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Couple polyamoureuse épanouie et mono assumé : Droit dans le mur ou utopie à réaliser ?

Monogamie
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Abel

le dimanche 05 mai 2013 à 09h31

Je veux ici présenter ma situation et les questions qui en découlent afin de les livrer à votre expérience, avis et sagacité bienveillante.

Je suis un homme, hétérosexuel, mono, quadra « célibataire » et militant libertaire. Je n'avais eu, jusqu'à présent, que des histoires d'amour avec d'autres mono dont une longue relation de couple d'une douzaine d'années. Pendant huit ans j'étais englué dans mon célibat, n'arrivant pas à rencontrer de femme avec laquelle partager ma vie. Je précise ici qu'au cours de mes différentes expériences, plus ou moins longues, malgré les opportunités, j'ai toujours été un mono fidèle, incapable émotionnellement d'assumer ni même d'envisager d'autres relations parallèles. Il y deux ans j'ai rencontré une jeune femme, polyamoureuse consciente mais non pratiquante à ce moment là, qui contre toute attente m'a sorti de mon marasme affectif. Précisons que dès le début de notre relation elle m'avait averti de son orientation. Moi, en tant que libertaire, je lui avais dit que, autant éthiquement que politiquement, cela ne me posait pas de problème mais que par contre, en tant que mono n'ayant jamais été confronté à cette situation, je ne savais pas du tout comment je le vivrais si un jour elle entamait une relation parallèle. Je n'avais jamais connu la jalousie. Pour ma part, il était hors de question de la frustrer dans ses désirs en la laissant libre de vivre d'autres relations. Mono ou non, en couple ou non, je considérais en effet et considère toujours que chaque individu doit rester libre de son corps et de ses sentiments en toute circonstance.

Pendant une année nous avons donc eu une relation mono sans soucis au point où je commençais à envisager avec elle une relation de couple effective avec projets communs, etc. C'est alors qu'elle a rencontré un autre homme et que j'ai donc eu à confronter mes idées libertaires avec ma réalité affective et en particulier, ma jalousie. Refusant de la lui faire subir afin de ne pas entraver sa liberté, j'ai tenté en toute conscience de contrôler ma jalousie, de l'enfouir, mais elle a fini par ressortir tel le Pandore de sa boîte me renvoyant face à mes paradoxes. Après un mois d'éloignement, de réflexions, tenant toujours à elle mais n'arrivant pas à assumer la situation, à être Un avec d'autres, j'ai tenté de n'être que l'un parmi les autres. Nous avons rompu officiellement, nous n'étions plus « ensemble », mais avons tout de même tenté de maintenir une relation sentimentale, moi en tant qu'un amant à l'égal de(s) l'autre(s). Ne me plaçant plus en position primaire dans notre relation j'ai ainsi pu, petit à petit, travailler sur l'acceptation de la situation et de(s) l'autre(s). Je ne dis pas que j'ai réussi à vaincre ma jalousie mais tout au moins à la domestiquer, avec des hauts et des bas (et débats entre nous, nombreux, riches, constructifs, sans violence) comme il se doit. Toutefois, dans mon fort intérieur de mono, en toute conscience, je m’apercevais qu'il ne pouvait s'agir là que d'une solution transitoire me permettant à terme de « reprendre » ma place première, mais cette fois dans des conditions acceptables pour nous deux, sans ou avec le moins de souffrance possible. Pendant cette période je me suis replongé aussi dans les écrits disponibles des anarchistes ayant pratiqué et théorisé au sujet de l'amour libre depuis la fin du XIXe siècle : E. Armand, Emma Goldman, Voltairine de Clerc, etc. Je dois avouer que ces six derniers mois furent une période difficile mais riche d'introspection, où j'ai beaucoup appris sur moi, en me remettant en cause, tout en conservant mes idées libertaires.

Aujourd'hui, bien que toujours mono, mon amour pour elle et mon état d'acceptation de sa polyamorie, me laissent croire que nous pourrions envisager de reprendre notre relation là où elle en était au moment où, et même à terme d’entamer une vie de couple. Je ne dis pas que ce sera facile ni que la réussite est au bout du chemin, ni même que je suis encore prêt à faire ce pas, mais je l'envisage de plus en plus. Après la baffe que je me suis pris par naïveté, je ne suis pas prêt à resouffrir de cette manière, même s'il fallait peut-être ça pour que je prenne conscience à la fois de la hauteur de mon amour et de la réalité du polyamour.

