui a donné. Il ne peut que choisir de vivre avec. La culture offre à l’Homme une chance nouvelle d’ouvrir le champ des possibles et de se libérer de certaines de ses attaches mais encore faut-il qu’il puisse y avoir accès et qu’il en éprouve le besoin ou la nécessité. Peut-on être libre sans cet accès, sans le désir de l’être ? le risque n’est-il pas grand , si l’on n’a pas ce désir, d’être manipuler par l’intelligence des autres ? d’être dans l’incapacité de choisir sa vie ? de prendre ce qui existe sans se poser de question « parce que c’est comme ça », « on n’y peut rien changer » « c’est la vie », « la société », « la crise », « les marchés » , « Ce sont les autres qui ont les clés », « nous n’y pouvons rien »… N’est-il pas plus simple, plus commode de choisir de se laisser guider, de ne pas être responsable, de ne pas risquer de faire de mauvais choix et de reporter la faute de ceux-ci sur les personnes qui prennent se risque ?
Si s’en nul doute. On peut le regretté, on peut trouver cela dommage. Ce non choix est-il un choix ? je ne le pense pas car choisir c’est être dans la capacité de mettre en perspective, de prendre du recul, de mettre en action son libre arbitre. Ces capacités là tous les Hommes ne les possèdent malheureusement pas. En l’absence de pensée la liberté existe-t-elle ?
Pourquoi des Hommes ont-ils besoin de Dieu(x), de guide, de gourou de leader ? n’est-ce pas parce qu’ils se sentent dans l’impossibilité d’être responsable de leur destin qu’il remettent leur vie entre les main d’un autre ? qu’ils pensent ne pas en avoir les moyens ou les capacités? Peut-être ne les ont-ils pas en effet ? la liberté ou plutôt la capacité que nous avons de la mettre en action est peut-être l’apanage de ceux qui sont dans la capacité de la penser ? Encore une inégalité de plus.
J’aimerai temps que nous soyons tous libres et égaux non pas seulement en droit mais dans la réalité de nos vies d’homme. Que chaque être puisse se prendre en main et affirmer sans peur et sans tabou ses choix, libre de toute contrainte extérieure et que ceux-ci soient respectés par tous. Mais si nous sommes des individus, nous vivons en société. Une société d’Homme peut-elle vivre sans règles, sans lois, sans principes ? Une société d’Homme peut-elle exister sans restreindre la liberté individuelle ? Vivre ensemble n’implique-t-il pas des consensus ? mais nulle société n’est une entité figée car elle est composée d’Hommes. Des Hommes capables, s’ils le désirent, de faire bouger les lois, les règles les principes communs. La société bouge, pas toujours comme nous le souhaiterions, pas toujours assez rapidement à nos yeux. Comment peut-il en être autrement face à la diversité des pensées et des idéologies que l’Homme invente ? la vie serait certainement plus simple si tous les Hommes avaient la même vision, la même conception de ce qu’ils veulent construire ensemble. Mais où serait alors leur liberté ?

#
Profil

ScottBuckley

le mardi 15 janvier 2013 à 01h24

Oh, merci pour tous vos messages, c'est riche et ça bouge ! Comme quoi le sujet est loin d'être clos.
( et désolé si je suis un peu bavard : le sujet est complexe mais passionnant.... il va vraiment falloir que l'on se voit pour prolonger cette discussion à table autour d'un bon verre et plat chaud ! )

Ce qui me fait croire que nos modestes gestes du quotidien peuvent changer les choses dans de nombreux domaines, et peuvent changer la donne face à une société individualiste faussement “monogame” (alors que ses leaders ou élites ne le sont pas, et ce depuis la nuit des temps), ce sont des défis, des histoires, des réussites, … notamment la victoire de la goutte d’eau liquide sur la pierre solide, grâce au miracle de l’érosion (l’eau et la nature peuvent briser un barrage ou un pont, sans humain !).

Exemple : à quoi ressemblait la vie des femmes, des personnes noires de peau, des homos, et/ou des esclaves au 19ème siècle, et même avant ? Et celles des personnes qui avaient envie d’aimer librement (comme dans les amours plurielles), du temps où les mariages étaient négociés sans l’accord des femmes (qui représentent pourtant au bas mot la moitié de l’humanité !), avant les très récents mariages “d’amour” ? Sur ces points-là (parmi d’autres exemples), j’ai l’impression (parfois fugace, mais parfois tenace ;) ) que l’on a avancé bien + en un siècle qu’en plusieurs millénaires !

