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Le Polyamour, un écran de fumée pour les anorexiques émotionnels ?

Sexualités
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Blueberries

le mercredi 13 avril 2016 à 09h16

Bonjour, les polyglottes !

Éventuel préambule, j'ai écrit, dans ma présentation, au sujet du contexte traditionnel religieux et répressif dont j'ai souffert et guéris à présent dans ce post : /discussion/-bko-/Presentation-et-ressuscitation-d... (Tout MP est également bienvenu pour approfondir la discussion, je ne mords pas...pas la première fois, du moins. ;))

My two cents, grosso modo, sur le pourquoi-j'en-suis-venue-à-poster-à-ce-sujet :
Mon vécu intime (terme générique qui englobe surtout mon vécu physiquement intime et relativement peu de vécu sentimental ouvert) ne comporte aucune relation "officialisée", ce qui m'a, jusqu'à présent, toujours convenu par choix. Pour diverses raisons de développement et de construction individuelle, je ne veux pas être en couple. Et je ne pourrais sans doute pas supporter ce genre de situation.

Néanmoins, j'ai tenté d'être ouverte à la rencontre avec mes compagnes et compagnons terrestres lorsqu'elles survenaient, d'aller contre mon évitement maladif pour tenter de vivre les relations une à une. Or, j'éprouve énormément de difficultés à le faire, passant par des phases successives d'obsession sexuelle, d'angoisses d'abandon, de fermeture émotionnelle à l'autre (par dégoût personnel lorsque je prends conscience des sensations et sentiments de manque que je bride par discipline en craignant de perdre mon autonomie ou d'être néfaste pour autrui...). Et, invariablement, j'en suis venue, par choix ou sur choix de l'autre, à m'écarter de la personne, ce qui chaque fois m'a procuré un triste soulagement. Soulagement, à l'idée de ne pouvoir courir plus avant le risque de blesser l'autre et de supporter, moi-même, cette spirale infernale et que je vis de façon malsaine. Tristesse, car... je ne peux vivre intimement ces personnes, que j'apprécie à leur hauteur, et perds de belles occasions d'échanger avec mon prochain.

Dans le cadre de mon travail personnel et notamment de déconstruction-reconstruction, j'ai commencé à travailler à mon hypersexualité (addiction sexuelle), et m'intéresse depuis plusieurs mois au concept de l'anorexie intime et émotionnelle, qui est une forme d'addiction sexuelle. Un récapitulatif des caractéristiques ici pour les anglophones pour ceux qui n'en auraient pas ou peu entendu parler : www.slaadvi.org/characteristics-of-sexual-anorexia...

A l'exception des questions de responsabilités, pour lesquelles je n'ai aucune difficulté (non, non, je n'accuse personne de m'ensorceler ;)), nombre de ces caractéristiques font l'objet de mon travail, notamment ma peur de l'engagement et mon incapacité à vivre l'intimité émotionnelle par angoisse et projections, et je vous amène ce sujet avec les questionnements suivants :

-Un mode de vie polyamoureux peut-il représenter un risque pour qui, comme moi, éprouve des difficultés à accepter des sentiments envers autrui ? ;

-Si oui, en quoi ? ;

-Que pensez-vous de l'usage de la sexualité pour se couper sentimentalement et émotionnellement de l'autre ? Pour ma part, c'est le cas, y compris lorsqu'un lien émotionnel avec quelqu'un est suivi d'un lien physique ou commence à y tendre, car je ne parviens pas à m'empêcher d'agir de façon évitante (par des stratagèmes plus ou moins directs... encore une fois, pour qui est intéressé, je suis disposée à approfondir ce qui ne serait pas clair, suffit de demander ! :)) ;

-quant à l'idée d'apprendre avec l'autre : comment protéger l'autre et se protéger de la négativité sexuelle dont on souffre encore, tout en se laissant un chance de commencer à changer ? (à ce sujet, un excellent post sur la positivité sexuelle, dont le dernier message est un avertissement pertinent sur les potentiels énergivores : /discussion/-bbP-/Sex-positive-polyamory/) ;

-d'autres idées sur le sujet ??? Je suis preneuse, en aurai sans doute d'autre en courant de chemin...