De son côté, elle aussi a évolué. Si hier déjà elle doutait de la possibilité de couple poly-mono épanoui, aujourd'hui elle n’y croit presque plus. Elle ne voit pas comment vivre sereinement son polyamour sans pouvoir le partager avec un autre polyamoureux. En effet, elle ressent un grand besoin d'échange dans le polyamour et crains d'être amputée d'une partie de ce qu'elle recherche dans ce type de relation, à savoir, être heureuse des expériences de l'autre. Or, je suis et reste un mono et n'ai aucun désir conscient de « passer » au polyamour. D'autre part, bien que n'étant pas contre un modus vivendi, nous permettant de vivre ensemble dans le respect de l'autre, de ses orientations affectives et de ses limites, elle doute quant à l'application de ce dernier à long terme. Dans le cadre d'un couple fort et déjà constitué, cela eut été possible peut-être. Certaines discussions sur ce site en font état. Mais nous n'en étions pas là. Construire un couple « mixte » poly-mono dans le respect total des envies et désirs de l'autre, là est notre défi.

Bien que nous nous aimions toujours et fortement, que nous ne voulions pas nous perdre (dans tous les sens du terme) la situation parait inextricable.

Qu'en pensez-vous ? Droit dans le mur ou utopie à réaliser ?

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Apsophos

le dimanche 05 mai 2013 à 12h59

Je pense que tu seras d'accord avec moi quand je dis (comme je le dis souvent) que quand on veut changer, ça n'a de sens que si on veut changer avant tout pour soi-même. Tu as connu la jalousie, tu as expérimenté une part de ta personnalité qui n'avait jamais eu l'occasion de se révéler, si cette part te déplait, si elle ne fait pas partie de ton "toi idéal", tu peux sans doute apprendre à la contrôler, mais à mon avis il faudrait que ce soit pour toi-même, pas pour elle.
(ouais j'enfonce peut-être des portes ouvertes, tout ça)

Reprendre ta place première ? Tu veux dire ta place précédente. (j'ai du mal avec la numérotation) Ta place a été détruite par ton échec .(désolé de te mettre tout sur le dos, mais de mon point de vue c'est pas loin d'être le cas) Si tu veux une "place" qui corresponde à ce que tu es persuadé de désirer, il va falloir en construire une autre.

Quant à ta question finale, questionne aussi tes idées politiques, puisque tu as l'air profondément imprégné par elles : et si dans votre cas ça foire, est-ce que ça ne vaut pas quand même le coup d'être tenté ?

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Boucledoux

le dimanche 05 mai 2013 à 14h47

coucou Abel,

je trouve intéressante la manière dont tu interroges tes pratiques personnelles au regard de tes idées libertaire. Il y a effectivement à mon avis un vrai sens à poser les questions intimes au regard de ce quelles veulent dire en terme des rapports de domination dans lesquelles nous sommes tou-te-s imbriqués, qu'il s'agisse de rapport de classe, de race, de sexualité, de genre, etc... En ce sens définitivement, le privé et politique et les questions de non-exclusivité y sont complètement inextricablement liées. Et c'est intéressant et pas forcément si courant que ça y compris dans les milieux militants de faire la démarche d'essayer de mettre en cohérence tout ça...

Après il me semble qu'il y a un écueil compliqué à éviter, c'est celui de se forcer à rentrer dans des cases qui ne te conviennent pas "parce que c'est juste". Ce qui est juste, amha, c'est de comprendre comment ça marche, ou sont tes besoins, de les écouter et de chercher surtout à les négocier de manière consensuelle avec ta partenaire pour que les besoins des deux (et même de tou-te-s) les personnes impliquées soient pris en compte dans la relation. C'est un peu général bien sûr mais ça rejoint au moins sur un point ce que dit Apsophos : réfléchit d'abord pour toi, en partant de toi, de ton vécu, de tes ressentis. C'est en les comprenant bien que tu peux engager une discussion qui vous permette de trouver une solution constructive.

deux conseils de lecture pour finir (que tu trouveras fréquemment cité sur ce forum d'ailleurs) : une brochure écrite par des militant-e-s libertaires dans les années 90 (un peu plus récente que que Goldam et Armand donc... ;) ) au dela du personnel, c'est dispo en téléchargement sur internet et un bouquin qui vient d'être traduit en français qui s'appelle "la salope éthique" et qui devrait rebondir sur pas mal de question que tu poses.

