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Deux garçons, une fille... et cette quatrième possibilité

Témoignage
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Elina (invité)

le mardi 09 octobre 2012 à 20h00

Bonjour !

Je suis un peu perdue, parce que je ne pensais pas que c'était possible, et si on m'avait demandé avant si j'envisagerais de sortir avec deux garçons à la fois j'aurais dit non sans réfléchir. Mais finalement... Bon, il faut que je commence au début.

Je n'ai que 19 ans, et ils sont à peine plus vieux que moi (J a 20 et D 23). Je les ai rencontrés presque en même temps et je les ai trouvés charmants tous les deux, pour des raisons bien différentes. On m'avait dit que J était gay, mais ce n'était pas tout à fait vrai : il trouve seulement le mot plus approprié pour quelqu'un qui est beaucoup plus souvent attiré par des garçons que par des filles. Et il se trouve que je suis l'une de ces quelques filles. D, lui, se définit comme "hétéroromantique bisexuel" (mais non, il ne l'a pas dit tout de suite !). Et quand ils se sont rencontrés (alors qu'ils étaient déjà tous les deux intéressés par moi, et moi par eux, mais qu'il ne s'était rien passé ni d'un côté ni de l'autre)... Disons qu'à un moment j'ai vraiment cru qu'ils pourraient facilement m'oublier et être très bien ensemble, si D arrivait à admettre que finalement, il pouvait être amoureux d'un garçon, et pas seulement "s'amuser avec" comme il en avait l'habitude. Pourtant chacun essayait toujours de me convaincre de sortir avec lui. J était persuadé que D ne l'aimerait jamais et que, si lui s'y attachait trop, ce serait un désastre. D s'obstinait à considérer que son attirance pour J n'était que physique... et amicale, même si mon existence compliquait tout puisqu'ils étaient aussi rivaux "par ma faute".

Moi, je me sentais obligée de choisir mais je n'y arrivais pas, alors j'ai fini par leur dire que je ne sortirais avec aucun des deux mais, sachant pourquoi, ils ont dit que c'était stupide. Et comme j'insistais, persuadée qu'il n'y avait pas d'autre solution... on a enfin compris que si, il y en avait une. Pas si simplement, mais en parlant, de plus en plus proches tous les trois sur un canapé. C'était il y a trois semaines.

Maintenant... quand je suis seule avec eux, tout est simple (ou presque), mais si on veut sortir tous les trois, ça devient compliqué. Ma soeur sait tout et n'en est pas choquée (à vrai dire, je crois qu'elle aimerait pouvoir faire la même chose) mais nos parents, nos amis... Je ne sais pas quoi leur dire, et j'ai peur de leur réaction. Surtout qu'avant, moi aussi, j'aurais trouvé cette situation extrêmement bizarre.

J'espère vraiment que ça peut durer mais j'ai peur de devoir passer ma vie soit à me cacher soit à défendre ce choix qui risque de choquer. Comment faites-vous pour supporter ça ?

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Profil

Paul-Eaglott

le mardi 09 octobre 2012 à 20h52

Il y a plusieurs façons de te répondre, Elina.

Premièrement, il serait légitime de considérer que ta vie privée est... privée, et donc qu'elle ne concerne que toi et ceux qui la partagent. Tu peux parfaitement choisir de ne rien dire à personne, et de répondre aux gens qui t'interrogent que ça ne les regarde pas. Car ce qui compte, c'est de vivre ta vie, et non pas d'en parler aux autres.

Deuxièmement, tu le découvriras sans doute peu à peu, mais les gens sont généralement moins choqués qu'on a tendance à l'imaginer. Ca dépend peut-être de l'endroit où tu vis (les grandes villes sont a priori plus tolérantes que les villages), mais en t'affichant avec tes copains, à part quelques regards en biais venant de quelques rares personnes, tu ne risques pas grand chose ; en tout cas pas une condamnation violente. (Bon, je dis ça, et en même temps je suppose qu'il peut y avoir des exceptions, un psychopathe par-ci, un jaloux agressif par-là...) Par contre, tu susciteras de l'étonnement, de la curiosité, de l'envie, et peut-être parfois de l'admiration. (Ce qui n'est pas forcément toujours facile à assumer non plus)

Troisièmement, il existe d'autres gens qui vivent d'une façon peu commune, notamment des polyamoureux : ce sont des gens que ta situation ne choquera pas. Tu peux chercher à en rencontrer et nouer des amitiés avec eux. Comme disait quelqu'un lors du dernier café-poly à Paris "je suis venu ce soir parce que ça fait du bien, de temps en temps, d'être avec des gens normaux !" ;-)

