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La légitimité de la jalousie

Jalousie
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Yoni

le lundi 26 mai 2014 à 18h29

Je préviens ça va sans doute être confus !

Je réfléchissais aux différentes formes de jalousie que j'ai pu rencontrer (en moi et chez les autres). Régulièrement on ne comprend pas vraiment d'où elle sort, ce qui l'a provoqué. Il arrive tout aussi souvent de ne pas comprendre la jalousie des autres, car elle ne nous parait pas logique, et donc quelque part pas légitime.

On a évidemment des normes éduquées. Il n'est pas "mal" de sortir entre potes dans un bar mais il sera pour certaines "mal" d'aller dans un bar de strip-tease. Je ne suis pas là pour juger ces conventions. Mais, de la même façon je pense que l'on se crée ses propres règles, qui nous semblent logiques alors qu'elles perdront sens face aux ressentis et aux situations.

De la même façon que les autres pourraient ne pas légitimer notre jalousie car elle n'est pas normale "Il est juste allé au bar, c'est normal tu ne peux pas être jalouse pour ça" . On risque aussi de ne pas légitimer son propre ressenti "C'est absurde de ressentir ça donc je refuse de le ressentir". Je grossis le trait.

Vous allez me dire, il suffit d'être à l'écoute de soi sans se mentir, il suffit d'être à l'écoute des autres sans biaiser leurs ressentis par nos propres fonctionnements. En pratique j'imagine que tout ça n'est pas si clair à chaque fois. Du coup il y a sans doute des cas où l'on va dire à l'autre qu'on entend ce qu'il dit mais que c'est un peu à lui de gérer ses ressentis, dans d'autres cas on va faire attention à lui éviter de ressentir cette jalousie précise à nouveau (en évitant la situation qui la provoque).
Cela me semble une frontière bien compliquée à définir.

On rejoint un peu le sujet sur la responsabilité dans une relation : /discussion/-Rf-/Amour-et-Responsabilite/

Au final je n'ai pas de question précise, mais je me demande à quel point on peut dompter ces jalousies (certaines irrationnelles) et également à quel point on peut attendre de l'autre qu'il les dompte plutôt que nous les placer en tant que limite.

Message modifié par son auteur il y a 5 ans.

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RobotEtourdi

le lundi 26 mai 2014 à 21h27

Il faut distinguer trois choses : ce que l'on ressent, ce que l'on manifeste et la responsabilité que l'on fait porter à l'autre, même implicitement.

Ce que tu ressens, personne ne peut te le reprocher. La sphère des pensées et des émotions, c'est le seul endroit ou tu es totalement libre, ou aucune responsabilité morale n'a de sens. Si tu éprouves un sentiment désagréable, comme la jalousie, la tristesse, la haine, on ne peut pas t'en tenir rigueur. Même si tu décides de te complaire dans ces émotions, ça ne regarde que toi, personne n'a rien à te dire là-dessus.

Là où ça commence à devenir chiant, c'est quand ce sentiment a des répercutions en dehors de ta tête, qu'il te rend grognon, bougon, moins agréable à vivre d'une quelconque manière. Là, l'autre n'est pas obligé de l'apprécier et peut le manifester.
Cependant, même dans ce cas, il me paraît inapproprié de pointer la manifestation de ce sentiment comme une faute. Après tout, tu es humain. On peut comprendre qu'il n'est pas simple de ne pas laisser transparaître un sentiment. On n'est juste pas obliger d'accepter.

Enfin, il y a le dernier niveau où tu essaies de faire porter sur l'autre la responsabilité de ta jalousie, où tu souhaites que l'autre change son comportement, pourtant inoffensif. Je pense que cette attitude-là est déjà plus critiquable. Ce n'est pas forcément facile, mais je pense que dans ce cas l'autre devrait refuser d'amputer sa liberté pour encourager ton défaut.

Je pense que ce dernier point est critiquable parce qu'il s'agit de choix, de pensées transformées en actes, non plus de ressenti.

NB : le "tu" es une façon de dire "quelqu'un", de manière indéfinie.

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(compte clôturé)

le lundi 26 mai 2014 à 22h56

Se complaire dans un sentiment négatif : c'est je pense possible. Aussi, aider une personne que l'on aime à reconnaitre, identifier, voir si éventuellement c'est possible tenter d'expliquer, me parait nécessaire. Doit on légitimer une jalousie, évidemment, si elle existe. Par contre, légitimé ne veut pas dire aider l'autre à se complaire dedans ni en subir le chantage. Je l'aime et je n'ai pas le droit de le faire souffrir. J'oserai dire que la souffrance est le "reflet" de l'amour. Celui qui assiste impuissant est démuni, il ressent à travers l'autre, et c'est largement aussi douloureux. Après, je dirais, doit-on se renier pour autant ? Je pense que non. "Jeter l'éponge" clos le problème provisoirement, mais ne le résous pas.