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Abel

le dimanche 05 mai 2013 à 20h30

Apsophos : Ce que je fais, c'est pour elle bien sur, c'est pour nous, mais c'est avant tout pour moi. Au delà de la jalousie, réussir à me projeter ainsi, c'est quelque part une manière pour moi de dépasser un carcan culturel et sociale que je croyais dépasser. C'est affronter mes paradoxes pour être en accord avec mes idées, mettre en phase mon cerveau droit avec mon cerveau gauche. Accepter son polyamour n'est pas une concession de ma part. C'est l'accepter comme elle est tout en élargissant le champ de ma liberté. Entre monogamie et amour-libre (polyamour) y’a pas photo. C’est la seconde qui libère et la première qui contraint. Sa liberté me fait peur (la jalousie) mais je me dois de dépasser cette peur afin que sa liberté me rende libre à mon tour. Attention, je ne dis pas que j’en suis à vouloir devenir poly, je dis simplement qu’il faut, pour moi, dépasser les peurs que l’amour-libre induit.
Reprendre ma place première, c’est plutôt à nouveau « être ensemble », revenir au niveau Primaire dans la hiérarchie des relations usitée par certain(e)s poly. Position que je n’ai en fait jamais vraiment perdue pour elle, mais que je ne pouvais plus assumer moi. Mais tu as raison, mauvaise expression, il est certain que si nous décidons d’être à nouveau ensemble, se sera une nouvelle relation. Les bases auront changé. Plus riche de l’expérience.

Boucledoux : Merci pour ton commentaire. Concernant la brochure, tu dois faire référence à : « Au-delà du personnel », Atelier de Création Libertaire, Lyon 1997. Sinon j’ai acheté La « Salope Ethique » le we dernier. Je ne l’ai pas entièrement parcouru, mais il est bien effectivement et j’y ai trouvé certaines ouvertures même si je trouve que c’est essentiellement le point de vue féminin qui est mis en avant. Sinon, les auteurs que j’ai cité ne sont pas récents mais replacé dans leurs contextes historiques c’est très intéressant. En particulier « La révolution sexuelle et la camaraderie amoureuse » d’Emile Armand qui à été rééditer en 2009, Edt. La Découverte, collection Zone, avec un avant-propos remarquable de Gaetano Manfredonia.

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Leolu

le dimanche 05 mai 2013 à 23h25

Je me demandais s'il n'était pas important de prévoir une "entente préalable" pour établir à l'avance ce qui se passerait et comment en cas de passage de mono à poly (d'unique on devient primaire ou secondaire, modalités du temps partagé, etc...).

Là, j'ai l'impression qu'Abel, s'il avait conscience du changement possible, et même très probable, de leurs relations, n'avait pas bien pris la mesure de ce que cela impliquait. D'où la perte brutale de repères, l'éloignement (rupture), puis le retour avec elle mais assorti d'inquiétudes.

Si les choses avaient été établies dès le départ, la transition aurait peut-être été plus douce.

Exemple : "Lorsque je rencontrerai un autre homme, j'aurai besoin de deux ou trois mois de forte présence avec lui, pendant lesquels on se verra peu, puis tout se rééquilibrera et on verra si tu restera primaire ou si je vous partage à part égale...".

On pourrait voir une contrainte, et une perte de liberté, à devoir envisager à l'avance les nouvelles conditions (alors qu'on ne sait jamais comment on va vivre cet amour), mais il me semble que le compagnon premier (unique ou principal) a le droit de connaître les limites dans lesquelles il s'engage.

A moins d'accepter qu'à chaque rencontre, il peut purement et simplement perdre sa compagne (qui vivra son polyamour avec d'autres) sans avoir fait quoique ce soit qui mérite ça, de son côté...
Je veux dire : une rupture est toujours possible, mais je trouve assez dur qu'elle ait lieu au moment d'une rencontre de la compagne, et non à un moment où le besoin s'en fait sentir à cause de leur relation à eux, en dehors de toute interaction avec les autres polyamoureux.

Je parle là des polyamours "hiérarchiques" (avec un couple de base) et non des polyamours plus "instinctifs", bien sûr...

