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Complicité ou intrusion?

Jalousie
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eloise77 (invité)

le vendredi 19 août 2011 à 15h42

O. et moi sommes en relation de couple polyamoureuse à distance depuis plus d'un an. Notre conjoncture est bien complexe, mais nous sommes tous deux désireux de trouver des accords sur le fonctionnement de notre relation qui pourraient nous aider à vivre les difficultés du mieux qu'on peut.

Cependant, une difficulté revient sans cesse : celle de la communication sur nos autres relations.

Pour lui (qui vit en groupe polyamoureux depuis des années) il est normal de tout se raconter. C'est la deuxième histoire longue qu'il vit en dehors de son groupe, et ses deux expériences ont été distantes. Il a aussi été impacté par le fait qu'avant d'avoir quelques accord que ce soit sur cette thématique, je lui ai menti deux fois sur la date auxquelles deux rapports se sont produits. Par contre, je lui ai toujours parlé de tous mes partenaires, même ceu.lle.s que j'ai eu lors de nos deux mois de séparation l'année passée. Depuis lors, il m'a fait part de son désir de savoir qui étaient mes partenaires et quand j'entretenais des relations avec eux, et quel était le type de relation.

Maintenant, mon questionnement. Il apparaît qu'il accorde surtout de l'importance à l'aspect sexuel de ces relations. Par exemple, je n'ai eu que des relations sexuelles sans engagements depuis que nous sommes ensemble (certaines impliquant des exs et donc augmentant pour lui le risque d'une relation amoureuse qui me conduirait à m'éloigner de lui - peur d'une grande complicité entretenue avec quelqu'une d'autre dans une situation très insécure puisque distante), sauf une relation d'un mois avec une partenaire. Curieusement, il n'avait aucun problème avec ma partenaire plus sérieuse (aussi parce moins de rivalité sur le type de sexualité entretenue je suppose). Par contre, après qu'il demande si je lui avais tout dit avec acharnement, je finis par lui dire en février les vrais dates, en m'excusant d'avoir modifié les faits (je ressentais cette peur qu'il soit jaloux alors qu'il n'y avait pas de raisons pour moi). Bon, c'était stupide de ma part, certes, mais c'était de notre responsabilité à tous les deux en un sens puisque nous n'avions aucune "règle" de communication (et dans mes relations poly antérieures, nous ne nous contions jamais rien sur nos autres relations avec mes partenaires). Bref, un grand conflit s'ensuit qui conduira à édicter les règles suivantes : on se dit tout, quand quelque chose est prévisible on anticipe pour que la personne en face se prépare à la situation, quand quelque chose n'est pas prévisible on prépare un mail expliquant ce qu'il s'est passé, annonce à l'autre que l'on doit discuter et demande s'il est disponible pour parler de ces choses, envoies le mail et on en rediscute après (tout ça pour éviter les situations d'attentes ou d'invasion).

Le problème que j'ai est davantage lié à la manière qu'il a de demander et à ce qu'il veut savoir. Lors du conflit que nous avons eu en février, après que je lui ai redis les vrais dates, etc., il m'a harcelé (j'entends par là, appels et mails quotidiens) jusqu'à ce que je repasse en revue toutes les expériences sexuelles que j'avais eu avec d'autres personnes depuis le début de notre relation, et en me questionnant notamment sur des détails de ces rapports sexuels. De même, à chaque nouvelle rencontre, il va me questionner sur des détails très précis (as tu eu un orgasme, etc.).

Alors voilà. Tout d'abord avant cette relation je n'avais jamais eu à "rendre des comptes". Je conçois le fait que son expérience est différente, et suis d'accord pour prendre sur moi et faire certaines concessions. Consciente qu'il a l'expérience de groupe de toujours vivre avec ses multiples relations, consciente que mes deux mensonges sur les dates ont affecté la confiance qu'il a en moi (ça s'est passé il y a 6 mois désormais), et je peux comprendre et accepter ses arguments : nous sommes à distance, il y a plus d'insécurité, tu es entourée de personnes avec qui tu as eu des histoires affectives auparavant, plus il y a de secrets et moins nous sommes intimes, et ne pas dire conduit souvent à imaginer des choses "pires". D'accord. De son côté, il faut aussi savoir qu'il n'a plus de relations sexuelles avec les partenaires de son groupe depuis des années, et qu'il traverse actuellement un période de remise en question totale de son mode de vie, ce qui ne peut qu'augmenter le sentiment d'insécurité chez lui. Enfin, j'ai 10 ans de moins que lui, ce qui tend également à renforcer ce sentiment.