Je pense qu'il ne faut tout d'abord pas "combattre" la jalousie mais l'accompagner pour valoriser. J'ai dit un jour à mon mari qu'il n'avait pas à rivaliser avec l'un de mes affectifs, alors il m'a promis d'utiliser ce sentiment pour "se tirer vers le haut", pour ne pas s'endormir. J'ai répondu que tant que cette rivalité "valorisée" restait saine et respectueuse, que ça pouvait en effet être une bonne chose. C'est con à dire, mais il utilise sa jalousie naturelle pour m'aimer encore mieux, un peu comme une piqure de rappel. A moi à reconnaitre ses "efforts" et en valoriser les effets. Ca peut faire partie de la notion de responsabilité telle que décrite dans le lien cité par Yoni.

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Yoni

le lundi 26 mai 2014 à 23h09

RobotEtourdi
Enfin, il y a le dernier niveau où tu essaies de faire porter sur l'autre la responsabilité de ta jalousie, où tu souhaites que l'autre change son comportement, pourtant inoffensif. Je pense que cette attitude-là est déjà plus critiquable.

Je suis assez d'accord avec l'idée de chercher à surpasser cette jalousie, c'est un bel objectif disons (à quel point réalisable c'est un peu là la question). Cependant quand tu dis "inoffensif" c'est très subjectif justement, il n'est pas évident de placer cette limite je trouve entre le à priori "inoffensif" qui doit être dompté, et "l'offensif" qui peut être dompté ou pas.

Message modifié par son auteur il y a 5 ans.

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LuLutine

le lundi 26 mai 2014 à 23h58

RobotEtourdi
Là où ça commence à devenir chiant, c'est quand ce sentiment a des répercutions en dehors de ta tête, qu'il te rend grognon, bougon, moins agréable à vivre d'une quelconque manière. Là, l'autre n'est pas obligé de l'apprécier et peut le manifester.

Je suis assez d'accord : dans la situation décrite, certes le premier ressent de la jalousie, mais le second ressent aussi un sentiment désagréable suite au comportement du premier qui est jaloux ! Et son ressenti est tout aussi légitime que celui du jaloux...!

gcd68
légitimé ne veut pas dire aider l'autre à se complaire dedans ni en subir le chantage.

(+) (+) (+)

Le pire c'est quand ce chantage n'est pas verbalisé...mais que la personne te fait bien comprendre (enfin, vu que c'est pas verbalisé, tu n'es jamais sûr(e) à 100% et c'est hyper désagréable) qu'en gros, elle veut que tu changes ton comportement du tout au tout, que c'est pas négociable et que tout est "de ta faute" etc.

gcd68
Se complaire dans un sentiment négatif : c'est je pense possible.

Oh oui !

Je connais nombre de gens qui le font ou l'ont fait...

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(compte clôturé)

le mardi 27 mai 2014 à 11h13

Pour répondre aux deux derniers post.

Rejeter la "faute" de ses sentiments sur l'autre, c'est le pire. Il faut absolument prendre du recul par rapport à cela. Et oui, quelqu'un qui se "complait" dans son mal être, il y en a. Le rôle de la victime est facile et perso, il a été de ma "responsabilité" de faire comprendre l'un comme l'autre. (utilisé l'humour, c'est pas mal, style "ne compte pas sur moi pour t'aider à fissurer encore plus ta coquille de Caliméro"). Quand je dis en riant aujourd'hui "fais gaffe, regarde au dessus de ta tête, ta fissure s'est agrandi d'au moins deux centimètres", mon mari comprend que son attitude tombe dans celle de la victime, donc stop, on rigole un bon coup, et on continu à discuter.

Le plus dur c'est de faire comprendre explicitement sans tomber à son tour dans l'accusation, tout en reconnaissant la légitimité de la souffrance de l'autre, sans l'endosser, mais tout en en parlant le plus sereinement possible. Encore une question d'équilibre. Et puis, son mal être il faut le faire sortir et l'autre doit aussi apprendre à le recevoir en pleine face. Là encore nous avions utilisé l'humour. Simple, dire "rigolade" au début de chaque phrase que l'autre percevra comme désagréable. Celui qui reçoit sait, dès le départ, qu'il va en prendre plein la figure, il peut ainsi prendre du recul par rapport à ce qui serait autrement considéré comme une agression.

