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Compte-rendu du café poly du 28 octobre à la Cantada

Jalousie
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LuLutine

le lundi 24 novembre 2014 à 22h44

Et oui je sais, j'ai tardé, mais j'avais promis un CR....et non un CR rapide !

Je tiens ma promesse :)

Sentez-vous libres de commenter, rectifier, développer...
J'ai noté sur mon carnet les grandes idées et pas des phrases entières, j'espère toutefois ne pas dénaturer ce qui a été dit.

D'autre part, ce qui suit est un premier jet (encore incomplet), non chronologique, que je me réserve le droit de modifier, refondre, développer, réorganiser etc.

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Premier thème débattu :

Dans quelle mesure n'est-on pas responsable des sentiments de l'autre ?

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Ce thème a été rapproché du "own your feelings" ("tes sentiments t'appartiennent") mentionné dans The Ethical Slut (La Salope Ethique en français).

Cela revient à dire "tes sentiments viennent de toi, de ce qui se passe dans ta tête" (et sous-entendu, ne viennent pas directement des événements extérieurs).

Cependant, il faut faire attention car les conseils du type "prends sur toi" peuvent casser le dialogue dans une situation de crise ou difficile.

Plusieurs insistent donc sur une notion de responsabilité partagée. "Own your feelings" ne doit pas être utilisé pour se dédouaner, il est important de connaître les situations sensibles et éviter par exemple d'éveiller, par des actes ou des paroles, la jalousie.

Selon les fonctionnements polyamoureux, différentes attitudes peuvent être rencontrées. Par exemple lorsqu'un groupe fonctionne en "tribu", on a envie que tout le monde aille bien, on avance "à petits pas". Au contraire une personne qui vit en "solopoly" ne s'embarrassera peut-être pas de ces "petits pas".

Il ne faut pas non plus confondre le sentiment induit par une action donnée de l'autre, et le sentiment ressenti face à une personne qui "vit simplement sa vie".

En fait, "own your feelings" contient une notion d'appartenance : ces sentiments t'appartiennent, c'est ta façon de ressentir la situation, un autre pourrait la ressentir différemment.

Et l'appartenance n'est pas la responsabilité.
Exemple : si je hurle sur quelqu'un, je crée des sentiments en lui, pour lesquels j'ai ma part de responsabilité.

Une autre traduction de "own your feelings" est proposée : soyez conscients de vos sentiments.
Plus tard, on reviendra sur le sens "possession" de "own" : ces sentiments nous appartiennent, font partie de nous, il ne faut pas se battre contre eux. On prendra l'exemple des sentiments (amoureux) non partagés. Dans ce cas de non-réciprocité, cette attitude peut signifier "je ne renonce pas à mes sentiments, mais toi, cela ne t'oblige à rien" ; il n'y a pas de demande implicite.

Il s'agit d'assumer ses sentiments, et pour ce faire de les nommer, de verbaliser, ce qui correspond à reconnaitre leur existence.
Dans un contexte de jalousie (ou autre sentiment négatif), on peut vouloir exprimer son ressenti juste pour prévenir qu'on est de mauvais poil.

Du point de vue de celui qui souffre, on identifie deux extrêmes entre lesquels se situent les limites de chaque personne, ces limites dépendant aussi de la situation :
- je ne te dis pas que je souffre (mais bien souvent je t'en veux de ne pas le deviner),
- si je ne vais pas bien, c'est toi qui dois changer ton comportement : on touche alors au problème de la liberté de l'autre.

Entre ces deux extrêmes, le fait de simplement dire ses sentiments donne le pouvoir à l'autre de chercher des solutions, sachant que cet autre n'est pas l'unique cause de nos sentiments, et qu'il existe sans doute d'autres solutions que de (faire) stopper l'action qui semble créer le problème.
En effet l'expression des sentiments peut parfois être perçue comme culpabilisante ou comme une entrave ; il faut se rappeler que c'est bien l'expression d'un sentiment et non nécessairement une demande. C'est le moment de rajouter une dose d'amour dans la relation.
Par exemple dans The Ethical Slut, quand un des protagonistes va voir une autre copine, il rassure la première sur le fait qu'il l'aime, qu'il reviendra etc.

"Ma solution temporaire, c'est d'habiter seule" intervient une femme.

Du côté de la personne en souffrance, la formulation des sentiments est importante : dire son ressenti n'est pas la même chose que de porter une accusation. En vouloir à l'autre, vouloir entraver sa liberté ne semble pas constructif.
Le malaise ressenti est vu comme une alerte montrant qu'on a quelque chose à travailler : on apprend grâce à nos relations ; il peut même être intéressant de se demander s'il n'existe pas une recherche inconsciente de partenaires qui provoquent ce type de malaise.
On évoque la CNV (communication non violente).