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Abel

le jeudi 09 mai 2013 à 08h01

Pour quelqu’un qui a grandi à proximité de la côte, j’ai toujours su ce qu’était l’océan et j’ai toujours été surpris par l’impression de ceux qui savaient que cela existait, mais qui le découvraient pour la première fois. Entre savoir et voir, prendre conscience de quelque chose, c’est deux choses différentes.

Pour ma part, je connaissais l’amour libre en tant qu’idée, et je dirais même que, vis-à-vis de mon amie, lorsqu’elle m’a annoncé son attirance pour un autre, cela ne m’a pas posé vraiment de problème. Là où vraiment j’ai commencé à ne plus pouvoir gérer, c’est lorsque j’ai été amené à Le croiser pour raison professionnel et là, malgré le fait que ce soit a priori quelqu’un de bien et qu’il est fait « profil bas », ma jalousie m’a submergé. Nous n’avons pas pu alors en parler, lui et moi, et avec le recul peut-être était-ce mieux ainsi, car je ne suis par sur que j’aurais alors été capable d’en discuter sereinement et avec le recul nécessaire. Nous avons prévu de nous rencontrer prochainement pour en discuter car je ressens le besoin de lui dire, sans pour autant lui faire de reproche ou le culpabiliser, ce que j’ai subi alors et le chemin que j’ai parcouru depuis. Pour mon amie, il s’agit de toute évidence d’une relation secondaire et moi, malgré notre « rupture », je suis resté dans son cœur, au niveau primaire. C’est moi qui ai « dégradé » notre relation au niveau secondaire d’un point de vu formel, afin de pouvoir gérer ma jalousie et mon besoin d’exclusivité de monogame. Aujourd’hui, je pense en effet être capable d’assumer les désirs polyamoureux de mon amie dans un cadre hiérarchisé de ses relations. En tant que mono, je ne me sens capable, pour le moment, de le faire qu’en position primaire et seul à cette place. Le problème, et tu as mis le doigt dessus Leolu, merci à toi, tient surement à cette hiérarchisation des relations que mon amie a du mal à concevoir par principe et à long terme. En particulier concernant l’exclusivité de la relation primaire et elle a peur de me faire à nouveau souffrir si, dans l’avenir, elle devait avoir un autre amour tout aussi fort que celui qu’elle me porte. A ce propos pourrais-tu Leolu développer stp ton concept de polyamour « instinctif » ? Est-ce que Thalmann appel le polyamour "égalitaire" où chacun tient la même place ?

Le second écueil tient au fait de son besoin de communiquer sur ses désirs et expériences polyamoureuses. Je connais des couples qui pratiquent l’amour libre, mais généralement le ou la compagne refuse de connaître les détails des relations extraconjugales de leur partenaire. Pour ma part, j’ai besoin de savoir pour mieux accepter, mais par contre, je pense mieux pouvoir gérer les polyamours de mon amie s’ils restent hors de mon environnement. Or, comment peut-on exiger cela alors que la majorité des rencontres et relations amoureuses se produisent dans les milieux que l’on fréquente : professionnel, amical, etc. Accepter une telle relation est une chose, vouloir et pouvoir y participer, même indirectement en est une autre. Il me faudra encore beaucoup de travail sur moi pour en arriver là. Or c’est bien ce à quoi elle aspire, elle, d’où son doute, à terme, concernant un couple poly-mono et ma question initiale.

Au fond, peut-être que la véritable question porte t’elle sur les compatibilités entre modèles hiérarchique, égalitaire ou « instinctif » du polyamour.

Message modifié par son auteur il y a 6 ans.

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Siestacorta

le jeudi 09 mai 2013 à 09h39

Tiens, tu trouveras peut-être des outils là...

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Cendre

le jeudi 09 mai 2013 à 23h26

Bonsoir Abel,

Je ne vais pas répondre à ta problématique, car je trouve qu'elle est déjà extrêmement aboutie (de mon point de vue de nouvelle pratiquante des polyarmories en tout cas), et a part te féliciter pour ta démarche que je trouve exemplaire, je ne trouve pas grand chose à rajouter.

Par contre, je voulais, si tu veux bien, réagir à ça :

Leolu
Je me demandais s'il n'était pas important de prévoir une "entente préalable" pour établir à l'avance ce qui se passerait et comment en cas de ...