Je pense avoir récemment grillé une belle occasion de m'apprendre, une fois de plus, alors, à défaut de me consoler, j'ose espérer en apprendre et, tant qu'à le faire, partager les fruits de mon travail avec qui serait dans un cas semblable ou quiconque pourrait un jour rencontrer une personne avec ce genre de difficultés. J'ai tenté de rendre ce post aussi clair que possible sans entrer dans des détails embêtants, mais n'hésitez pas à poser des questions si quelque chose vous échappe.

Au plaisir de vous lire et... d'apprendre.

Bleu

Message modifié par son auteur il y a 4 ans.

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Tristan48

le mercredi 13 avril 2016 à 10h48

J'ai faillis devenir comme toi après une grosse rupture. J'ai un peu ces tendance là. Mais j'ai eu la chance d'être énormément aimé. Par une semblable qui a décidé de faire du tris dans sa vie affective émotionnel et amoureuse. J'ai eu la chance de rester son ami. Une amitié câline avec un refus mutuelle de sexualité entre nous. Même lorsque que les câlins sont trop appuié et qu'en nous s'ouvre cette porte de désirs. nous luttons ensemble contre nous même pour ne pas succomber et tuer ce moment intense qui vie au travers de notre connexion.
J'ai faillis devenir comme toi aujourd'hui je suis pire. Ce n'est que le résultat de ce traumatisme que l'on appelle la vie.
Quelque soit les questions que l'on se pose, les jeux que l'on joue, les tempêtes que l'on traverse, on est toujours capable de vivre et de créé d'intenses moments de bonheur et de dire honnêtement je t'aime si l'on est un peu lucide.
Prends soin de toi ne te mélange pas avec n'importe qui tu pourrais perdre des morceaux de ton âme. Vie et aime. Donne et partage. Pose toi des milliards de questions insolubles.

Et même si je ne vous connaît pas, même si je n’ai jamais eu l’occasion de vous rencontrer, de rire avec vous, de pleurer avec vous ou de vous embrasser, je vous aime. De tout mon cœur. Je vous aime.

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Tcheloviekskinoapparatom

le mercredi 13 avril 2016 à 12h41

Blueberries

-Un mode de vie polyamoureux peut-il représenter un risque pour qui, comme moi, éprouve des difficultés à accepter des sentiments envers autrui ? ;

Il me semble que le risque, ce sont ces difficultés, pas le mode de vie polyamoureux. Est-ce que tu penses que tu aurais moins de difficulté dans un cadre monogame ? A priori vu de l'extérieur ça n'a rien d'évident. Et peut-être qu'au contraire dans un cadre non-exclusif les côtés angoissants des sentiments (se sentir responsable de l'autre, la peur d'être abandonné) peuvent être adoucis, apprivoisés... mais bien sûr tout dépend des relations spécifiques avec des personnes spécifiques.

blueberries
-Que pensez-vous de l'usage de la sexualité pour se couper sentimentalement et émotionnellement de l'autre ? Pour ma part, c'est le cas, y compris lorsqu'un lien émotionnel avec quelqu'un est suivi d'un lien physique ou commence à y tendre, car je ne parviens pas à m'empêcher d'agir de façon évitante (par des stratagèmes plus ou moins directs... encore une fois, pour qui est intéressé, je suis disposée à approfondir ce qui ne serait pas clair, suffit de demander ! :)) ;

Oui, je veux bien des éclaircissements. Classiquement la sexualité représente plutôt une ouverture émotionnelle à l'autre, du coup je ne vois pas bien comment ça se traduit pour toi. Une séparation nette du sexe des autres types d'interaction ?

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Blueberries

le mercredi 13 avril 2016 à 21h16

Merci à vous deux d'avoir écrit.

Tristan48

Tristan, bien que nos vécus semblent différer, je suis très touchée par tes mots. Moi aussi, je t'aime, frère humain, et ça fait beaucoup de bien de te lire. Tout simplement, mais bien fortement. ;)

Quant à avoir été aimé, je pense que c'est au coeur du problème, n'ayant pas eu ce luxe dans mon contexte. Aujourd'hui, je fais face au plus beau et plus difficile défi : accepter que je suis aimable, inconditionnellement, simplement. Accepter d'être approchée par des gens voulant me témoigner leur appréciation.

