"Autrement dit, je ne mène pas mes relations dans un but utilitaire mais par plaisir d'être avec les gens que j'aime. "
Oui, moi non plus j'espère :-). Mais il y a des utilitaires de toutes sortes : "oh après tout, ma famille me ficherait bien la paix si je me mariais", "je reste tant que je n'ai pas terminé la formation qui me donnera l'indépendance financière" - une base paritaire qui reste une chose difficile sinon impossible à acquérir, pour bien des femmes. "Je reste pour que les enfants ne souffrent pas", etc.
L'aspect utilitaire peut aussi être inconscient. Même concernant une relation qui a bien marché sur tous les plans, mais dont on peut dire à un moment donné "C'est plus ce que c'était :-( ". Elle peut durer par ce n'est que tiède sans être conflictuel, mais si une autre relation pointe le bout du nez, ça va être le déclencheur de la séparation.
J'ai causé l'autre soir avec le protagoniste masculin du couple d'amis dont j'ai souvent parlé, et qui s'est séparé cet été. On se croisait ici et là, mais on n'avait pas encore échangé sur le thème. Il l'a quittée pour une femme avec qui il a une relation extraordinaire, mais cela faisait des années qu'il restait parce qu'il a une grande capacité à louvoyer notamment en n'habitant pas sous le même toit devant le caractère entier à l'extrême de sa compagne (et qui ne supporterait en aucun cas le PA, alors que lui y serait perméable), et parce qu'il ont eu ensemble une petite fille de 7 ans.
Ca,c'est pour "de nos jours, en Occident".
Maintenant, pour des gens dans la situation de Francesca, et avec le même genre de motivations, une séparation parce que la relation n'était pas épanouissante, ce n'était pas autant entré dans les mœurs; et puis une femme au foyer était pour ainsi dire aiguillée vers un état où elle était, d'entrée de jeu ou peu à peu, coupée de toute possibilité d'envol. Un sorte d'esclavage domestique conditionné, consenti ou les deux, bien préparé par l'éducation, et assaisonné de romantisme. Difficile de séparer ceci de cela. Et pour les hommes, un conditionnement parallèle, où avoir une famille signifiait qu'on avait les moyens de l'assumer, donc qui représentait une sorte de trophée social (leadership de tribu, passation de valeurs aux enfants, continuité de la lignée, etc).
Ma propre mère n'a reçu le feu vert de mon père pour reprendre des études qu'à la condition expresse que rien n'allait changer dans l'intendance familiale et elle y a laissé des plumes, même si elle a fait un cursus brillant. Parenthèse : elle n'a jamais utilisé ses diplômes pour prendre son envol, la relation n'y aurait pas résisté. Elle est restée femme au foyer et mère de famille, à cause de sa peur des retombées.
Francesca avait d'autres raisons, mais elle finit par rester à cause des retombées, elle aussi.