Quatrièmement, tu peux mixer les trois premiers points, avec les doses qui te sembleront appropriées. Par exemple, en parler à des gens qui seront peut-être un peu choqués mais avec qui ta relation est telle que ce n'est pas très grave pour toi qu'ils le soient (des amis, des passants, devant qui tes deux copains et toi pouvez parfois ne pas vous cacher) mais ne pas en parler à des gens dont le jugement peut être problématique (ex : tes supérieurs hiérarchiques, si tu travailles ; il y a même des secteurs d'activité où il vaut peut-être mieux n'en parler à personne, par exemple si tu es amenée à travailler avec des enfants, sois prudente...)

Cinquièmement, ce qui choque les gens, c'est surtout leur propre imagination quand ils essaient de se figurer comment font/sont les gens "différents". Si ce que tu vis t'aurait paru bizarre avant mais ne TE choque pas, c'est aussi parce que tu te rends bien compte que ça n'a rien de sale, de dégradant ni d'inhumain. Je suppose que tu ne te vois pas comme une assoiffée de sexe prête à tout sacrifier pour assouvir tes fantasmes, par exemple. Eh bien des gens de ton entourage, qui seraient peut-être choqués par l'idée d'un trio amoureux, ont de fortes chances de trouver pas choquant du tout que TOi tu le vives, parce qu'ils seront face à une réalité (somme toute pas monstrueuse), et non pas à leurs propres projections fantasmatiques imaginaires.

Sixièmement, plus largement, tu peux prendre conscience que le problème qui t'arrive ressemble pas mal à la situation rencontrée par les homos : faire ou ne pas faire son coming-out. Et les exemples de coming-out qui se passent sans aucun souci ne manquent pas, n'est-ce pas ?

La question d'en parler ou pas à ta famille est très personnelle. Parmi les polyamoureux que je connais, il y a des gens dont les parents sont absolument ravis que leurs enfants s'épanouissent, même si c'est de façon peu conventionnelle ; d'autres chez qui ça passe mal, mais même dans des cas où ça semblait particulièrement délicat à la base (parents fortement religieux, par exemple), l'amour des parents semble toujours avoir été plus fort que l'incompréhension. (Tu auras d'autres témoignages que le mien, je suppose, et des exemples peut-être plus divers.)
Mais c'est vrai : face à ses propres parents, l'enjeu peut paraître effrayant. Sur ce point, je me garderai de te donner le moindre conseil.

En tout cas, je te souhaite tout le bonheur possible, dans cette situation qui semble être le rêve de pas mal de mes amies ! :-D

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Elina (invité)

le mardi 09 octobre 2012 à 21h09

Je reprendrai certains points plus tard pour y répondre, parce qu'ils sont intéressants et que j'ai envie de poursuivre la discussion, mais là tout de suite je tiens déjà à vous remercier d'avoir pris le temps d'écrire cette longue réponse qui me rassure, ne serait-ce que parce qu'elle montre que vous pouvez me comprendre, et j'avais vraiment besoin de ça. Donc merci. :-)

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Elina (invité)

le mercredi 10 octobre 2012 à 02h46

"Tu peux parfaitement choisir de ne rien dire à personne, et de répondre aux gens qui t'interrogent que ça ne les regarde pas. Car ce qui compte, c'est de vivre ta vie, et non pas d'en parler aux autres."
C'est vrai, mais je trouverais un peu difficile de ne jamais mentionner leurs nom. Je les aime, j'ai envie de parler d'eux (voire de dessiner des petits coeurs avec leurs initiales dans les marges de mes notes de cours, parce que bon, je suis encore un peu une ado ;-))... mais si j'en parle je vais devoir me justifier, alors je ne dis rien et je suis triste de ne pas pouvoir parler de ce qui me rend heureuse.
Aussi, devoir aller à une fête en célibataire quand on ne l'est pas réellement, c'est bête. Et n'en inviter qu'un, ce serait vexer l'autre (sans compter qu'il faudrait choisir).

"en t'affichant avec tes copains, à part quelques regards en biais venant de quelques rares personnes, tu ne risques pas grand chose"
Je suppose que non. C'est juste... gênant parce que je n'aime pas trop attirer l'attention.