Tcheloviekskinoapparatom
Il me semble que le risque, ce sont ces difficultés, pas le mode de vie polyamoureux. Est-ce que tu penses que tu aurais moins de difficulté dans un cadre monogame ? A priori vu de l'extérieur ça n'a rien d'évident. Et peut-être qu'au contraire dans un cadre non-exclusif les côtés angoissants des sentiments (se sentir responsable de l'autre, la peur d'être abandonné) peuvent être adoucis, apprivoisés... mais bien sûr tout dépend des relations spécifiques avec des personnes spécifiques.

Comme toi, je vois les difficultés initiales avant le mode de vie polyamoureux. Je sais que la honte et la culpabilité de m'identifier comme amoureuse plurielle sont d'autant plus présentes que je crains de mettre plus de gens en danger émotionnellement avec mes problèmes de phobie sociale en situation polyamoureuse que si j'étais "mono comme tout le monde." Ce sont des angoisses omniprésentes. Pour ce qui est de mes convictions : la monogamie ne m'apparaît effectivement pas comme une solution à mon problème (le travail sur moi, si), et c'est d'ailleurs à la suite de mon travail thérapeutique que j'ai pu mettre un nom sur mes idées et aspirations d'amours plurielles et le concept d' "amours fraternelles humaines", comme je les nomme encore (des liens relationnels qui seraient catalogués voire "accusés" d'être des relations amoureuses du fait de leur intensité quand ce n'est pas de cela qu'il s'agit).

De même, dans mon souhait d'autonomie et d'apaisement des angoisses d'abandon (que, par discipline, je n'ai que peu exprimé jusqu'à récemment), comme tu l'écris, je pense au polyamour comme un édifice crédible pour me vivre en acceptant mes sentiments "les moins nobles" ou d'aspect "déraisonnable" tels que la peur, la haine, l'amour, sans devenir pour autant un monstre de désirs égoïstes et désordonnés (une peur tout aussi présente).

Ma propre responsabilité est essentielle, la pose de limites et la possibilité de protéger de d'assurer l'autre face aux difficultés de mes troubles, tout cela sont des choses que je me sens en mesure de faire, objectivement, dans un cadre polyamoureux comme un cadre mono, et peut-être même davantage en présence d'un individu poly-réfléchi du fait de l'ouverture exceptionnelle de la communauté sur la communication inter-personnelle.

Tcheloviekskinoapparatom
Oui, je veux bien des éclaircissements. Classiquement la sexualité représente plutôt une ouverture émotionnelle à l'autre, du coup je ne vois pas bien comment ça se traduit pour toi. Une séparation nette du sexe des autres types d'interaction ?

Bien sûr ! Alors, comme toi, je vois la sexualité comme un moyen d'expression émotionnelle envers l'autre... ce qui me donne un sentiment de danger personnel (ma vulnérabilité) ainsi que de mettre l'autre en danger.

Comme je l'écrivais, l'acceptation du sentiment en moi est très difficile. Je vais l'accepter un jour, nier le suivant, craindre l'attirance, souhaiter accepter ce qui pourrait être, nier de nouveau, etc. Alors lorsque l'opportunité d'une rencontre intime se présente, elle est loin de trancher, puisque, par le passé, j'ai eu des relations sexuelles avec des individus qui m'indifféraient et usé du sexe comme une arme contre moi-même. Je n'ai connu le sexe en tant que signe d'appréciation mutuelle qu'à deux reprises, mais des phénomènes très pénibles continuent à survenir dans ma sexualité, qui a commencé dans une brutalité maladroite que je continue malgré moi à rechercher. Je deviens agitée et crains la visibilité qui me rendrait vulnérable. Mes propres gestes deviennent impossibles à réaliser et j'exécute une sexualité plus vulgaire pour tenter d'apaiser une soif inextinguible (la sensation du manque sexuel) qui en plus me permet de me cacher émotionnellement.

Il s'agit d'une réaction post-traumatique, mais je ne parviens pas encore à maîtriser cela, et n'en ai jamais parlé à mes partenaires, avec qui j'ai chaque fois fini par cesser de communiquer petit à petit, dès lors qu'un contact physique intime avait eu lieu. Par ailleurs, ayant pour les premières fois connu des partenaires soucieux de mon état et connaissant en partie mon vécu, j'ai eu la mauvaise surprise de constater que mon état "délirant" était visible. C'est cela ce que j'entends par le danger émotionnel que je fais courir à mon partenaire, puisque l'un d'eux avait été blessé et s'était considérée comme responsable de mon état pour avoir eu des relations sexuelles avec moi.

