Bon, je continue sur ma lancée, même si mon groumpfage offusque - je ne veux pas voir d'autre s'approprier ce fil, c'est juste ça, et y'a des spécialistes sur la question.
@ Janis :
Plus insécurisés que les plus jeunes, qui ont grandi imprégnés peu à peu du changement de mentalités. J’avais dans les dix ans quand mai 68 est survenu, et comme mes parents étaient encore des ados et en construction de leur vie de jeunes adultes, j’ai suivi leurs réflexions et leurs cheminements lors des repas, ZE moment d’échange. Je les ai vus se débattre pour sortir des sentiers battus, pour concilier leurs envies et les contraintes de la famille élargie dont ils dépendaient financièrement encore quelques années après avoir fondé leur foyer - famille pas spécialement ouverte ni d’un côté ni de l’autre.
Les jeunes gens de ma famille se suivent de 10 ans en 10 ans ou à peu près, et outre leurs différences individuelles, je vois s’étaler différents niveaux de malaise ou de bien-être par rapport à des trucs aussi tartes, par exemple, que le look, et là on est dans le basique de l’image de marque : oser des couleurs qui paraissent anodines à porter aujourd’hui. Mon père pouvait oser, mais en se posant pas mal de questions, tranquillisé par le fait que de toute façon, dans l’imagerie d’Epinal populaire, le fait d’être mari et père représentait une sorte de caution (sinon, ce qu’il entendait au boulot sur l’amalgame entre les chemises roses, violettes ou abricot et ce qu’on appelait « les pédés », ben c’était navrant et ça aurait pu le retenir de se fringuer « moderne ».)
Mes neveux, l'autre extrême temporel que je peux observer 40 ans plus tard (19-26 ans), ils s’en foutent comme de l’an quarante, justement, ils sont coquets, ils assument leurs pompes en poulaine, leur sexualité et leur sillage d’eaux de toilette, rien à cirer d’être perçus comme ceci ou cela … Je trouve que le saut est énorme ; et là on ne parle que de vêtements, mais comme bristol social, visible pour tous, c’est essentiel comme paramètre.
Je parle aussi des choix professionnels, mais encore, et c’est peut-être là le nœud de mon interrogation, de quinquagénaires hétéros souffrant de ne plus savoir ce que les femmes attendent d’eux, en mal d’identité affirmée, ayant posé la séduction comme un moteur de vie, mais en ayant de plus en plus l’impression de faire « faux » quoiqu’il en soit, parce que ces dames ne se gênent pas pour leur dire ce dont elles ont besoin, envie, etc, et que du coup, être mâle, ce n’est plus aussi évident que du temps de leurs vingt ans, quand les archétypes étaient encore solidement installés : on pouvait les proclamer comme des vérités vraies, à l’époque, alors qu’aujourd’hui, quiconque ose sortir même pour rire une blague à la Bigeard s’attire les foudres des puristes de la parité. Faudrait presque être une fille pour être compris, quelque part, comme plaisantin de dixième degré…
Plus insécurisés que les filles, aussi, parce que celle qui revendique plus de justice sociale est presque toujours honorée de sa lutte ou gratifiée et renforcée de pouvoir rire si sa liberté sexuelle la fait traiter de pute… mais que celui qui tente sincèrement de trouver un nouveau chemin pour sa masculinité se voit souvent reprocher le moindre détail, alors qu’on ne le félicite pas sur les remises en question positives qu’il fait et met en place dans sa vie de tous les jours. Comme si c’était un dû aux valeurs et aux mentalités d’aujourd’hui. Et certains m’ont dit qu’ils en souffraient, que de temps en temps un compliment ou une gratification, ça ferait pas de mal. Faut pas oublier que les archétypes avec lesquels ils ont grandi les tenaient dans une voie assez étroite, et que leur « libération » actuelle a quelque chose comme 40 ans de retard sur celles des filles, parce que c’est justement celles–ci qui ont comme fait la trace… et qu’aujourd’hui, ces quinquas déboussolés, il leur faut s’adapter à cette trace, à certains égard aussi étroite que la voie qui leur était précédemment désignée, et donc en rabattre, plus que développer une personnalité.