Par contre sur d’autres domaines, non. Certes on s’est débarrassé de l’idéologie dite “communiste”, mais le capitalisme (cette jeune et stupide idéologie aveugle qui pille en quelques secondes Toutes les ressources précieuses créées durant des millions d’années sur la planète, cette pensée unique qui à l’échelle de l’humanité est née hier, qui n’a qu’un siècle d’existence) se fait passer pour “le seul modèle économique possible”. Alors qu’il n’est même pas sûr que cette idéologie puisse encore exister de façon hégémonique au 22ème siècle.
Pas plus que la monogamie hétérosexuelle (pour qui elle se prend ?), qui pourrait continuer à subir de nouveaux revers (franchement et gayment ;) à mesure que les moeurs s’émanciperont des tabous et se libèreront de la peur de jouir.

Quand on veut faire l'amour, on ne demande pas l'autorisation à ses voisins de palier (ni au mur pas toujours très épais) : on le fait et c'est bon !

Qu’est-ce qui nous empêcherait de donner ce que l’on peut en énergies et en avancées quotidiennes locales, pour continuer à avancer sur ces terrains-là ?

Ce qui me donne de l’énergie, de la confiance (notamment pour l’avancée des amours plurielles, et plus largement des polycultures libres), c’est le point de départ (très modeste) de grands défis et de grandes victoires historiques, a priori “impossibles”.

Quand on demande à d’anciens Résistants pourquoi ils avaient manifesté à plusieurs reprises dans leur vie, pourquoi ils s’étaient battus par exemple pour les Congés payés dans les années 1930, avec le Front populaire, certains disent : “Juste parce que cela nous semblait juste. Pas réalisable, en effet, car le contexte historique rendait nos idées sociales a priori “utopistes” après la 1ère guerre mondiale (que la France avait perdue) ; certes utopistes, mais profondément justes, et parce qu’intérieurement, en nous, on y croyait à cette justice sociale-là”. Il y a là une belle conviction intérieure et intense : pourquoi perdre sa vie à la gagner, si on n’en profite jamais ? (que l’on pourrait traduire dans la liberté amoureuse par : ' Pourquoi perdre sa vie avec une seule personne, alors que l’on peut gagner l’amour de plusieurs, franchement ? ' )
Idem durant les 30 glorieuses, en 1968 : le contexte est au plein emploi, à la consommation, à la naissance de la publicité moderne (cf. la série Mad men), aux nouveaux produits électro-ménagers pour les "femmes au foyer" (sic), pas du tout à la contestation des modes de vie et du métro-boulot-dodo.

Mais la frustration et l’ennui sont si profonds dans la France “réac” de cette époque (dirigée par un vieux général) que les révoltes et la révolution sexuelle ne pouvaient qu’apparaître, si certains brisaient ces vieux tabous. Cela peut commencer dans une simple cité universitaire non-mixte (tiens, encore la sexualité qui encourage un changement majeur ! ;) ).

Et celles et ceux qui changent les choses ne sont au début jamais “majoritaires” ni “au pouvoir” (les Résistants, mais aussi les artistes underground, le prouvent encore aujourd’hui), loin de là : les Suffragettes, les manifestant-es du Front populaire, Gandhi… partaient avec de forts handicaps (une société patriarcale depuis des millénaires voire bien + ; les années de crise de l’entre deux guerres mondiales ; un empire britannique et son armée puissante…).

Si demain un pays influent comme la France arrive à faire enfin passer cette loi favorable au Mariage pour toutes et tous (pour hétéros et homos), ce ne sera pas parce qu’une “majorité” serait pour, mais parce que ces modes de vie sont déjà inscrits à la base de la société, tout autour de nous, et parce que ce Droit à l’égalité devant le mariage a fait son coming out lui aussi, au quotidien ! Les législateurs n’ont plus qu’à en “prendre acte”.

