J’abandonne le fil d’un certain blog coloré pour reprendre ce qui, à moi, m’a posé problème, dans le fond du fond.
Ce qui m’y encourage, c’est les réactions par voie privée que ça a suscité, et me démontre que les expériences individuelles avec les médias sont parfois source de souffrances et de regrets, bien qu’elles aient été choisies. Merci à ceux qui m’ont donné campo pour reprendre ce qu’ils m’ont dit, même en me demandant de faire ce qu’il faut pour ne pas être reconnus.
Alors déjà, quelqu’un m’a parlé de la fonction publique du forum ; c’est-à-dire que quand il se sentait trop seul pour continuer à parler d’un problème dans un de ses couples, le mettre en public servait, quelque part, à dépassionner le débat en y conviant d’autres gens. Son point de vue devenait du coup « un parmi tant d’autres », et relançait la discussion privée sur de nouvelles pistes, et les discours circulaires trouvaient enfin une échappée dans une sortie du rond-point. Que pour ça, il fallait être prêt à accepter les autres avis, même heurtants, mais que de cette manière, en bossant sur du concret et en s’appuyant sur la bienveillance et la franchise des personnes qui lui répondaient (même un peu moutardée qui m’est propre – j’ai trouvé ça mignon de me le dire comme ça, merci à toi, t’as bien capté pourquoi je pratique le potage aigre-piquant), il avait fait tout seul son bonhomme de chemin et trouvé un peu plus d’affirmation de lui-même pour redevenir un partenaire de dialogue avec sa chérie, qui vaut son pesant de cacahuètes argumentatif… tu souffriras que je reprenne cette expression j’espère, je l‘ai trouvée gondolante, au moins.).
Du coup, il pouvait se passer des médias autres, et que c'était pas plus mal, vu le bassin à requins que ça pouvait être !
Un autre m’a dit que, du temps où il était un jeune couillon avide de reconnaissance, il avait accepté de témoigner à visage découvert, sans mesurer qu’il allait être inondé de messages divers, pas forcément bienveillants, et qui l’avaient déstabilisé alors qu’il était assez content d’avoir posé un poids juste avant. Encore presque trente ans plus tard, et 25 kilos de plus et les rides et tout, il arrive qu’on le reconnaisse et qu’on le prenne à partie sur des positions et des idées de sa prime jeunesse, et ça lui donne l’impression d’un boulet à traîner – lui, il apassé la cinquième depuis longtemps… Avec un peu de chance, il arrive tout juste à éluder en disant que oui, on le confond régulièrement avec la personne en question. Et passe habilement à autre chose.
Un des deux, sais plus lequel, m’a dit aussi que tant qu’il n’avait pas été aussi complètement au fond des choses que la journaliste l’avait souhaité, il avait eu toute son attention. Une fois le reportage bouclé, plus moyen d’avoir aucun contact… sentiment d’être bien trituré dans tous les sens, d’avoir été lancé de par la réflexion menée avec cette journaliste sur des pistes un peu sensibles, d'avoir la peau un peu à vif, et qu’un petit tour chez le psy pour se refaire le cuir l’avait aidé à les explorer, soit, mais aussi à comprendre que la prudence était de mise désormais – se dévoiler est un luxe à partager avec ses intimes, si l’on n’est pas bien sûr d’arriver à encaisser le fait de se mettre sur la place publique. En fait, il avait cru avoir noué une vraie relation amicale et la demoiselle avait probablement usé de son charisme pour obtenir de lui des confidences. Bref, qu'il s'était fait proprement baiser. Je rajoute une expérience perso vécue à travers ce forum-même : un journaleux me contacte, je décline, il insiste avec des arguments intéressants, je finis par lui donner mes coordonnées... et plus personne plus rien; je sais de source sûre qu'il a trouvé ce qu'il cherchait ailleurs, puisque dans le fond, ce n'était pas mon contact qui l'intéressait, mais n'importe lequel sujet du même type à boucler... pour un travail à rendre à la fac de journalisme!).
Un peu amer, mais réaliste, cette troisième : les journalistes sont souvent des pigistes ou des employés talonnés par un chef de team, faut en vivre, ce qui se fait parfois en piétinant les sensibilités – c’est un milieu speed, où on saute d’un sujet à l’autre, faut boucler l’édition, pas le temps de faire du sentiment, après tout les gens choisissent de témoigner, na. A part le fait que signer un article, et faute de le vendre donc publier, c’est bon pour le moral, ou l’ego tout court de le poser sur un espace public du genre blog, et puis faut payer ses galons, hein... Qui plus est, en effet, sur une plateforme qui rémunère le taux de visites, et parfois très clairement en relation avec les pubs qu’on y autorise, ben oui, c’est pas reluisant mais c’est comme ça… Ca lui a ouvert un abîme de réflexions d’où elle ne sortait pas gagnante, au contraire : à côté d'articles super bien foutus sur l'anorexie, les pubs pour cette pilule mangeuse de graisses, par exemple, ça laisse un peu ... estomaqué ?
Si ce fil suscite des réactions ici ou pas, là n’est pas le nœud du problème. C’était si concordant, tout ça… que j’ai trouvé que ça méritait d’être condensé et d’être posé ici.
Ce message d’ouverture peut rester seul, il en deviendra un témoignage ou, au mieux, un avertissement qui même s’il ne fonctionne que pour une seule personne, aura touché son but.
Message modifié par son auteur il y a un an.
