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Découverte du polyamour dans une communauté

Témoignage
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Geraldin-e

le dimanche 26 mai 2013 à 22h46

Bonjour à toustes,
J'ai découvert et pratiqué le polyamour d'une manière particulière, pas courante apparemment, et j'ai envie d'en parler pour ajouter de la diversité.
Pas évident à expliquer, je vais tenter de résumer.

Ca c'est passé dans le cadre d'un engagement politico-révolutionnaire, et pas de manière non calculée et progressive à l'occasion de rencontres qui se croisent et/ou s'additionnent.

Etudiant, j'ai vécu en couple hétéro un an et demi, c'était la découverte, ça se passait bien. Pourtant j'étais très attiré par d'autres amies filles, et je sentais quelque part que ce n'était pas juste de l'amitié "ordinaire" ni de simples pulsions sexuelles.
Après coup, je me suis rendu compte que certaines amitiés avec des garçons auraient pu évoluer vers autre chose aussi.
Bref, rien d'extraordinaire.

Comme j'étais de plus en plus révolté, avec par exemple le rejet du modèle mariage/enfants/boulot/retraite, avec l'envie de communautés, ça ne pouvait plus marcher avec cette première vraie amoureuse qui elle voulait une vie plus classique.
Ensuite, je me suis engagé dans une communauté, à 21 ans, au début des années 90 (ce groupe a démarré début des années 80 et a éclaté vers 98).
Dans ce groupe, l'idée était de tout questionner, de tout remettre en cause, en agissant consciemment pour se transformer et tout reconstruire autrement. Le genre d'utopie idéaliste qui est complètement passée de mode de nos jours ! Disons pour simplifier qu'il s'agissait d'une sorte d'utopie " spirituelle libertaire révolutionnaire", non-violente mais radicale. Je n'entre pas dans les détails, ça serait hors sujet.
Dans l'ensemble de ces remises en cause et idées utopiques, il y avait la question des relations entre les participant.es, qui tenait une place assez importante vu qu'il était question de communauté de vie.

Cette communauté ne s'est pas formée sur la base d'amitiés ou de couples déjà existants, mais sur des idées et buts communs auxquels on était sensé adhérer avant de s'engager.
Pour les relations, il s'agissait théoriquement de dépasser les seules attirances spontanées (ou répulsions), et de s'affranchir des couples exclusifs, des différences d'âge, de sexe ou autres. L'idéal visé était alors que chaque personne essaye progressivement d'établir une relation profonde et durable avec chacune des autres personnes, donc ouverture à la bisexualité, et de petit à petit arriver à développer chaque relation sur tous les plans (intimité, affection, sexualité, collaboration, travail, amitié, entraide...).
Ce qui signifie que le but n'était pas une cohabitation de couples (ou d'individus célibataires), mais d'une communauté de personnes (essayant d'être) autonomes avec de multiples relations croisées dans tous les sens.
Avec 9 personnes, ça voulait dire potentiellement 8 relations pour chacun.e.

# Je précise tout de suite qu'il ne s'agissait pas d'un trip néo "sex & drugs", on ne passait pas notre temps à fumer de l'herbe en se roulant nu dans les pâquerettes. C'était même éventuellement trop "sérieux", en tout cas très exigeant et très difficile vous imaginez bien !

# Chacun.e avait un espace perso, une chambre individuelle. Il n'y avait donc pas de couples qui dormaient en permanence ensemble à la manière de la plupart des monogames.

1. Mon expérience, impressions et avis
............................................

Pour moi, le polyamour ne m'a pas posé de problèmes insurmontables, ce fut une découverte positive. Evidemment, chaque personne a eu son propre vécu, pour d'autres ça a été très difficile, et/ou pénible. Ce n'était pas le polyamour parfait !

En vrac :
Certaines périodes, j'avais en parallèle 4-5 relations plus suivies et plus "intimes" (affection, sexualité...). Sinon c'était plutôt 2 ou 3. Avec les autres il y avait divers degrés de tendresse, collaboration, amour plus platonique, amitié, etc. Avec certains, c'était nettement plus distant.
Avec les garçons, j'ai tenté des rapprochements sensuels, mais ça ne s'est pas développé, bien que curieux et plutôt ouvert, je n'étais pas vraiment prêt à ça encore (même chose pour la plupart des autres d'ailleurs).