Le polyamour m'a posé beaucoup de problèmes avec mes relations à l'avenir et à ce que l'on prévoit.
Leolu le signale bien, Abel le reprend avec ses mots, et cela a été dit en café poly également : c'est pas parce que l'on a prévu une chose, qu'elle a été évoquée avant, que cela en fait une situation facile quand ça arrive pour de vrai. Parce que, dans le cas des relations amoureuses, avec l'intensité des émotions qui vont avec, on se retrouve souvent submergé par l'irrationnel, et volent en éclat nos belles résolutions.

Alors ? Prévoir ou pas prévoir ? Est-ce que cela a un intérêt ?
En prenant les devants, on est même pas complètement assuré que la situation sera plus facile, car cela peut générer des frustrations, des déceptions, du type "tu m'avais pourtant affirmé que ..."

Dans mes relations, c'est plutôt moi qui était très en attente de ce type d'anticipation. C'est ce que j'ai voulu faire assez vite, avec mon compagnon, imaginer des situations et leurs réponses probables. Et il a refusé. Parce qu'il ne voulait pas d'une négociation de marchand de tapis, parce qu'il voulait que l'on fasse au mieux à chaque instant de notre vie, et pas que l'on se perde en conjecture théoriques.
Alors je m'essaye à ne pas prévoir.
Et j'ai du mal.
Il n'y a qu'un seul avec qui j'y arrive, où j'arrive à débarquer chez lui sans avoir strictement rien prévu, à me retrouver à papoter de tout, de rien, de nous et même travailler avec lui, le tout sans strictement rien attendre d'autre que le plaisir là, au moment où je l'ai vécu, de partager cela avec lui.
Les autres, (y compris mon compagnon) je n'arrive pas à me débarrasser de ces angoisses latente, d'essayer d'imaginer des scénarios, d'imaginer comment cela pourrait se passer si ... et alors ...

Voilà, désolée pour l'éventuel hors sujet, mais je souhaitais évoquer cela avec vous ce soir.

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Abel

le vendredi 10 mai 2013 à 11h06

Ce n'est pas hors sujet, enfin je ne trouve pas. Pour ma part, après m'être voilé la face en refusant d'envisager l'envisageable, en n’anticipant pas sur mes réactions, en me disant "on verra bien comment je réagirai" et bien je me suis pris le mur dans la g...
Maintenant j'essaye un maximum de me projeter afin justement d'éviter les obstacles en intégrant les différents scenarii possibles. En faisant cela je me suis aperçu que petit à petit, des situations qui me paraissaient inenvisageables dans un premier temps, le sont devenues. Ex: rencontrer ensemble son/ses partenaire/s. C'est ce qui a permis, en plus des discutions, mon évolution pour une meilleure acceptation du polyamour de mon amie. Je n'en suis pas à envisager un trouple, ni même un amour primaire parallèle, mais qui sait... peut-être serais-je de mon côté, un jour aussi, capable d'assumer d'aimer deux femmes à la fois.
Ne jamais dire fontaine...

Message modifié par son auteur il y a 6 ans.

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Leolu

le vendredi 10 mai 2013 à 21h33

Abel
A ce propos pourrais-tu Leolu développer stp ton concept de polyamour «  instinctif »  ? Est-ce que Thalmann appel le polyamour "égalitaire" où chacun tient la même place ?

Oh ! Je voulais juste dire que les questions que je me posaient (un contrat préalable) portaient sur le polyamour "par accumulation", avec un couple de base, vivant dans une même maison.

Et non sur les célibataires autonomes, qui ne vivent pas au quotidien avec chacun-e de leurs amours.
Leur "contrat" à eux tient juste aux fondamentaux du polyamour : honnêteté et acceptation conjointe du partage.
Ils n'ont pas à gérer cette "nouveauté" que constitue un partage supplémentaire (ou en moins) puisqu'ils ont admis le principe du polyamour dès le début et ne se sont jamais vus comme exclusifs (ou primaire). C'est cet état d'esprit que je résumais par "instinctif".

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Leolu

le vendredi 10 mai 2013 à 22h15

Cendre
Alors ? Prévoir ou pas prévoir ? Est-ce que cela a un intérêt ?(...)
Alors je m'essaye à ne pas prévoir.
Et j'ai du mal.