Du côté de l'autre, "own your feelings" peut avoir des vertus protectrices : en effet il peut nous mettre à l'abri des manipulations (éviter d'accepter le discours : "Je souffre donc tu dois faire ceci/cela pour moi") et nous évite de nous retrouver en position de sauveur (voir le triangle de Karpman) - d'autant que lorsque nous jouons au sauveur cela n'aide pas celui qui souffre.
Il s'agit d'assumer un certain égoïsme tout en restant capable d'entendre la demande de celui qui souffre.

Concernant la responsabilité, pour plusieurs il est donc clair qu'on est responsable à mesure qu'on a du pouvoir (sur la situation). Ceci s'entendant dans notre propre système de valeurs. (Par exemple face à une phrase du type "J'ai mal quand cette personne est dans ta vie alors arrête de la voir ou bien je te quitte", a-t-on du pouvoir sur la situation ? Dans certains cas oui, mais dans d'autres non : notre système de valeurs peut très bien rendre inenvisageable le fait de quitter cette personne.)
Parfois, l'un ou l'autre peut envisager de "faire glisser" son système de valeurs (il n'est pas forcément immuable). La compersion est citée comme moteur possible.
Mais d'autres fois, il faut accepter le fait que le consensus est impossible.

En lien avec cette idée de pouvoir, certains considèrent qu'on n'est pas responsable si on n'a pas l'intention ou la volonté de provoquer un sentiment négatif chez l'autre. Intention ou volonté qui seraient à rapprocher de la conscience qu'on a des conséquences possibles de nos actes.

Dans Le Petit Prince, on est responsable de ceux qu'on a apprivoisés.

H.S. : Un intervenant demande pourquoi on ne parle que de problèmes et s'il n'y a pas des exemples d'histoires heureuses chez les poly. On lui explique que "les gens heureux n'ont pas d'histoire" d'une part, et d'autre part que le poly n'est qu'une forme relationnelle parmi d'autres, avec ses limites, et qu'elle génère des problématiques. Etre poly n'est pas plus facile que d'être "mono".

Finalement, la jalousie (ou autre sentiment négatif) est humaine et il ne faut pas se sentir mal parce qu'on l'éprouve. On pourrait creuser ce que signifie en particulier la jalousie : n'est-ce pas finalement un simple vestige de la monogamie ?

Ce qui nous conduit au second thème du débat...

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Second thème débattu :

Les attentes implicites dans les relations poly et les vestiges de la monogamie
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à suivre...

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Siestacorta

le mardi 25 novembre 2014 à 00h10

Wah, t'as même réussi à retrouver la transition qui tchue !
Merci pour ce début de CR super détaillé !

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Strega

le mardi 25 novembre 2014 à 12h07

La suite, la suite !! :-D
Merci Lulutine. Comme je l'ai déjà dit à Vaniel, c'est vraiment chouette d'avoir un CR (détaillé) de vos cafés.

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Vaniel

le mardi 25 novembre 2014 à 18h08

Merci pour le CR (+)

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LuLutine

le mardi 25 novembre 2014 à 18h14

Vaniel
Merci pour le CR (+)

De rien, je mettrai à jour dès que possible, mais ce soir par contre je passe la main !

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Vaniel

le samedi 20 décembre 2014 à 18h43

J’avais envie de rebondir sur ce fil depuis un moment.

Autant je suis pour prendre au maximum conscience de ses sentiments, autant je ne suis pas pour leur acceptation totale ! Certains sentiments me semblent devoir être combattus et je crois pouvoir me passer d’exemple.
L’exemple des sentiments amoureux non partagés est délicat et, parfois, symptomatique d’une absence de prise en compte des sentiments de l’autre. Ne pas être responsable de nos sentiments ne signifie pas que nous devions nécessairement en faire part. La personne face à nous, qui ne partage pas notre sentiment amoureux, pourrait ne pas avoir envie d’entendre ce que nous souhaitons lui dire, ce qui serait tout aussi compréhensible que notre désir de lui dire. Pourquoi la question d’un potentiel déplacement du malaise n’est-elle quasiment jamais posée ?

A mon sens, le fait de vivre plusieurs relations en « solopoly » nécessite également de porter attention aux sentiments autres. Ce n’est pas parce qu’on ne vit pas avec eux (et leurs partenaires) et que les répercussions de nos actions nous serons souvent invisibles que nous ne devons pas essayer de les prendre en compte.