Ca ne me dérangeait pas que mes amoureuses vivent leurs autres relations. Mon problème c'était plutôt des complexes d'infériorité (qui n'empêchent pas l'égo) et d'abandon, de frustrations, d'insécurité. Et quand j'étais (ou me sentais) très délaissé, je le vivais mal, genre Caliméro "personne ne m'aime" ;-). Mais rien d'insurmontable.

Bien que vivant ensemble, on avait parfois des problèmes de planning...

Globalement, ça manquait un peu de spontanéité : du genre "on se retrouve dans telle chambre tel jour telle heure". (les discussions ou relations intimes n'étaient pas toujours programmées, je vous rassure)
On s'interdisait d'être trop affectif à deux devant les autres, pour ne pas "froisser". A mon avis, c'est trop artificiel, ça aurait été mieux d'être un peu plus libre par rapport à ça, car il est impossible, inutile et absurde de faire dans l'égalité (chacun.e étant différent), et ça ne gommait pas du tout les préférences, qui étaient connues de toute façon, et qui sont "normales".

On communiquait, mais sans doute pas assez, et je n'étais d'ailleurs pas très doué pour ça. Ca a contribué à créer parfois des distances, incompréhensions mutuelles.

Malgré les nombreux (et parfois profonds, graves) problèmes individuels et collectifs, je trouve qu'il y avait quand même assez souvent (sauf les dernière années...) une ambiance d'entraide, de communion, une sorte d'échauffement (lié à la proximité) permettant de construire des relations même si il n'y a pas au départ d'attirance spontanée physique, intellectuelle ou autre.
Pour moi, chaque relation pouvait aider mes autres relations, grâce à la compréhension mutuelle, à la diversité humaine. Malgré la complexité accrue (planning, caractères différents), je trouve que l'augmentation du nombre de relation facilite les rapprochements, et l'amour peut se multiplier et augmenter au lieu de se fragmenter (10% pour elle, 20% pour lui...).
On pourrait atteindre peut-être une sorte "d'état d'amour" plutôt que des amours trop passionnels/possessifs et dépendants vis à vis de tel ou telle ?

On ne faisait pas l'amour à plusieurs en même temps. Peut-être une dimension à explorer ?
Il y avait un côté "traditionnaliste", il était théoriquement "prohibé" d'avoir des relations intimes en dehors de la communauté. L'avantage c'est qu'on pouvait se passer sans crainte des protections plastifiées.

Autre point, il y a eu deux enfants. Aucun problème pour moi à être parent même si je n'étais pas le géniteur bio. Tout le monde était parent, les problèmes venaient plutôt de l'inexpérience, des peurs, et des diverses approches éducatives. (au moment de l'éclatement et après, ça c'est très mal passé pour tout le monde, surtout les enfants)

2. Petites analyses rétrospectives
............................................

Je continue de penser que le polyamour pourrait faire partie de l'évolution positive de toute l'humanité, mais c'est un autre débat.

Seulement, ça ne peut pas se faire en un jour et au forceps.
Dans cette communauté par exemple, on était trop présomptueux et trop pressés. Avec un côté trop volontariste, voire viriliste, ayant pour certain.es dérivé vers l'injonction, le sacrifice, les pressions volontaires ou juste maladroites.
Il aurait fallu mieux prendre la mesure de nos limites et tensions persos. Quand on est jeune, sans expérience, et sortant du moule du système (école, famille, médias) qui n'aide pas bien à être autonome et à réfléchir librement, il faut quand même un certain temps (variable suivant les personnes et les domaines) pour s'émanciper, se connaître, avoir un peu de maturité et d'équilibre permettant le polyamour dans de bonnes conditions.
Rq, on peut dire que c'est la même chose pour le mono, et aussi qu'il faut pratiquer pour avancer...

Il aurait fallu prendre plus de temps, sans doute ne pas démarrer en communauté de suite ?, en tout cas être plus souple, plus indulgent (envers soi-même aussi), plus à l'écoute, avec plus de dialogue, plus d'expression de ses sentiments (c'est souvent rappelé sur ce site).

On donnait aussi trop d'importance (pas seulement moi, lol) au fait que pour une relation soit complète, "aboutie", il fallait qu'il y ait de la sexualité, que c'était le signe d'une vraie ouverture. Ce qui est idiot et dangereux, comme ça a été dit quelques parts sur ce forum, et comme me l'a fait remarqué avec insistance mon amoureuse (actuelle) avant que je me rende compte du côté normatif et stupide ! ;-)
On aurait pu prendre le critère de collaboration intellectuelle ou manuelle tout aussi bien ! Certain.es peuvent être très vite à l'aise avec tout le monde niveau sexe, avec des relations très superficielles !
Mieux vaut accepter la diversité, les rythmes et goûts de chacun.e.