Si j'ai bien compris, Cendre, tu voudrais prévoir les changements possibles à venir avec l'homme avec lequel tu vis, mais n'en as pas forcément besoin vis à vis de celui chez qui tu débarques à l'improviste ?

Cela me conforterait dans l'idée qu'une "anticipation" semble plus indispensable pour les compagnons primaires que pour les compagnons secondaires ou satellitaires. Surtout s'ils n'ont jamais vécu le polyamour (ex : Abel).

Finalement, je me demande si c'est une vie commune chamboulée qui nécessite un contrat, ou si c'est le manque d'habitude de la vie polyamoureuse...
Auquel cas, ce contrat servirait de "formation", quelque part... un "garde-fou" rassurant pour l'apprenti-polyamoureux :) !
Non, je dérive un peu trop, là : on a juste besoin de savoir à l'avance combien de temps on va pouvoir passer avec (ou sans) son amour, et puis c'est tout.

Abel
peut-être serais-je de mon côté, un jour aussi, capable d'assumer d'aimer deux femmes à la fois.

Cela me semble le moyen le plus simple pour "comprendre" son amoureuse, tout en employant utilement le temps où elle n'est pas là...
Et personne n'a dit que cela devait durer longtemps, ni se reproduire ! ;)

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Marie-Georges

le vendredi 10 mai 2013 à 22h42

Merci beaucoup Abel pour ton témoignage. Il tombe très bien pour moi ! Je compte en effet le faire lire à un de mes deux amoureux qui, je pense, partage beaucoup ton ressenti (de mono libertaire / ouvert au polyamour de sa partenaire). Ton cheminement me fait en tout cas penser au sien, tel qu'il me l'a parfois décrit.

Pour la question du droit dans le mur ou non, j'en suis là : à questionner jour après jour la viabilité d'une relation avec mon amoureux "mono". Le plus compliqué pour moi est de ne pas comprendre la tristesse que provoque mon mode de vie. Je manque franchement d'empathie envers cette souffrance-là et de surcroît j'accuse mon amoureux de mon propre défaut (tu n'es donc jamais content pour moi !). Mon amoureux mono accepte la situation - qu'il connaît depuis le premier jour de notre relation -, fait tout pour vivre avec l'existence de mon autre amoureux, mais cela n'est jamais serein. Depuis un an, alors que je vois de moins en moins fréquemment mon autre amoureux, la tension est la même lorsque je pars le rejoindre. On dit que le temps fait énormément. Je comptais sur ce fameux bénéfice du temps pour faire constater la permanence de mes sentiments ("je reviens à chaque fois, je t'aime toujours autant"). En réalité, ça ne marche pas. L'usure provoquée par cette accumulation de petits coups de canifs dans notre sérénité amoureuse aura, je pense, raison de notre relation.

Le seul espoir que tout cela se transforme en une organisation indolore, je l'ai eu lorsque mes deux amoureux ont éprouvé un intérêt à se rencontrer et à se parler. Mon amoureux mono s'était nettement apaisé. Ce fut très bref. Depuis qu'ils estiment qu'ils n'ont pas à développer de lien entre eux et ne cherchent plus à se rencontrer - ce qui est leur droit... - ma relation avec mon amoureux monogame se dégrade, parce que les (de plus en plus rares, mais cela ne joue décidément pas) moments où je pars sont à nouveau mal vécus. Tensions, déceptions répétées, à des moments-clés qui existeront toujours... Peut-on vraiment faire avec ?

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Abel

le samedi 11 mai 2013 à 19h26

Marie-Georges>>
J'espère qu'à la lecture de ce fil ton compagnon mono-libertaire trouvera la force de dépasser ses peurs et de les affronter en face afin de décaper la rouille déposé. Pour moi, ça a été la seule manière pour enfin passer à autre chose et commencer à prendre réellement conscience du polyamour de mon amie. Je ne dis pas que le travail est terminé, loin de là. Toutefois, je pense que pour un mono, il faut d’abord régler son problème avec soi-même et ses peurs, la jalousie, en déconstruisant ses mécanismes. Ensuite, lorsque l'on commence à être dans l'acceptation, et non dans la tolérance, alors s'ouvre le domaine des possibles. Bref, il ne faut pas faire avec.
Enfin, c'est comme ça que je résumerai mon parcours. Mais le voyage est long et pas facile. A ce propos, à la lecture de différents fils sur ce forum, j'ai cru remarquer que pour les polyamoureux, il s'agit souvent pour eux comme une évidence, ou une quasi révélation. Pour un mono, même ouvert, ce n'est pas le cas.