J'espère que cela est clair (le phénomène est difficile à décrire, mais nous pouvons continuer par MP si nécessaire, car il est certaines choses que je ne peux poster sur un forum publique).

Quant à séparer sexe et autres façons d'interagir... La mononormativité et mes méfaits prônent la méthode (ça semble raisonnable), cependant que mes convictions sont de l'ordre de l'expression spécifique par relation et besoins spécifiques. Un idéal que j'aimerais réaliser, avec du travail et de l'espoir. Pouvoir toucher physiquement quelqu'un si notre lien nous y conduit, sans finir par disparaître par sécurité (pour moi et lui/elle).

Merci pour tes observations pertinentes, Tcheloviekskinoapparatom.

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Blueberries

le mercredi 13 avril 2016 à 21h42

Tristan48
J'ai faillis devenir comme toi après une grosse rupture. J'ai un peu ces tendance là. Mais j'ai eu la chance d'être énormément aimé. Par une semblable qui a décidé de faire du tris dans sa vie affective émotionnel et amoureuse. J'ai eu la chance de rester son ami. Une amitié câline avec un refus mutuelle de sexualité entre nous. Même lorsque que les câlins sont trop appuié et qu'en nous s'ouvre cette porte de désirs. nous luttons ensemble contre nous même pour ne pas succomber et tuer ce moment intense qui vie au travers de notre connexion.
J'ai faillis devenir comme toi aujourd'hui je suis pire. Ce n'est que le résultat de ce traumatisme que l'on appelle la vie.
Quelque soit les questions que l'on se pose, les jeux que l'on joue, les tempêtes que l'on traverse, on est toujours capable de vivre et de créé d'intenses moments de bonheur et de dire honnêtement je t'aime si l'on est un peu lucide.
Prends soin de toi ne te mélange pas avec n'importe qui tu pourrais perdre des morceaux de ton âme. Vie et aime. Donne et partage. Pose toi des milliards de questions insolubles.

Et même si je ne vous connaît pas, même si je n’ai jamais eu l’occasion de vous rencontrer, de rire avec vous, de pleurer avec vous ou de vous embrasser, je vous aime. De tout mon cœur. Je vous aime.

En repensant à cela ainsi qu'au message de Tcheloviekskinoapparatom, j'ai noté ce parallèle que je fais entre gestes personnels, pour ainsi dire, et intimité véritable, peut-être que cela parle davantage pour expliquer la sexualité en tant que barrière.

Câliner et toucher quelqu'un sans dériver vers les caresses sexuelles m'est plus difficile et plus angoissant que la sexualité (préliminaires comprises), me donne le sentiment et la sensation d'être trop visible, je glisse invariablement vers les caresses plus appuyées, plus brutales. Si cela a souvent plu à des partenaires sexuels fort excités (et peu scrupuleux... raisons pour laquelle je les choisissais), j'ai eu la triste surprise un jour de réagir assez violemment à un partenaire qui voulait me caresser le visage en me regardant dans les yeux, sans que je ne puisse cacher quoique ce soit de ma peur, de ma colère, de ma tristesse, de mon désarroi apeuré face au geste si tendre qu'il m'en brûlait...

C'est pourquoi, Tristan, je trouve ce que toi et ton amie avez su maintenir infiniment précieux et beau.

Message modifié par son auteur il y a 4 ans.

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Tcheloviekskinoapparatom

le jeudi 14 avril 2016 à 17h34

En tous cas Blueberries, tu montres une grande lucidité dans l'analyse de ton ressenti (et aussi, je dois dire, une capacité à la coucher sur le papier virtuel qui me frappe).
Je suis peut-être d'un naturel optimiste, mais j'ai du mal à croire que nos limites une fois connues et nommées n'en deviennent pas d'autant plus facilment surmontables, ou au moins apprivoisables.
Je suis curieux d'une chose : tu dis que tu n'en as jamais parlé à tes partenaires, mais que certains connaissaient et étaient soucieux de ton état. Alors, comment le connaissaient-ils ? Et jusqu'à quel point ?

Une autre interrogation que j'ai c'est : de toute évidence cette situation t'est pénible, mais pourquoi au juste ? Est-ce que ce qui te manque c'est de pouvoir exprimer ta tendresse ? Ou que d'autres l'expriment envers toi ? Utilises-tu (utilisent-ils) d'autres moyens ? Les mots par exemple : mots d'amour, ou plus pudiques encore, allusions partagées, sens poétique commun, etc. ?