"Par contre, tu susciteras de l'étonnement, de la curiosité, de l'envie, et peut-être parfois de l'admiration. (Ce qui n'est pas forcément toujours facile à assumer non plus)"
Oui, voilà, même ça, ça m'inquiète.

"il existe d'autres gens qui vivent d'une façon peu commune, notamment des polyamoureux : ce sont des gens que ta situation ne choquera pas. Tu peux chercher à en rencontrer et nouer des amitiés avec eux."
En effet, ce serait sûrement bien pour pouvoir arriver quelque part à trois en sachant que ça semblera normal.

"en parler à des gens qui seront peut-être un peu choqués mais avec qui ta relation est telle que ce n'est pas très grave pour toi qu'ils le soient (des amis, des passants, devant qui tes deux copains et toi pouvez parfois ne pas vous cacher)"
Pour l'instant, l'idée que des passants me regardent d'un air choqué m'horrifie, donc en public je préfère qu'on se comporte comme si on était un groupe d'amis.
L'autre jour, ma soeur était avec nous et on supposait que les gens imaginaient qu'on était deux couples et se demandaient qui sortait avec qui, mais ça, au moins, c'était assez amusant.

"mais ne pas en parler à des gens dont le jugement peut être problématique (ex : tes supérieurs hiérarchiques, si tu travailles ; il y a même des secteurs d'activité où il vaut peut-être mieux n'en parler à personne, par exemple si tu es amenée à travailler avec des enfants, sois prudente...)"
Pour l'instant, J et moi sommes encore étudiants (pas au même endroit), mais je suppose que quand on travaillera on évitera de le dire à des collègues et encore plus à des supérieurs (ça semble plus prudent, en effet). Quant à D... Il compte ne mentionner que moi, et je crains que J soit contrarié même s'il comprend pourquoi.

"Si ce que tu vis t'aurait paru bizarre avant mais ne TE choque pas, c'est aussi parce que tu te rends bien compte que ça n'a rien de sale, de dégradant ni d'inhumain. Je suppose que tu ne te vois pas comme une assoiffée de sexe prête à tout sacrifier pour assouvir tes fantasmes, par exemple."
Oh, mon Dieu, non ! Ça n'a tellement rien à voir avec ça... Je n'avais même pas pensé qu'on puisse voir les choses ainsi (je dois être très naïve). Seulement que ça risquait de donner l'impression que je n'aimais réellement ni l'un ni l'autre (puisqu'il est tellement habituel de croire qu'on ne peut pas aimer deux personnes à la fois) mais que je ne voulais pas être seule (parce que la plupart des gens semblent considérer qu'on ne peut pas être heureux si on est célibataire, aussi) et que, puisqu'ils me voulaient tous les deux, je m'étais dit "Pourquoi choisir si je peux avoir le beurre et l'argent du beurre ?". Sans compter que dire qu'on sort avec deux personnes, au premier abord, ça doit forcément être pris comme "à leur insu", puisque les gens (dont moi-même avant) sont incapables d'imaginer que quelqu'un puisse accepter une telle situation. Alors on peut s'empresser de rectifier, mais le temps qu'on arrive à se faire comprendre, on passe pour une "horrible personne", non ? (J'entends d'ici les "Oh ! je n'aurais jamais cru ça de toi !" et je crains un discours moralisateur m'empêchant d'en placer une pour expliquer que "ce n'est pas ce que tu crois".)

"tu peux prendre conscience que le problème qui t'arrive ressemble pas mal à la situation rencontrée par les homos : faire ou ne pas faire son coming-out."
Oui... J'imagine que c'est pour ça que, de nous trois, c'est surtout moi que ça perturbe. Eux, même s'ils n'étaient jamais sortis qu'avec une personne à la fois, ils ne faisaient déjà pas partie de la majorité avant. Je ne dis pas qu'ils sont parfaitement à l'aise, mais je n'ai pas l'impression que ce serait très différent s'il s'agissait seulement d'eux deux.

"même dans des cas où ça semblait particulièrement délicat à la base (parents fortement religieux, par exemple), l'amour des parents semble toujours avoir été plus fort que l'incompréhension"
Au moins, c'est rassurant...

"En tout cas, je te souhaite tout le bonheur possible, dans cette situation qui semble être le rêve de pas mal de mes amies !"
Merci. Je n'y avais vraiment jamais pensé avant mais maintenant j'avoue que j'adore ça, surtout qu'ils sont très différents et, en quelque sorte, correspondent à deux parties de ma personnalité. J'aurais sans doute pu être heureuse avec l'un ou l'autre si je n'avais pas rencontré les deux, mais là... c'est juste parfait comme ça. <3

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Profil

Evavita

le jeudi 11 octobre 2012 à 00h55

Bonsoir Elina,

J'ai vécu une situation similaire quand j'étais en terminale (2 filles et un garçon) et j'espère donc que les constatations que j'ai faite pourront t'aider.

