Siesta, je suis tout à fait d'accord avec toi et je m'assume même en tant que poly-like. (J'aime le langage et le terme "polyamour" ne me revient pas du tout, au contraire des sujets de discussions qu'il rassemble généralement.) Cependant, sincèrement et objectivement, il ne s'agit que d'une tendance, non pas marginale, mais minoritaire.
Pour ma part, j'ai accepté depuis longtemps que l'état actuel des mentalités que nous partageons se prêtaient difficilement au choix de ce mode relationnel et que, si je ne voulais pas nier la réalité du consentement des personnes qui m'entoure, je me devais de reconnaître que cette réalité a généralement tendance à l'exclusivité. En faire une simple question d'évolution des mentalités me semble occulter le fait qu'elles reposent sur la réalité affective du consentement propre à une majorité et qu'en tant que réalité affective cela mérite d'être respecté peu importe les désaccords qu'il peut y avoir en termes de mentalité. Le consentement n'est pas quelque chose sujet à un débat de mentalité et tenter d'obtenir le consentement de qui que ce soit par un débat d'idée relève de la manipulation intellectuelle.
Je vais te donner un exemple personnel que j'ai vécu. Je n'ai trompé qu'une seule fois. Lassé de m'entendre dire que la réalité affective que j'exprimais ne valait pas plus que des idées, j'ai fini par accorder à la sienne la même valeur et je lui ai imposé une relation à laquelle elle n'avait pas consenti, ce qui lui a valu plusieurs mois douloureux à vivre. Comme quoi derrière toute mentalité, qu'elle puisse ou non paraître impersonnelle du fait d'être partagée par une majorité, il n'en reste pas moins une réalité affective personnelle. Peu importe que la réalité affective du consentement d'une personne relève d'une majorité ou d'une minorité, elle mérite le respect tant qu'elle ne se portent pas atteinte. Pour sa part, elle avait consenti à ce que nous nous séparions si j'aspirais vivre une autre relation que celle que nous partagions, bref, elle respectait dans la mesure de ses possibilités la mienne et je n'en ai pas tenu compte. En termes de consentement, le coupable c'était moi et je l'ai assumé comme tel, c'était un minimum.
Personnellement, ce qui me gêne, c'est que de rappeler de quoi est faite la réalité affective du consentement d'une majorité passe pour l'oppression d'une minorité. C'est un discours victimiste dangereux auquel je ne souscris pas. Certes, je n'ignore pas que, au nom de cette majorité, il y a des propos offensant, mais je n'en vois aucun dans ceux de Catherine Millet pas plus, qu'ailleurs, chez Luc Ferry. (Une absence d'ouverture d'esprit qui tend à celle de la reconnaissance de l'altérité chez ce dernier, oui, mais pas à l'offense. Que ce manque de reconnaissance puisse faire souffrir, oui, mais il n'y a pas pour autant intention d'offenser.) Ce qui me gêne, c'est le risque de prêter l'intention d'offenser là où il n'y en a pas parce que prêter de telles intentions est offensant et ne permet aucun dialogue.
Pour ma part, accepter que la réalité affective du consentement d'une majorité de personne a tendance à l'exclusivité m'a libéré du sentiment d'en être oppressé. Dans la mesure de la joie qu'ils éprouvent à vivre leur relation, je me réjouis pour ces personnes et c'est une forme de compersion que nombres d'entre elles adoptent entre elles. Et, sincèrement, même exclusives, leurs relations rendent la réalité déjà plus vivables de part les caresses qu'elles apportent dans un monde où le sang coule toujours de trop et je leur en suis reconnaissant.