mouvante
Du coup, je cherche d'autres portes de sortie (que mon mari suggère pour certaines) : je ne l'aime plus (euh oui mais alors pourquoi je n'ai tellement tellement pas envie de le quitter), je l'aime moins, je me trompe dans ce que je ressens pour l'autre homme, c'est une illusion due à mes hormones...?? ?
Tu viens de me donner une super idée, et je vais illico déposer le brevet : il s'agit de mettre au point un amouromètre. Ce sera un peu comme un voltmètre : il y aura deux petits câbles électriques terminés par des électrodes, reliés à un cadran avec une aiguille mobile. On pourra se mettre une électrode sur le coeur et l'autre dans l'oreille (par exemple), et l'aiguille nous dira si ce qu'on ressent c'est de l'amour ou pas.
Sérieusement, tes questionnements touchent à un problème central : c'est quoi, l'amour ?
Personne n'a accès au ressenti d'autrui pour pouvoir comparer nos émotions avec celle des autres et se mettre d'accord sur le sens des mots qui nomment nos émotions, ou sur les symptômes qui nous permettent de repérer qu'il s'agit de telle ou telle émotion.
Comment savoir si l'émotion que Trucmuche nomme "amour", moi -- si je ressentais la même chose -- je ne la nommerais pas "désir", ou "passion", ou "névrose possessive", ou "tendresse", ou "rage libidineuse", ou "troublante curiosité", ou "sérénité"... ? Bref, là aussi on est tous plus ou moins paumés, et la sacralisation de l'Amour dans notre culture ne nous aide pas à dédramatiser.
Je crois que cette crispation que nous ressentons souvent pour savoir si "c'est de l'amour ou pas", elle est vraiment liée à la culture dominante. Puisque le sexe et le plaisir, c'est mal, il faut leur trouver une excuse pour les rendre honorables. Cette excuse officiellement valable, c'est l'Amour. Si tu ressens de l'Amour, alors oui, tu peux valablement avoir envie de toucher, de coucher, de jouir et de faire jouir, mais aussi de posséder -- et même de tuer (crime passionnel, c'est parfois acquitté). Si tu n'as pas d'Amour et que tu as quand même envie de partager de la tendresse ou du plaisir, alors tu es dépravé(e), c'est grand péché et tu perds ton honneur.
Dans ces conditions, on est souvent amenés à se demander avec angoisse si ce qu'on ressent c'est vraiment de l'amour, parce que ça peut changer jusqu'à l'image (et l'estime) qu'on a de soi-même.
Personnellement, je trouve que ça décrispe pas mal d'inclure dans la définition de "amour" tout ce qui relève de la bienveillance. Avoir envie de caresser, de partager du plaisir (même furtivement et sans lendemain), de donner de la tendresse, d'offrir un peu de bonheur, etc. au même titre que vouloir faire sa vie avec, être prêt à se sacrifier pour, ne penser qu'à, etc.
Considérer que tout ça est légitime, et ne constitue QUE du positif, et que donc ça se suffit, sans nécessiter d'autre justification, il me semble que ça permet d'évacuer le problème inutilement encombrant et insoluble : "aime-je or not aime-je ?"
Donc, Mouvante, est-ce que tu aimes ton mari ? Peu importe : tu as envie de rester avec lui, c'est une émotion positive et un désir légitime à prendre en compte. Est-ce que tu aimes ton ami ? Qu'est-ce que ça peut faire : tu as envie de le voir et de passer du temps avec lui, c'est aussi un désir légitime à prendre en compte...
Evidemment, c'est mal vu par la société et par la plupart des humains qui la composent. Mais commencer par ne pas culpabiliser soi-même des élans bienveillants et positifs qu'on peut ressentir envers d'autres, ça peut constituer un progrès, et faciliter la recherche de solutions épanouissantes. :-)
Bien sûr, ce que je viens de dire ne résout pas l'autre grande question à laquelle tu es confrontée ; comment faire reconnaître tes désirs comme légitimes à ton mari, qui est pour l'instant en plein accord avec la culture dominante monogame.
Et là-dessus, je n'ai pas de réponse disponible immédiatement.
Message modifié par son auteur il y a 14 jours.