Chose étonnante et pourtant vraies, le fait que deux femmes aient des signes d'affections l'une envers l'autre attirait plus l'attention (voir même une fois l'indignation) que le fait qu'on soit trois. Sans doute parce qu'il suffit de peu de temps pour ce rendre compte du premier point alors qu'il faut un peu de temps d'observation pour avoir conscience de l'autre. "S'afficher" dans la rue ou autre était vraiment un plaisir dont on ne se privait pas et je n'ai jamais eu à le regretter. C'est même plutôt le contraire. On a souvent tendance à l'oublier, mais pouvoir être libre de se balader comme on veut avec qui on veut est un luxe trop rare sur cette planète pour ne pas vouloir en profiter avec les personnes qu'on aime. Enfin, ce n'est que mon avis bien sûr. Le conseil que je peux te donner, c'est de tenter "une sortie" pour t'en rendre compte par toi même et il est fort probable qu'une fois les premiers instants d'inquiétude passés, tu ne veuilles plus t'en passer ;) Et dans le cas contraire, tu en reste là sur ton expérience et tu continus comme tu faisais jusqu'à là.

En ce qui concerne le fait de se retrouver coincée entre le désir de vouloir partager son bonheur (au moins avec les amis proches) et la peur d'être jugé, rejeté etc., c'est une situation que je n'ai pas connu. J'ai pour ainsi dire fait comme "d'habitude". J'ai parlé de ce que je vivais aux personnes à qui de toute façon je me confiais quand je rencontrais quelqu'un. Il ne m'a pas effleuré que cela aurait pu susciter des réactions négatives et ça n'a pas été le cas. Ne t'inquiète pas trop quand au fait de si tu va avoir le temps d'en placer une. En général, ils ne sont pas préparés à recevoir une telle information et le temps qu'ils l'analysent, t'auras eu tout le loisir d'expliquer exactement de quoi il s'agit. Malheureusement, je n'ai pas d'autre infos à te donner à ce sujet là.

Pour le reste du monde, je considérais en effet que c'était ma vie privé et que ça ne les concernaient pas. Mais il était hors de question pour nous que cela implique qu'on se prive de quelque joie que ce soit. Aux fêtes, on y allait tout simplement à trois mais en célibataires et on s'amusait quand même beaucoup. Je trouve que c'est une option convenable quand on ne souhaite pas attirer les regards.

En ce qui concerne les parents, Paul-Eaglott a, à mon sens tout dit. Je pense qu'on a pas à se forcer de faire part de notre vie amoureuse si on en ressent pas le besoin. Après tout, ce n'est absolument pas nécessaire. T. et J. sont passés pendant deux mois à la maison sous le statut "d'amis" avant que je n'explique ce qui l'en était réellement à ma maminette et tout a très bien roulé pendant cette période.

Je pense que ce qui importe, c'est que tu vives pleinement ton bonheur que cela implique de le partager ou pas. J'espère que je t'aurai un peu aidée.

Je te souhaite de profiter pleinement de cette merveilleuse histoire que peu de gens ont l'occasion de vivre.

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Profil

Siestacorta

le jeudi 11 octobre 2012 à 14h03

On a eu, naguère, des témoignages récurrent d'un plaisir d'affirmation (en anglais, y disent "empowerment") lors de sorties publiques... je veux dire que même si on préfère être discret, ce moment d'affichage peut aussi nous donner de la confiance en nous-même, et renforcer notre personnalité au-delà de ses facettes amoureuses.

Une possibilité de transition, c'est aussi de passer "à trois" à un café poly... C'est rassurant de tomber sur des gens qui comprennent bien la situation, vous encouragent, ont pas l'air plus allumé que ceux que vous rencontreriez ailleurs...

