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La dimension "avoir plusieurs relations amoureuses et/ou sexuelles en même temps" (qui peut même, si on n'y prends pas garde, devenir une injonction supplémentaire !) ne me semble pas le…

Deux lettres sur l’amour libre — Simone Nijboer & Rymke Wiersma, 1997

Rédigé le jeudi 26 septembre 2019 à 16h51

Mis à jour il y a un mois

Ces deux lettres, qui se répondent l'une l'autre, ont été écrites en réponse à l'appel de Corinne Monnet et Léo Vidal pour le recueil « Au-delà du personnel : pour une transformation politique du personnel. » (A.C.L. 1997).

Une lettre sur l’amour libre — Simone Nijboer

Salut Léa,
j’ai été agréablement surprise de trouver ta lettre dans ma boîte ! Je ne savais pas que tu t’intéressais tant à « l’amour libre ». Et c’est avec plaisir que je te fais connaître mon côté de l’histoire. Je ne te connais pas encore très bien, je commence donc avec un petit bout de mon histoire personnelle. Durant des années mes rêves concernant les relations étaient ceux-ci : se suffire mutuellement pendant toute une vie, ne pas avoir besoin d’autres personnes, former une indestructible unité à deux. Et pendant trois années ce rêve a été réel. Je vivais quelque chose de très bien avec Bram, que tu ne connais pas. À l’époque on ne faisait pas encore de projets concrets pour le futur mais, dans mon for intérieur, je nous voyais devenir vieilles/vieux ensemble.
À ma grande tristesse, cette relation s’est quand même brisée, et peu de temps après j’ai appris à connaître Weia, dont je suis immédiatement tombée amoureuse. Et l’amour était mutuel ! Je vivais une période tumultueuse : pour la première fois de ma vie j’étais amoureuse d’une femme qui, de plus, était bien plus âgée, plus expérimentée et politiquement plus radicale que moi. En parallèle, elle entretenait depuis quinze ans une solide relation avec Rymke, et comme tu le sais, ces deux-là sont inséparables. L’amour qui grandissait entre Weia et moi semblait se stabiliser et le rêve romantique, si longuement caressé, d’une relation à deux devait être revu et corrigé. Et je n’ai pas toujours trouvé cela si facile que ça.
La théorie de l’amour libre m’a attiré d’emblée : l’idée de ne pas laisser s’infiltrer des éléments non libres à l’intérieur de quelque chose d’aussi beau que l’amour me semblait magnifique. L’amour est d’autant plus profond quand il n’a pas besoin de cacher ou d’écraser quoi que ce soit, et certainement pas de beaux sentiments pour une tierce personne. Je pense vraiment ce que je dis, mais quelque fois mon ressenti est en décalage avec la théorie. Alors je me sens jalouse ou incertaine, et j’imagine aisément comment l’amour que nous éprouvons Weia et moi disparaîtra au profit de leur histoire à elles deux. Car elles sont ensemble depuis quinze ans déjà, elles ont construit un tas de choses pendant ce temps-là et elles partagent des souvenirs magnifiques, peut-être beaucoup plus beaux que ceux que Weia et moi pourrions avoir un jour. Souvent, ça dure un bout de temps avant que j’en arrive à contenir une telle vague de sentiments. Au-delà de l’incertitude, je peux aussi avoir un sentiment de culpabilité vis-à-vis de Rymke parce que je me suis « imposée » entre elle et Weia. Des idées noires en découlent parfois.