Est-ce qu'il ne s'agit pas d'inventer un langage amoureux particulier ?

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MagentadeMars

le vendredi 15 avril 2016 à 15h35

Blueberries, il y a des idées dans ton discours qui me font résonner... pas tous, j'avoue de ne pas avoir tout lu avec l'attention nécessaire. Surtout, c'est cette peur d'infliger de la peine sur des autres, à cause de ce que tu penses tes failles.

En fait, je ne suis pas convaincu qu'il existe "une mode de vie polyamoureuse", si ce n'est pas d'éviter la mode mono : il y en a beaucoup. Parmi elles, il y en a qui ne demande pas des promesses de fidélité à toujours... quoiqu'on décide à donner comme définition à "fidèle". Sans ces promesses, on est mieux placé éthiquement, ce qui peut apaiser ces peurs de culpabilité que je reconnais.

Mais cela n'est qu'un premier étape : j'ai quand même des besoins d'intimité sexuels et relationnels : sans eux, j'aurais facilement évité la culpabilité en m'excluant de relations. Le deuxième étape, c'est bien d'apprendre qu'on est aimable malgré cette difficulté spécifique, qui est de refuser ce que la société considère comme partie intégrale de la relation amoureuse et sexuelle. Il m'a fallu alors chercher des personnes ouvertes à la construction d'une relation selon des bases plus adaptées, dont la forme n'est pas disponible comme une "relation-type". C'est ce qu'entend Tcheloviek... comme langage amoureux particulier ?

Pour moi alors, "polyamour" n'est qu'un mot à déclencher une conversation sur ce qui serait éventuellement possible...

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Blueberries

le samedi 16 avril 2016 à 11h10

Tcheloviekskinoapparatom
En tous cas Blueberries, tu montres une grande lucidité dans l'analyse de ton ressenti (et aussi, je dois dire, une capacité à la coucher sur le papier virtuel qui me frappe).
Je suis peut-être d'un naturel optimiste, mais j'ai du mal à croire que nos limites une fois connues et nommées n'en deviennent pas d'autant plus facilment surmontables, ou au moins apprivoisables.
Je suis curieux d'une chose : tu dis que tu n'en as jamais parlé à tes partenaires, mais que certains connaissaient et étaient soucieux de ton état. Alors, comment le connaissaient-ils ? Et jusqu'à quel point ?

Une autre interrogation que j'ai c'est : de toute évidence cette situation t'est pénible, mais pourquoi au juste ? Est-ce que ce qui te manque c'est de pouvoir exprimer ta tendresse ? Ou que d'autres l'expriment envers toi ? Utilises-tu (utilisent-ils) d'autres moyens ? Les mots par exemple : mots d'amour, ou plus pudiques encore, allusions partagées, sens poétique commun, etc. ?

Est-ce qu'il ne s'agit pas d'inventer un langage amoureux particulier ?

Merci pour ces paroles porteuses d'espoir, Tcheloviekskinoapparatom. Je pense effectivement en être arrivée à un point où je pourrais commencer plus activement à changer ce problème affectif et sexuel, et justement parce que j'ai accepté de le prendre au sérieux, y compris de me prendre au sérieux dans les faits, pour pouvoir considérer mes observations avec le crédit qui m'a permis de récapituler tout ce que j'ai tenté de retranscrire ici. Te lire me rassure sur ce point, puisque tu as, à deux reprises, souligné des questions récurrentes dans mon questionnement : je pense m'être bien exprimée, être suffisamment ouverte sur la problématique et mon rôle dans cette histoire et ça fait du bien !

Quant à la question des partenaires... Certains ne relevaient rien (étaient choisis pour cela, d'ailleurs), mais le premier partenaire à m'avoir fait lentement prendre conscience d'un problème qui n'impactait pas seulement moi connaissait en partie mon histoire familiale et l'abus psychologique et religieux dont je souffrais, car nous étions tous deux traités pour syndrome post-traumatique, avons fait connaissance ainsi et avons couché ensemble occasionnellement durant cette période. Il m'a, à quelques reprises, interrompue et appelée durant l'acte lorsque je montrais des signes de réminiscences post-traumatiques, disait avoir peur que cela se produise à cause de lui et de nos rapports (il avait été témoin de crises dans le cadre du travail thérapeutique, ce qui explique aussi sa finesse d'observation). Je pense deviner quels gestes, quelles expressions faciales lorsque je "disparaissais", mais à l'époque j'ai beaucoup diminué ces phénomènes, pour ne pas l'inquiéter et parce que je ne voulais pas qu'il en prenne une responsabilité erronée. Ainsi, pas de communication, ce qui a amplifié le phénomène, l'a aggravé, nous a affaiblis, nous a rendus moroses, inquiets et a confortablement installé nos murs respectifs entre nous dans la couche et en-dehors (relation cachée).