On n'était pas au top question égalité des sexes et abolition des genres, et pas assez conscient du problème, pas assez de remise en cause pratiques.

Parenthèse des années 2000 : Je me suis rendu compte aussi que j'étais trop égoïste, pas assez à l'écoute. Pouvant être "aveuglé" par un nouvel amour et délaissant l'autre (écueil fréquent). Ca rejoint aussi les problèmes de communication et de partage de ressenti souvent évoqués ici.

D'autre part, pourquoi limiter le polyamour à l'intérieur de la communauté ? Ca donne une exclusivité en groupe non ? Là aussi, mieux vaut plus d'ouverture, surtout quand on inclue toutes les formes de relations : amitié ou collaborations fortes, platoniques, , amours impromptus...
Donc, une communauté soudée ok, mais sans injonctions normatives à vivre tous les relations de la même manière. Et comme je considère que l'amour est fondamental pour l'humanité, autant vivre le "polyamour" en permanence, avec tout le monde en quelque sorte, donc pas de raison de s'interdire toutes sortes de relations et rencontres en dehors du groupe.
(le terme de polyamour ne convient peut-être plus ici, plutôt parler de fraternité ?)
Evidemment, on ne pourrait pas, humainement, avoir des dizaines de relations profondes et suivie en même temps. Ca dépend des gens, mais une dizaine me parait faisable, à condition d'habiter ensemble (ou proches), et puis aussi d'être assez autonome, de ne pas vivre des relations trop passionnelles (faisable si on est équilibré par des activités qui nous passionnent ?), une sorte d'attachement/détachement qui s'éloignerait du couple plus ou moins fusionnel qu'on nous vend actuellement.
Plus d'autres relations, différentes, moins durables ou moins suivies. L'humain est plein de ressources non ?

# Une illusion à éviter : croire qu'une forme que l'on pense plus adaptée, plus bénéfique, la communauté, aura une grande influence sur l'évolution positive des personnes. Une structure meilleure peut aider, mais ça ne suffit pas, rien n'est automatique.
Une personne peut très bien vivre avec 20 personnes tout en restant blindée et sans changer d'un pouce. Et une autre, célibataire, mais observatrice, empathique et ouverte, peut évoluer très fortement.
Les tensions, névroses, peurs individuelles ne se maîtrisent pas d'un coup de baguette magique, qu'on vive mono, célibataire ou à 20 ensemble.
C'est la même chose à mon avis pour l'économie ou l'organisation politique. Avec une meilleure éducation, il devrait en revanche y avoir plus d'effets positifs, mais là aussi ça ne réglerait pas tout, une large part individuelle profonde resterait inaccessible. Et c'est heureux car ça montre qu'on n'est pas des pantins, qu'existe une bonne part de liberté !

# Apparemment, en tout cas pour moi, les barrières les plus tenaces sont celles des "incompatibilités" de caractères, plus que l'âge, la couleur du sexe ou la classe sociale.
Pour la bisexualité, la libération semble me demander du temps, le temps de s'affranchir des normes de genres, de la peur ?, il faut de l'habituation.
Vous me direz, pourquoi se casser la tête ?!, restons ce qu'on est, bi, hétéro, homo. Seulement, je pense que tout le monde, hors formatage culturel et une fois libéré de la construction des genres, pourrait être plus ou moins pansexuel, avec toutes les variations individuelles possibles.

# Quand on lit les autres témoignages (très intéressants, souvent bien analysés, qui font utilement réfléchir, qui m'aident à avoir du recul et une vision moins carrée) sur ce site, on se rend compte que quelles que soient les raisons nous poussant au polyamour, les problèmes humains sont les mêmes, ainsi que leurs solutions.
Et ça me fait plaisir de voir que nombre de personnes sont satisfaites de cette voie. Ca montre que c'est possible.

Bravo aux courageux.ses qui auront lu jusqu'au bout !
Merci pour votre attention

Message modifié par son auteur il y a 6 ans.

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Geraldin-e

le dimanche 26 mai 2013 à 22h57

Bon, je vois que c'est long, avec des sujets annexes. Pourtant j'ai élagué...! Pour moi, tout est interconnecté, c'est pour ça que j'ai évoqué divers aspects.