Leolu
Et non sur les célibataires autonomes, qui ne vivent pas au quotidien avec chacun-e de leurs amours.
Leur "contrat" à eux tient juste aux fondamentaux du polyamour : honnêteté et acceptation conjointe du partage.
Ils n'ont pas à gérer cette "nouveauté" que constitue un partage supplémentaire (ou en moins) puisqu'ils ont admis le principe du polyamour dès le début et ne se sont jamais vus comme exclusifs (ou primaire). C'est cet état d'esprit que je résumais par "instinctif".

Je ne suis pas sur du tout que tous les célibataires autonomes ne vivent que des relations dites secondaires...

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demeter

le dimanche 12 mai 2013 à 18h07

Marie-Georges
Le plus compliqué pour moi est de ne pas comprendre la tristesse que provoque mon mode de vie. Je manque franchement d'empathie envers cette souffrance-là

C'est peut-être compliqué parce que ce qu'on perçoit dans les mots de l'autre ne sont pas en phase avec ce qu'il renvoie par ailleurs. Du coup on se perd entre ce qui est dit, mais qui est contredit par ce que l'on perçoit ailleurs que dans le discours par les autres sens. L'impression que quelque chose nous échappe. Et la culpabilité s'installe sournoisement parce qu'elle n'a pas la possibilité d'être consciente puisque le discours renvoie le contraire. Dans ce cas notre propre discours ne nous permet pas de nous en sortir parce justement cette empathie ne trouve pas de chemin d'expression. Percevoir la souffrance chez l'autre, surtout de manière inconsciente, c'est insupportable quand la raison ne permet pas, non pas d'en comprendre la cause, mais de se frotter à la raison de l'autre, de s'accrocher à ses aspérités que l'on perçoit par ailleurs. Elle en vient même à faire douter de ce que l'on perçoit, puis de nous même en définitive. Du coup le temps ne permet rien puisqu'il s'agit d'une fuite permanente, et la raison de l'autre n'est en réalité que la mise en mots de ce que l'autre croit nécessaire de faire comme compromis (compromission inconsciente dans ce cas) pour nous garder, non pas l'expression de son ressenti qu'il devient incapable d'affirmer et dans lequel il se/nous détruit par peur de nous perdre. L'ambivalence passe dans les deux sens et la relation en souffre. Comme quoi la culpabilité et le reste de la vie ne se nourrit pas seulement de mots et de discours, et de théorie, mais de l'harmonisation de cette perception, ce qui "donne sens".

Message modifié par son auteur il y a 6 ans.

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LuLutine

le dimanche 12 mai 2013 à 18h19

Marie-Georges
On dit que le temps fait énormément. Je comptais sur ce fameux bénéfice du temps pour faire constater la permanence de mes sentiments ("je reviens à chaque fois, je t'aime toujours autant"). En réalité, ça ne marche pas. L'usure provoquée par cette accumulation de petits coups de canifs dans notre sérénité amoureuse aura, je pense, raison de notre relation.

Je pense que le temps tout seul ne fait rien.
Comme le dit Abel, si ton amoureux ne règle pas les problèmes qu'il a avec lui-même, ça n'avancera pas.

Je ne veux pas te faire sombrer dans le pessimisme, mais tu as raison Marie-Georges : le temps seul, ça ne marche pas, et votre relation est peut-être bien vouée à se terminer. En même temps, si ça peut vous éviter de souffrir l'un et l'autre (lui parce que tu vois un autre amoureux, toi parce que tu souffres de le voir souffrir - enfin je suppose ? - ou de ses réactions), et vous permettre de vivre en paix, ce n'est pas forcément plus mal.

Il vaut mieux vivre en paix, et pouvoir être heureux séparément, que d'être malheureux ensemble !

Et ça n'empêche pas de continuer à aimer...

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demeter

le dimanche 12 mai 2013 à 18h25

LuLutine
le temps seul, ça ne marche pas, et votre relation est peut-être bien vouée à se terminer.

à se modifier... ?