Cependant, j'ai l'impression aussi que tout ne peut pas être accepté parce qu'il y a justification (chacun.e a ses raisons), et que des concessions doivent être faites des deux côtés. J'ai l'impression de devoir accepter sa vie en groupe, j'ai fais tous les trajets jusqu'à maintenant depuis un an (sauf un), il refuse catégoriquement de vivre dans ma ville ce qui implique que c'est à moi de faire la concession; Bref, j'ai l'impression de faire beaucoup de concessions, et concernant spécifiquement cette question : j'ai l'impression que je suis trop compréhensive, et que j'accepte des choses que je ne devrais pas accepter. Dans "the ethical slut", elles conseillent de partager nos vulnérabilités, voir de présenter les partenaires, etc, etc, et d'être ouvert.e sur cette communication. De l'autre côté, il n'y est pas question de questionnement outrageusement abusif. Jusqu'à quel point l'argument de la complicité justifie-t-il l'intrusion dans l'espace de l'autre? Pour des rencontres d'une heure, je dois passer des heures à m'expliquer par la suite, et je trouve ça d'autant plus caricatural que O. se présentait à la base comme une personne particulièrement polyamoureuse. O. deviendrait-il monogame? Dans le même temps, il exprime le désir de connaitre davantage de partenaires sexuels. J'ai surpris O. à lire mes notes ou rechercher des photos et des informations sur mes contacts mails. Ca ne la pas déranger, et ça paraît normal pour lui qu'il puisse s'octroyer la possibilité d'investir mon espace sans même me demander (je préfère qu'il me demande : peux-tu me montrer une photo de cette personne par exemple) parce que l'on est en couple. Or, je lui ai déjà dis que ma vision des choses est très différente. O. m'a également à plusieurs reprises insulté de pute (et bien que pute ne soit pas une insulte pour moi, je suis assez certaine que de la manière dont il l'a exprimé, il n'y avait là rien d'avantageux) lorsque nous arrivons sur cette thématique de la sexualité.

Alors je trouve les théories sur le "tout partage" très jolie, mais je ne m'y retrouve pas personnellement. Je suis une personne très indépendante, et il y a toujours des choses que j'aime garder pour moi (d'un souvenir d'enfance à la raison d'un fou rire), e ne pense pas qu'une personne puisse tout être à la fois, et je crois que nous partageons des choses différentes avec chaque personne de notre entourage. Par contre, je suis aussi une personne bavarde et raconte beaucoup de choses sur moi également (d'ailleurs le seul domaine où O. voudrait savor plus est celui de la sexualité). Je crois aussi, peut-être parce que je suis influée par les théories égalitaires, qu'il n'est pas toujours propice de parler pour quelqu'un d'autre (c'est d'ailleurs pour cela que je viens de réécrire plusieurs fois cet article pour ne pas trop en dire sur O. et sa vie, mais tenter d'axer sur le problème qui m'occupe), et je ne suis pas forcément sûr que mes autres partenaires ont envie que je racontre tout ce que l'on a fait dans les moindres détails à mon partenaire principal. Je pense que l'on peut être très complices et très intimes tout en conservant à un certain degré notre propre intimité. Pour moi, la manière dont O. voit les choses et me les impose souvent par pression verbale est davantage de l'ordre du contrôle et de la possessivité abusive que du partage. Peut-être que cela vient aussi de l'expérience de vie de O. dans son groupe (qui n'est pas du tout sur le modèle égalitaire pour le coup). Je ne sais pas vraiment. Mais je me retrouve bloquée dans cette situation, et alors que nous entamons de nouveau la discussion sur nos règles de communication, il me propose désormais le "rien dire du tout, faire ce que je veux, mais il ne veut rien avoir à faire avec mes autres partenaires". Or, certains potentiels d'entre eux sont des amis, et il est important pour moi qu'ils puissent se rencontrer. Si O. exprime une difficulté avec cela, je peux comprendre et m'orienter sur d'autres personnes, puisqu'il est plus important que O. puisse rencontrer ces personnes pour moi que d'entretenir des relations sexuelles avec elles. Mais j'ai l'impression qu'au lieu d'avoir des accords partagés, plus je cède du terrain et plus il me demande. Et le partage d'expériences sur cette thématique est plus forcé que volontaire : il sait déjà beaucoup de choses sur mes expériences sexuelles, mais il veut toujours savoir plus, et je ressens que son désir de savoir n'est pas seulement de partager mais est poussé par un désir autre, avec lequel je ne suis pas en accord.