Mais la façon dont Rymke, Weia et moi gérons ces aspects difficiles est fantastique. Aucune de nous trois ne supporte bien les tensions, donc, quand il y a des problèmes, ils se manifestent rapidement. Parfois on en parle toutes les trois, parfois aussi Rymke et moi nous écrivons dans une sorte de journal intime qui fait régulièrement des allers et retours entre nous. Entre Rymke et moi, un lien spécial est en train de se tisser. Je la trouve vraiment super adorable. Et même si Rymke et moi ne sommes peut-être pas « vraiment » amoureuses, certains moments à nous trois sont si beaux et intenses que je les ressens comme très « triangulaires ». Dans ces moments-là, je me sens très heureuse !
Donc Léa, tu vois, même si je ne trouve pas que l’amour libre soit facile, je continue de le considérer comme une expérience magnifique et comme un défi – mais ça reste au niveau de l’expérimentation. Je rencontre malheureusement rarement, pour ne pas dire jamais, d’autres personnes qui choisissent vraiment l’amour libre.
En tout cas, ma vie est devenue plus riche et intense grâce à l’amour libre. J’apprend beaucoup sur moi-même parce qu’il me confronte en permanence à des questions fondamentales. Pourquoi, par exemple, aurais-je tellement peur d’être abandonnée ? L’amour libre donne l’occasion, mais aussi l’espace, d’analyser ce genre d’incertitudes tandis que, dans l’amour non libre, elles sont ensevelies sous d’illusoires certitudes. Ces derniers temps, je suis de plus en plus convaincue qu’une telle relation romantique et idéale n’offre pas de certitude, je dirais presque que c’est tout le contraire. Autour de moi je vois comment des relations échouent parce qu’une des deux tombe aussi amoureuse/x de quelqu’une d’autre et qu’un choix s’impose. Alors que l’amour n’est pas toujours fini ! Quel dommage, quel gaspillage de potentiel ! À mon avis l’amour libre, lui, est vraiment romantique : l’amour existant n’existe pas parce qu’il y a un accord ou parce qu’une habitude s’est installée mais tout simplement parce qu’il y a un enthousiasme mutuel, et ça, ça ne peut pas disparaître comme ça à cause d’un nouveau sentiment amoureux. Cela signifie également que ce ne serait pas dramatique si un jour je tombais amoureuse de quelqu’une d’autre. Je ne serais pas obligée de le cacher à qui que ce soit, même pas à moi-même. Et c’est une idée qui me plaît beaucoup.
En ce qui concerne les aspects difficiles de l’amour libre, ce serait idéal qu’ils se limitent au niveau pratique : qui dort avec qui cette nuit, qui part quand et avec qui en vacances, et qui va patiner avec qui en ce jour d’hiver ensoleillé ? Un aspect pénible de plus est d’ailleurs que Rymke et moi sommes parfois relativement modestes : on a tendance à s’effacer. Rymke surtout en souffrait au début, mais maintenant il arrive encore que ça nous influence. On ne veut pas gêner l’autre, mais finalement on fait que quelqu’une se sente un peu triste. Tu comprends, Léa ?
Je pense que les problèmes pratiques peuvent se résoudre assez facilement, à condition qu’ils ne soient pas le reflet de problèmes affectifs comme la jalousie, la culpabilité ou l’incertitude. Dans ce cas, c’est un défi et un art de les rechercher et de les analyser. Rymke, Weia et moi avons une forte volonté de gérer au mieux ces problèmes, et je pense que c’est une condition sine qua non à une bonne relation d’amour libre. L’amour libre demande beaucoup, maintenant que j’y réfléchis. Ouverture, bonne volonté afin de considérer de façon critique son propre comportement et ses propres habitudes, et cetera...
Bon, Léa, voici quelques premières pensées sur l’amour libre. Je pourrais continuer de philosopher pendant des heures sur ce sujet. Passe me voir, on continuera à en parler !
Très affectueusement,
Simone.


