Je parlais de formalisme concernant cette question d’être un et indivisible – pas sur le fond, auquel j’adhère de manière générale, mais sur ce que je considère comme une parenthèse dans un autre débat. Quand bien même je trouve la question super-intéressante, car elle débouche sur une notion connexe, la fusion/fission.
Là où on peut raccrocher nos bidons, LittleJohn, c’est sur la notion de possession. Or si je me ressens dans une relation comme quelqu’un de fusionnel ou de fissionnel, voilà qui change toute la donne.
Grosso modo, voici l’idée : plus je suis fusionnel, plus je considère que l’autre, faisant partie de moi ou du tout lui/moi, introduit un élément perturbateur dans cet équilibre quand il noue une autre relation. Et si lui s’enrichit, comme je vois la relation comme une sorte de gros vase communicant qui forclot tout apport extérieur, moi je m’appauvris.
Corollairement, plus je suis fissionnel, conscient de mon individualité et du fait que je forme un tout qui cherche à se compléter lui-même sans compter sur un partenaire pour me combler (attente forcément déçue car en termes de besoins, l’humain est un tonneau des Danaïdes !), plus je peux accepter l’âme tranquille que l’autre fasse de même.
L’enrichissement de l’autre est un processus auquel je ne fais qu’assister, et c’est ici que je remets la compersion sur le tapis : cette notion de se réjouir avec l’autre, je la vois plus comme une tendance de caractère (une heureuse nature, en somme) que quoi que ce soit qui appartienne d’entrée de jeu aux polyamoureux. Noemi parlait dans une autre discussion de ce qu’est la compersion ( /discussion/-br-/Compersion-Compersion-Le-contrair... ) et je ne suis pas d’accord avec un point précis, posé dans le travail de mémoire qui y est évoqué : que les non-polyamoureux sont des personnes très jalouses et ressentant peu de compersion. La suite de la discussion nuance d’ailleurs bien le propos…
Et si la compersion n’appartient pas aux seuls polyamoureux, alors, entre autres, elle n’a pas à faire partie de la panoplie qu’on voudrait souvent forcément attribuer aux polyamoureux : forcément ouverts, forcément mieux que les monos, en route vers la nouvelle ère d’évolution de l’humanité… enfin, bref, tous ces préjugés que je trouve encore ici et là au fil des discussions, et qui me hérissent le poil.
Je trouve en effet important de reconnaître qu’au quotidien, on peut se débattre avec la jalousie même en étant totalement convaincu que le polyamour, comme pas mal d’autres choses, apporte une belle ouverture en remettant en question des basiques de société – le fait est que nous sommes tous pas mal imprégnés de ces basiques, de près ou de loin, qu’on s’en nourrisse ou qu’on s’en distancie.
Mon polyamour à moi est fortement imprégné de ceci : que si je m'accorde le droit à plusieurs relations, je ne saurais ne pas l'accorder à mon ou mes partenaires. Une simple question d'équité, et aucune compersion ou autre concept new-age qui pour moi ne fait que sublimer la jalousie, pour ceux qui ne ressentent pas cette fameuse compersion.. censée pour certains faire absolument partie de la panoplie du polyamoureux.
De là, l'importance de se regarder honnêtement dans le miroir, de se laisser ressentir la jalousie et autres trucs politiquement incorrects en polyamour. D'ailleurs, j'ai bien aimé lire sous la plume de Tentacara que parfois, ça lui piquait un peu au cœur de voir un de ses amoureux nouer un autre lien.