J'ai préparé un autre post sur ma situation actuelle (un peu moins long:-) ). Je ne sais pas si je le met ici à la suite, ou s'il vaut mieux créer un autre fil ?
Merci

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tentacara

le dimanche 26 mai 2013 à 23h28

Je suis à peine à la moitié de ma lecture du premier pavé et je suis impatiente de lire la suite! Je t'en prie, Geraldin-e, ton histoire est passionnante et je suis toute yeux! :)

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ScottBuckley

le dimanche 26 mai 2013 à 23h32

tentacara
Je suis à peine à la moitié de ma lecture du premier pavé et je suis impatiente de lire la suite ! Je t'en prie, Geraldin-e, ton histoire est passionnante et je suis toute yeux ! :)

... Idem ! :-D

Et aussi, Geraldin-e, n'hésite pas à venir nous en parler lors du prochain café poly de Lyon ( --> le samedi 8 juin, de 20h à minuit, voir en rubrique "événements" de ce forum pour l'adresse ) si ça te tente, à un moment choisi ensemble, ça te dirait ?
à partager à nouveau avec toi de vive voix ce serait bien intéressant !

Message modifié par son auteur il y a 6 ans.

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tentacara

le dimanche 26 mai 2013 à 23h39

[edit 23h37] J'ai donc fini de tout bien lire et je confirme que la suite de ton histoire est non seulement bienvenue sur ce fil que tu as créé, mais qu'elle y est attendue!

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Apsophos

le lundi 27 mai 2013 à 00h34

J'avoue que j'ai lu un peu en diagonale. Le coté critique du texte me plait, en fait ça pourrait être un résumé des résultat d'une expérience. L'important étant de se poser les questions, plus que les réponses qu'on finit par y apporter.

Je me demande si ce genre de communautés existe encore, j'imagine que oui, j'imagine aussi qu'elles sont plutôt fermées, comme ce qu'on peut sentir de ce récit.

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alps

le lundi 27 mai 2013 à 01h43

@ l'auteur

T'es la seconde personne sur ce forum a regretter de ne pas arriver à avoir des relations homosexuelles. Comme si etre homosexuel ou bi etait un progres et etre hetero retrograde dans ton esprit. L'expression pansexuel metant en avant la hierarchisation selon le cumul des pratiques.

C'est d'autant plus marrant que tu commences par dire qu'il faut respecter ce que l'on est. homo bi ou hetero. Mais tu vises à devenir homosexuel par choix. Et non par orientation sexuelle naturelle.

T'es le second que je lis qui soit dans ce cas.

Tu remarqueras que je ne juge pas. Je me contente de constater et recadrer un paradoxe interessant.

Message modifié par son auteur il y a 6 ans.

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Apsophos

le lundi 27 mai 2013 à 02h40

Je regrette de ne pas pouvoir consommer d'héroïne sans en devenir dépendant, pourtant même sans dépendance c'est pas vraiment un progrès de se droguer :-D

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Katouchka

le lundi 27 mai 2013 à 09h04

tentacara
J'ai donc fini de tout bien lire et je confirme que la suite de ton histoire est non seulement bienvenue sur ce fil que tu as créé, mais qu'elle y est attendue !

Tout pareil! :)

Merci pour ce témoignage si intéressant!

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Trillian

le lundi 27 mai 2013 à 10h06

J'ai tout lu ! Temoignage très interessant ! En fait cette vie en communauté c'était un peu... Sortir d'un moule pour entrer dans un autre. J'ai l'impression qu'il y avait beaucoup de regles, de barrières... Je ne trouve pas que formater les gens, même pour essayer d'aller vers quelquechose de mieux soi une solution. Chacun evolu à son rythme, et chacun s'arrete là où il se sent le mieux. Mais c'est une experience qui a dû être tres enrichissante !

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(compte clôturé)

le lundi 27 mai 2013 à 10h10

très intéressante cette expérience !
tu évoques une communauté " spirituelle libertaire révolutionnaire", quelle forme de spiritualité en était le fondement ?
Est-ce que les personnes se sont réunies en ayant déjà une forme de spiritualité ou y avait-il des personnes de tous horizons qui se sont ensuite ralliées à cette quête spirituelle, révolutionnaire ?

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Geraldin-e

le lundi 27 mai 2013 à 11h34

@ Tous-tes, merci pour vos commentaires encourageants. J'avoue que j'avais un peu peur de lancer tout ça, vu la complexité et le côté inhabituel. Même comme j'ai pu constater l'ouverture et le respect mutuel se vivant ici, pas de soucis.

