Voici donc la quatrième partie, la plus longue et la plus pathétique.....
A la relecture de cette partie du texte, je réalise à quel point cette histoire m'a amené au bord de la dépression, même si j'ai toujours essayé de réagir positivement. Je tiens à préciser que c'est la première fois de ma vie, que je ressens une telle attirance (à la limite de la dépendance) pour une femme. C'est même la seule fois de ma vie, que je me suis vraiment donné du mal pour essayer de séduire une femme.
Et le rapport avec le polyamour, me direz-vous ? Pour moi, il est clair que dans une société aux moeurs et aux préjugés moins rigides, l'issue et le déroulement de cette histoire aurait été tout autre...
4.Le retournement (là où la situation, déjà complexe, se complique un peu plus...)
Finalement à mon retour de vacances, alors que je n'attends plus rien d'elle, son comportement change complètement. Elle parait enchantée de me voir, elle me fait les yeux doux, pour la première fois on arrive à avoir une discussion simple mais sympathique. Une complicité agréable s'installe entre nous, un peu comme deux amis qui sont heureux de se retrouver après s'être perdu de vue un certain temps. Je suis surpris mais ravi, peut-être que cette situation pourrie va enfin évoluer vers quelque chose de positif. Ma joie est de courte durée. Après une semaine d'absence pour des raisons personnelles, je retourne la voir plein d'espoirs et là je reprends une claque, la belle éclaircie que j'avais entrevu la fois précédente a cédé la place à une grisaille que je connais trop bien. Tant pis, je sais qu'elle refoule les sentiments qu'elle a pour moi. Finalement au fil du temps son comportement change un peu, elle ne m'ignore plus. Elle se refait plus charmeuse, elle s'amuse à me charrier, ça reste ambigu mais je rentre dans son jeu. Un collègue qui ne connait rien de notre histoire mais qui m'accompagne parfois, me fait remarquer qu'elle a l'air amoureuse de moi. Je me reprends à espérer. Un jour, lorsqu'elle me voit, elle me lance un regard bizarre, un regard un peu tendu, presque coupable, que je ne lui connais pas, dans lequel je lis de la gêne, et également de la tristesse. Elle prend ma commande rapidement, elle me lance une petite vanne, je lui réponds en souriant, je la relance. Elle me zappe et va finir la conversation avec un autre homme assis à côté. Je pressens immédiatement, qu'elle va bientôt sortir avec cet homme. Je le trouve pas terrible, pas à son niveau en tout cas, mais bon c'est comme ça. Je pars déçu une fois de plus, mais je commence à avoir l'habitude. Bien sûr, il est normal qu'elle cherche quelqu'un pour refaire sa vie. Si elle avait cédé à mes avances, je lui aurais donné de l'amour le temps qu'elle retrouve quelqu'un de plus disponible, puis j'aurais su m'effacer sans heurts. Je ne suis pas vraiment jaloux car dans ma situation, la jalousie est un caprice que je ne peux pas me permettre. J'y retourne rapidement pour vérifier la véracité de mon pressentiment. Celui-ci se confirme immédiatement, je la retrouve rayonnante en train d'en discuter avec quelqu'un. Elle me sourit avec un soupçon de supériorité. Un de mes collègues présent se montre surpris qu'elle connaisse mon prénom, elle lui répond triomphante que je suis un bon client, mais juste un client, rien de plus. J'encaisse sans broncher. Cette fois-ci, je ne repars pas déçu mais vexé. N'aurait-elle pas pu glisser un petit mot amical pour me faire un clin d'oeil ? ça aurait été classe de sa part. Je réalise que son comportement à mon égard manque de classe de façon récurrente. Pendant une ou deux semaines, je ne la vois presque plus trop occupée qu'elle est par son nouveau mec et sa bande de collègues. Vue de loin, elle semble heureuse de son nouveau statut, mais pourtant je ne peux m'empêcher d'y