Lettre sur l’amour libre — Rymke Wiersma

Chère Léa,
Ta lettre est tombée dans ma boîte aux lettres ce matin et elle est tellement pleine de questions que j’ai envie d’y répondre immédiatement. L’amour libre, oui ! C’est un choix que j’assume pleinement, même si ce n’est pas toujours très facile. Je n’ai jamais ressenti le besoin de vivre des relations où l’on se promet mutuellement une fidélité éternelle. Essayer d’empêcher quelqu’une d’aimer quelqu’une d’autre, ou lui dire que cet amour ne devrait pas exister, me semble égoïste et, de plus, illusoire car l’amour ne peut être ni retenu ni interdit. J’avais adopté ces idées bien avant de rencontrer Weia. Elles ont souvent été mises à l’épreuve mais ma conclusion a toujours été que c’était possible et que, de plus, il n’y avait au fond pas d’alternative, que je me mentirais à moi-même si je me tournais vers toute autre forme d’amour c’est-à-dire d’amour non libre.
Lorsque j’ai rencontré Weia, cela ne me disait rien d’essayer de vivre une relation fixe ; je me considérais comme une solitaire entourée d’un cercle d’amies intimes (comme tu le sais peut-être, mon monde était alors constitué presque uniquement de femmes) avec lesquelles je voulais partager ma vie le plus possible. Je ne croyais plus au sentiment amoureux qui me semblait exagéré, inauthentique, altéré par la pudibonderie, grossi par les médias, une sorte d’opium du peuple. C’est alors que j’ai rencontré Weia, et bon, tu connais la suite. C’était comme si ces contes de « princesses charmantes » avaient un sens jusque-là caché qui se révélait à moi. Un sens qui ne s’appliquait pas de manière globale bien sûr, mais bel et bien à nous. Des copines nous taquinaient et nous appelaient, légèrement moqueuses, « le couple idéal ». Weia et moi trouvions ça ridicule. Nous détestions ces mots : couple, relation ; bah. Ce que nous vivions ensemble, tout le monde devrait le vivre. Alors, et alors seulement, le monde serait beau. Nous avons appris à connaître Tieneke, l’avons appréciée toutes les deux et avons commencé une histoire triangulaire. Je parle ici d’un triangle équilatéral. Nous étions comme un îlot sur la mer, nous, trois gouines anarchistes végétaliennes. Personne ne nous comprenait. En fait, presque personne... Des années plus tard P’tje nous a rejoint. Et plus tard aussi Michel. Et l’amour lesbien n’était alors plus le seul que nous laissions s’exprimer.
Tu sais que notre « bande des cinq », qui hélas (?) est actuellement en train de se désagréger, connut un passé quasi communautaire. Il y a eu des triangles (après celui avec Tieneke encore deux autres), il y a même eu un carré, et pendant des années il y eut (au moins de ma part) la recherche d’un pentagone, c’est-à-dire une bande idéale à cinq, où tout le monde aurait envie de raconter tout ce qui est important à toutes les autres, où (comment pourrais-je l’oublier) tout le monde serait amoureuse/x des autres et où (donc ?) il n’y aurait pas de place pour la jalousie. Ça aurait été beau. Mais comme je te l’ai écrit dans ma lettre précédente, ça s’est passé autrement.
Les « membres de la bande » se sont plus axées sur l’extérieur. D’un côté, c’était rafraîchissant : à nous cinq, nous étions dans une impasse. L’image qui nous correspondait le mieux à la fin était celle d’un mauvais mariage qui se traîne. Ça ne s’appliquait pas à nos relations prises individuellement, mais bien à leur ensemble. De l’autre côté, cela me rendait très triste. Mes idéaux (un monde beau, plein de gens pétillants, un monde où tout le monde est amie) n’avaient pas disparu mais semblaient tout d’un coup plus insaisissables.
Pendant toute cette période de vie en bande (qui a duré une huitaine d’années), il avait toujours été évident que Weia et moi partagions quelque chose de plus idéal et de plus étendu que quelque autre combinaison possible. Lorsque Michel m’a dit un jour qu’entre lui et moi ça pouvait peut-être devenir aussi bien ou même mieux, je lui ai répondu d’un ton assuré : « Non, c’est impossible, jamais. » Cela me semblait être la réalité, et ça l’était peut-être aussi mais, après coup, il me semble que je voulais qu’il en soit ainsi. Sans m’en rendre compte je m’étais mise à croire au conte. Le conte selon lequel il existe une personne avec laquelle tout est par définition plus beau et plus profond et plus romantique.