C'est peut-être bien l'affirmation trop présente de la raison qui induit cela, en coupant l'autre de l'expression de son intuition.

Message modifié par son auteur il y a 6 ans.

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LuLutine

le dimanche 12 mai 2013 à 19h36

demeter
à se modifier... ?

J'ai tendance à penser qu'une relation telle que décrite par Marie-Georges ne peut pas tenir, même modifiée.

Il faudrait que la personne exclusive (ainsi que celle qui est poly bien sûr) accepte l'éventualité de cette modification, et ce n'est pas le sentiment que j'ai en lisant Marie-Georges.
J'ai plutôt le sentiment que son amoureux "mono" veut s'accrocher à tout prix à un idéal de relation qui n'est pas possible, et que pour lui, c'est ça ou rien.

Mais je peux me tromper. D'où le "peut-être" dans ma phrase !

En tant que polyamoureuse, je suis la première à envisager une modification d'une relation plutôt que sa fin.
Ceci tant que la modification en question respecte d'éventuels engagements préalablement pris (ou alors il faut les rediscuter, mais on peut ne pas tomber d'accord et se retrouver dans une impasse) et permet à chacun de se sentir bien dans la nouvelle forme de la relation (ce qui n'est pas toujours possible, en particulier quand l'un cherche - ouvertement ou pas, consciemment ou pas - à imposer un comportement donné à l'autre).

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demeter

le dimanche 12 mai 2013 à 19h41

Tu as probablement raison, mais je suis obstiné, ... ou bien plein d'espoirs, qui sait.

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Abel

le dimanche 19 mai 2013 à 11h52

Bonjour,
Je souhaiterai recentrer le débat sur la fin de mon premier post, à savoir la question du partage du polyamour de l'un(e) avec le l'autre non-poly.

Abel
Elle ne voit pas comment vivre sereinement son polyamour sans pouvoir le partager avec un autre polyamoureux. En effet, elle ressent un grand besoin d'échange dans le polyamour et crains d'être amputée d'une partie de ce qu'elle recherche dans ce type de relation, à savoir, être heureuse des expériences de l'autre.

Dans mon évolution, ma prise de connaissance et de conscience du polyamour de mon amie, je suis passé de la tolérance à l'acceptation de ses (désirs) d'amour-pluriels. Par contre, de là à aller jusqu'au partage, il y a encore du chemin à parcourir.
Si dans un premier temps, j'avais demandé d'en savoir le moins possible de ses autres relations, j'ai très vite ressenti le besoin de savoir (dans la limite de ce qu'elle voulait bien me dire), pour justement pouvoir les accepter. Cela n'était pas toujours plaisant mais me rassurait aussi. Cela me permettait de me positionner vis-à-vis de(s) l'autre(s) et de travailler sur moi et ma jalousie. Ainsi, si notre relation perdure, je pense être capable d'être à l'écoute si elle veux parler ses autres relations.
Mais dans sa quête d'absolu, elle aimerai aussi à terme avoir un compagnon qui puisse lui parler de ses amours à lui. Or je suis monoamoureux (enfin pour le moment ) et elle a peur que cette insatisfaction ne ronge notre relation peu-à-peu.

Y'a t-il ici des polyamoureu(es)x qui partage cette même envie de partage de leurs amours avec leur compagnon? Et s'il(le) n'est pas aussi poly, ressent-il(le)s une frustration ? Et si oui, arrivent-il(le) à la dépasser et comment ?

Message modifié par son auteur il y a 6 ans.

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Cendre

le lundi 20 mai 2013 à 17h56

Oh oui, j'en ai envie, moi, de ce partage d'amour. J'adore ça.
Même si au final, je n'en ai vraiment profité qu'une unique fois (le jour où j'ai dit à B qu'il se passait un truc avec C - super souvenir).
Est-ce que j'en suis frustrée ? pas vraiment. J'ai ce type d'écho par ailleurs, même s'il ne s'agit pas d'amoureux, il s'agit de personnes que j'aime, et c'est toujours très agréable à entendre.
Mon souhait le plus cher serait que mon compagnon (pour qui j'ai gardé la lettre A) tombe amoureux. Et là, on verra s'il a envie de me raconter. Si oui, je serais aux anges (je prends pas trop de risque à parier ça), sinon, au moins, je me sentirais moins en porte-à-faux dans mon couple...

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