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Elina (invité)

le vendredi 12 octobre 2012 à 17h19

Merci à vous deux pour vos réponses. :)

"Chose étonnante et pourtant vraies, le fait que deux femmes aient des signes d'affections l'une envers l'autre attirait plus l'attention (voir même une fois l'indignation) que le fait qu'on soit trois."
Étonnant au premier abord et puis... oui, je suppose aussi que c'est surtout parce que ça se remarque plus vite (et deux garçons, ça doit se remarquer encore plus, parce que les filles qui sont amies peuvent avoir des marques d'affection qui n'attirent pas l'attention alors que, si des garçons faisaient la même chose, ils seraient tout de suite considérés comme gays, que ce soit vrai ou non). Si on est trois, la plupart des gens n'imaginent sans doute même pas qu'il soit possible qu'on soit "ensemble" dans ce sens du terme.

"Le conseil que je peux te donner, c'est de tenter "une sortie" pour t'en rendre compte par toi même et il est fort probable qu'une fois les premiers instants d'inquiétude passés, tu ne veuilles plus t'en passer ;) Et dans le cas contraire, tu en reste là sur ton expérience et tu continus comme tu faisais jusqu'à là."
Il faut voir ce qu'ils en pensent, eux aussi. Mais il me semble que ça doit être une question de personnalité. Même avec une seule personne, je limite les démonstrations publiques d'affection parce que savoir qu'on me regarde me met mal à l'aise, alors là...

"J'ai parlé de ce que je vivais aux personnes à qui de toute façon je me confiais quand je rencontrais quelqu'un."
En fait, moi aussi : j'ai parlé à ma soeur. Elle les avait déjà rencontrés tous les deux et était toujours là, à tenter de m'aider, au moment où je pensais qu'il faudrait que je choisisse, alors forcément après je lui ai tout dit tout de suite. J'ai aussi un ami qui le sait parce qu'il est surtout le meilleur ami d'un de mes copains, qui ne lui cache rien. Donc ça va, j'ai quand même des gens à qui parler sans surveiller ce que je dis. C'est aux amis de fac que je ne sais pas quoi dire. Si je finis par être obligée de dire que je suis prise pour éviter qu'on essaie de me présenter quelqu'un, on va me poser des questions.
(Peut-être que j'exagère, à imaginer tout un tas de situations qui risquent de me mettre dans l'embarras.)

"En général, ils ne sont pas préparés à recevoir une telle information et le temps qu'ils l'analysent, t'auras eu tout le loisir d'expliquer exactement de quoi il s'agit."
Il faut reconnaître que, si quelqu'un m'avait parlé d'une situation de ce genre avant, j'aurais probablement été muette de stupeur.

"Aux fêtes, on y allait tout simplement à trois mais en célibataires et on s'amusait quand même beaucoup. Je trouve que c'est une option convenable quand on ne souhaite pas attirer les regards."
Oui... si on est invités tous les trois. Pour une fête organisée par quelqu'un de ma fac, je serai obligée de demander si je peux amener quelqu'un, et là... Enfin, j'aviserai sur le moment.

"T. et J. sont passés pendant deux mois à la maison sous le statut "d'amis" avant que je n'explique ce qui l'en était réellement à ma maminette et tout a très bien roulé pendant cette période."
Je suppose que le fait qu'il y ait deux "amis" à la fois empêche de comprendre. Si tout le monde était conscient qu'il est possible d'être amoureux en étant plus que deux, les indices seraient sûrement beaucoup plus vite repérés et bien interprétés. C'est rassurant, de se dire que tant qu'on voudra le cacher, il y a peu de risques que quelqu'un devine.

"J'espère que je t'aurai un peu aidée."
Oui, bien sûr. Rien que me donner l'occasion de parler à quelqu'un qui connaît ce genre de situation, ça m'aide.

"Je te souhaite de profiter pleinement de cette merveilleuse histoire que peu de gens ont l'occasion de vivre."
Merci. :)

"On a eu, naguère, des témoignages récurrent d'un plaisir d'affirmation (en anglais, y disent "empowerment") lors de sorties publiques... je veux dire que même si on préfère être discret, ce moment d'affichage peut aussi nous donner de la confiance en nous-même, et renforcer notre personnalité au-delà de ses facettes amoureuses."
Et c'est là que je me dis que pas mal de gens me diraient que j'en aurais bien besoin... Ce n'est certainement pas le genre d'amélioration que ma mère souhaitait pour moi quand, il y a quelques années, elle a dit (sans se douter que j'entendais) qu'elle s'inquiétait parce que ma soeur - plus sûre d'elle et plus jolie - m'éclipsait toujours... mais j'avoue que savoir qu'ils m'aiment tous les deux (en même temps, alors qu'ils ont rencontré ma soeur aussi, et même alors que l'un d'eux se considère comme "très majoritairement gay"), c'est déjà très efficace pour me convaincre que je ne suis pas aussi insignifiante que ce que je pensais. ;)

"Une possibilité de transition, c'est aussi de passer "à trois" à un café poly... C'est rassurant de tomber sur des gens qui comprennent bien la situation, vous encouragent, ont pas l'air plus allumé que ceux que vous rencontreriez ailleurs..."
Ça doit être rassurant, en effet. Mais un café de ce genre, c'est vraiment aussi courant que cette phrase en donne l'impression ?