Bref, un peu brouillon, mais c'est l'état de mes pensées. Je suis curieuse d'écouter d'autres témoignages ou des regards extérieures sur cette situation, et vous remercie d'avance.

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(compte clôturé)

le vendredi 19 août 2011 à 16h07

Ben en gros si tu ne te sens pas à l'aise avec sa demande de "tout savoir" et si tu le vis mal, c'est qu'il y a un problème... L'important c'est comment toi tu vis les choses.
Et si en plus il y a des insultes...
Bref, je ne sais pas pour les autres mais moi j'aimerais pas trop.
Quand tu dis que le fonctionnement de son groupe n'est pas égalitaire, tu veux dire quoi par là ? Tu as l'impression qu'il y a un ascendant de certains membres sur les autres ?
En tout cas, la complicité au point de tout se dire ne me semble pas un impératif catégorique absolu du polyamour. Il y a aussi beaucoup de polys qui aiment cultiver leur jardin secret, et qui fixent de façon négociée et non imposée la limite de ce jardin avec leurs partenaires... Qu'un des partenaires ait besoin de savoir certaines choses pour se rassurer, pour faire face à sa jalousie et s'en délivrer, parce que tout simplement il s'intéresse à ce qui arrive à l'autre, ou pour des raisons beaucoup plus intimes encore (par exemple parce que c'est excitant/amusant), c'est une chose et c'est même une bonne chose quand ça va dans le sens d'un bien-être pour tout le monde ; mais là non seulement c'est lui et lui seul qui semble fixer les limites sans se soucier de tes propres besoins (en l'occurrence un besoin d'intimité qui ne me paraît pas du tout illégitime), mais en plus ça ne semble pas l'aider, lui, puisque ça l'angoisse plus que ça ne le rassure...

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Profil

oO0

le vendredi 19 août 2011 à 17h37

Intrusion...

En tous ça, je le vivrais avec un sentiment d'intrusion, surtout par rapport à tes autres relations qui souhaitent probablement conserver une certaine intimité. C'est devenu plus compliqué qu'il n'y a de complicité, mais il semble s'en rendre compte. Il y a un état de crise qui ressort de son comportement, mais une crise se manifeste souvent par un comportement extérieur qui nécessite d'être par la suite intériorisé. Il arrive d'entraîner ses proches dans ses conflits intérieurs, de tenter de résoudre à l'extérieur, avec d'autres personnes, ce qui ne peut que se résoudre qu' avec soi-même. Les crises peuvent s'avérer très bénéfiques à termes, mais c'est très difficile d'accepter un état de crise. TE laisser envahir par cet état ne l'aidera pas à en tirer bénéfice, par contre, l'accepter dans cet état peut l'aider à s'accepter. Lui faire accepter tes limites peut l'aider à accepter les siennes, à retrouver les siennes et se retrouver.

Une question qui m'a souvent aidé en état de crise, c'est de me demander si je me reconnaissais encore. Souvent, cela venait d'un sentiment de ne pas avoir été reconnu tel que je l'attendais et, plutôt que de l'accepter, je luttais en vain pour cette reconnaissance au point de ne plus pouvoir me reconnaitre. C'est une sortie de route quasi humoristique : attendre des autres qu'ils nous reconnaissent alors que nous ne sommes plus en état de nous reconnaitre nous-même.