Je comprend aussi lorsque Yoni parle de pourtant "inoffensif". Robot Etourdi parle de dompter et je pense que c'est une bonne attitude. Un jour nous avons, mon mari et moi, été chez l'un de mes affectif pour un peu plus de 24 heures. Soirée karaoké avec des inconnus (il avait prévu une sortie ovs). Personne n'a rien dit mais nombreux sont ceux qui ont compris qu'il y avait un quelque chose de proche entre mon hôte et moi. Aussi, m'embarquer par la main et me chanter avec les yeux de l'amour "savoir aimer" de Florent Pagny, c'était... Bref ! Tout le monde part, il est 5 heures du mat bien tassé, mon mari avait travaillé, donc éveillé depuis presque 24 heures. Pourtant, il me fait l'amour comme wahoo ! et me dit enfin "t'as vu, hein, c'était génial, et j'ai même pas été jaloux". Il était crevé mais son visage rayonnait de bonheur. J'avais su maintenir un bon équilibre, aucun ne s'était senti ignoré et c'est un souvenir magnifique. Le lendemain, mon affectif me serre dans se bras pour me souhaiter la bonne journée et me dit "ben dit donc, L. il m'a épaté hier soir" et il est ensuite allé saluer mon mari pour lui demandé comment il avait vécu cette soirée commune et lui dire aussi "qu'il avait été heureux de le voir participer au karaoké (mon mari avait dit qu'on ne l'obligerait pas à chanter, et personne ne l'a obligé, il l'a fait de lui-même).

Je pense en conclusion, que face à une émotion, un ressenti négatif, on peut faire face en affrontant, en se mettant justement en situation. Ca dérape quand l'effort fourni n'est pas reconnu, quand l'autre ne s'inquiète plus de savoir si ça va ou pas. L'équilibre, toujours l'équilibre. Par contre, souvent, il faut laisser la jalousie s'affadir avec le temps avant de tenter ce genre d'expérience car la jalousie est récente, trop vive, trop viscérale encore, ça pourra empirer les choses. Une seule personne peut savoir si ça va aller ou pas, si elle est désireuse ou pas. On m'a déjà demandé pourquoi L. m'accompagne aux évènements poly alors qu'il peut mal le vivre. Je répondrai que c'est peut être pour rendre sa jalousie inoffensive, la dévaloriser, lui montrer qui commande, d'une certaine manière. Je n'oblige pas, il fait le choix conscient et délibéré de venir.

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LuLutine

le jeudi 29 mai 2014 à 01h58

Oui, l'humour peut être un bon outil, mais il y a aussi des gens avec qui ça ne passe pas du tout. Des qui veulent rester dans leur coquille fissurée...

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(compte clôturé)

le jeudi 29 mai 2014 à 11h01

Là, je crois qu'il n'y a rien à faire. L'humour, nous l'avions "invité" à deux. Il s'est "naturellement" imposé comme seule solution de remède, et parfois, encore aujourd'hui, on s'en sert de piqure de rappel.

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Profil

LuLutine

le jeudi 29 mai 2014 à 12h15

gcd68
Là, je crois qu'il n'y a rien à faire. L'humour, nous l'avions "invité" à deux.

Ah oui, forcément ça aide.
Parce que quand l'un essaye de dédramatiser et que l'autre fait la gueule en disant "c'est pas drôle"...ben y a rien à faire, en effet.

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(compte clôturé)

le jeudi 29 mai 2014 à 13h31

Ben, en effet, c'était pas drôle :-( mais nous devions alléger tout ça, sinon, on allait droit dans le mur. Cela n'a pas empêcher, bien au contraire, la "violence" de certains propos, qui furent souvent justifier.

Le hic, c'est que nous avions eu une relation dite "classique" pendant vingt ans, et brusquement nous devions tout déconstruire pour reconstruire (analyse après coup, évidemment). Aussi, déconstruire, ça a été tout d'abord indiquer tout ce qui n'allait pas, les injustices vécues. Tous les beugs, tous les mal êtres entassés durant vingt ans, ont refait surface. Des coups, on s'en est envoyé, et aucun de nous deux ne les avons atténués, freinés. Puisque l'on faisait une mise au point, allons y franchement. Sauf que pour que l'échange soit équitable, donner impliquait de savoir recevoir. Si nous ne retenions le contenu des coups, au moins pouvions nous alléger par la manière de les donner.

Et puis, une scène de ménage (sans vaisselle cassée, sans hurlement, sans crise de nerf) où l'on s'amuse, c'est mieux. En fait, je n'ai pas tout dit. Celui qui oubliait de dire "rigolade" en début de phrase avait intérêt à se rattraper en fin de phrase, sinon, il avait un gage ! (et personne n'a dit que le gage devait être désagréable :-D ).

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