Merci encore. :)

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Profil

Paul-Eaglott

le vendredi 12 octobre 2012 à 18h25

Les cafés-poly sont en général annoncés sur la page "événements"

Par ailleurs, Elina, je voulais te parler du formatage social, qui fait que les gens -- toi comprise jusqu'il y a peu -- peuvent être amenés à croire que quelqu'un de "différent", qui vit différemment des "modèles" qu'on nous inculque depuis tout petit, est forcément une "horrible personne"...

Comme la plupart d'entre nous, tu as grandi depuis toute petite au milieu de "modèles" qui ont façonné ton idée de ce qui "se fait". Depuis les contes de fées jusqu'aux romans, aux films, ou aux faits divers des infos, on t'a raconté que ce qui se fait, c'est que si on aime, c'est une seule personne à la fois, et pour toute la vie (si c'est du vrai amour). Et puis qu'on a beaucoup d'enfants.
En ne te montrant pas une palette d'exemples variés qui illustreraient d'autres façons heureuses de vivre, on t'a ainsi imposé une norme unique, ce qui t'a conduite à penser que c'était la seule voie possible, et que toi aussi tu devrais faire pareil. Et que ceux qui faisaient autrement n'étaient pas des gens normaux mais d'horribles personnes déviantes.

Ca peut certes nécessiter un peu de temps, un peu d'expérience, un peu de curiosité, ou des rencontres éclairantes, mais ce n'est pas très difficile de se libérer de cette croyance, selon laquelle la seule bonne façon de vivre est de se conformer aux normes sociales.

Vous aimer à 3 comme tes amis et toi le faites, ça ne ressemble pas beaucoup à ce que font en général les héros des contes de fée, des romans etc., mais dans la mesure où vous ne nuisez à personne (vous n'agressez personne, vous ne volez rien à autrui, vous ne vous transformez pas en monstres d'égoïsme...), et où vous apportez même un surcroît de bonheur à vos partenaires, en quoi seriez vous "d'horribles personnes" ? Cette idée-là, tu verras, elle n'est pas très compliquée à faire comprendre à tes interlocuteurs : vous ne faites de mal à personne, vous n'avez donc pas à être jugés négativement.

Pour l'instant, j'ai le sentiment que ta peur face à ce qui t'arrive vient essentiellement du formatage social, des traces qu'il laisse encore dans ton propre regard sur le monde et sur toi-même, et de ton inquiétude à l'idée qu'il va peut-être falloir te confronter à des gens dont la pensée est encore limitée par ce formatage social. A mon avis, elle va s'effacer toute seule avec le temps, cette peur.
Parce qu'il y a une chose dont tu te convaincras peu à peu, et qui te rendra de plus en plus facile d'assumer tranquillement ce que tu vis, c'est que si des gens te jugent mal, c'est eux qui auront tort :-)

PS : je ne m'en souviens plus trop, mais dans le film "Deux garçons, une fille, trois possibilités", ça finissait par ressembler à ce que vous vivez, non ?

Message modifié par son auteur il y a 7 ans.

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Elina (invité)

le vendredi 12 octobre 2012 à 21h56

Quand j'ai dit qu'on allait me prendre pour une "horrible personne", c'était à propos de la première chose qui viendrait sûrement à l'esprit des gens si je disais que j'ai deux copains : au lieu de comprendre que ça veut dire qu'on est tous les trois ensemble, il y a plus de chances qu'on imagine que je les trompe tous les deux, et je déteste l'idée qu'on pense ça de moi ne serait-ce que quelques minutes, le temps que j'arrive à expliquer que ce n'est pas ça du tout. Bien sûr, ça n'empêche pas que, comme tout le monde, je dois être influencée par tout ce qu'on m'a appris (exprès ou non) quand j'étais petite, mais même avant je n'aurais jamais utilisé le mot "horrible" pour une situation comme celle que je vis actuellement. "Bizarre", oui, mais rien de plus.

