Voilà, j’ai cherché un peu… extrait ce que trouvais intéressant, essayé de le simplifier…
René Girard
Selon la théorie mimétique de René Girard, la jalousie est un moment particulier dans la dynamique du désir humain. Celui-ci, par nature, est emprunté à un modèle, qui désire ou possède l'objet avant nous, et dont l'être nous fascine. Le jaloux est convaincu que l'être jalousé le devance dans la possession de l'objet et lui en interdit l'accès. La complaisance à entretenir ce sentiment vient de ce que l'existence de l'obstacle que constitue le rival jalousé, renforce la valeur de l'objet de la rivalité ; à son tour, la rivalité renforce la fascination qu'exerce le rival supposé heureux, donc idéal inconscient du jaloux.
On est en fait dans une relation triangulaire, où le rival devient un modèle. Ce désir mimétique fait que le modèle lui-même devient un obstacle dans la réalisation du désir de l’imitateur, et que l’objet du désir devient secondaire, comme dans l'exemple des enfants qui se disputent pour des jouets identiques en nombre plus que suffisant. C'est le phénomène fondamental du modèle-obstacle. Ce qui est enjeu est moins la possession de l’objet, que la relation de rivalité avec le modèle.
En d’autres termes, ce que le désir imite est le désir de l’autre, le désir lui-même. On finit par se retrouver dans une implacable logique dite « circulaire », le modèle renforçant la rivalité et vice-versa… pour finir en emballement et épuisement des protagonistes. Plus la distance diminue entre le sujet qui désire et le modèle, plus les différences s'amenuisent, et plus la haine s'intensifie.
Au niveau social des congénères et des collègues qui partagent la même loi et le même héritage, le mimétisme consiste à faire « comme tout le monde », à se camoufler dans le conformisme, la mode, les mœurs. C’est le niveau de la confusion entre « besoin » et « désir ».(NB : besoin d’appartenance en compétition avec le besoin de se réaliser ? (voir la pyramide des besoins d'Abraham Maslow).
Le mimétisme engendre la rivalité, mais en retour la rivalité renforce le mimétisme. Les protagonistes ne voient pas qu'ils sont interchangeables, symétriques, des « doubles », mais l'observateur extérieur le voit : il y a double logique, celle du désir et celle de l'imitation. Le problème du désir relève d'une incompatibilité entre sa propre logique - le projet de se différencier - et celle du mimétisme qui va dans le sens d'une croissante indifférenciation.
Henri Laborit
Pour Henri Laborit, il n’existe en soi ni de jalousie ni d’instinct de la propriété, mais plus simplement la construction au fil du temps, et parfois dès la très petite enfance, des modèles associant la notion de privation à celle de douleur. Nous cherchons ensuite inconsciemment à créer des conditions évitant ces risques de douleur.
"Ce que l’on appelle « amour » naît du réenforcement de l’action gratifiante autorisée par un autre être situé dans notre espace opérationnel et le mal d’amour résulte du fait que cet être peut refuser d’être notre objet gratifiant ou devenir celui d’un autre, se soustrayant ainsi plus ou moins complètement à notre action. Ce refus ou ce partage blesse l’image idéale que l’on se fait de soi, blesse notre narcissisme et initie soit la dépression, soit l’agressivité, soit le dénigrement de l’être aimé." (Henri Laborit)
D’où vient la jalousie ? La réponse sera différente pour chacun. Car c’est un sentiment qui cache souvent des frustrations, des désirs inavoués et nous vient de très loin, du fond de notre enfance. Elle a beaucoup à nous apprendre.
La première crise de jalousie de la petite enfance est si terrible qu’elle nous marque à vie. Lorsqu’on est jaloux, on revit cette douleur-là, celle du tout petit enfant qui ne supporte pas de voir sa mère se détourner de lui. Tout d’un coup, son monde s’écroule : il se sent abandonné, trahi.
Il vit un traumatisme important : réaliser qu’il n’est plus tout seul, qu’il existe un autre (par exemple, à l’arrivée d’un nouvel enfant dans la famille), ou que sa mère s’éloigne de lui pour se consacrer à d’autres occupations. Tout dépend donc de la manière dont cette première blessure aura été vécue, et aussi des caractères. Certains se retrouvent marqués pour la vie, et devront constamment lutter avec leur manque.
Pourtant, « La jalousie est, comme le deuil, un affect normal. Si elle fait défaut, c’est qu’elle a été l’objet d’un puissant refoulement. Elle joue alors dans l’inconscient un rôle d’autant plus grand. » (Freud).
La jalousie est « la crainte de perdre ce que l’on possède ». Par ailleurs, elle suppose un tiers rival.
Il y a plusieurs types de rivaux, susceptibles de nous inspirer de la jalousie : le rival jumeau, qui apparaît comme un double qu’on suppose plus parfait que soi et qui menace de prendre notre place. Le rival opposé, par contre, a son origine dans l’incertitude d’être véritablement l’objet du désir de l’autre : “Si ce que je lui donne est à l’opposé de ce que l’autre lui donne, alors ce n’est pas ce qu’elle désire, alors que me veut-elle ? Que veut-elle ? Et moi, qui suis-je ? Que me manque-t-il ?” Il s’agit à la fois d’un effondrement de l’identité et d’une blessure narcissique. Il y a là aussi de quoi gagner en maturité affective, assimilant deux grands principes : la non-possessivité et la responsabilité. (NB : tiens tiens, j'ai déjà lu ces deux termes quelque part ailleurs sur ce site...)
Pour beaucoup, la jalousie est une preuve d’amour, voire un code culturel… et pourquoi pas, chez le polyamoureux, une occasion de réveiller la relation ?
Mais clairement, si nous ne pouvons pas refuser d’être jaloux, par contre nous pouvons refuser de nous laisser détruire par la jalousie. Ce que j’ai trouvé de plus simple et de plus productif jusqu’ici, c’est d’aller la travailler avec un thérapeute. Car passé le moment où le partenaire du jaloux polyamoureux l’a rassuré, il reste qu’il n’a été que le réactivateur de quelque chose qui prend source dans la petite enfance. Ne pas confondre le symptôme avec le mal… et nul partenaire n’a à devenir le thérapeute de l’autre.