En tous cas, tu ne sembles plus en mesure de le reconnaitre, ce qui m'amène à la question de savoir s'il est encore en mesure de se reconnaitre lui-même ou s'il se sent perdu. Parfois, il faut réapprendre à vivre avec soi-même avant de pouvoir continuer à vivre avec les autres. Une relation amoureuse n'est pas une relation thérapeutique et ne remplace pas la relation à soi. Tenter de retrouver un équilibre personnel par de multiples règles relationnelles, une impasse.

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(compte clôturé)

le samedi 20 août 2011 à 01h52

Ton amoureux est visiblement dans la quête de contrôle des personnes et du temps. Je présume que c'est le genre à expliquer les choses bien précisément pour être sûr qu'il est bien compris, le gars qui organise les choses et qui manque un peu de souplesse face à la créativité d'autrui.

De mon point de vue tu as deux points d'équilibre avec lui :
-soit tu aimes un homme qui prenne les choses en main, quitte à te faire contrôler, juste il faut qu'il se calme : dans ce cas, tu peux lui adresser des commentaires élogieux sur ses compétences et son organisation : ça lui fera plaisir et il te laissera un peu tranquille (mais pas trop!)
-soit tu l'aimes sauf que tu ne supportes pas le contrôle : dans ce cas vous êtes mal barrés parce que c'est comme si tu aimais les fleurs sauf que tu ne supportais pas leur parfum : c'est indissociable : tu n'auras jamais cet homme avec ses qualités sans ce gros défaut de vouloir contrôler. Si tu essayes de le couper en deux, attends toi à de très grosses disputes. Tu vas devoir prendre tout ou rien.

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Profil

LuLutine

le samedi 20 août 2011 à 11h45

eulren
Tu vas devoir prendre tout ou rien.

Je ne serais pas aussi catégorique. Je pense que tout le monde peut évoluer.
(La preuve, à une époque j'étais presque comme cet homme : je voulais savoir à tout moment ce que faisait mon amoureux ; et aujourd'hui ce n'est plus le cas. Notons qu'à l'époque mon couple était exclusif, mais je ne crois pas que ça ait une grande importance.)

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(compte clôturé)

le samedi 20 août 2011 à 12h27

bien sûr!
Mais ça t'a peut-être pris des années, et en plus là ils ne se fréquentent pas beaucoup IRL, donc ça risque de prendre quelques siècles!

"les hommes espèrent que leur femme ne changera pas, mais elle change quand même,
les femmes espèrent qu'elles changeront leur homme, mais il ne change quand même pas!"

je sais, c'est horriblement sexiste, mais... pas totalement faux!

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(compte clôturé)

le samedi 20 août 2011 à 20h53

Bonjour Eloïse,

D'expérience vouloir tout savoir avec le maximum de détails n'est jamais bénéfique pour le partenaire concerné car on tombe vite dans la comparaison ("est-ce que l'autre est mieux que moi"), les questions douloureuses ("tiens elle fait ça avec lui et pas avec moi"), etc.

Dans ton cas, je te conseillerais de faire ce qui te semble juste et qui te convient. A lire ton témoignage il me semble que tu n'es pas satisfaite par la situation que tu décris, je te conseillerais donc d'en parler avec O. Il a parfaitement le droit d'avoir des envies (tout savoir) et tu as le droit de les accepter ou pas et selon le cas à vous d'en discuter et de trouver (ou pas) un compromis. Il me semble important de savoir faire des concessions dans une relation mais concessions ne signifie pas contraintes et là il semble que tu vis les demandes d'O. comme une contrainte. A voir si tu as envie de l'accepter ou pas.

Quoi qu'il en soit : bon courage ! Et merci d'avoir partagé ton vécu avec nous.

Shamal.

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Profil

LuLutine

le mardi 23 août 2011 à 14h28

Shamal
concessions ne signifie pas contraintes

Très bien dit (+)

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Profil

superpseudo

le mardi 23 août 2011 à 15h47

Effectivement cette exigence de transparence totale et cette intrusivité paraissent totalement déraisonnables et me semblent refléter une possessivité obsessionnelle pas très poly...
Puisque tu fais déjà des concessions, tu pourrais essayer de négocier que lui fasse celle qu'il t'intéresse: qu'il arrête de te demander des comptes et les détails de toutes tes relations. Poly, oui, fliquée, non... Evidemment c'est facile à dire, je m'en rends compte!

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