Mais je ne sais pas bien par quel côté prendre la chose.
Et puis je ne suis pas très doué pour raconter, surtout quand c'est moi qu'il faut que je raconte.
Par un petit bout de ma vie peut-être ?
Vas-y Benjamin, essaye. Lance-toi !
Comme beaucoup de monde, j'ai eu des petites histoires d'amours adolescents. De ces amours éphémères et pas forcément très intéressants, quand on y repense quelques années après…
Alors je ne vais pas tourner autour du pot : une de mes premières « amourettes » vaguement consommée me lassa aussi vite que cela est courant à cet âge.
En bon lâche de mec que j'étais, n'étant pas dans le même établissement scolaire que la donzelle, je chargeais mon petit frère de lui dire que je ne souhaitais pas vraiment la revoir. C'était un peu con, pas courageux, et en tout cas très médiocre, mais ainsi fût fait.
Manque de chance, la jeune fille n'allait pas très bien dans sa tête à cause de nombreux problèmes familiaux. Quelques semaines après, elle tentait de se suicider, même si je ne l'appris que quelques mois plus tard.
J'ai beau être lâche et con (ou l'avoir été ? ce n'est pas à moi de le dire, mais j'espère un peu moins, en tout cas), je n'en suis pas forcément moins sensible : une culpabilité invisible m'a rongée, au point de limiter au maximum mes rares relations amoureuses, et de me débrouiller pour ne jamais y mettre un terme moi-même. Ho, je dis ça relativement facilement maintenant, mais il m'a fallu plusieurs années pour me rendre compte de l'ampleur des dégâts de ma connerie sur moi-même, et presque autant pour réussir à me l'avouer puis à réussir à le raconter.
Je n'ai jamais revu cette fille. Sarah, elle s'appelait. Je ne me souviens même plus de son nom de famille…
Que vient faire cette petite histoire-ci sur un site dédié au polyamour ?
Mais attendez trente-secondes de plus ; ce n'est que la mise en situation.
Il y a maintenant trois ans, une fille fantastique est apparue dans mon monde. Et, encore mieux : elle m'a couru après comme jamais personne avant elle. Et moi, entre ces quelques problèmes personnels que j'ai racontés plus haut, et quelques autres que je ne souhaites pas narrer ici, je me suis refusé à elle pendant plus d'un an. Ouais, carrément, malgré le fait que j'ai déjà saisi à quelle point elle était géniale.
Un an passa donc, et un jour je finis par craquer aux assiduités de la jolie et talentueuse demoiselle, amoureux comme jamais je ne l'avais jamais été, et comme je le suis toujours. Ce fût entre autres grâce à elle que je réussi à me sortir de cet espèce de carcan émotionnel que je m'imposais depuis des années, suite à cette rupture désastreuse avec cette Sarah.
Mais cette fois, ce fût la demoiselle qui sembla se lasser la première, moins de trois mois après, et tomba dans les bras d'un autre.
Argh ! Ce fût douloureux, à la mesure de cet amour immense dans ce cadre conventionnel qui était le seul que je connaisse.
Mais comme je tenais à elle, je fis ce que beaucoup considèrent parfois comme une bêtise : je pris sur moi pour conserver avec elle tout ce qu'il était possible d'amitié et de bonne relations. D'autant que c'était un besoin qu'elle aussi éprouvait et me faisait ressentir.
Moins de trois mois après, elle se lassa de ce type qui m'avait remplacé. Et comme tout bon amoureux masochiste, je retentais ma chance. Avec succès.
Vous voyez déjà le topo ? Non, pas encore clairement, je le sens. Les choses se sont ainsi répétées… Ho, je ne compte plus, mais à la louche, je dirais quatre ou cinq fois. Oui, à ce point. Et ce fût à chaque fois presque aussi désagréable pour moi. Oui, j'en ai entendu des variantes sur le thème « mené par le bout du nez ». Mais vous pouvez vous en abstenir : je suis certain de l'estime et de l'affection qu'elle me porte.
C'est en partie à cause de ceci, pour éviter de me faire mal et de se culpabiliser elle-même, qu'elle a fini par me restreindre à une relation amicale… aussi profonde qu'ambigue, moi restant avec mon cœur et ma bite sous le bras (©Jacques Brel), et elle continuant à vaguabonder de l'un à l'autre tous les trois mois. On pourrait régler une horloge atomique sur le rythme de ses amourettes aussi volatiles que sincères.
C'est en visitant ce site que j'ai su mettre deux mots faciles pour étiquetter ça : « monogamie en série ».
Ho, ce n'était pas facile pour moi, et ça ne l'est d'ailleurs toujours pas, je tente de rester honnête avec moi-même.
Et c'est en tentant de garder cette honnêteté que je me dis que je suis moins jaloux de ces pauvres types qui, contrairement à moi, ne resteront pas dans la vie de cette fille venue des cieux, que de sa capacité à garder cette liberté d'aimer.
Et c'est en tentant de garder cette liberté que je me dis que j'aimerais aimer une autre qu'elle, que j'aimerais *réussir* à en aimer une autre. Je suis convaincu au plus profond de moi-même que cet amour que j'ai pour elle perdurera à peu près quoi qu'il arrive. Mais j'ai besoin de plus que ce qu'elle voudra bien m'offrir tant qu'elle aura peur de me faire mal avec sa manière d'aimer, que je ne lui reproche même plus.
Et mon masochisme a des limites.
La solution polyamoureuse serait-elle LA solution ?
Merci de m'avoir lu.
Benjamin,
Polyamoureux ?