Ma vie actuelle est moins "rocambolesque" (voir post suivant).

@ GreenPixie,
je serais volontiers venue le 8, mais je suis absent (travail). Une autre fois avec plaisir. Par exemple, cet été, j'avais envie d'aller au pic-nic Bouquet Fleuri et au week-end à la Grange.

@ Alps :
je comprends bien que ça paraît un peu délirant de "vouloir" être bi.
Ce n'est pas homo que je "voudrais devenir", mais pansexuel, c'est différent. C'est à dire établir des relations faisant fi des critères de genre (même chose que la couleur de peau, ou la classe sociale, la beauté, etc.), mais se fondant sur l'amour.
Ce qui fait que ça marchera mieux avec les personnes émancipées de ces critères de genre, qu'elles soient mâles ou femelles (ou intersexe, trans...).
D'autre part, dans ma tête à présent, je me sens globalement plus féminin que masculin.
Spontanément, je suis attirée par les filles avec un côté viril (je dis fille comme un équivalent de femelle, une manière pour moi de ne pas employer le mot femme, mot relatif largement à une construction sociale) et les garçons avec un côté féminin.
De plus, avec des garçons, il pourrait y avoir de la forte amitié, tendresse, sans forcément de sexualité. Je ne me suis jamais forcé, et je ne veux pas (ou plus) me mettre dans une case de manière artificielle.
Pour rire, je dis parfois que je suis lesbienne, et aussi hétéro, homo, ça dépend des moments.

@ Apsophos :
je n'ai jamais vu de communauté ayant ce genre d'idées à notre époque. Pour le polyamour "politique", il y a certains "cercles" libertaires ou alternatifs qui j'imagine s'en rapprochent, essaient, sans forcément le "théoriser".

@ Trillian :
Oui, tu as raison, ça rejoint les analyses que j'indiquais.
Le tout est que chacun.e soit bien conscient de sa limite entre efforts raisonnables et conformation illusoire et artificielle à une norme, si bonne soit-elle en effet.

@ Ocytocine
Questions très importantes en effet. Auxquelles il m'est encore difficile de répondre...
Disons juste que ça dépendait des personnes, mais la plupart (dont moi) étaient plutôt dans la deuxième situation.
La difficulté, c'est que je peux difficilement parler à la place des autres.

En théorie, cette spiritualité se rapprochait de courants comme la théologie de la libération en Amérique latine, ou d'idées proches de Tolstoï ou Nicolas Berdiaev, ou Ellul.
Perso, je le vis comme se rapprochant du courant anarchiste spirituel. Ca n'existe pas trop en Europe, voir plutôt du côté anglo-saxons, comme www.jesusradicals.com/ (je ne suis pas chrétien pour autant).
L'idée importante était en théorie la relation spirituelle individuelle direct avec Dieu (ou autre qualificatif), sans intermédiaires, donc de ne pas suivre un texte sacré de type Bible ou un gourou.

C'est complexe, délicat, et on s'éloigne sans doute trop du sujet...
En tout cas, je serais ok pour en discuter en privée, de vive voix de préférence.

Message modifié par son auteur il y a 6 ans.

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Geraldin-e

le lundi 27 mai 2013 à 11h47

Comme promis la suite, plus sage :

Cette communauté à disparu, néanmoins je cohabite avec certains anciens.
Je continue à avoir à peu près ces idées, même si je vois des tas de critiques, que cette aventure communautaire a été douloureuse et problématique (quelque part, on n'en est toujours pas "sortis"), et qu'il faudrait réviser/assouplir certains aspects importants ou anecdotiques.
Je suis devenu davantage bisexuel, grâce notamment à mes pratiques artistiques, à une meilleure intégration de ma féminité, et donc à une forme de liberté vis à vis du genre.
Depuis 7 ans, j'ai une amoureuse, une relation de type mono, on s'est beaucoup apporté mutuellement. On ne vit pas ensemble.

Il y a quelques années, une rencontre brève de "tendresse amicale" avec une fille m'a rappelé mes idées et désirs poly.