Cette discussions me donne envie de partager quelques notes prises à la volée en écoutant La Grande table, 2nde partie, du 17.12.14, « ce que nous enseigne la torture » (cf. ici).
Vers 14 minutes, Catherine Perret explique que les humains tentent de se défendre narcissiquement de tout ce qui peut constituer des dépendances. Selon elle, la civilisation occidentale, en particulier, à tout fait, à travers le Christianisme notamment, pour ériger l’idéal de l’individu purifié de ce qui le lie aux autres. La promotion de la solitude individuelle, de l’autonomie de l’individu, de sa responsabilité exclusive est la conséquence (ou peut-être un écho) d’une volonté d’oublier que nous ne sommes pas seuls, que nous sommes profondément dépendants des autres, de notre espèce.

Ca correspond bien à cette impression de déresponsabilisation générale que je perçois chaque jour à différents niveaux, parallèlement à la montée des pseudo-responsabilités individuelles que nous nous devons d’endosser sous peine d’être qualifié-e-s d’inciviques ou d’immoral-le-s.

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LuLutine

le dimanche 21 décembre 2014 à 04h25

Vaniel
Ne pas être responsable de nos sentiments ne signifie pas que nous devions nécessairement en faire part.

Je suis plutôt d'accord et dans ce genre de situation, lorsque je suis la personne qui éprouve des sentiments, j'ai vécu trois "cas" différents :

1er cas, je ne sais pas ce qu'il en est "de l'autre côté", et malgré les perches que je tends, l'autre personne ne réagit pas ou de manière ambigüe : je l'ai alors dit clairement, histoire d'en avoir le coeur net.
Dans certains cas c'était partagé, dans d'autres non. En général j'avais quand même une bonne idée sur le côté duquel ça "penchait", mais jamais de certitude. A bien y réfléchir, une fois j'étais quand même dans le doute total, c'était vraiment 50/50, impossible pour moi de savoir ce qu'il en était sans en parler explicitement !

2ème cas, je suis sûre à 99% que ce n'est pas réciproque.

Sous-cas a), tant pis et je ne dis rien.

Sous-cas b), ça m'obsède voire je n'en dors plus.
Alors oui, la question d'un potentiel déplacement du malaise est posée, mais contrairement au cas a) où mon malaise est gérable, là ça devient vraiment difficile, et j'estime qu'une déclaration :
- d'une part, me permettra d'être plus apaisée,
- d'autre part, n'empêchera certainement pas l'autre de dormir : même s'il peut se produire un léger malaise, il sera probablement bien plus faible que mon malaise actuel,
- enfin, peut même améliorer les relations entre nous (ce qui s'est déjà produit d'ailleurs) : quand chacun est au clair, aucun ne se pose de question sur des comportements potentiellement ambigus, par exemple.

Et vu "de l'autre côté" : pour ma part, lorsqu'on m'a révélé des sentiments non réciproques, mon malaise n'a jamais été suffisant pour que je me dise quelque chose du genre : "Franchement, il aurait pu éviter de m'en parler !".
La seule situation qui me met mal à l'aise c'est une personne qui arrive avec des attentes ou des espoirs très visibles voire explicites, bien que je lui aie dit que les sentiments n'étaient pas réciproques (celui qui donne l'impression qu'il n'a pas compris notre refus, en gros...mais c'est assez rare).

Vaniel
Pourquoi la question d’un potentiel déplacement du malaise n’est-elle quasiment jamais posée ?

Est-ce que tu veux dire "posée en débat en café poly", ou bien "posée à soi-même par la personne qui fait une déclaration" ?

Ca me rappelle une expérience plutôt désagréable que j'ai vécue à une époque. Une personne a insisté pour me parler, c'était urgent, il fallait que je me libère. Or je n'étais pas libre, j'avais même du boulot en retard, mais bien sûr je me suis libérée quand même, puisque c'était urgent et qu'on avait insisté.
Au final, je crois qu'il y a bien eu déplacement du malaise, d'autant qu'à mes yeux la conversation n'était pas nécessaire. Du moins, elle ne l'était pas pour moi.
Je pense qu'elle l'était pour cette personne, qui en a eu besoin uniquement pour évacuer son malaise (car il n'y avait pas d'autre raison).
Est-ce que cette personne s'est posé la question avant ? Sans doute, et sans doute a-t-elle estimé que c'était quand même mieux de dire ce qu'elle avait envie/besoin de dire.
De mon côté, avant cette conversation je me sentais bien, et après je me sentais très mal (mais je n'ai pas pu le lui dire, pour le coup : ça revenait plus ou moins à essayer de redéplacer le malaise, ce qui ne me semblait pas justifié, donc je me suis tout pris dans la figure, et j'ai géré toute seule...).

Bref, je crois qu'on se la pose cette question, et qu'on fait au mieux, mais qu'on reste...humains, tout simplement !
Ce n'est pas parce que le malaise risque de se déplacer qu'on renonce nécessairement à parler...tellement de considérations entrent en jeu !

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