Que Weia puisse rencontrer quelqu’une avec qui elle pourrait partager autant ou plus qu’avec moi nous semblait à toutes plus qu’invraisemblable. On se disait, en rigolant, qu’il lui faudrait pour ce faire une Rymke avec la bosse des mathématiques pour que Weia puisse partager tout : non seulement la dimension politique, philosophique et affective mais également ses passetemps aux sciences exactes. (Comme tu le sais, j’ai tendance à m’endormir lors de discussions sur les mathématiques et les projections.) Il me semblait peu probable que la Weia critique et devenue entre-temps assez farouche puisse trouver un jour quelqu’une dont elle serait aussi amoureuse que de moi et avec qui elle passerait des moments aussi agréables.
Tu connais plus ou moins l’histoire de ce qui a suivi, mais je te la raconte encore une fois en d’autres mots. Alors elle a appris à connaître Simone. Juste à l’époque où la bande battait de l’aile et où je me sentais, de ce fait, si malheureuse. Oui, Weia avait déjà été amoureuse, elle s’enflamme assez vite – mais en général les flammes s’éteignent facilement d’elles-mêmes. Mais dès le début, j’ai senti clairement que cette fois c’était sérieux. En plus, c’était mutuel. Au début, Weia tentait de cacher son sentiment amoureux, tout ça lui semblait trop pénible (aussi à cause de certaines différences de style de vie entre elle et Simone et puis, comme tu le sais, Weia n’est pas très facile) mais je trouvais ça ridicule. Si quelque chose de beau surgit, il faut lui donner une chance. En plus, comme je l’ai déjà écrit, je ne crois pas au fait de cacher son amour. Déjà, quelques jours après qu’elles se soient avouées leurs sentiments, Weia m’a dit que Simone était aussi importante pour elle que je l’étais moi. Elle voulait dormir aussi souvent avec elle qu’avec moi, partager aussi intensément sa vie avec Simone qu’avec moi. En bref, je devais partager ma « place » dans la vie de Weia avec Simone. Et ce qui était pire : il s’avérait qu’elle avait la bosse des mathématiques, elle...
Partager sa place. Oui, je le ressentais ainsi. Weia n’était pas d’accord. Elle disait que ma place restait la même, mais que quelque chose s’y était ajouté. Une chose qui était aussi magnifique que ce qu’il y avait entre nous et pour laquelle il lui restait suffisamment d’espace. Socialement, elle n’était pas fort occupée à l’époque. En fait, elle n’avait que moi. Depuis longtemps elle avait coupé tout lien supposant une certaine intensité avec le reste de la bande. En dehors de la bande non plus elle n’avait pas d’amitiés qui lui prennent du temps. Pour Weia, c’était fantastique de trouver une personne avec laquelle elle pouvait autant parler, autant ressentir, autant prendre de plaisir ! Je ne sais pas si j’arrive à te donner une image fidèle de la réalité. Une image qui ne soit pas trop déformée.
Je dois ajouter que je trouvais et trouve Simone super gentille et adorable. Avant que quelque chose ne naisse entre Weia et elle, Weia me disait en rigolant à moitié : « Celle-là il me la faut » et alors je disais : « Non, cette foisci elle est pour moi ». (Ce « cette fois-ci » s’en référait à l’aspect lesbien ; ces derniers temps je tombe plus facilement amoureuse de garçons que de filles. Tandis qu’en règle générale je considère les femmes plus gentilles et plus gaies. Ça aussi c’était une de tes questions : à quel point suis-je lesbienne ? Tu sais que je préfère me considérer comme @sexuelle, c’est-à-dire que physiquement, le sexe d’une personne ne m’intéresse pas du tout. (Et d’un point de vue autre que physique il ne devrait pas exister de genres !) Je peux tomber amoureuse de quiconque est adorable. Je le pense, je le veux. Je t’en parlerai une prochaine fois, je me limite maintenant à l’amour libre !).
Je n’étais ni ne suis pas vraiment amoureuse de Simone, mais je ressens quand même quelque chose de très beau et spécial pour elle et je n’exclus pas qu’un sentiment de type plus amoureux puisse voir le jour. Surtout maintenant qu’elle est devenue végétalienne (c’est un élément qui fait que je trouve les autres plus sympathiques) et qu’elle soit de plus en plus activement pour l’anarchisme et d’autres idées que je considère importantes.
