"Classe moyenne", c'est comme "hétérosexuel" : c'est une étiquette qui commence à ne prendre de sens que quand tu en as collé 40 autres aussi, qui seront différentes des 40 autres que porte (volontairement ou non) ton prochain.
Je me répète !
Ca n'empêche pas les étiquettes d'exister qu'elles ne soient pas "justes" ni précises.
DONC, l'étiquette "classe moyenne", vous pouvez dire qu'elle est floue, comme "bobo", "banlieusard", "beauf", "mono", "poly", "homme", femme", vous l'empêcherez pas d'exister. Pas forcément "concrètement".
On décrète pas que l'être humain cesse d'apprendre en "classant". C'est une erreur cognitive en partie, c'est insuffisant éthiquement, oui, tout ce qu'on voudra, mais il fait comme ça, et on ne peut pas répondre aux questions systématiquement en disant "la question n'a pas le sens que tu crois".
PArce que quand tu réponds "la question doit être analysée avant que je réponde", la personne à qui tu t'adresses aura déjà plié bagage avant que tu lui dises quelque chose sur quoi tu voudrais au fond qu'elle s'intéresse.
Or : justement, c'est ça, ce que je dis, sur l'éducation nécessaire pour être capable de passer à un certain niveau d'analyse. Je dis pas que quelqu'un de pauvre ne peut pas avoir une réponse sensée. Je dis que quelqu'n d'éduqué a matériellement plus de chance d'en avoir une.
Nous somme égaux en droit. Mais dans le réel ?
On est égaux parce qu'on est humain ? C'est incantatoire, comme affirmation.
Je ne suis pas né dans une favela : je le sais. Je ne suis pas né dans la famille Rockfeller : je sais aussi.
Je n'ai pas la même puissance intellectuelle que Godard, que Herbert Marcuse, ou la puissance créatrice de Mozart, ou même de David Fincher. J'ai l'humilité de reconnaitre que j'ai pas fait autant, et que le ferai sans doute pas.
Et pourtant, je sais aussi que si je parle à ma caissière au monop', j'ai 90 % de chances qu'elle suive plus du tout quand je lui aurai dit "la question des classes sociales a muté à partir du moment où le travail du prolétaire s'est défini par la valeur d'usage de compétences intellectuelles".
C'est pas que ma caissière au monop' ne pourra JAMAIS suivre ce débat. Aujourd'hui, non.
Et là, elle et moi ne sommes pas égaux. Et je crois que dire que "nos classes ne nous définissent pas" est en partie un leurre.
Oui, classe moyenne, c'est une classe floue, mais le marxisme qui différencie binairement "prolos" d'un côté et "bourgeois" de l'autre est insuffisant pour décrire le monde.
Il part du principe qu'il n'ya qu'exploitant et exploité, que c'est ça qui compte vraiment. Si c'était le cas, il n'y aurait plus d'exploités.
Donc le désir d'appartenir à une classe ou une autre, le fait d'être plus ou moins riche et en situation pour se nourrir le lendemain, d'être né ou pas riche, un peu pas pauvre, un peu riche, aisé, vraiment riche d'avoir des différences de rapports de domination selon le corps de métier, les groupes sociaux dans lesquels on vit, son caractère psy propre...
Ca ne "floute" pas, ça nuance, ça permet de pointer certaines questions, qui oui, font que dans une société où le choix "polyamourr est méconnu, il faut encore avoir l'occasion de tomber dessus, d'y réfléchir, d'en discuter, de le vivre avec ses mauvaises passes, de l'expliquer à l'entourage.
C'est pas parce que Marx était bourgeois qu'il avait pas raison sur l'idée de prolétaire. Pas parce que Simone De Beauvoir n'était pas mère qu'elle n'avait pas raison sur la condition féminine. Donc c'est pas parce que les poly peuvent être identifiés comme "éduqués" et plutôt "pas à la rue" qu'ils ont pas une opinion valable sur les rapports sociaux.
Et pourtant ? Ca joue en vrai sur notre analyse. Ca ne la biaise pas nécessairement, c'est tout.
Je vous assure il y a des gens qui peuvent matériellement se payer deux bières dans un resto ou elle vaut 6 €; et d'autres qui peuvent pas, ben c'est simple à comprendre : ils sont pourtant tous dans une classe moyenne.
Ni dans le cas où ils ne peuvent de toute façon pas entrer dans un resto, ni dans le cas où ils possèdent le resto.
Classe moyenne.
Il n'y a aucun mal ou bien à être en classe moyenne sup, ou classe moyenne inférieur, ou petite-gens. Aucun mal à être étiqueté : c'est vous qui vous définissez, au final, c'est ça qui compte.
Message modifié par son auteur il y a 9 mois.