L'apôtre Paul
"La femme n'a pas autorité sur son propre corps, mais c'est le mari; et pareillement, le mari n'a pas autorité sur son propre corps, mais c'est la femme." (1 Corinthiens 7:4)
Derrière cette phrase choquante aujourd'hui, il y a peut-être la notion de don de son corps aux autres pendant l'acte sexuel.
D'un point de vue physique, on peut admettre que je jouis de mon corps. C'est mon corps qui ressens le plaisir, c'est donc lui qui jouit. Donc pour résumer, la jouissance est solitaire, du moins d'un point de vue physique.
Mais il n'y a pas que le point de vue physique qui compte, loin de là. Il y a aussi, le point de vue psychologique. Et sur ce terrain, il me semble nécessaire de faire apparaître l'ambiguïté évidente qui réside entre le fait de jouir, et le fait d'être deux pendant l'acte sexuel. Il y a un truc qui ne colle pas vraiment avec le point de vue physique. Je m'explique.
Si je jouis de mon propre corps, alors comment se fait-il que j'éprouve plus de plaisir quand je suis avec une nana que lorsque je me masturbe tout seul ? Par ailleurs, comment se fait-il qu'un film porno m'excite, puisque c'est mon corps qui jouit ? Enfin, à quoi sert d'aimer quelqu'un puisque mon corps arrive à jouir sans personne ? Je vous la pose la question ?
Ben non, car j'ai déjà la réponse. Et c'est un peu l'apôtre Paul qui me la donne. Ecoutons sa parole, mes bien chers frères, mes bien chères soeur, reprenez avec moi tous en coeur : Il y a quelque part, un don de son corps à l'autre, et réciproquement.
Je m'explique. Pendant l'acte sexuel, les corps (et je dirais même, les êtres tout entier), s'intervertissent dans l'imagination des protagonistes, et c'est ce qui provoque la jouissance psychique. C'est une sorte de ballade dans l'autre. Et j'ajoute ceci : Pour que la jouissance soit totale, il faut avoir l'impression que le corps de l'autre nous appartient, pour pouvoir l'intégrer (un peu comme les esprits extra terrestres rentrent dans le corps de terriens pour entrer en contact, c'est un fantasme très répandu que tout le monde comprend). Bon, je suis d'accord que c'est une généralité qui doit probablement avoir de nombreuses exceptions, mais je ne voudrais pas perdre le fil de mon idée.
Donc taisez vous, schut... faut pas faire de bruit dans une église, surtout quand on y parle de sexe, ça peut être intéressant.
L'erreur de la religion est d'avoir extrapolé ce fantasme dans la réalité de tous les jours (je parle du fantasme selon lequel les autres nous appartiennent, ou de celui selon lequel nous appartenons aux autres, ou à l'autre) . Si ce fantasme est nécessaire dans l'imagination, c'est justement parce qu'il n'est pas possible dans la réalité. Par ailleurs, il n'est pas nécessaire de le réaliser, puisqu'il suffit de faire l'amour pour s'y croire comme en vrai. Enfin, imaginons un instant que le fantasme dure dans la réalité, et ce n'est plus une jouissance mais une angoisse terrible qui nous assaille. Donc ce fantasme n'est fait que pour passer comme un éclair puis s'en aller jusqu'à la prochaine fois.
Vouloir réaliser ce phantasme d'appartenance, aboutit forcément aux pires catastrophes humanitaires, du genre se marier et se promettre fidélité, une exemple de gâchis humains parmi tant d'autres.
Si je transpose la phrase de l'apôtre Paul dans ma religion personnelle, ça donnerait un truc comme ça :
"La femme se donne à ses amants le temps d'un éclair, et l'homme se donne à ses maîtresses le temps d'un éclair. S'ils se donnent de la sorte en même temps, et qu'ils recommencent autant que cela leur plait, les autres diront d'eux qu'ils s'adonnent à l'amour".
"Aimer vous les uns les autres" ou "Donnez vous les uns les autres", quelle différence finalement ? Il ne déconne pas tant que ça, ce Paul, finalement, si ?
Jaloux par désir de possession ?
A mon avis, le désir de possession aboutit à devenir amoureux s'il est satisfait dans l'imagination le temps d'éclairs répétés, et il mène à la jalousie si on essaye de le satisfaire en permanence dans la réalité.
Message modifié par son auteur il y a 2 mois.