Le film... Je ne l'ai pas encore vu, en fait, mais d'après ce que j'ai lu, oui, il semble que ce soit à peu près ça à un moment de l'histoire, même si ça commence différemment (avec chacun intéressé par un des autres, aucune attirance n'étant réciproque au départ).

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Profil

LuLutine

le dimanche 14 octobre 2012 à 22h17

Je plussoie Paul-Eaglott par rapport au sujet du formatage social.

Pour ma part, j'ai mis du temps à vivre mon polyamour de manière tout-à-fait sereine - et encore aujourd'hui, il reste des personnes à qui je n'en ai pas parlé ouvertement.

Comme toi, je craignais la réaction des gens - mais je n'avais pas peur d'avoir l'air "horrible", juste de passer pour une extraterrestre. Pourtant, je sentais profondément que ce mode de vie me correspondait, que j'étais en accord avec moi-même ainsi et que mes craintes venaient surtout d'un formatage.

Au fil des mois, je me suis sentie de plus en plus à l'aise avec mon identité, et de moins en moins anxieuse à l'idée de ce que les autres pouvaient en penser. Finalement, ils peuvent bien penser ce qu'ils veulent, qu'est-ce que ça peut me faire ?

Je sais que c'est bon pour moi, que je suis comme ça, que je ne fais de mal à personne - bien au contraire, alors que les personnes exclusives, pour ne donner qu'un exemple, n'hésitent parfois pas à "casser" des couples pour trouver ce qu'ils croient être leur prince(sse) charmant(e) !
Et après ce serait moi la salope ? Salope oui, mais éthique ^^ (référence à un livre que tu connais peut-être, on en parle notamment ici sur le forum) ! Ca change tout !

Alors oui, ce que les autres en pensent, je m'en contrebalance. Bien sûr ça me ferait de la peine que des amis que j'estime, par exemple, me renvoient une image négative, et ça signerait sans doute la fin de notre amitié, mais ça n'est pas arrivé jusqu'à maintenant. En substance ce que tous m'ont répondu, en apprenant ma situation c'est : "C'est pas mon truc, mais si ça te rend heureuse c'est très bien comme ça, je comprends ton choix."

Quoi qu'il en soit, je pense que laisser le temps au temps n'est pas une mauvaise chose. Laisse-toi, laisse-vous le temps de trouver un fonctionnement qui vous convient...et qui évoluera de toute façon au fil du temps.
Laisse-toi le temps, progressivement, d'en parler avec des personnes vis-à-vis de qui tu ne te sens pas "en danger" en abordant le sujet (par exemple, des camarades de fac dont l'éventuelle perte de l'amitié ne te serait pas insurmontable - au cas très peu probable où ils te tournent le dos, sait-on jamais - et dont tu sais qu'ils ne joueront pas les commères auprès de toute la promo).
Au fil du temps, tu te sentiras plus sûre de toi, moins "en danger" vis-à-vis du jugement des autres, moins "horrible" ou "extraterrestre" (ou quoi que ce soit du genre) et protégée par la solidité de tes relations avec les personnes déjà au courant et qui t'acceptent comme tu es.

Pour ma part, lorsque j'explique à une personne qui n'est pas encore au courant que je ne suis pas exclusive (je commence comme ça, c'est plus simple que de dire "polyamoureuse" et de devoir ensuite définir le terme), je n'ai plus l'impression de lui dire "Coucou, je suis une extraterrestre !". Je me sens juste....normale. Juste moi. :)

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Elina (invité)

le vendredi 19 octobre 2012 à 00h29

Désolée d'avoir tardé à répondre. Je suis un peu débordée cette semaine.

"Pourtant, je sentais profondément que ce mode de vie me correspondait, que j'étais en accord avec moi-même ainsi et que mes craintes venaient surtout d'un formatage."
Ce n'est même pas mon cas. Il se trouve que j'aime deux garçons à la fois et que, comme il y avait aussi une attirance indéniable entre eux, on a pu trouver cette solution, mais je considère ça comme un hasard, je suis persuadée que ça ne pourrait pas se renouveler et je ne pense pas que je le souhaiterais. C'est très bien comme ça mais, si je n'avais pas rencontré les deux presque en même temps, l'un ou l'autre m'aurait suffi.

"Finalement, ils peuvent bien penser ce qu'ils veulent, qu'est-ce que ça peut me faire ?"
C'est bien d'être capable de penser ça. Malheureusement, je n'y suis jamais arrivée pour d'autres choses, alors il y a peu de chances que j'y arrive mieux pour ça.