Un jour mon amoureuse m’a proposé, voyant mon penchant bi et pour que je pratique pour de bon avec des garçons vu que ça devenait un désir, de rencontrer des hommes. Nous avons choisi le libertinage qui semblait le plus simple dans un premier temps, je lui ai demandé de participer à ces rencontres pour me rassurer un peu, ça s’est bien passé dans l’ensemble, sauf que ce n'est toujours pas si évident avec des garçons, sans doute que sans se connaître et sans partage d'amour ça n'aide pas...?
Ce n'était pas inintéressant, si on choisit bien les partenaires il y a du respect et de l'attention, mais c'est quand même moyen, du fait du côté sans lendemain, "consommation sur catalogue". Il arrive que certain.es libertin.es aboutissent à des formes de polyamour dans la durée, mais c'est rare et ce n'est pas le but.
C'est plus un plaisir mental, un fantasme, il y manque la dimension humaine d'engagement, de partage de notre condition, et puis le plaisir est quand même limité du coup. Donc on a arrêté.
Pourquoi pas du sexe sans lendemain, mais alors sans en faire un mode de vie, sans que ce soit "planifié" ? Sans doute aussi une question de goût.

A présent, on réfléchit tous les deux beaucoup au polyamour.
Elle trouve ça positif (elle a toujours pensé que l’amour à vie et avec la même personne ça n’était pas « naturel »), sans savoir quelle forme le polyamour pourrait prendre pour elle.
Elle se questionne sur la réalité de tel ou tel « modèle » dans les relations amoureuses, y compris dans le « polyamour ».
Et moi aussi du coup, grâce à elle et à ce site.

Logiquement, je devrais mieux assumer mes idées et envies à présent, être plus ouvert à diverses relations (qu'il y ait à nouveau communauté ou pas), sans brusquer les choses.
De toute façon, en ce moment ma vie et ma tête sont un peu en surchauffe, alors ce n'est pas le moment d'avoir d'autres relations sérieuses. Des amitiés légères peut-être !?

De son côté, comme elle n'a eu qu'une relation avec intimité (avant moi) dans sa vie, elle a envie de connaître d'autres garçons (elle est hétéro), de vivre des rencontres un peu plus suivies. Pourquoi pas si c'est ce dont elle a envie ?
Evidemment, ça ne me gêne pas, et même ça me fait plaisir qu'elle s'ouvre à d'autres choses, d'autres personnes.
On verra bien.

# Comment se fait-il qu'avec cet arrière fond poly je n'ai pas eu plus de relations après 2000 ?
Au départ, parce que j'étais quand même pas mal affecté par l'éclatement de cette communauté. Et puis je suis plutôt réservé, je sors peu, j'habite dans un trou à la campagne et j'ai des tas d'activités très prenantes. Peut-être aussi qu'inconsciemment j'avais peur de passer pour un obsédé sexuel ou de la faire souffrir ?

Mais n'empêche que, les rares fois où je sortais, il y avait très souvent des personnes qui m'attiraient, avec qui il aurait pu se passer quelque chose. Qui ne se passaient pas vu nos éventuelles barrières et ce que je viens de dire.
Je crois que je tombe assez facilement "amoureux" dès qu'il y a certaines affinités, pas d'une manière passionnelle/violente, une sorte de penchant pour l'"amitié fraternelle" ?

(texte relu et corrigé par mon amoureuse ;-))

Message modifié par son auteur il y a 6 ans.

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Trillian

le lundi 27 mai 2013 à 12h33

J'aime beaucoup ce que tu appelles "amitié légére" ou "amitié fraternelle". L'amour ce n'est pas toujours une passion devorante (et destructrice), la vraie vie c'est pas hollywood =)
Donc ressentir une forte amitié, mélée ou non avec du désir, c'est déjà une forme d'amour. Apres il y a differents degrès.

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Geraldin-e

le mardi 28 mai 2013 à 11h58

D'accord avec toi Trillian.
Je n'ai jamais connu de passion dévorante, des moments d'emballements oui (surtout au début d'une histoire). Question de caractère ?
La passion est elle vraiment de l'amour pour une personne réelle ?

J'ai l'impression que l'amour est plus un état intérieur, une disposition d'esprit générale, qui peut se vivre avec une multitude de personnes de multiples manières, et bien sûr plus facilement (surtout quand ça devient plus intime) avec celles pour qui il y a des affinités spontanées.
Un mélange paradoxal de construction volontaire (sans volontarisme) et de spontanéité/imprévisibilité (du à cette disposition intérieure).

Ce qui signifierait que souvent, quand on parle d'amour, dans le schéma classique de nombre de relations, il s'agirait alors d'un mélange de sentiment amoureux et de désir sexuel (ou de communion intellectuelle, militante etc.) (en ayant bien conscience que les frontières entre tout ça sont généralement floues, et variables suivant les personnes) ?