Idem pour les lois qui ont assoupli les règles du divorce : elles n’ont rien anticipé ni provoqué à l’origine, elles ont suivi un mouvement massif de divorces qui demandait à ce que la loi bouge (puisque les mariages n’étaient plus “arrangés” ou forcés, mais de + en + libres, les personnes se sont senties libres d’en faire… et de les défaire, eh !) . Idem pour l'apparition et la liberté de vente du viagra, qui est un franc succès (témoin d'une époque où on veut vivre pleinement sa vie intime, et jusqu'au bout !)

(Idem peut-être un jour pour -enfin- abolir la prostitution en France : si ce “métier” avilissant n’est pas digne de figurer sur notre CV ou dans nos conversations dans le bus ou sur les sites d’offres du Pôle Emploi, alors qu’il disparaisse, progressivement, avec des pistes de reconversions pour toutes les personnes qui ne sont pas vraiment tout à fait “libres” de louer ou vendre leur corps et leur intimité contre de l’argent à des frustrés)

Et si nous et beaucoup d’autres demain le souhaitent, et surtout Le Vivent de façon explicite, l’assument, sans peur, sans repli sur soi, parce que cela leur brûle les lèvres de ne pas en parler, il en sera de même pour les amours plurielles : la loi bougera en leur faveur (par exemple vers un polyPacs ?).

Ne demandons pas le droit de respirer nos amours, pas plus que l’oxygène : fixons ouvertement nos règles libres, franches, belles et réciproques, et vivons-les !

Regardez le nombre de grands médias nationaux (y compris au JT de 20h de France 2 !) qui parlent de + en + souvent ouvertement et assez positivement de cet engouement et de ces nouvelles pratiques polyamoureuses (amours.pl/medias-liste/) : ils ne parlent pas du tout d’une “vieille pratique sectaire du jeu de paume dans un petit village retiré du massif central” : ils parlent vraiment d’une tendance actuelle et qui s’avère grande, mâture, assumée, et même peut-être d’une tendance grandissante dans les années et décennies à venir : + de franchise, + d’honnêteté, moins de frustration, moins d’adultère, peut-être moins de prostitution (cf. projet du gouvernement actuel), + de libertés et d’égalités réciproques dans les relations sentimentales et amoureuses (quelques soient les genres), et donc + de liberté de commencer, de mener… et même de finir en beauté sa propre vie (avec pour seule limite : ne pas enfreindre la liberté d’autrui, d’où l’importance que les autres n’aient pas de privilèges, que l’on ait pour base l’égalité des êtres humains, des territoires).

Alors si demain dans les années 2013-2023 Et après, les modes de vie continuent à gagner en liberté d’être, en reconnaissances, alors de nouveaux droits et de nouvelles lois viendront les légitimer encore davantage, les légaliser. C’est pourquoi je suis convaincu de la nécessité de se battre fort et sans violence, pour gagner de nouveaux droits (droit au mariage pour toutes et tous ; droit à une fin de vie digne ; etc.), toutes choses qui, jusqu’à présent dans la société française, sont interdites.

Sois le changement que tu veux voir dans la société, sois la graine qui germe (comme disait Gandhi).
Et si un petit homme haut comme trois pommes, maigre et non-violent a contribué à faire chavirer un empire brittanique dans le 2nd pays le plus peuplé du monde (l’Inde), alors pourquoi ne pas continuer dans ce sens ?

Un jour, lorsque de nouveaux droits humains, nobles, non-violents, favorables à la liberté des êtres de disposer d’eux-mêmes, à la mixité, à la biodiversité, aux polycultures, aux amours plurielles, seront gagnés (et j’y crois !), dans ce futur-là, en pensant à Toutes celles et ceux qui se sont battu-es, aux Suffragettes, de Henry David Thoreau à Gandhi, de Rosa Parks à Obama, en songeant fort aux révoltes et printemps populaires cycliques qui essaiment à chaque époque (de Spartacus à nos jours), ils pourront se dire, tout comme l’écrivain Mark Twain :
Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait !”.

“La société n’est plus ce qu’elle était”, se plaignent certains nostalgiques (parfois réactionnaires)”
C’est vrai, elle n’est plus ce qu’elle fut : elle est ce qu’on en fait chaque jour nouveau.

Message modifié par son auteur il y a 7 ans.

Répondre

Chercher dans cette discussion

Autres discussions sur ce thème :


Espace membre

» Options de connexion