Mais ces choses-là rendent aussi notre relation difficile. En fait, je la rends difficile. Je me sens parfois menacée par le fait que Simone et moi nous nous ressemblions justement assez fortement (nous sommes par exemple toutes les deux assez sociales, réfléchies et très consciencieuses). Dans ces momentslà je me dis que si elle était différente, je pourrais accepter plus facilement que Weia partage avec elle autant qu’avec moi. Si nos relations étaient plus dissemblables, celle que j’entretiens avec Weia serait unique au moins. « Mais maintenant aussi c’est unique, dit Weia, évidemment ce n’est pas pareil, et même si c’était pareil, et alors ? Tu ne peux vivre qu’une vie et c’est la tienne. »
Weia peut être si sèche à ce propos. Archiréaliste. Quelques fois délicieuse, quelques fois insupportable. Ne peux-tu pas comprendre, Weia, qu’on puisse le ressentir comme une menace ? Ne vois-tu pas qu’il est difficile pour moi de voir Simone faire avec toi ces choses que nous faisons ensemble depuis des années ? Non, Weia ne comprend pas. Peut-être est-ce mieux ainsi. Simone, elle, elle comprend. Cela lui pose même problème et lui fait craindre que ce qui existe entre Weia et moi ne soit toujours plus profond et plus étendu que tout le reste. Comment mesurer ce genre de chose ? Est-ce important de le faire ?
Ma petite place au chaud près de Weia. Ce bel îlot où l’attention réciproque coule de source. Ce lieu où il n’est pas nécessaire de trouver un arrangement pénible pour savoir qui dort avec qui, ni de discuter pendant des heures et des heures pour dissiper un malentendu. L’idée que nous puissions partir en vacances et nous suffire à nous-mêmes, pendant des semaines. L’exquise sensation que, pour elle, être avec moi est la plus agréable des choses à faire. Ce si joli sentiment de symétrie : tu es ma préférée, je suis ta préférée. Parfois, cet îlot me manque. Pourtant, je ne doute jamais du bien-fondé de l’amour libre. Je regrette quelquefois de ne plus occuper aux yeux de Weia cette première place que j’affectionnais. Du moins, de ne plus être la seule à m’y trouver. Mais est-ce que ce n’est pas faire preuve de mesquinerie ou d’égoïsme, ou alors d’un manque de sagesse ou d’indépendance (donc d’anarchisme) que de vouloir être placée sur un piédestal par la personne qu’on aime ?
Entre-temps, j’ai repris le fil de mon histoire avec P’tje. Le côté organisation pratique n’en est évidemment que plus ardu (qui et quand voit qui, qui dort où, etc.). Mais c’est amusant et ça fait naître de nouveaux espoirs. La sensation de revivre ce que nous avions déjà vécu en bande resurgit parfois brièvement.
J’oublie de raconter à quel point la relation que nous entretenons, Weia, Simone et moi, peut être belle et agréable. Nous passons ensemble des heures d’une rare intensité, en discutant, en pleurant, en nous câlinant. Et l’image qui en ressort n’est pas celle de Weia en compagnie de ses deux maîtresses, mais celle d’une amitié profonde qui nous unit toutes les trois. Simone et moi sommes devenues bonnes amies. Il y a bien des tensions et de légers malentendus mais on en parle dans un cahier, dans une sorte de journal intime commun que l’on se partage toutes les deux. Et parfois, on en a vraiment besoin.
Non, la voie que nous avons choisie n’est pas la plus facile, mais je n’en imagine pas de plus belle.
Le seul vrai reproche que l’on puisse faire à l’amour libre est qu’il faut, selon moi, lui consacrer énormément de temps. (Bien qu’en fait, s’il s’agit de pouvoir prêter toute l’attention nécessaire aux sentiments respectifs, je ne voudrais pas qu’il en soit autrement !) Mais ce temps qu’il faut donner n’est lui-même qu’une question de temps : nous avons toutes grandi entourées d’évidences monogames. Il est donc logique que nous ayons parfois à nous battre contre d’anciennes associations et d’anciennes angoisses.
Dis, Léa, réponds-moi et fais-moi savoir ce que tu penses de tout ça. Parle-moi autant que tu le veux de tes idées sur l’amour libre et raconte-moi tes expériences !
Affectueusement, Rymke.


Traduction de Léo Thiers-Vidal et Karin Vandenhaute.

Source : « Au-delà du personnel. : Pour une transformation politique du personnel. » recueil de textes rassemblés par Corinne Monnet et Léo Vidal (Édition Atelier de Création Libertaire, 1997)

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