Message modifié par son auteur il y a 6 ans.

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Profil

Trillian

le mardi 28 mai 2013 à 14h39

J'ai connu la passion dévorante, et pas qu'une fois ! Pour moi, la passion ce n'est pas vraiment de l'amour mais un "état" provoqué par l'amour. Un etat éphémere que l'on confond souvent avec le sentiment qui l'a provoqué, on croit que c'est "une preuve d'amour" mais si la passion ne peut pas exister sans amour, l'amour lui se passe tres bien de la passion. D'ailleurs, beaucoup de couples ce sépare quand la passion s'en va, persuadés que l'amour n'est plus là. La passion dévore tout sur son passage, le temps, la vie sociale, l'énergie, le sommeil, la productivité, nous ne sommes plus rien d'autre, nous ne pensont plus à rien d'autre. Lorsque la passion s'essoufle et se retire, on se sent vide, faible, malheureux, on ressent un espece de malaise comme à la fin d'un rêve particulierement réaliste. Mais aussi agreable que soit le rêve, il faut se lever et reprendre le court de sa vie, c'est difficile de le faire seul, c'est pas plus facile de le faire à deux, il faut presque recommencer à zero, réapprendre à se connaitre "dans la vrai vie" sans cette passion qui nous aveugle. Mais je souhaite à tous les passionnés de franchir ce cap, car la suite est merveilleuse =)

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Profil

ScottBuckley

le mercredi 29 mai 2013 à 22h22

Trillian

J'aime beaucoup ce que tu appelles "amitié légère" ou "amitié fraternelle". L'amour ce n'est pas toujours une passion dévorante (et destructrice), la vraie vie c'est pas hollywood =)
Donc ressentir une forte amitié, mêlée ou non avec du désir, c'est déjà une forme d'amour. Après il y a différents degrés.

Oui, tout à fait d’accord avec toi Trillian, j’aime aussi beaucoup ces nuances, ces ‘ amitiés légères ’, ces ‘ amitiés fraternelles ’ (pour citer Geraldin-e), tout comme j’apprécie beaucoup par ailleurs les amitiés sexuelles, mais aussi les complicités sensuelles des corps qui se frôlent, les massages qui glissent sur les peaux, les open kiss nocturnes ou diurnes ....

C’est déjà une forme d’amour ’, en effet, à d’autres degrés différents .

Une amitié sexuelle est d’autant plus belle qu’elle ne demande rien en échange (ni anneau ni promesse d’un lendemain ni baiser sur les lèvres, ni de se tenir la main dans la rue) ... sans pour autant l’interdire : ça repose sur la confiance mutuelle qui peut naître entre deux êtres .

Ce n’est pas un ‘potlach’ don/contredon “je donne ceci donc tu dois surenchérir à ce que je te donne”, c’est un don plein, désintéressé, libre, a free gift : un présent gracieux, gratuit et libre à la fois .

Parfois, quand je danse ou que je regarde quelqu’un qui danse follement pleinement et librement ( même et surtout si la personne ne “sait pas” danser comme un-e personne dite “pro” ) , avec ses élans, sa grâce, ses maladresses, je suis presque capable de tomber amoureux de cette personne, comme attiré par ce magnétisme de ce corps et de cette âme qui s’élancent et s’ouvrent dans l’air
( voir le film ‘ Pina ’ de Wim Wenders, par exemple ) .

Idem pour des personnes jouant pleinement au théâtre, à condition qu’il y ait un vrai lâcher prise, un abandon, une énergie non totalement maîtrisée, de l’improvisation jazzy...

La danse, c’est un rapport au sol, à l’espace, aux murs physiques et aux limites mentales que l’on repousse, et c’est aussi un rapport à l’autre qui est à côté de nous, avec qui l’on peut parfois jouer // jouir, dans tous les sens .

@ Celles et ceux qui s’intéressent aux formes de communautés (au sens français ou francophone, mais non sectaire) : j’ai déjà croisé à deux reprises quelqu’un qui a vécu dans une communauté plutôt poly au Portugal (on en a déjà parlé sur ce forum), et on m’a un jour parlé d’une forme de communauté plutôt poly en Allemagne, mais sans leur accord et leur aide, je ne peux pas vraiment en dire plus, et en tout cas je ne peux pas donner le nom de ces lieux actuellement ( à suivre .... )

@ Geraldin-e : j’ai déjà été attiré par une fille, un jour, récemment, à la voix douce, aérienne, au visage et aux traits fins .... avant d’apprendre au détour d’une phrase qu’il s’agissait d’un jeune homme imberbe !
( la voix aérienne de Jeff Buckley, par exemple sur Corpus Christi Carol de Britten, ou la B.O. de la Double vie de Véronique, peut produire un effet semblable sur moi : on touche là au sublime quand on tutoit les anges ainsi )

Donc les étiquettes culturelles (et pas “naturelles”) du genre “hétéro”, “homo”, “bi”, ne seront jamais assez subtiles pour dire qui l’on est, et qui peut nous attirer à tel moment de la vie, ça nous dépasse.