D'autres partenaires m'ont dite tendue ou absente, voire paniquée. Par le passé (j'ai dû progresser depuis, non ? :p), certains interprètaient l'autre versant hypersexuel comme de la véritable excitation et un vrai désir à leur égard... Aujourd'hui, c'est très mélangé, selon mon niveau de conscience durant l'acte. Tout est affaire d'interprétation, et j'admets ma faute dans le fait de ne pas avoir communiqué avec mes partenaires, le plus souvent (et lorsque je l'ai fait, pas assez et pas assez précisément).

Pour ce qui est des raisons qui me rendent triste et me font vouloir changer la donne :
-la culpabilité d'utiliser mes partenaires pour entrer dans ces états de transe ou de tenter d'assouvir la soif hypersexuelle ;
-Je ne veux plus faire courir le risque émotionnel à un partenaire qui pourrait se sentir responsable s'il venait à remarquer ces phénomènes, remarquer mon "absence" ou la présence d'une "autre personne à ma place" ;
-le risque physiologique véritable de ces états pour moi et les autres, puisque ces échanges ont prêté lieu à violences (brutalité demandée par moi, encore une fois) et, une fois, à l'absence de protection durant le rapport (testée négative, j'ai alors pu admettre le problème, non sans une bonne dose de gratitude et d'humilité) ;
-la pauvreté d'échange sitôt que l'intimité risque de survenir - Je ne veux plus fuir à travers la sexualité et/ou me sentir forcée d'interrompre le dialogue et le lien lorsque l'intimité survient/est survenue ;
-je veux me laisser une chance de vivre le monde et la communauté humaine qui le peuple comme je l'entends et comme on m'en donne la chance, sans crainte d'être de trop ou d'être néfaste à autrui ;
-et, oui, il y a souffrance à ne pas me sentir autorisée à exprimer mon affection, à ne pas savoir l'accueillir sans fuir à un moment ou l'autre, des situations qui ont généré un cercle vicieux de manque à l'origine des passages à l'acte dévastateurs et condamnant ;
-être incapable d'être authentique devant l'autre, à me taire le plus souvent ou jouer un rôle pour le maintenir à distance ou maîtriser le lien (Cela dit... que c'est beau de vous écouter sans intervenir, chers colocs terrestres. ;)) ;
-la souffrance à croire que je n'ai pas le droit de m'attacher, que je n'ai pas ma place où que je me trouve, que si j'exprime simplement ce que j'ai à exprimer, de vieilles condamnations (très mono/hétéronormées, au demeurant) seront assénées, du style : "Ouh, attention, elle en veut plus (comprendre : vie de couple) !"
-le risque d'être contrainte à suivre ces schémas me fait également peur (si je décide d'exprimer une certaine tendresse, je DOIS vouloir un cadre romantique conventionnel pour ce faire)

-et, enfin, au vu de ce que je suis, de ce que j'ai été, une triste conviction est née d'être néfaste et coûteuse en énergie aux êtres qui m'ont approchée de trop près et/ou m'ont tant enseigné de ce fait. La croyance d'être indigne d'approcher l'autre, de le mettre en danger.

Aujourd'hui, j'écris ces lignes et je vous prends à témoin dans le fait de me laisser une chance quant j'étais sur le point de renoncer et de me retirer. Je veux croire à mon droit à me nourrir d'autrui et croire que, malgré mes échecs dans mes tentatives de nourrir aussi, j'ai d'ores et déjà progressé, admis mes fautes, et déjà donné, que personne n'est encore mort de mon lait et que je veux, veux, veux vous donner la possibilité de vous abreuver en mon sein.

Quant à un langage amoureux ? Mes propres gestes, mes massages, mes mots, mes attentions et observations, oui, que souvent je n'utilise pas pour les remplacer par des caresses et des mots génériques qui ne me mettent pas autant en danger.