"Salope oui, mais éthique ^^ (référence à un livre que tu connais peut-être, on en parle notamment ici sur le forum)"
Oui, j'ai vu le sujet, et j'ai même lu l'extrait gratuit de la version Kindle en VO. Mais ce n'est pas du tout quelque chose qui me correspond. Ça n'a strictement rien à voir avec ma situation ni avec quoi que ce soit que je pourrais souhaiter.

"En substance ce que tous m'ont répondu, en apprenant ma situation c'est : "C'est pas mon truc, mais si ça te rend heureuse c'est très bien comme ça, je comprends ton choix.""
On va dire que c'est ce que je dis aussi si tu te reconnais dans ce livre "ethical slut", alors. Et encore, je ne peux pas dire que je comprends - seulement que je me rends compte qu'on est différentes et que donc ce qui convient à l'une ne convient pas forcément à l'autre.

"des camarades de fac dont l'éventuelle perte de l'amitié ne te serait pas insurmontable - au cas très peu probable où ils te tournent le dos, sait-on jamais - et dont tu sais qu'ils ne joueront pas les commères auprès de toute la promo"
Ah, parce que ça existe, des gens qui ne répètent pas ce qu'on leur dit à "une personne, peut-être deux" (qui ensuite font de même) ? ;) Même ma soeur (qui sait parce que je ne peux rien lui cacher), je ne lui fais pas entièrement confiance parce que laisser échapper un commentaire compromettant par étourderie est tellement son genre...

"protégée par la solidité de tes relations avec les personnes déjà au courant et qui t'acceptent comme tu es"
C'est vrai qu'au pire on a ma soeur, le meilleur ami de J et le colocataire de D, ce qui est déjà pas mal comme groupe d'amis.

"Pour ma part, lorsque j'explique à une personne qui n'est pas encore au courant que je ne suis pas exclusive (je commence comme ça, c'est plus simple que de dire "polyamoureuse" et de devoir ensuite définir le terme)"
C'est plus clair, en effet. Et, même si "couple à trois" est une aberration grammaticale, je pense qu'il faudrait que je dise ça pour que les gens comprennent que je ne suis pas seulement la "copine partagée" de deux garçons, mais que chacun d'eux est aussi le "copain partagé" de l'autre et moi. ;)

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LuLutine

le vendredi 19 octobre 2012 à 22h35

Elina
C'est très bien comme ça mais, si je n'avais pas rencontré les deux presque en même temps, l'un ou l'autre m'aurait suffi.


Pour moi aussi, c'est très bien comme ça, mais si je n'avais pas rencontré d'autres hommes dont je sois tombée amoureuse, mon premier amour m'aurait suffi.
Ce n'est pas très différent en fait.

A une époque, j'étais consciente d'être amoureuse de 2 personnes en même temps, mais je n'envisageais pas de tomber encore amoureuse d'autres par la suite...un peu comme toi en fait !

Bien sûr ça ne veut pas dire que ça t'arrivera, mais un jour on se dit que non, et quelque temps plus tard on réalise que tout est possible (même pour moi, de redevenir exclusive - bien que ça me semble extrêmement peu probable !).

Elina
"En substance ce que tous m'ont répondu, en apprenant ma situation c'est : "C'est pas mon truc, mais si ça te rend heureuse c'est très bien comme ça, je comprends ton choix.""
On va dire que c'est ce que je dis aussi si tu te reconnais dans ce livre "ethical slut", alors.

J'avoue ne pas l'avoir lu (sauf quelques extraits) (oooh honte à moi, n'est-ce pas) et du coup, je ne peux absolument pas te dire si je me reconnais dans ce livre ou pas ! Ce n'était donc aucunement sous-entendu dans ma phrase.
Ce qui est sûr c'est que je partage au moins certaines des idées qui y sont développées (pour les extraits que j'ai lus ou ce que j'ai pu en entendre par ailleurs) et que j'aime bien l'expression... :)

Elina
ce qui convient à l'une ne convient pas forcément à l'autre.

Ca c'est un peu vrai pour tous les êtres humains je crois ^^

Elina
Ah, parce que ça existe, des gens qui ne répètent pas ce qu'on leur dit à "une personne, peut-être deux" (qui ensuite font de même) ? ;)

Euh. Oui, moi. Dans le cas où on me dit explicitement de ne pas le répéter, par exemple.
Mais il faut encore que je comprenne pourquoi je ne dois pas répéter (mais dans ton cas, je le comprendrais et le garderais pour moi).

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