( les personnes qui sont dans la peur ou dans la haine des “homos” sont peut-être des personnes qui ont peur d’aimer / d'être en attirance envers leur propre corps, leur propre jumeau/jumelle, les yeux fermés ? )

Une personne non-voyante aurait d’ailleurs beaucoup, beaucoup à nous apprendre sur ses goûts et ses attirances multiples, les ondes qu’elle perçoit, les grains de voix qui la font ((( vibrer ))) ....

D’où le plaisir des jeux complices sensuels, avec les yeux bandés dans l’esprit de câlins-maillard ! ( envie d’essayer ? (+) )

“La vraie vie c’est pas hollywood” : oui, c’est plutôt poly'mood, pollywood ^_^ .

Message modifié par son auteur il y a 6 ans.

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Geraldin-e

le mercredi 29 mai 2013 à 23h30

Merci GreenPixie pour ces belles paroles sur la danse, qui peuvent s'appliquer à tout. Je peux ressentir la même chose.
Oui on est amoureux de la beauté (au sen large, pas au sens des magazines), de la liberté, entre autre !

En fait, étant donné nos origines et notre éducation, il me semble qu'on soit au départ (sauf exceptions) des sortes d'handicapées de l'amour, du sexe, de la sensualité. Et ça peut prendre parfois du temps pour (re)découvrir tout ça simplement.

Sur l'amitié, oui peut-être que souvent ça peut être plus libre, n'empêche que ça peut aussi être très "borné", tout dépend des personnes. Mais a priori, on est moins dans le schéma comme ça peut l'être pour le couple.

Oui, à terme, on pourrait arriver à ne plus avoir besoin d'employer les mots femmes/hommes/bi/hétéro/homo. Normalement, si on est amoureux d'un noir, on peut arriver à dire "j'aime un humain", et à ne plus dire "j'aime un noir", et juste, éventuellement, au détour d'une conversation, détail sensuel, "il a une très belle peau sombre".

Par exemple, je vois de plus en plus que j'aime un mélange de masculin et de féminin, un certain mélange, variable (et théoriquement indépendant du sexe bio), et surtout s'il s'agit d'un mélange détaché des normes de genre. Et donc ça devient inadapté de dire bi, ou j'aime les femmes. Ou alors : j'aime les "femmes", quel que soit leur sexe ! Et j'aime les "hommes", s'ils sont détachés de leur "sexe". Comprenne qui pourra ;-)

Ton histoire de non-voyants me fait repenser à une nouvelle extraordinaire que j'avais lue y a longtemps, sur une communauté polyamoureuse d'aveugles. C'était absolument magnifique, d'amour beauté sensualité, faudrait vraiment la retrouver ! A faire lire partout !

Ok pour le câlin-maillard ! ;-)

Message modifié par son auteur il y a 6 ans.

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Apsophos

le jeudi 30 mai 2013 à 01h48

Geraldin-e
En fait, étant donné nos origines et notre éducation, il me semble qu'on soit au départ (sauf exceptions) des sortes d'handicapées de l'amour, du sexe, de la sensualité.

Et de la pensée, et de la liberté ? On appelle ça "des enfants", il me semble.

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Geraldin-e

le jeudi 30 mai 2013 à 10h52

Apsophos, je voulais parler en fait de la plupart des jeunes adultes.
On pourrait quand même avoir au moins un bien meilleur bagage, et avec moins de pressions sociales normatives, plus d'expériences libres. On perdrait alors moins de temps sur des erreurs évitables et des illusions nocives. (j'ai bien dit "moins", car il faudra toujours du temps, faire ses propres expériences, erreurs, etc.)

De toute façon, ce "système" nous fabrique plutôt comme des handicapés, dans tous les domaines oui, c'est son intérêt pour mieux nous asservir et maintenir les choses. Mais ce n'est pas vraiment le nôtre..

Message modifié par son auteur il y a 6 ans.

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