déceler quelque chose de pathétique. Un soir, j'arrive enfin à pleurer, ça faisait des mois que j'en avais envie mais que ça ne voulait pas sortir. Je pleure qu'elle est systématiquement choisie de détruire l'amour qui ne demandait qu'à vivre entre nous, je pleure qu'elle me tienne toujours à distance comme si je n'étais pas fréquentable. Le lendemain, elle a le masque des très mauvais jours, pas de bonjour, ni de merci, au revoir. Elle me fait comprendre qu'elle n'a pas spécialement envie de me voir. Sa petite bande de nouveaux amis n'est plus là. ça ne fait pas l'ombre d'un doute, sa petite idylle aura été de courte durée. Sans doute est-elle tombée sur un homme marié qui lui a soigneusement caché cette information, avec la complicité de ces collègues, juste le temps de la sauter. Lorsque j'y retourne mon intuition se confirme, je la vois seule, le regard un peu perdu et triste. Je la toise en passant et lui adresse un bonjour d'une froideur arctique. Je ne sais pas si je dois m'amuser de sa pitoyable mésaventure, la plaindre et m'indigner du comportement déguelasse du type qui lui a fait ça, ou la mépriser pour son manque de lucidité et de discernement. Elle sait que dans les grandes lignes, j'ai tout compris. Je sens qu'elle a besoin de moi, je serais là pour elle, par amour, que ce soit juste pour discuter ou plus si elle le souhaite. J'attends juste qu'elle abaisse un peu sa garde et qu'elle me montre la sincérité de sa démarche. Une fois de plus, mon instinct ne m'a pas trompé, elle tente de me faire comprendre des choses à mots couverts, j'enregistre mais je joue l'indifférent. J'ai besoin de quelque chose de concret, simplement qu'elle prenne dix minutes pour m'inviter à boire un café avec elle par exemple. J'ai été blessé, je n'ai pas envie d'un nouveau numéro de charme ambigu, mais juste qu'elle me donne un peu d'énergie et de tendresse en toute quiétude. Finalement, un jour où je suis assez mal luné, elle se lance et elle décide de passer en force en m'obligeant à réagir à un petit numéro qu'elle a concocté. Sur le coup, je suis surpris et je ne comprends absolument pas ce qu'elle attend de moi. L'espace de quelques secondes, je me bloque, je me ferme et je réagis avec froideur, un peu étonné de son étrange tentative. Je prends rapidement conscience que je lui ai mis un énorme vent et à la réflexion, je comprends un peu mieux l'objectif de son petit numéro. Il est trop tard, le mal est fait. J'essaierai de rattraper ça le lendemain. Le lendemain, je m'aperçois qu'elle n'a pas du tout apprécié ma petite réaction d'humeur de la veille. Les fois suivantes, je comprends qu'elle s'est sentie humiliée et rejetée, elle, qui est si fière et qui allait vers moi en espérant que je lui mette un peu de baume au coeur. La situation est critique, une discussion entre quatre yeux s'impose, si on veut éviter qu'un malentendu durable s'installe entre nous. Je ravale ma fierté et décide d'aller m'installer en terrasse pendant l'après-midi, normalement elle ne manquera pas de me faire une petite visite le temps de fumer une cigarette. Je la vois souvent discuter en terrasse avec ses clients. J'attends une demi-heure en bouquinant, avant qu'elle apparaisse, elle sort, se place à l'autre bout de la terrasse, fume une cigarette, puis elle rentre en plaisantant avec un client sans avoir eu un seul regard pour moi. Oeil pour oeil, dent pour dent, j'ai fait les trois quarts du chemin vers elle, mais elle n'a pas daigné faire le petit quart de chemin qui nous séparait. J'avais tant de choses à lui dire, mais une fois de plus, une fois de trop, elle a préféré détruire que d'essayer de construire quelque chose avec moi. Elle était superbe en fumant sa cigarette, femme fatale, pleine d'orgueil, d'indifférence, et de tristesse au fond de son regard....