@ Deville
Je ne vais pas te répondre point par point, d'autant que sur certaines propositions, je suis de plus plutôt d'accord*.
Pas trop sur la partie "sciences politique" : il y a bien différentes formes de démocratie, de rapport au Droit, à la constitution, mais le constant d'un défaut de pouvoir des gens sur leur démocratie contemporaines demeure quelle que soit l'option.
Plusieurs explications à cela, pas le meilleur endroit pour développer, mais c'est en tout cas un des débats internes dans les AG d'Espagne et dans lma parisienne à laquelle je me suis joint.
Mais beaucoup des propositions que tu suggèresi me plaisent !
Je souhaitais réagir à ta conclusion, pour expliquer pourquoi ce mouvement m'intéresse :
Deville
Quand on exprime sont indignation en occupant un lieu public, il vaudrait mieux expliciter ce que l'on attend du pouvoir en place pour que cesse "l'indignation" et donc l'occupation. Une manifestation sans revendication précise que le pouvoir peut exhaucer c'est de l'agitation pas de l'activisme.
J'ai deux réponses à ça, l'une qu'on peut aussi entendre parmi les gens qui font le mouvement, et l'autre plus personnelle.
1) à propos de la "revendication" : point de vue entendu en AG : les revendications naissent de l'indignation, non l'inverse.
... Bien sûr qu'il y a un fantasme "place Tahrir" dans la tête des gens qui vont aux AG, et bien sûr que nos situations sociales, culturelles et institutionnelles sont bien différentes. Pourtant, même en Egypte, la revendication a changé avec le temps (au début, c'était juste des demandes de réforme, ensuite, ça été clairement "Dégage").
.... Par ailleurs, il y a en commun dans tous les pays où le mouvement se montre, la conscience qu'une énorme partie des décisions qui concernent nos vies ne sont pas prises dans des cadres où nous pouvons les influencer. Je ne cite personnellement pas le capitalisme comme "méchant" : "il n'y a pas de méchant système, mais une somme d'individuelles lâchetés" (Vaquette).
....Je pense donc que nos démocraties pourraient se doter de pratiques internes ( une mise à jour de nos responsabilité individuelle d'electeur, des institutions trranparentes) et d'institutions démocratiques, pour lutter contre les pouvoirs iniques et sans légitimité autre que leur poids économique (contrôle sur les "disparition de richesses" les plus évidentes : paradis fiscaux, argent fictif, finance et pouvoir déconnectés des économies concrètes...).
2) Réponse plus personnelle, donc, en aucun cas représentative, mais qui peut cependant donner un sens aux manifs d'"enragés" (comme aurait dit De Gaulle).
Tu propose d'expliciter "ce que l'on attend du pouvoir en place".
....Bon, si je voulais faire facile, je me contenterais de répondre "pas grand chose : ces bouffons irresponsables se sont délestés du pouvoir et l'ont laissé aux consortiums économiques".
...Mais je pousse un peu plus loin mon bouchon. Bien que favorable à des réformes, je crois nettement plus au "contre-pouvoir" qu'aux pouvoirs en places. Quelle que soit le sujet de révolte, je crois vraiment que je suis plus à ma place à participer à une revendication et à une contestation qu'à une mise en place de résolutions, toujours insuffisantes, contraintes, imparfaites.
... Etre aux responsabilités, prendre le pouvoir, c'est constater les limites du pouvoir. Constater que faire ce que l'on désirait va être compliqué, long, conditionné. Avoir le pouvoir, c'est constater son impuissance. Mon désir de liberté, ma vitalité me poussent en dehors de ce type de situation morbide pour moi. Ce n'est pas que je ne veuille pas me mouiller, c'est que je ne pense pas faire de bonne chose de mon énergie individuelle là.
...C'est pourquoi je préfère être dans le contre-pouvoir, la proposition, l'opposition. Un peu pour la même raison qu'un parti aime être un certain temps parti d'opposition : parce qu'à ce moment, il a la possibilité de construire sa critique et ses proposition d'autre chose que ce qui est en train de ne pas suffire. Et comme je pense que c'est pas tout d'exiger de soi de survivre, mais qu'on doit pouvoir accéder à un maximum de libertés et de richesses possible, je suis assez certain d'être toujours dans la position où j'ai des critiques et des propositions.
...Enfin et surtout, les idées que tu portes quand tu es dans le contre-pouvoir, elle conservent leur potentiel, leur puissance. Ce n'est pas une question de "pureté" - c'est pour ça que je peux accepter les revendications réformistes ! Mais une question d'être du côté des idées qui ont besoin d'être soutenues pour ensuite amener du progrès. Par exemple, c'est en commençant dans le contre-pouvoir que des idées comme l'abolition de l'esclavage, le vote des femmes, le droit à l'avortement et les avancées en santé et écologie on pu être prise en compte par les pouvoirs en place.
...Enfin, on peut vivre à son échelle ce qui est minoritaire et pourtant plus en adéquation avec des besoins de liberté et mettre en pratique sans attendre une légitimation par les gouvernements : comme on le fait avec le polyamour, comme d'autres le font avec de l'agriculture soutenable, ou avec des échanges de musiques libre.
...Bref, dans ce mouvement, je pratique une démocratie proche de l'autogestion anar, qui contient une certaine exigence de responsabilité personnelle et d'écoute des contraire.
....Rien que cette pratique me plait : ne pas décider par un vote majoritaire mais de fonctionner par consensus (chercher l'accord de l'assemblée présente jusqu'à ce que un position qui convienne à tous ressorte - quitte à ce que le choix final soit paradoxal, ex : "on veut le beurre et l'argent du beurre, d'accord, motion votée, comment on va obtenir ça ?"
...Autre pratique : on ne fait plus d'applaudimêtre, ni de beuglage de slogans et huées intempestives : on a trois quatre signes de main pour marquer accord, désaccord, impatience, incompréhension, et on peut parler dans un certain silence.
... Rien que pour voir ce genre de pratiques appliquées par plusieurs centaines de gens dans l'assistance, être dans le contre-pouvoir cette fois là valauit le coup.
* : enfin dans la mesure de mes intentions "réformistes", qui chez moi s'inscrivent dans une recherche plus radicalement évolutionniste-libertaire individualiste - tout comme mes intentions révolutionnaires, d'ailleurs.
Message modifié par son auteur il y a 12 mois.