Merci pour la réflexion, Tcheloviekskinoapparatom. Sans y être, c'est précieux de me souvenir de ce que je veux accomplir.

MagentadeMars
(...)bien d'apprendre qu'on est aimable malgré cette difficulté spécifique, qui est de refuser ce que la société considère comme partie intégrale de la relation amoureuse et sexuelle. Il m'a fallu alors chercher des personnes ouvertes à la construction d'une relation selon des bases plus adaptées, dont la forme n'est pas disponible comme une "relation-type". C'est ce qu'entend Tcheloviek... comme langage amoureux particulier ?

Pour moi alors, "polyamour" n'est qu'un mot à déclencher une conversation sur ce qui serait éventuellement possible...

C'est ce qu'il m'a semblé y trouver aussi, Magenta. :)

MagentadeMars
Blueberries, il y a des idées dans ton discours qui me font résonner... pas tous, j'avoue de ne pas avoir tout lu avec l'attention nécessaire. Surtout, c'est cette peur d'infliger de la peine sur des autres, à cause de ce que tu penses tes failles.

Certaines de ces failles sont soit irrationnelles ou ma perspective les agrandit, je le vois bien (l'idée d'être indigne et néfaste), mais d'autres sont avérées et une vraie menace (les dérapages hypersexuels).

Message modifié par son auteur il y a 4 ans.

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Blueberries

le dimanche 17 avril 2016 à 04h08

(suite du message, qui n'avait pas été affichée)

MagentadeMars- Au sujet d'une "mode de vie polyamoureuse" et de la déculpabilisation quant à la fidélité (je ne sais pas pourquoi, je n'arrive plus à citer normalement) :

A vrai dire, je ne crois pas avoir mentionné une mode de vie polyamoureuse. Un mode de vie, oui, que j'entends par une façon parmi d'autres de se vivre hors-monogamie. Et le problème de la fidélité, auquel je ne me référait pas (bien qu'on le retrouve immanquablement dans la question du "poly ou pas ?"), ne me pose étonnamment pas autant de souci que, disons, l'aspect éthique à porter auprès de la société.
Plus clairement, je reconnais que mes craintes les plus spontanées à m'accepter en tant que polyamoureuse de nature ont plus avoir avec une image moralisatrice (présentez-vous comme une "salope éthique" et peu de gens retiendront le second terme, si ce n'est pour le tourner en dérision en pointant ce qui doit, forcément être un vilain oxymore dans une excellente plaisanterie !) qu'avec les détails techniques.

Cela dit, je salue ton approche et ta mise en pratique de la fidélité pour t'apaiser et te rester fidèle à toi aussi en te permettant d'être honnête, dois-je remarquer. ;)

Lorsque je pense à la fidélité, je songe à deux idées :
-l'honnêteté, dans le fait de ne rien promettre que je ne puisse donner ;
-la fidélité interpersonnelle, au sens où je me considère essayer d'être fidèle à chaque relation selon ses critères et le langage dont moi et l'autre aurions convenu pour vivre cette relation.

"Mais cela n'est qu'un premier étape : j'ai quand même des besoins d'intimité sexuels et relationnels : sans eux, j'aurais facilement évité la culpabilité en m'excluant de relations."

Aye... Je commence à accepter l'idée du besoin comme légitime, et non pas une saleté en moi qui m'empêche d'agir pour le plus grand bien seulement. Comprendre que j'ai un droit à la vie, le droit de la vivre et de vous vivre, et n'ai pas à m'en vouloir pour cela.
Petit à petit. :)

Merci à vous deux pour vos mots et votre inspiration.

J'espère arriver à faire ce qu'il me faut faire.

Message modifié par son auteur il y a 4 ans.

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MagentadeMars

le dimanche 17 avril 2016 à 13h35

Blueberries

J'espère arriver à faire ce qu'il me faut faire.

Ou même ce qui te plaît à faire :-)

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Blueberries

le dimanche 17 avril 2016 à 20h38

MagentadeMars
Ou même ce qui te plaît à faire :-)

Exactement ! :) Merci de la correction !

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Tcheloviekskinoapparatom

le mardi 19 avril 2016 à 11h24

Merci Blueberries de tes derniers posts. Je ne suis pas certain de pouvoir apporter d'autres éléments de réflexion, mais je voulais exprimer à quel point j'étais frappé par la force perceptive et poétique de ce que tu écris ici.

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